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Pensées pour la retraite du mois 1

PENSÉES POUR LA RETRAITE DU MOIS LANNÉE 1922. A chacun de ses intimes collaborateurs dans la sanctification des âmes, Notre-Seigneur semble dire au début de lannée : Amice, ora et labora mecum.
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    PENSÉES POUR LA RETRAITE DU MOIS

    LANNÉE 1922.

    A chacun de ses intimes collaborateurs dans la sanctification des âmes, Notre-Seigneur semble dire au début de lannée : Amice, ora et labora mecum.
    Prêtre et missionnaire, mon ami dévoué, si tu veux que cette année commence soit fructueuse pour toi et pour tous ceux que ma bonté paternelle a confiés, corps et âme, à ta vigilante sollicitude, prie dabord. La prière, tu le sais, est le principe de vie, le générateur de toute âme sacerdotale. Si tu ne pries pas, ton ressort dactivité personnelle est faussé, ton élément conducteur des âmes gâté, corrompu.
    Placé, pour ainsi dire, à mi-chemin du ciel et de la terre, il te faut élever quotidiennement les yeux vers Moi, mieux même, les tenir constamment fixés sur ma Personne, et voir ceux et celles dont tu as charge à travers le prisme divin qui nuance de rayons plus ou moins purs les consciences de tes fidèles, de tes ouailles, de tes enfants.
    Ainsi nous parle Jésus-Christ ; ainsi nous parle son Apôtre Paul, qui nous avertit que prier cest revêtir Jésus Christ, comme si sous cette divine tunique ne devions plus faire quun avec notre Maître, obéissant aux mêmes directions, aux mêmes formes dactivité, aux mêmes impulsions, pour un but unique et suprême.
    Je lavise et il mavise : voilà la prière, la prière simple, confiante, pratique, à la manière du saint Curé dArs.
    Prier, cest reconnaître, sans doute, sa faiblesse, mais cest en même temps sassurer de forces invincibles émanant du Christ. Prier, cest transporter sa vie dans les hauteurs au voisinage des vraies réalités que les objets à niveau nous dérobent. Prier, cest user des bras de Jésus comme dun ascenseur, ainsi que sexprime la vénérable Sur Thérèse de lEnfant Jésus, reconnaissant que nous sommes trop petits nous-mêmes pour gravir le dur escalier de la perfection.
    Ne loublions pas. Le petit coin de terre que nous habitons est comme un îlot jeté dans lespace, loin des rives éternelles. La prière jette le pont ; la prière abaisse les bras de Jésus vers nous. En disant : Notre Père, qui êtes aux cieux, nous quittons à linstant notre terre poudreuse pour regarder des yeux intérieurs de notre âme lhorizon céleste où Dieu réside.
    Allons donc, durant 1922 et toujours, vers cet horizon divin, abandonnant toute notre volonté à la suprême Volonté de Dieu. Mais, sachons-le bien, nous ne manifesterons bien notre attachement au Maître, notre abandon à sa direction, quen travaillant pour Lui : Amice, ora et labora mecum.
    Or, chez nous tous, missionnaires, il y a comme un courant à triple phase dans notre vie de travail : travail matériel, travail intellectuel, travail moral.
    Il faut dabord reconnaître, en effet, que la grande majorité des missionnaires ne peut guère échapper à toutes ces préoccupations dordre matériel : vêtement, nourriture, logement, etc. Nous avons à gagner notre vie (moins encore peut-être la nôtre que celle des chrétiens confiés à notre sollicitude,) à la sueur de notre front et nous pouvons bien dire, au figuré, que si nous ne mettions souvent la main à la charrue, rien narriverait, rien ne se produirait pour assurer modérément notre avenir et notre morceau de pain ou notre bol de riz quotidien. Constitués les économes et les dispensateurs des biens de Dieu, même jusquà un certain point temporels, nous manquerions à notre méthode dapostolat fructueux, si nous en venions à négliger le soulagement des corps pour gagner aléatoirement les âmes. Faire plaisir et faire des heureux, en aidant nos chrétiens à obtenir le bol de riz ou tout autre produit négotiable, nest pas un art à dédaigner. Le missionnaire actuel tient un rang social et il a sa place (qui nest peut-être pas loin dêtre la première, daprès les immortelles Encycliques de Léon XIII,) dans la reconstruction moderne des peuples, tant européens émigrés quasiatiques. Pas un de nous na le droit de se désintéresser de parti-pris de lamélioration sociale des classes. Il ny a pas là dutopisme, car la Foi, notre Foi catholique, dans sa dispersion parmi les Gentils, dépend de la grâce de Dieu indubitablement, mais les conditions économiques du pays où elle se propage linfluencent inévitablement aussi. Que serait aujourdhui la France, si les moines du Moyen-Age ne lavaient point défrichée, si les Evêques, abeilles laborieuses, navaient point bâti solidement sa ruche ?
    En plus du travail matériel, Dieu nous demande une somme de travail intellectuel. Létude est par elle-même un emploi divin. Létude nous fait entrer en communication avec la nature, avec lhumanité mouvante et diverse, avec la civilisation à ses différents âges, avec les penseurs de tous les temps.
    Le Dogme sacré, la Théologie, la Philosophie avec toutes ses branches, la science et toutes les connaissances partielles qui sont le bouillon de culture, le bain nutritif des sublimes vérités, en tous cas leur prolongement et leur pièce de raccordement avec la pratique : tout fait partie de notre vie religieuse. Celle-ci doit en bénéficier ; en retour elle offrira ses immenses services ; au total on verra se réaliser lun des cas de cet échange constant que lIncarnation a institué entre le Divin et lHumain, au bénéfice de nos fins suprêmes. Cest là une application de laxiome paulinien : Toutes choses vous appartiennent, en conséquence de cet autre : Tout appartient au Christ, tout doit être instauré dans le Christ.
    Dailleurs, le travail de lesprit, sil est offert à Dieu et accompli en union avec Jésus, est un véritable culte, un hommage au Dieu de vérité, un culte au Christ, qui est Lui-même Vérité vivante. Le Sacerdoce de la Science nest pas un vain mot, et ce nest pas seulement en enseignant quon lexerce, cest aussi en étudiant, puisque chargés de nous-mêmes et trouvant en nous-mêmes le premier des clients du Vrai en ce qui nous concerne, nous avons à honorer Dieu et à achever le Christ sur ce petit territoire où le divin sétend.
    Plus nous étudierons, dailleurs, plus nous aurons chance délargir notre domaine des âmes, domaine où doit sétendre par vocation notre troisième phase de travail, notre travail moral.
    Nous avons à proclamer le règne de Dieu et à le faire connaître de toute façon : par lexemple, la parole, la plume, moyens ordinaires dinfuser à de nouvelles recrues la vie chrétienne ou délargir la vie sacramentelle déjà existante chez les initiés. Lusage fréquent de la Pénitence qui relève et la réception quotidienne de lEucharistie qui nourrit restent, pour nous et nos chrétiens, de suprême nécessité, surtout lEucharistie, sacrement par excellence, centre de convergence des autres, point de rayonnement de toute la vie spirituelle. LEucharistie en nous est la présence perpétuelle du Christ, et donc notre prière et notre labeur en Lui : Ora et labora mecum.
    Là est lidéal. Nous essaierons durant Janvier et pendant toute lannée 1922 de le maintenir en nous, de le réaliser plus parfaitement de die in diem. Aujourdhui, demain et toujours, prière et travail en union avec Jésus-Christ, qui demeure éternellement, au dire de sainte Catherine de Sienne le pont qui nous relie aux rivages célestes et qui nous fait escalader le ciel dès cette vie.

    SACERDOS.



    1922/1-4
    1-4
    Anonyme
    France
    1922
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