Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Pakhoi : Reconnaissance à Sainte Thérèse l'Enfant-Jésus.

Pakhoi : Reconnaissance à Sainte Thérèse l'Enfant-Jésus. Le Vicaire Apostolique de Pakhoi demande au Bulletin une de ses pages, ou même une simple demi page, pour l'aider à remplir une promesse, faite par lui à sainte Thérèse de Lisieux, toujours protectrice des Missions.
Add this
    Pakhoi : Reconnaissance à Sainte Thérèse l'Enfant-Jésus.

    Le Vicaire Apostolique de Pakhoi demande au Bulletin une de ses pages, ou même une simple demi page, pour l'aider à remplir une promesse, faite par lui à sainte Thérèse de Lisieux, toujours protectrice des Missions.
    Au mois de mars dernier, Pakhoi, que les troupes cantonaises n'avaient pu défendre, fut brusquement occupé par leurs adversaires, en l'espèce deux régiments du fameux chef rebelle Tchang Fat-Kwai. Or il se disait un peu partout que la \ Division de fer " et son Général avaient alors partie liée avec les Communistes, qui tenaient à peu près tout l'ouest du Kwang-Si : on l'affirmait, et les raisons ne manquaient pas pour s'attendre aux désordres et aux attentats signalés partout où paraît le Communisme.
    Un jour, déjà avant l'entrée des nouveaux venus, on affirmait en ville que Tchang Fat-Kwai avait donné ordre au Commandant de son avant-garde de procéder, dès l'arrivée, à l'enlèvement des Missionnaires et du Consul de France. Une grave menace semblait donc se préciser et le Chef du Vicariat pouvait tout redouter pour ses confrères, ses Religieuses et leurs orphelines, les enfants du séminaire et un certain nombre de chrétiens.
    C'est à ce moment que, devant le tabernacle occupé par son Hôte divin, la protection du Ciel et plus spécialement de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus fut demandée, avec promesse, en outre d'autres engagements plus personnels, de publier par la voie du Bulletin l'aide reçue de la Patronne des Missions.
    De cette promesse, nous nous acquittons ici, en demandant à tous nos amis de remercier la Sainte avec nous et de lui exprimer notre reconnaissance, comme nous le faisons nous-mêmes. Durant les quelques semaines que dura l'occupation de Pakhoi par les rebelles, en dépit des mauvais bruits persistants, ni les biens de la Mission, ni les personnes, n'ont souffert le moindre dommage.
    Honneur à sainte Thérèse !

    Variété

    Unguibus et rostro....

    Vous savez : Deux aigles qui s'acharnent sur un écu de gueule aux trois clefs d'or.... Je vous fais grâce du reste... Je retiens seulement la devise.
    Jusqu'à ces dernières semaines, ces trois mots désignaient parfaitement mon ami Paul : Vous allez voir comment...
    Paul, le nom importe peu d'ailleurs, à trente cinq ans sonnés en paraît vingt. Diplômé, plutôt bavard qu'orateur, de commerce agréable. Plein d'entrain, actif. Maigre. Il lit beaucoup les journaux... Il affectionne naturellement la presse catholique.
    La diffusion des journaux et revues a pour résultat la connaissance chez le lecteur de ce qui se passe ailleurs que chez lui. Les tableaux des événements importants ou insignifiants en donnent toujours une idée avantageuse. Il en est ainsi partout sous le soleil.
    Combien de fois ai-je entendu Paul me dire : " Ah ! Ailleurs... les chrétiens sont organisés : des associations de jeunes et de vieux. Ici rien de rien. C'est curieux ".
    " Très curieux, en effet, ai-je répondu quatre-vingt-dix-neuf fois ".
    Pour la centième, toutefois, j'ai préparé mes batteries. Car, je tiens à le déclarer, je suis acquis à la thèse. Les associations sont un très grand secours, aussi bien pour les personnes que pour la communauté. Et, puisque Paul a l'air décidé, pourquoi ne pas essayer une réalisation ? S'il y tient, s'acharne unguibus et rostro, pourquoi ne pas réaliser la ténacité de ses griffes et la puissance de son.... éloquence ? A lui la présidence, la direction laïque, et les mille petits riens qui rendent le rôle de chef en somme assez difficile. Il est capable de donner... Et c'est dans son école que bientôt pourront se recruter les " têtes " initiales. Il pourra même rédiger le petit bulletin agent de liaison...
    Un jour de décembre Paul est chez moi. On apporte le courrier. Un numéro du bulletin mensuel de l'Action catholique est dans le paquet. Je lis mes lettres. Lui parcourt la table des matières. Un soupir souligne chaque en-tête d'article. Ma lecture achevée, j'attends la centième attaque. Elle ne tarde pas à être déclanchée :
    Voilà, Père, à tel endroit les catholiques ont la vie belle. Des réunions, des conférences, des congrès. Moi je voudrais être dans ce pays-là !
    Et moi donc !...
    Au lieu qu'ici rien, rien, rien...
    Rien, rien, rien, trois fois rien !... Et ensuite ?
    Je ne sais pas à quoi cela tient...
    Moi je le sais.
    Alors, peut-on savoir ?
    " Tu rêves d'un groupement de jeunes gens ? Mais moi aussi. Mais les rêves, tu sais, sont parfois dangereux. Le danger est de passer sa vie à rêver. En français on dirait " dans les nuages ". A cela pas de difficulté. Aucune fatigue, en dehors des méninges. Aucun mérite par conséquent. Eh bien ! Veux-tu quitter le domaine du rêve ? Veux-tu qu'ensemble nous passions dans le réel ? "
    Voyons, comment ?
    C'est très simple : D'abord je te nomme président de la jeunesse catholique d'ici, de mon ressort. Dans ton école, nous chercherons quelques jeunes solides et zélés. Pas plus de dix pour commencer. N'allons pas nous enliser au premier pas, dans la masse amorphe ; la masse il faudra tout simplement la noyauter. Pas d'autre moyen pour l'avoir. Ces dix jeunes, nous ne les perdrons pas de vue. Avec l'aide de Dieu ils seront les colonnes. Les colonnes, tu sais, doivent être très droites, et de bois assez dur pour résister au furetage des fourmis blanches. Donc de la piété, de la doctrine, et ensuite le zèle couronnera l'édifice de ce qui sera tiré de la masse. Une feuille mensuelle, ou à peu près, leur viendra dire de temps en temps, quand ils auront fini leurs études et regagné leurs rizières, qu'on est tous frères, unis pour la conquête du ciel et de notre prochain... Comme tu vois, ce n'est pas la mer à boire.
    Et puis des réunions de temps en temps, plus ou moins généra les, où même les tièdes pourront venir. Cela ne pourra que leur faire du bien et ces manifestations nous donneront la face.
    La face ? Si tu veux. Il y a plus important toutefois.
    Cela va de soi. Néanmoins...
    Je t'entends. En somme, nous nous entendons à merveille.
    A merveille. Cependant l'évêque...
    Sois sans inquiétude sur ce point. Une vieille habitude...
    En tout cas le Père sera là.
    Où veux tu que je sois ? Ici ou pas très loin. Tu connais les frontières du district. C'est donc entendu, (en moi-même : unguibus et rostro). Donc entendu.

    ***

    A quelque temps de là Paul vient me trouver : " Père, j'ai quelques affaires à régler chez moi. Il me faut aller voir ce qui se passe. Je reviendrai pour la rentrée.
    Aux environs du nouvel an, j'enverrai du monde porter tes bagages.
    Et au temps voulu je fais comme il a été entendu. Deux hommes vont. Huit jours plus tard ils reviennent... Pas de bagage et pas de monsieur. Une lettre en tient lieu. Voyons :
    " Ah ! Le Père va me gronder, le Père ne sera pas content. Mais je suis chef de canton, alors mon devoir... Ensuite ma femme, mes enfants, mon beau-père, ma belle-mère... Tout est cher, mauvaise année en perspective. Donc pour cette année impossible de répondre à l'appel du Père. Absolument impossible. Que le Père m'excuse. Une autre année on verra... "
    Quatre pages à l'avenant. Un seul mot pouvait traduire le tout. Il n'est pas français, tant pis ; je l'ai crié quand même : " Dégonflage, dégonfleur, dégonflé "... Paul, je sais ta faconde, mais où sont tes griffes ?
    Ma provision d'encre est considérable. Par les années que voici peut-on jamais savoir !... De ma meilleure et sur-le-champ je riposte (quoad sensum) : " Mon cher Paul, tu admires, et avec raison, ce qui se fait ailleurs. Sache bien que si ailleurs les Pères ne trouvaient pas plus de dévouement que ce que j'en trouve chez toi, ce serait ailleurs comme ici. Donc trêve de critiques. Je les accepterai après échec, et pour en tenir compte dans un nouvel essai ".

    ***

    Depuis, chaque mois, j'expédie un paquet de journaux et revues. Et une lettre avec... J'excite, j'essaie tous les arguments tour à tour. Pas de réponse...
    Ces jours-ci l'appareil à polycopier est arrivé... Aussitôt nouvelle lettre : " Tu sais ? L'appareil, la machine... elle est arrivée. Surprenante ! Ton pinceau fera merveille en caractères et en dessins... des " en noir " et des " en couleurs ".
    Faut-il désespérer ? Je ne crois pas. On ne doit jamais jeter le manche après la cognée. Non, il n'y a point lieu... Mais l'occasion a été bonne de mettre un travail sur le métier et d'expérimenter le courage d'un ardent et en somme brave chrétien, qui a donné dans le mirage et a été ensuite effrayé par la réalité. Cela arrive, cela vient d'arriver.

    ***

    Nous sommes ici à l'époque chaude. J'ai quitté pour un temps mon district surchauffé, et gagné les hauteurs. Sur mon chemin, j'ai trouvé un autre jeune chrétien ardent. Il a commencé l'attaque comme Paul. En plus fort même. Mais il est mal tombé : je lui ai servi l'histoire que je viens de conter, toute chaude. Et puis je lui ai offert de prendre la tête. Il s'est excusé comme Paul.... Je m'y attendais. J'ai tiré la leçon devant lui. Il aura compris j'espère...
    Et en arrivant aux pays hauts, dans la charmante sous-préfecture que voici, j'ai trouvé en feuilletant des revues, une phrase qui résume très bien mes dires. Elle est d'un religieux, homme d'action, dont j'ai goûté jadis la verve, dans une bonne ville normande. Le R. P. Rutten dit donc que " les batailles ne sont pas gagnées par ceux qui critiquent, mais par ceux qui luttent ".
    Et c'est dans la bataille que l'on expérimente la ténacité et la vaillance. Là seulement on peut mesurer combien l'on réalise la devise : " à bec et à griffes " unguibus et rostro....

    MILES CHRISTI.




    "
    1930/642-646
    642-646
    Christi
    Chine
    1930
    Aucune image