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Paroisse inconnue

Paroisse inconnue de la Société des Missions-Étrangères de Paris.
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    Paroisse inconnue de la Société des Missions-Étrangères de Paris.
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    Ce titre piquera sans doute la curiosité de plus dun lecteur dont limagination ségarera vers quelque cime thibétaine ou dans quelque brousse du Laos. Bien à tort, certes, car dans les cinq millions de kilomètres carrés quoccupent, dans lensemble de leurs territoires asiatiques, les prêtres des Missions-Étrangères, cette paroisse ny a pour ainsi dire pas de place fixe, pas de limites définitives et précises. On la rencontre en effet à Saigon, à Hongkong, à Changhai, à Chefou, à Dalny, au Japon. Paroisse flottante, elle raye de sillages convergents les mers de Chine méridionale et orientale, la Mer Jaune, la Mer du Japon, locéan Pacifique ouest. Présentement, depuis mai 1932, cette paroisse sappelle Croiseur Primauguet.

    Grâce à son animateur, ou plus pastoralement, à son aimable curé, le Père Flachère, jai pu me rendre compte de la vitalité de cette unique paroisse tout entière ramassée dans une coque dacier très élégamment hérissée de canons, de fusils et de lance-torpilles. Elle est de fondation récente, puisque sortie seulement en 1927 des arsenaux maritimes. Elle est mouvante et rapide, puisque son déplacement peut atteindre trente quatre nuds à lheure. Elle est peuplée : cinq cents hommes à bord. Comment peuvent-ils trouver place dans les flancs de ce monstre, tous ces hommes ? Cest un mystère de compression, de blottissement que je nai point élucidé.

    Le presbytère du curé se franchit dun bond ; bond dailleurs quarrête un hublot minuscule. Son locataire, et je le crois par expérience personnelle, maffirme que pour le moment, il brûle dans son carré. Et pourtant, le ronronnement des ventilateurs fait bonne besogne et les manches dair froid travaillent ! Mais en vain. Limplacable soleil de Saigon surchauffe cloisons, tuyautages, boulons, échelles de fer tandis que dynamos et turbines étalent le coup. La citadelle magnifique avec ses innombrables circuits électriques qui sont en somme ses nerfs sensitifs nest quun brasier dès huit heures du matin.

    On y ruisselle et jadmire, ce dimanche, lofficiant quune simple toile garantit du soleil pendant la Messe. LAmiral lAmiral Berthelot entouré de ses officiers et dune centaine de marins, silhouettes immobiles, suivent avec recueillement les péripéties du Drame sacré. La musique du bord au complet à joué lOuverture de la Messe ; les clairons sonneront à lElévation ; un dernier morceau sexécutera pendant lEvangile selon St Jean. Puis des cantiques et des chants en français et en latin dimpeccable prononciation romaine rempliront les intervalles.

    Après le premier Evangile, courte mais vibrante allocution de lAumônier qui, depuis 1927, connaît ses hommes, que ses hommes appartiennent au Jules-Michelet, au Waldeck Rousseau ou bien au Primauguet. Il leur parle dobéissance, de sacrifice, dhéroïsme, trame quotidienne de la vie du marin. Il leur rappelle que lhomme nest grand quà genoux, quand il prie Dieu. Des heures et des jours pénibles pour tous viendront pendant les traversées futures, pendant ce périple de deux ans quils entreprennent en commun : que Dieu reste le Maître à bord.

    Puis une discrète évocation de la Patrie lointaine met des larmes dans bien des yeux de cette mosaïque humaine. Ces vaillants pleurent quand on leur rappelle que leur devoir et leur but est de faire connaître, aimer et si besoin, respecter le pavillon français. Oh ! les braves petits et grands marins de France comme on sent vibrer leurs âmes à lappel des nobles causes ! La seule image de la France lointaine projetée sur lécran maritime de lExtrême-Orient les conduit aux sommets. On les prendrait alors pour de jeunes aspirants rêvant à limmolation.

    Vies de missionnaires et vies de marins ! Nont-ils pas dailleurs de nombreux points de contacts, presque des liens qui se rattachent en Dieu ? Plus dun officier, plus dun marin brisent encore aujourdhui leur carrière pour le sacerdoce. Ils sont lélite. La foule souvent végète encore dans lerreur des croyances et la captivité des sens. A lAumônier de lattirer vers la vérité, de la guider vers les cimes. Il en est quil faudra dabord baptiser, de ces hommes ignorants mais non pas incrédules. Dautres, vieux loups de mer quelquefois, se prépareront à leur première communion et ils en conserveront les joies comme lenfance. Certains enfin, nhésiteront point à régulariser leurs situations matrimoniales. Tous, auront besoin de courage, de cran, de patience, dhumilité, mais tous récolteront en échange des moissons denthousiasme et dénergie surnaturels.

    Comme tout missionnaire, laumônier pourrait écrire ses cinq ans de souvenirs débordants de lyrisme religieux. De ces âmes dhommes blessées par les âpretés de la vie, il pourrait nous en montrer les transformations mystérieuses et splendides. Ce sont ses consolations de cur quil préfère conserver dans son cur.

    A ceux qui traiteraient à la légère les fonctions dun aumônier descadre, faut-il rappeler lexcellent effet moral quest la présence dune soutane, non seulement à bord du cuirassé français, mais encore vis-à-vis des marines étrangères ? Le domaine naval tient plus que tout autre à des démonstrations de christianisme et insiste aujourdhui comme hier sur ses croyances. Dans toutes les marines du monde, Dieu commande à bord avant lAmiral depuis les âges fabuleux de la mer sans limite. Dailleurs le sentiment du divin, des mystères de lau-delà plane incessamment ou mieux saccroche indéracinable sur les consciences des gens de mer. Cest que souvent, lhorizon marin est annonciateur de colère divine. Quand le ciel se charge de menaces et que la nuit se fend déclairs, la mer nest plus quun vaste temple où lhomme adore Dieu. Dautres voix, sur terre, lui répondent et lévocation du poète de la Légende des siècles est, même ici, à sa place :

    Ô flots que vous avez de lugubres histoires !
    Flots profonds, redoutés des mères à genoux !
    Vous vous les racontez en montant les marées ;
    Et cest ce qui vous fait ces voix désespérées
    Que vous avez le soir, quand vous venez vers nous !

    Mais non ! grâce à laumônier, ces voix ne sont pas désespérées aujourdhui ! Quand il faut ensevelir dans les flots, la dépouille dun marin, des honneurs sans doute lui sont rendus, mais surtout des prières laccompagnent. Lhomme de Dieu, le prêtre lance ses supplications, établit le contact avec linfini, sème de la lumière et parle du rivage splendide où accoste avec sérénité lâme délivrée du corps.

    Si, comme au temps de notre bon Roi Saint Louis, le Veni Creat.or Spiritus nest plus officiellement chanté quand on lève lancre et si lon ne fait plus de processions autour des mâts du navire durant les traversées, des hymnes magnifiques jaillissent encore de bien des lèvres quand disparaît la terre.

    Il faut le dire. De plus en plus, la France sintéresse à la jeunesse maritime chrétienne et trouve indispensable la présence dun aumônier sur ses principales unités de guerre. Des groupes de cette jeunesse se forment, nombreux en France, enracinés à létranger. Citons seulement ceux de Tunisie, dAlgérie, du Maroc, de Syrie, de Dakar et de Saigon. Evidemment, ces groupes nont nulle stylisation de confrérie. Créés pour des hommes, laumônier sadressant à ces groupes, aura des paroles ardentes, incisives, franches, explicatrices du sens de la vie présente et future. Parlant à des audacieux dans tous les domaines, il aura nécessairement toutes les audaces du verbe religieux et patriotique. Mais, par-dessus tout, laumônier restera le consolateur, le confident, lami très accessible et très compréhensif. A lui de dénouer les crises, de sanctifier les sacrifices, daplanir les accessions rudes à la Foi, de donner à tous la vraie paix de lâme.

    Magnifique apostolat que celui de laumônier naval et militaire ! Na-t-on pas publiquement exalté son rôle et reconnu sa valeur lors de la merveilleuse Exposition Coloniale ? Cétait justice de mettre à lhonneur celui qui si souvent est à la peine, la Société des Missions-Étrangères en distrayant un de ses membres pour le service en mer dune paroisse jette encore sur des fils chers à lEglise, son merveilleux rayonnement. Elle élargit sa Mission densemencement des âmes en Extrême-Orient. Elle reste française aussi dans son zèle et dans sa charité. Au vingtième siècle, comme au dix-septième elle sait toujours se mettre aux ordres de lEsprit qui souffle où il veut.

    L. CHORIN.
    1932/682-686
    682-686
    Chorin
    France et Asie
    1932
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