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Origine des caractères chinois 4 (Suite)

Origine des caractères chinois (Suite) Troisième Etude Le caractère (caractères chinois). Avant-propos. Le caractère (caractères chinois) mên signifie aujourdhui porte et tous ceux qui se sont occupés détymologie et ont étudié et discuté la forme des antiques hiéroglyphes chinois ont vu dans cette figure une porte à deux vantaux ou, pour parler plus exactement, un (caractères chinois) fóu, porte, redoublé.
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    Origine des caractères chinois
    (Suite)
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    Troisième Etude

    Le caractère (caractères chinois).

    Avant-propos. Le caractère (caractères chinois) mên signifie aujourdhui porte et tous ceux qui se sont occupés détymologie et ont étudié et discuté la forme des antiques hiéroglyphes chinois ont vu dans cette figure une porte à deux vantaux ou, pour parler plus exactement, un (caractères chinois) fóu, porte, redoublé.

    A lheure actuelle, cest là une doctrine universellement admise, et celui qui viendrait soutenir le contraire serait bien mal reçu par les lettrés chinois et par les sinologues européens.

    Et pourtant le caractère (caractères chinois) mên figurait-il vraiment à lorigine une porte à deux battants et son sens primitif nétait-il pas tout autre que celui quon lui donne à présent ? Quon veuille bien permettre à lauteur de ce travail dexposer son humble opinion. Le caractère (caractères chinois) mên figurait à lorigine une lune double ; comme son et comme sens, il est à rattacher à la racine mên-lune des langues indo-européennes.

    Pour le prouver, lexamen des formes antiques du caractère ne pourra pas être dun grand secours. Tout cela ne nous est parvenu que très endommagé. Cest surtout létude des textes anciens qui nous indiquera le sens primitif du caractère (caractères chinois) mên, et le sens une fois connu, ce sera un jeu que de retrouver ou de reconstituer le tracé originel de la lettre.

    Homme-porte, homme-lune. Il y a dans les textes anciens une expression quon rencontre très souvent, en même temps que dautres expressions équivalentes ; cest (caractères chinois) mên jên. Jusquici on a toujours traduit ces deux caractères par homme-porte et cest un fait que dans certains textes il est évidemment question de concierge. Dans dautres passages, au contraire, il est manifeste quil ne sagit nullement dun vulgaire pipelet. Supposons que dans une de vos lectures vous rencontriez une phrase ainsi conçue : A la bataille de Trafalgar, Nelson fut blessé mortellement. Ses deux mên jên furent tués. Dans un texte de cette allure il est évident que les deux mên-jên ne peuvent être de vulgaires concierges, car, que seraient-ils venus faire aux côtés du noble héros, juste à point pour recevoir le coup fatal ? Supposons encore quil prenne à un ministre la fantaisie de réformer lorganisation de ses services. Une fois lopération terminée, les résultats de cette refonte sont relatés au Journal Officiel. Si nous voyons alors les fonctions de mên-jen énumérées de plain-pied avec celles de vice-ministre, chef de cabinet, chef de bureau et autres gros bonnets, ne sera-t-il pas permis de penser que ces mên-jên étaient des fonctionnaires importants ? A remarquer aussi que ces mên-jên, sils ne sont que de simples concierges, ne sont jamais à leur poste ; par contre, on les voit, chose singulière, prendre part à tous les conseils dEtat. Non, il ne peut être question ici dhommes-porte, mais bien dhommes-lune. Ces hommes-lune étaient de vrais personnages ; ils ne lâchaient pas dune semelle la personne du prince, ils le suivaient partout. Ils étaient les conseillers royaux, disons mieux, ils étaient les mentors des princes. Gouverner, cest prévoir : les mentors aidaient le gouvernement en prévoyant lavenir et comme la lune (mên) exerce sur les destinées humaines une influence considérable, cest surtout létude de la lune qui permettait aux mentors de prédire les temps futurs.

    Mariage nature. La lune exerce sur les destinées de lhomme une influence capitale. Cest surtout à loccasion des hyménées et des batailles quelle fait sentir son action, une action bien naturelle dailleurs et nullement superstitieuse, comme par la suite se limagina la sotte humanité.

    Voyons dabord pour les mariages.
    Parce que modernes et parce que Européens, nous ne savons plus ce que cest quun mariage, ou nous navons du mariage quune fausse conception. Pour nous ce nest plus là quune question damour : je taime, tu maimes, marions-nous. A notre époque deux jeunes gens saiment-ils damour, ils sen vont bien sagement, par le petit doigt lon-là devant Monsieur le Maire, par le petit doigt lon-laire devant Monsieur le Curé et tout est fini par là. A lorigine ni lamour ni le maire, ni le curé navaient à voir dans ces questions matrimoniales. Cétait moins compliqué quaux temps actuels ; cétait peut-être un peu plus dangereux, mais combien plus pittoresque ! Transportons-nous par la pensée à cet âge dor de la pure nature. Un particulier se sent-il en âge de mariage et prétend-il goûter lui aussi aux joies de la vie conjugale, il choisit bien sa particulière. Elle est encore sous la tutelle paternelle, peut-être même est-elle constituée sous autorité maritale, quimporte ! Ce nest là quune question dimportance secondaire, une complication qui nexigera quun minimum de précautions supplémentaires. Notre homme a-t-il enfin bien arrêté son choix, il se munit dun solide gourdin, se fait, à la rigueur, accompagner par quelques amis résolus, prend bien son temps et, par un beau clair de lune, cherche à surprendre lobjet de ses vux. Si le papa proteste, pan ! sur le papa. Si le mari résiste, pan ! sur le mari. Si cest elle qui fait des manières, pan ! sur la Sabine sans trop lendommager pourtant, juste assez pour lui faire perdre le sens de la réalité et pouvoir ainsi lemporter et filer avant que toute la tribu nait été alertée.

    Nos jeunes confrères XXème siècle vont, cest à craindre, jeter les hauts cris : Il ne peut y avoir dans tout cela de vrai mariage, puisquil ny a pas de consentement ! Pardon ! excuse ! Messieurs les XXème siècle, et tant pis pour les principes ! Mais, si vous le voulez bien, ne nous hâtons de conclure ni dans un sens ni dans lautre. Les Chinois eux-mêmes hésitent et font des distinctions. A leurs yeux le (caractères chinois) tiang tsin est bel et bien le rapt, un crime sévèrement puni par les lois, mais, de grâce, ne confondons pas avec le (caractères chinois) tsiang houen tché. Quest-ce là donc ? Tout simplement une façon spéciale de se marier qui consiste à prendre femme, non pas par les sentiments, mais à la force du poignet. Les Européens ne connaissent que le (caractères chinois), le mariage damour, ou encore le (caractères chinois), le mariage économique ou de convenance. Comme pittoresque ça ne vaut pas le mariage nature , où lon dit non pas je taime ou elle a le sac et des tantes, mais bien je tempoigne, filons.

    Le baquet révélateur. Les Chinois eux-mêmes ne savent plus ce que cest que le mariage nature. On peut même dire que leur code matrimonial est encore plus compliqué quen Europe. Si chez eux, du moins en certains cas, le divorce est permis, quoique en pratique peu facile, du moins la sainteté même du mariage est protégée par des sanctions sévères et même terribles. Ainsi, le mari, dont on blesse lhonneur, a droit de vie et de mort : il peut tuer ses insulteurs. Dans des cas de ce genre, ce que la loi et la coutume exigent, cest que le travail ne soit pas fait à moitié ; il faut la paire. Linfortuné a-t-il réussi à tuer les deux pigeons qui osaient ainsi à sa barbe voler de concert (caractères chinois) et doccasion, il ne lui reste plus quà couper les deux têtes, à les mettre dans un sac et à les porter au prétoire. Le cas est prévu. Il létait du moins avant la Révolution et il doit lêtre encore. Même dans ce fait du mari qui se rend justice à lui-même, il y a, sinon crime, du moins délit : il a versé le sang humain et privé lhumanité de deux de ses membres ; la nature et lhumanité crient vengeance. Elles seront bien vengées. Le meurtrier connaît le règlement ; de lui-même il sest couché par terre. Un satellite lui applique alors le tarif sur le bas du dos : quarante coups de planchette religieusement comptés. Le délinquant na plus après cela quà rajuster sa culotte et à prendre le large ; il est quitte envers la société. Tout, cependant, nest pas fini pour tout le monde. Ce qui intrigue au plus haut point le mandarin et ses subordonnés, en un mot, toute la racaille du prétoire, cest de savoir si le crime dadultère a été consommé. On apporte une cuve, on la remplit deau. On y plonge les deux têtes. Si les deux têtes, voguant de concert, ont lair de se tourner le dos, oh alors ! pas le moindre doute que le crime na pas été consommé. Si, au contraire, les deux têtes nageant de compagnie se tournent lune vers lautre, oh alors ! pas de doute non plus. Et la séance est ainsi terminée.

    En somme les Chinois nont gardé des pratiques primitives du mariage nature que des traces à peine perceptibles. Encore ne les retrouve-t-on que dans les pays de montagne où les traditions se conservent le mieux. Cest ainsi que le jeune homme, qui vient avec ses amis prendre livraison de sa fiancée, doit narriver que vers le soir à la maison de la future. La nuit se passe à chanter, à jouer, à boire. Au petit jour enfin, le fiancé emmène son épouse. Celle-ci vient toujours en tête du cortège, enfermée dans une chaise à porteurs. Le marié vient derrière, toujours à cheval. Aujourdhui il na plus darmes, mais il a conservé lantique baudrier : une pièce de soie rouge jetée sur lépaule droite et dont les pans sont noués du côté gauche. Il a vraiment lair, ce marié, de protéger larrière-garde contre un retour offensif possible. Mais, au temps présent, qui comprend encore ces rites ?

    Mariage à la lolotte. Le mariage à la lolotte nous montrera mieux le rôle que joue la lune dans les affaires matrimoniales. Pour les esclaves lolottes ou même pour les demoiselles de la classe inférieure, cela va sans dire, les cérémonies du mariage se réduisent à bien peu de chose, si toutefois on peut parler de cérémonies. Pour les demoiselles de la haute il en va tout autrement, et cest ici, Messieurs les confrères XXème siècle, que je vous attends. Il ne manquerait plus que cela que lon traitât une lolotte de la grande classe comme une vulgaire esclave et quon ne lui fît pas tous les honneurs dun enlèvement en règle. Oh ! alors, il ne pourrait y avoir de vrai consentement et par conséquent de vrai mariage, sil ny avait pas un enlèvement exécuté selon tous les principes de lart : Comment ! me traiter comme une esclave, comme une fille de fermier ! De tout cela que conclure ? Vous êtes pris, Messieurs les XXème.

    Aujourdhui même chez les Lolos, on prend des précautions contre des accidents graves. Il est bien entendu que le mariage se fait toujours par enlèvement, ces dames y tiennent absolument, mais on sarrange de façon à sauvegarder les apparences et à éviter les rencontres fâcheuses. Quoiquil en soit, cest bien joué et ça donne vraiment limpression de la réalité. A notre époque, quand un jeune Lolo a arrêté un choix, il fait en sorte que le papa de la demoiselle ne lignore pas et lui-même ne tarde pas à savoir sil a des chances dêtre finalement agréé. Le jour, ou plutôt la nuit de lenlèvement nest pas fixée dun commun accord, cest certain, mais le papa sait très bien que ce nest plus quune question de temps et là, sous les fagots, il a mis en réserve quelques bonnes jarres. La demoiselle elle-même nignore pas ce qui se manigance, aussi, quand il survient une de ces nuits merveilleuses, à la mode du Kientchang, où la lune se montre dans toute sa splendeur, soyez-bien sûr que le cur bat très fort sous le mantelet de la demoiselle : elle se demande si lheure de ses noces na pas sonné (hum) !. Car, est-il besoin de le dire ? cest toujours par un beau clair de lune que le coup s exécute.

    Branle-bas de combat. Le village est complètement endormi. Les chiens eux-mêmes sont muets. Cependant, dans les ravins, des ombres suspectes se meuvent. Tout à coup un formidable cri de guerre réveille la nature et les chiens : lassaillant sest précipite vers les remparts. Déjà tout le village est sur pied ; lon entend le cliquetis des sabres et lon voit briller le fer des lances. Déjà le feu-signal a flambé et, des hameaux voisins, les parents et les alliés arrivent à la rescousse pour repousser lenvahisseur. Est-ce donc que tout ce monde va sembrocher ? Ne vous en faites pas ! Voici que lassaillant peu à peu sest retiré jusquà la crête voisine. Un vieux se détache de la troupe et semble vouloir entrer en pourparlers avec le village attaqué ; on lintroduit. La palabre dure longtemps. Cependant tout finit par sarranger : tant de vaches, tant de moutons et de chèvres constitueront la dot de la demoiselle. Sur ce, un signal donné réunit les deux camps adverses et lon embrasse les jarres deau-de-vie, jusquau petit matin où le jeune chef Lolo emmène enfin sa femme doublement ravie

    Malheureusement tout nest pas fini pour tout le monde. En définitive ce sont les petits qui paient la note : à eux surtout il incombe de fournir la dot de la fille de leur seigneur et maître. Cest partout la même chose :

    Quidquid delirant reges, plectuntur Achivi.
    On voit que de tout temps
    Les petits ont pâti des sottises des grands.

    Les Chinois disent non moins bien : (caractères chinois).
    Quon peut traduire en bon français : quand les génies se prennent au collet, ce sont toujours ces pauvres diables dhommes qui trinquent.

    Léternelle complice des mauvais coups. Cest bien le qualificatif quon peut donner à la lune. A la rigueur on pourrait lui pardonner ses interventions dans les affaires humaines à loccasion des mariages. Nous lavons vu, si ça commence toujours très mal, au moins apparemment, pour finir, tout le monde est content. Ah ! sil ny avait pas les vraies batailles !

    Les Romains avaient deux divinités guerrières. Cétait dabord Mars, le vrai dieu de la guerre sans doute, mais de la guerre bête et brutale. Aussi ne lui sacrifiait-on que des animaux doués de plus de force et dardeur que de patience et de ruse : un cheval, un loup, un bouc. Il y avait ensuite Minerve, la grande déesse lunaire, dont le nom même nest nullement étranger à notre (caractères chinois) mên chinois. Si cette déesse laisse à son alter ego Junon (ou Lucine) le soin de soccuper des mariages et du reste, elle na, par contre, pas sa pareille pour présider à la bataille et diriger une guerre de ruse. Minerve nest, au fond, que lastre des nuits qui, par sa demi-clarté, favorise les traîtres coups de main, les sournoises embuscades, les ténébreux enlèvements. La lune est la grande scélérate : elle semble jeter partout la lumière et la sécurité, alors quelle néclaire que le dessus des choses ; elle ne vous donne limpression du silence et de la tranquillité que pour mieux vous tromper.

    Il existait autrefois, sur les confins de lempire chinois, une peuplade très belliqueuse que les Romains eux-mêmes connaissaient sous le nom de Scythes. Les Chinois lui donnaient le nom de clan-lune (caractères chinois), très probablement parce que, très batailleuse et coutumière des coups de main nocturnes, elle avait elle-même adopté lastre des nuits comme emblème et comme nom (totem). Après cela, étonnez-vous que les descendants de ces Scythes, nos modernes Ottomans, aient conservé le croissant comme emblème national. Que ce croissant ait été adopté pour commémorer un miracle de Mahomet, qui pourra croire cela ? Remarquez que sur les drapeaux turcs le croissant saccompagne dune petite étoile ; que, par ailleurs, vous retrouvez cette étoile, entre les branches du croissant que représentaient les formes antiques du caractère chinois (caractères chinois). Que signifie cette étoile ? Mystère !

    Le vieux à la lune. La lune jouait donc à lorigine un rôle considérable dans les affaires matrimoniales mais, on la vu, un rôle tout naturel et nullement superstitieux. Si, dans les commencements, on consultait le mên-jên au sujet dun mariage, cétait tout simplement pour senquérir dune nuit claire et propice au coup de main.

    Par la suite il nen fut plus de même. On en vint peu à peu à penser que la lune exerçait sur nos destinées, nos destinées matrimoniales surtout, une influence mystérieuse. Quelle est donc cette attirance secrète qui fait que jeunes gens et jeunes filles se rencontrent, se plaisent et sunissent et quelle est donc cette puissance occulte qui préside au sort de chaque particulier et de chaque particulière et capricieusement les fait se rejoindre et sunir ? Quelle est donc cette force fatale qui fait que Pierre épousera Jeanne et non pas Marguerite ? Il faut, paraît-il, demander à la lune compte de tout cela. Aussi, dans lantiquité tout au moins, aucune affaire de mariage ne fut jamais conclue avant que le mên-jên, lhomme-lune neût dit son mot et neût éclairé la situation en tirant un horoscope, en consultant sa céleste patronne. Aujourdhui encore on donne aux entremetteurs de mariage le nom de vieux à la lune, (caractères chinois) ou encore (caractères chinois). Les Chinois ne comprennent plus cette expression, ou, tout au moins, ils nen goûtent pas toute la saveur. Pour nous, nous possédons, dès à présent, toutes les connaissances suffisantes pour saisir parfaitement le sens et apprécier toute la saveur de la petite histoire suivante : cest dailleurs elle qui a fourni à la littérature chinoise lexpression le vieux à la lune.

    Il arriva quun nommé Oui Kou, de la famille Tâng, prit logement dans une auberge du quartier sud de la ville de Song. Il vit un vieillard qui, tourné vers la lune, consultait un livre. Il lui demanda: quel est ce livre ? Le vieillard répondit : Cest le livre des destinées matrimoniales. Quelque temps après, Oui Kou entra dans le marché au riz et il rencontra une nourrice qui portait dans ses bras une petite fille âgée de trois ans. Le vieillard lui dit : Cette petite fille sera la femme de Monsieur. Oui Kou se fâche et il aurait transpercé lenfant de son poignard si sa nourrice ne lavait emportée en senfuyant et se perdant au milieu de la foule. Quinze ans plus tard Oui Kou prit femme et il saperçut que la mariée, très belle dailleurs, dissimulait une cicatrice sous un bijou. Il lui demanda : Quest-cela ?. Alors elle lui expliqua comment, à lâge de trois ans, étant dans les bras de sa nourrice, elle avait failli être tuée par un inconnu qui ne lavait que blessée légèrement, blessure dont elle avait conservé cette marque. Oui Kou comprit ainsi que personne ne peut échapper à sa destinée matrimoniale.

    (A suivre) HERCEY

    1928/469-476
    469-476
    Hercey
    Chine
    1928
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