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Origine des caractères chinois 1

Origine des caractères chinois Etude densemble
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    Origine des caractères chinois
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    Etude densemble

    Avant-propos. Dans le Bulletin du mois de mai 1924, un confrère a publié un article, dans lequel il a résumé dune manière remarquable ce qui est enseigné communément touchant les origines de lécriture chinoise. Lauteur des présentes lignes na nullement la prétention de refaire ce travail. Son ambition est tout autre : elle est de répondre à une question dordre moins général, qui précisément a été indiquée, au moins dune manière implicite, dans larticle mentionné ci-dessus. En effet, il est dit ceci : Les origines de lécriture chinoise sont à peu près inconnues. Certains ouvrages en langue européenne ont bien traité cette question, mais dune manière superficielle et parfois fantaisiste... Il existe sur les origines et les développements de lécriture une mine précieuse de renseignements, qui na pas encore été exploitée : cest létude des antiques caractères chinois, dont la forme rappelle celle des hiéroglyphes. En dautres termes, les monuments historiques ont été impuissants à nous renseigner sur les véritables origines de lécriture chinoise, au moins dune manière satisfaisante, Par bonheur il reste une source de renseignements inexploitée. Est-ce que lécriture chinoise, étudiée en elle-même, ne pourrait pas nous livrer quelques secrets touchant ses origines ?

    Les caractères chinois sont-ils bien dorigine chinoise ? Ne sont-ils pas plutôt dimportation étrangère ? Telle est la question que lauteur de ces lignes se pose et à laquelle il va tâcher de répondre, en se basant sur des arguments intrinsèques. Mais, avant daborder ce travail, il est nécessaire de faire quelques remarques. Les lecteurs doivent être avertis que le présent article na point pour objet dexposer une doctrine généralement admise, mais bien une opinion absolument personnelle, dans lensemble comme dans les détails. Par ailleurs, le problème posé peut paraître, à première vue, ne devoir intéresser que les seuls Chinois, ou encore les confrères qui travaillent au Japon, en Corée, en Indo-Chine, où lécriture chinoise a été adoptée. Cependant, on verra plus loin pourquoi, ce sont les confrères indiens qui sont plus particulièrement visés. Quant aux lecteurs qui ne sont ni indiens ni chinois, quils prennent patience : ils verront que lécriture et la langue chinoises ne sont pas à ce point éloignées de nos langues et de nos écritures européennes quelles ne puissent, à loccasion, nous donner des éclaircissements philologiques à lendroit de ces mêmes langues et de nos alphabets modernes.

    Lettrés chinois et savants européens. La plupart des lettrés chinois attribuent linvention de leur écriture nationale à un ministre de lempereur Houang Ti (caractères chinois) (26 siècles avant J.-C.), nommé Tsang Kie (caractères chinois). Quelques-uns en font remonter lorigine jusquau temps de Fou Hi (caractères chinois), cest-à-dire à près de 29 siècles avant lère chrétienne. Si les opinions varient sur ce point particulier, du moins elles se rejoignent dans la plus parfaite unanimité et la conviction la plus entière pour professer, comme un dogme, que lécriture chinoise a bien été inventée en Chine et par un Chinois et quaucune discussion nest possible à ce sujet. En somme, on ne peut faire un reproche aux lettrés chinois de leur belle assurance, car, à défaut de titres parfaitement authentiques, ils peuvent du moins se targuer dune possession pacifique de près de cinquante siècles. En effet, il semble bien que les Européens ont été les premiers à douter de lorigine locale de lécriture chinoise et à se demander si ces caractères ne seraient pas une simple importation étrangère. On voit même un sinologue français, Pauthier (1791-1873), essayer de démontrer que lécriture a été introduite en Chine par les Egyptiens et que nos caractères chinois ne sont ni plus ni moins que les hiéroglyphes égyptiens à peine démarqués. Mais, il faut bien lavouer, les arguments, exposés pour prouver lorigine étrangère ou égyptienne de lécriture chinoise, ne sont nullement convaincants et, à lheure actuelle, les Européens aussi bien que les Chinois continuent, jusquà preuve du contraire, à soutenir les vieilles doctrines et à attribuer linvention des caractères, sinon à Tsang Kie ou à Fou Hi, du moins à un authentique Chinois.

    Intérêt pratique du problème. La question, telle quelle a été posée plus haut, peut sembler ne présenter quun intérêt de pure érudition et dordre uniquement spéculatif. En est-il vraiment ainsi ? Le problème des origines de lécriture chinoise nest-il vraiment digne que dintéresser des savants et des érudits ? Essayons de prouver le contraire.

    A la rigueur, on peut admettre que létude des caractères chinois nétait pas jadis indispensable aux missionnaires. Beaucoup parmi nos anciens ont fait bonne figure et bonne besogne qui nen connaissaient pas dix. Au temps présent, il nen est plus de même. Linstruction a fait en Chine de très grands progrès et elle se répand partout jusque dans les campagnes les plus reculées. Hier, il était permis dêtre totalement illettré ; aujourdhui, cest très mal porté.

    A cela il faut ajouter quune langue nouvelle est en voie de formation, pour la connaissance de laquelle létude des caractères semble devoir être indispensable. Adieu la vieille langue des lettrés, archaïque, concise, obscure, compassée ! Elle a presque totalement disparu et ne laisse de regrets sincères quaux vieux maîtres décole. La langue vulgaire des campagnes elle-même se perd, ou du moins elle tend à se réformer. Entre la vieille langue littéraire et les patois ruraux, une langue intermédiaire a pris place, qui est celle des écoles, des journaux, des conférences, qui est déjà et sera de plus en plus celle des conversations. Cest cette langue que nos jeunes confrères devront étudier et parler, et, pour cela, la connaissance des caractères leur sera de la plus grande utilité, pour ne pas dire quelle sera indispensable.

    Nos petits Chinois peuvent, par les seules ressources de leur mémoire, apprendre et retenir des milliers de lettres. Ce serait là travail impossible pour un Européen ou, du moins, supplice intolérable. Un Européen ne retient bien que ce quil comprend, et chez lui la mémoire doit céder le pas à lintelligence.

    Cest ce qua très bien remarqué le R. P. Wieger S. J.. Pour faciliter aux jeunes sinologues létude des caractères, il a composé, à leur intention, un volume intitulé : Leçons Etymologiques. Dans cet ouvrage, lauteur reprend à son compte, avec de légères modifications, les explications étymologiques données, au deuxième siècle de lère chrétienne, par Hù Tchén (caractères chinois). Il na pas, dailleurs, pour but de faire uvre précisément scientifique, mais plutôt de procurer aux sinologues débutants dexcellents moyens mnémoniques et de leur permettre de se caser dans la mémoire, facilement et intelligemment, les quelques milliers de caractères nécessaires.

    Des missionnaires ont pensé quon pouvait faire davantage. Les explications de Hù Tchén nont pas, en somme, une valeur scientifique bien sûre. Ne pourrait-on pas leur substituer des leçons détymologie vraiment rationnelle et dexacte critique ? Si, pour chaque caractère, on pouvait reconstituer sa forme primitive et en même temps retrouver sa signification authentique, ce serait procurer aux débutants, en plus dune réelle satisfaction intellectuelle, le meilleur des moyens mnémoniques. Cest à ce travail détymologie que lauteur de ces lignes désire apporter sa contribution, et tel est le but dintérêt pratique quil se propose.

    Chasseur détymologies. Le confrère, que tente la chasse passionnante des étymologies chinoises, doit, au préalable, se munir de deux armes absolument indispensables : dune part, un dictionnaire chinois-latin assez développé ; dautre part, la collection la plus complète possible des formes antiques de lécriture chinoise. A-t-il en main ces deux instruments, voici la façon dont il procède. Supposons quil sest assigné comme tâche la recherche des origines étymologiques de telle ou telle lettre. Dune part, il examine attentivement les différentes significations que le dictionnaire attribue à ce caractère. Dautre part, il considère attentivement toutes les formes antiques groupées au-dessous de ce caractère. Si, dans son examen, il parvient à trouver, entre une forme précise aperçue parmi les antiques et un des sens énumérés par le dictionnaire, un certain rapport danalogie, il peut espérer avoir retrouvé une étymologie exacte.

    Un exemple concret fera mieux saisir le processus. Supposons que notre chasseur détymologies sest fixé comme travail létude du caractère (caractères chinois), Tien (ou Ten) Ciel. Les différents sens, que le dictionnaire donne à ce caractère, sont assez nombreux. Cependant il en est un que nous retiendrons de préférence à tout autre : celui de ciel. Cela se comprend aisément ; le mot ciel est un mot important dans toutes les langues et il est impossible quil nait pas eu son symbole parmi les hiéroglyphes chinois. Par ailleurs, entre toutes les formes anciennes accumulées dans le dictionnaire des antiques sous le caractère (caractères chinois), il en est une qui doit spécialement retenir notre attention : trois demi-cercles superposés. Pourquoi noter cette forme plutôt que telle autre ? Cest surtout une question de flair. Le plus difficile est de saisir le rapport danalogie qui existe entre le ciel et trois demi-cercles superposés. Ce nest pas ordinairement du premier coup que la lumière se fait. La plupart du temps le chasseur détymologies a beau se triturer les méninges, il ne trouve rien. Il finit par désespérer et, de guerre lasse, sen va à dautres occupations. Heureusement, à son insu, un travail latent continue à sopérer en son esprit et cest souvent au moment où il y pense le moins, que la solution désirée vient se présenter, comme delle-même, et simposer tyranniquement. Les trois demi-cercles superposés représentent larc-en-ciel, qui lui-même symbolise le ciel.

    Arc-en-ciel, pont, bateau. Larc-en-ciel, en chinois comme en français, na pas un nom qui lui est propre ; il sexprime par une périphrase, un assemblage de plusieurs mots. De ce fait il résulte que les trois demi-cercles superposés, qui figurent larc-en-ciel, peuvent symboliser le ciel, mais, chose singulière, ne peuvent servir à désigner larc-en-ciel lui-même. Celui-ci devra, dans lécriture, se rendre par les différents caractères correspondants aux mots qui composent son nom, par exemple, en français, les caractères de ciel et de arc.

    Aujourdhui larc-en-ciel se nomme en chinois tien káng et sécrit (caractères chinois). Le second de ces deux caractères est certainement fautif ; il désigne, paraît-il, le taupin, insecte qui, placé sur le dos, peut se détendre comme un ressort, faire un saut périlleux en lair et se remettre sur ses pattes. Le vrai caractère est caractères chinois, arc, ou mieux encore (caractères chinois) ; en effet, les Chinois ne disent pas comme nous arc-en-ciel, mais arche en ciel.

    Le caractère (caractères chinois) káng, lun des plus simples et des plus jolis parmi les caractères chinois, partant lun des plus uf de Colomb, représente un pont formé dune arche et dun parapet ; il signifie pont, arche, voûte. On le retrouve dans (caractères chinois), káng, four, fournaise (en forme de voûte), et dans le (caractères chinois), káng tchoûang, le lit-fourneau des populations du nord de la Chine. Il est symbole de solidité et de résistance physique et morale avec le caractère (caractères chinois), qui signifie étymologiquement se cambrer, sarc-bouter pour mieux soutenir ou mieux résister.

    Le caractère (caractères chinois) est très intéressant, car, soit comme figure, soit comme symbole, il rend très bien compte du firmamentum de la Genèse et de larc-en-ciel choisi comme signe dalliance (solidité). Enfin, il nest pas jusquà larche de Noë qui ne trouve son explication dans le caractère (caractères chinois). Lélément (caractères chinois) tcheou est le classifique des bateaux. A lorigine il représentait une barque égyptienne. Le vrai caractère du bateau est (caractères chinois), qui, dans sa forme primitive est sans contredit le plus joli des caractères. Par ailleurs lélément (caractères chinois) doit se lire pont, voûte, arche. Le caractère (caractères chinois) doit donc se lire navire ponté, navire voûté, navire arché. En un mot cétait un navire de haute mer. Le caractère (caractères chinois) est aujourdhui très employé dans les expressions caractères chinois navigation, et (caractères chinois) aviation. Actuellement pont se dit kiâo et sécrit (caractères chinois) ; la lettre authentique est certainement (caractères chinois), très voisine, dailleurs, comme forme et comme place dans le dictionnaire, de la lettre (caractères chinois).

    Méthode Inverse. En dehors de la méthode de recherche exposée plus haut, il en est une autre qui lui est diamétralement inverse. Elle consiste à rechercher demblée et à priori quelle devait être la représentation de tel objet ou le symbole de telle idée abstraite, puis à retrouver cette figure ou ce symbole parmi les formes antiques. Ici encore donnons un exemple.

    Il est certain que le nez, à cause de son importance, devait avoir sa représentation parmi les hiéroglyphes anciens. Si nous ne retrouvons pas sa forme primitive parmi les antiques du caractère (caractères chinois) pí nez, nous avons des chances de la rencontrer sous dautres lettres qui ont avec le nez un rapport étroit. Cest ainsi quon peut chercher avec quelque espoir de succès sous les caractères (caractères chinois) hiang parfum (fleur et nez) ; (caractères chinois) hìn se moucher; (caractères chinois) si respirer, souffle, etc..

    Le nez nétait pas seulement figure ; il était aussi symbole de la colère. Pourquoi ? Farce que toua les félidés (radical, fen) manifestent leur colère en crachant, cest-à-dire en projetant de leau par le nez et en faisant entendre un fou-fou suggestif avant-coureur dun coup de griffe plus significatif encore. Ce symbole de la colère devait se lire fen ; cest ce quil est facile de conclure de lexamen de toutes les expressions chinoises suivantes : (caractères chinois) fă fén, qui se dit des félins qui crachent de colère ; (caractères chinois) tà fén tí, éternuer ; (caractères chinois) fă fén che, cest lacte du tailleur, qui se sert de sa bouche comme dun vaporisateur et projette de leau en pluie fine sur les coutures avant de les rabattre au fer chaud ; (caractères chinois) fă fén lóu, se mettre en colère.

    Le nez, en tant que symbole de colère, est à rechercher sous les formes antiques de (caractères chinois) fen, caractère qui signifie aujourdhui diviser, séparer. Il est probable quon le trouvera concurremment avec une forme représentant un coin à fendre le bois (radical fen).

    Indices dune origine étrangère. Les exemples donnés plus haut suffisent à montrer quelle somme de travail et quelle gymnastique cérébrale exige la recherche étymologique des caractères chinois. Cela tient surtout à ce que les formes primitives ne nous sont parvenues que gravement endommagées et que, la plupart du temps, un gros effort de reconstruction est nécessaire. Ajoutez à cela quà peu près aucun des caractères actuels na aujourdhui la même signification que jadis. Malgré tout, si les caractères chinois étaient vraiment dorigine indigène, on devrait pouvoir arriver assez facilement à retrouver la signification authentique et primitive de toutes les lettres, en même temps que leur tracé originel. Il nen est nullement ainsi. Parmi les caractères chinois, il y en a un certain nombre qui se rendent sans opposer aucune résistance. Dautres se font prier davantage et il faut ruser pas mal pour les amener à composition. Enfin, il reste toute une catégorie de lettres qui se montrent absolument irréductibles et se refusent à nous livrer leurs secrets. Ce seul fait nous donne, dans une certaine limite, le droit de penser quils sont dorigine étrangère.

    Faisons une hypothèse, et supposons que les quelques centaines de formes primitives, qui ont constitué comme le premier fonds de lécriture chinoise, ont été empruntées à létranger. Au moment de leur introduction en Chine, un des trois traitements suivants a dû leur être imposé. 1º La lettre primitive a pu garder son sens originel, mais a perdu sa prononciation pour prendre celle du pays emprunteur. Par exemple, la figure cheval, en pénétrant en Chine, a continué à signifier cheval, mais a troqué son nom contre celui de mà, qui est en Chine le nom du cheval. 2º La lettre primitive, lors de son introduction en Chine, a conservé son sens et sa prononciation originels. Elle a été ainsi admise comme un mot nouveau, qui a enrichi la langue et qui, avec dautres, constitue, à côté de la langue indigène et populaire, comme une langue dappoint, une langue savante. 3º La lettre primitive a perdu son sens originel et na été adoptée que comme un élément purement phonétique. Cest ainsi que le caractère (caractères chinois) oûi, qui, à lorigine, figurait et signifiait le mouton (radical oui), na jamais été en Chine quun élément purement phonétique, ayant perdu toute trace de son sens primitif. Pour les caractères qui, au moment de leur exportation en Chine, ont été traités de la première ou de la seconde manière, il est facile de comprendre quils trouvent aisément leur explication dans la langue chinoise. Celle-ci, au contraire, est absolument impuissante à rendre compte des primitives qui ont subi le troisième traitement. Pour expliquer ces formes il faudrait. remonter à la source, cest-à-dire à la langue originelle. Quétait cette langue ? Il serait singulièrement intéressant de le savoir, car ce serait posséder comme la clef du problème et les hiéroglyphes chinois nauraient plus de secrets pour nous.

    Délimitation nécessaire. Lécriture chinoise sest, au cours des siècles, singulièrement enrichie. Certains auteurs ont parlé de quatre-vingt mille caractères. Cest manifestement exagéré, car le grand dictionnaire de Kang Hi nen contient pas quarante mille. On peut même dire quà lheure actuelle les lettres strictement usuelles ne dépassent guère le chiffre de sept mille. Parmi ces sept mille formes différentes le plus grand nombre ne peut nous intéresser. Ce sont des caractères modernes, ou, tout au moins, de seconde main, banalement constitués dun élément phonétique et dun élément idéographique. Les deux formes intéressantes pour nous sont les primitives qui, soit comme figures, soit comme symboles, constituaient la base même de lécriture chinoise. Il devait y en avoir de six à sept cents, mais il est probable quil a dû sen perdre pas mal, que beaucoup ne sont pas parvenues jusquà nous. Depuis lépoque où ce fonds a été constitué et introduit en Chine, on peut dire quaucune figure, aucun symbole nouveau na été créé. Si lécriture sest enrichie, certains diront appauvrie, cest par ladjonction de caractères composés déléments déjà existants et anciens. On peut en même temps signaler lapparition de formes nouvelles très simples, mais qui ne constituent cependant pas des primitives proprement dites. Ce sont de lamentables débris de caractères plus anciens ; ils ne sont ni figures ni symboles, ce qui seul importe. Voici un exemple typique. Le chiffre romain VI nest quun quatre interverti. De même la lettre chinoise (caractères chinois) lou, six, dans sa forme ancienne (caractères chinois) nest quun quatre renversé (caractères chinois). La lettre quatre (caractères chinois) sé, à son tour, nest que la tête du lion que figurait le caractère (caractères chinois) se (caractères chinois). Le caractère (caractères chinois), qui nest plus aujourdhui quun symbole, avait commencé par être figure. Aujourdhui le symbole a si bien supplanté la figure, que le caractère (caractères chinois), pour continuer à représenter le lion, est obligé de saffubler, horresco referens, du radical chien (caractères chinois).

    Une dernière remarque reste à faire avant de prononcer le suprême lâchez tout. Cest pour plus de clarté que nous excluons du problème tous les caractères composés en même temps que les caractères-débris. Car, lorsque lécriture fut introduite en Chine, avait-elle conservé sa pureté originelle ? Est-ce quau fonds primitif, composé de figures ou de symboles simples, des caractères composés navaient pas été adjoints déjà avant même lintroduction en Chine ? Il semble bien quil en a été ainsi. Voici un caractère qui, à lui seul, suffirait à le prouver : le caractère (caractères chinois) ìn. Cette forme nest certainement pas chinoise dorigine. Elle signifiait vin et se lisait in. Cest là dailleurs un radical que lon retrouve dans toutes les langues indo-germaniques et sémitiques ; on le rencontre jusque dans le baragouin breton : bara = pain ; gouin = vin. De même, nous avons en chinois lexpression (caractères chinois), littéralement vin et pain nourriture. Or le caractère (caractères chinois) était déjà composé dès son adoption par les Chinois. A côté dun élément phonétique, il possédait un élément idéographique et très significatif : une superbe amphore.

    Bien plus, certains symboles semblent avoir été composés dun double élément dès leur toute première origine. Il en a été ainsi, par exemple, pour (caractères chinois) hiang, parfum (fleur et nez) ; (caractères chinois), tchouen, printemps (feuille et soleil) ; (caractères chinois), kí, saison (tige de céréale et fruit).

    Toutes ces remarques ou restrictions une fois bien établies, nous pouvons procéder avec une plus grande sûreté de conscience et poser les données du problème. Le fonds primitif, composé de figures et de symboles, qui a constitué comme la base de lécriture chinoise, était-il ou non dorigine étrangère ?

    (A suivre)
    HERCEY

    1928/271-281
    271-281
    Hercey
    Chine
    1928
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