Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Notes sur les Chins-Birmans 1

Notes sur les Chins-Birmans (Birmanie Méridionale) On désigne, en Birmanie, sous le nom de Chins-Birmans, ou Chins Méridionaux (Southern Chins) la branche de la famille Chin, qui quitta les montagnes pour s'établir en Birmanie proprement dite, c'est-à-dire la contrée soumise aux rois Birmans. Leur nombre dépasse aujourd'hui 100.000, au moins le tiers de la population Chin. Une étude sur eux serait incomplète sans quelques notions sur les Chins en général.
Add this
    Notes sur les Chins-Birmans
    (Birmanie Méridionale)

    On désigne, en Birmanie, sous le nom de Chins-Birmans, ou Chins Méridionaux (Southern Chins) la branche de la famille Chin, qui quitta les montagnes pour s'établir en Birmanie proprement dite, c'est-à-dire la contrée soumise aux rois Birmans. Leur nombre dépasse aujourd'hui 100.000, au moins le tiers de la population Chin. Une étude sur eux serait incomplète sans quelques notions sur les Chins en général.
    Les Chins. Ce nom (prononcez Tchin) est un mot birman adopté par les Anglais. Entre eux, ils se désignent, en Bass Birmanie, sous le nom de Ashe. Ils occupent les Chin Hills, massif haut de 2 à 3 mille mètres, entre la Birmanie et le Bengale ; le Pakokku Hill Tract, prolongement de ce massif vers le Sud ; enfin, dans la plaine (ou sur les petites collines) certaines régions de la Birmanie et de l'Arrakan, surtout les districts de Minbu, Thayetmyo, Prome, un petit coin d'Henzada, c'est-à-dire pour se rendre intelligible aux lecteurs du Bulletin, le S.-O. de la Birmanie Septentrionale, le N.-O. de la Birmanie Méridionale, et le Sud de la Mission de Chittagong.
    Les Chins de la montagne, indépendants sous les rois Birmans, ont été annexés par lAngleterre, qui dépense chez eux beaucoup plus qu'elle n'en retire en argent, mais y recrute des soldats. Les Chins de la plaine, que nous allons étudier, ont été, depuis leur Birmans, immigration, soumis aux rois Birmans, et vivent mêlés aux Birmans, quoique généralement dans des villages distincts.
    Certains auteurs ont apparenté les Chins aux Gurkhas de l'Inde. Ceux-ci, venus en Birmanie comme gendarmes (military police), aiment à reconnaître les Chins comme leurs cousins. Quoi qu'il en soit de cette proche parenté, les auteurs sont unanimes à considérer les Chins comme membres de la grande famille Tibéto Birmane, appelée aussi Tartaro-Tibétaine, dont sont issus, non seulement les Chins et les Katchins, mais les diverses tribus (Ryu, Thet, Kanyan) dont le mélange a formé le peuple Birman, qui devait, au cours de son histoire, absorber les déchets de plusieurs autres races.
    Origine des Chins Birmans. Leur immigration est relativement récente, très probablement postérieure à la conquête du royaume Mon de Pégu par les armées birmanes, vers 1760. Elle n'est pas partie des Chin Hills, mais du Pakokku Hill Tract et de son prolongement vers le Sud. Outre le déplacement vers le S.-O., qui a mené les Chins dans l'Arrakan, il y a eu deux courants d'émigration, autant que l'on peut en juger en comparant les traditions locales, les particularités linguistiques et les noms de famille. Le premier courant est entré en Basse Birmanie par l'angle N.-O., envoyant plus tard ses ramifications vers le Sud, mais fort peu au-delà de l'Irrawaddy. Les rois Birmans semblent avoir attiré les Chins par divers privilèges, quelques-uns bien inutiles, comme le droit de bâtir leurs maisons avec entrée sur pignon, comme dans les palais royaux, ce qui était défendu aux Birmans. Ils élisaient aussi leurs chefs de villages, mais souvent les fonctionnaires durent les maltraiter en tant que Chins, car beaucoup renièrent leur race et se donnèrent comme Birmans. D'autres facteurs peuvent être entrés en jeu, et certains, sans doute, se dérobèrent à l'autorité de leurs chefs, ou furent chassés de leurs villages. Toujours est-il que, dans la région qui nous occupe, beaucoup de Birmans descendent des Chins, comme nous le verrons plus tard.
    Ces Chins ont beaucoup défriché, non seulement les flancs des coteaux pour cultures annuelles (ce sont les yas que nous retrouverons plus tard), mais le fond des vallées pour y établir des rizières permanentes. La pluie, ici, est assez rare, et l'irrigation nécessaire. Heureusement, dans beaucoup de cas, les travaux de terrassement avaient été plus ou moins bien effectués par des occupants antérieurs. Souvent, en poussant leurs charrues, les Chins ont exhumé divers objets, p. ex. des pipes en terre très dure, des débris de poteries, de la ferraille, d'énormes briques comme on nen fait plus aujourd'hui. Le pays avait donc été, autrefois, peuplé par une race à civilisation relativement avancée, puis dépeuplé, probablement par les guerres entre Birmans et Mons.
    Un autre courant d'immigration, plus récent, semble avoir passé l'Irrawaddy dans le sud de la Birmanie du Nord, puis obliqué vers le Midi. Ceux-ci, d'abord cantonnés dans les régions montagneuses, ont fondé des villages dans la plaine après la conquête du pays par les Anglais, c'est-à-dire depuis 1860. Ils ont moins défriché que les Chins de l'Ouest, mais ont surtout acheté des terres aux Birmans.
    A ces remarques historiques, il convient de joindre la mention d'une coutume qui disparaît aujourd'hui, et qui a, d'ailleurs, rarement passé le fleuve. On trouve encore, dans la région occidentale, quelques vieilles Chines au visage tatoué d'indigo. Une légende explique la coutume. Le premier Chin qui vint s'établir en Birmanie (il avait eu des difficultés avec la justice de son pays) se présenta au roi avec sa fille, Ma Dé, pour demander une concession de terrain. La beauté de Ma Dé plaît tellement au roi qu'il la demande en mariage. La joie du père et de la fille se devine aisément, mais la déception suit de près. Conduite au palais, Ma Dé constate avec horreur qu'elle n'est qu'un numéro au milieu d'une imposante collection. Absolument dégoûtée, elle sacrifie la beauté à l'honneur, et se teint le visage en bleu. Le roi n'en veut plus, la renvoie, mais octroie à sa famille le bassin d'une rivière qui porte encore son nom. C'est le Madé, dont l'embouchure est à Kama, à 25 km. au Nord de Prome. Pour honorer la mémoire d'une aussi belle action, les Chins qui vinrent dans le pays, tatouèrent le visage de leurs filles, trop séduisantes d'ailleurs pour les fonctionnaires Birmans. La coutume a disparu aujourd'hui, et, seules, les vieilles femmes portent sur leur visage le signe de la coutume du temps de leur jeunesse. La discipline des fonctionnaires Birmans est-elle en progrès, ou la beauté naturelle des jeunes filles a-t-elle disparu par l'effet des basses altitudes? J'incline vers la seconde hypothèse, mais sans insister.
    Nominalement, les Chins sont environ 100.000 en Basse Birmanie. Ethnologiquement parlant, ce chiffre devrait être très supérieur. Bien des Chins ont, en effet, abandonné leur dénomination pour se fondre dans le creuset birman, déjà si riche en alliages divers, et la conquête anglaise n'a pas arrêté ce mouvement, qui se poursuit encore, surtout là où aucune mission chrétienne n'a pénétré. Il semble, en effet, que beaucoup, sinon la majorité, des Birmans des districts de Thayetmyo et de Minbu, sur les confins des deux Missions de Birmanie, ne sont, au moins à l'ouest du fleuve, que des Chins transformés, comme, en d'autres régions, ils descendent des Shans ou des Mons. Cette transformation est rendue très facile par l'absence des noms de famille chez les Birmans, et leurs politiciens en feraient volontiers une obligation. Seul, le culte des pénates, pratiqué annuellement dans chaque maison birmane, suit certaines particularités ancestrales, et permet de fixer, jusqu'à un certain point, la véritable race.
    Une étude sur ces transfuges nous mènerait trop loin. Nous n'examinerons que les Chins restés tels, et encore faudra-t-il se cantonner. Ceux de la Haute Birmanie me sont inconnus. Quant à ceux qui ont poussé trop loin dans l'Est ou le Midi, ils ont perdu la plupart de leurs caractéristiques. Cantonnons-nous donc dans les districts de Prome et de Thayetmyo.
    Coutumes générales. Le Chin-Birman s'habille à la birmane. Le costume de ses ancêtres (voir le Bulletin de juillet 1934, page 462) comprenait juste assez pour attester la participation au péché originel. La femme porte encore quelquefois une robe d'une seule pièce, teinte en indigo pointillé de blanc, exposant le cou, les bras, la moitié des jambes, et formant sur le dos une large échancrure en forme de V. Comme cet habit, avec quelques variantes, se retrouve chez presque toutes les tribus frontières, même chez les Karians qui n'ont certainement rencontré les Chins qu'après les Birmans, il est possible que cette robe ait été, à l'origine, l'habit féminin dans toute la Birmanie. Comme, d'ailleurs, avec quelques modifications, les Européennes ont adopté quelque chose de ce genre-là dans les années qui ont suivi la grande guerre, il faut croire que, par sa simplicité et son confort, ce costume exerce une grande attraction sur toutes les filles d'Eve. Aujourd'hui, d'ailleurs, presque toutes les Chines s'habillent à la birmane.
    Par les traits du visage, le Chin Méridional se distingue si peu du Birman, dont il parle fort bien la langue, du moins à l'âge adulte, qu'il s'y trompe lui-même. Que de fois l'ai-je entendu interpeller en Chin un Birman sur un chemin, et l'autre le regarder sans comprendre ?
    Les occupations des deux races, à la campagne, sont à peu près les mêmes, avec cette différence : le Birman se livre plus rarement à l'abatage de la forêt, et le Chin, si pauvre soit-il, ne se loue jamais comme domestique chez un Birman, quoique celui-ci se loue volontiers chez un Chin. Le Chin, d'ailleurs, n'aura aucune objection à travailler dans un village birman comme charpentier ou scieur de long, ni à exécuter à prix fait un travail dans la forêt. Inconsciemment peut-être, il se rend compte que ces travaux n'impliquent aucune idée de sujétion.
    Le Chin s'enrichit rarement par le commerce ou l'usure. Ses économies, il les complétera plutôt par un emprunt, et achètera une rizière, méthode d'enrichissement toujours lente, et qu'une succession de mauvaises récoltes, ou la dépréciation du riz, peut faire tourner en catastrophe. Ce dernier cas est fréquent par le temps qui court. S'il n'a pas, ou pas assez de rizières, il tournera son activité vers la forêt, soit pour la coupe des bambous ou du bois de construction, soit pour l'abatage en grand et la culture des yas, mot qu'il faut ici expliquer. De décembre à février, l'homme abattra la plus épaisse forêt qu'il pourra trouver, à raison de 2 ou 3 hectares par homme valide dans la maisonnée. En avril, il y mettra le feu. Puis, sans abandonner définitivement sa maison du village, il se bâtira une hutte temporaire, où il s'installera avec femme et enfants, dès les premières pluies, vers la fin de mai. La hutte est généralement bâtie sur un des points les plus élevés du ya, et chose d'autant plus curieuse que le Chin ne plante jamais de fleurs dans son village, les environs de la hutte seront plantés de zinnias, crêtes-de-coq et autres fleurs. La plus grande partie du terrain est ensuite plantée en riz de montagne, semé en poquets. De 2 mètres en 2 mètres, le maïs remplace le riz. Puis, sur toute la plantation, sésame et coton sont semés à la volée. Aux légumes, sont réservés les meilleurs endroits, ceux où l'action du feu a été plus intense. Dès la fin d'août, le maïs se récolte. Puis viennent en succession les récoltes du riz, du sésame, et enfin du coton. Avant la récolte du coton, qui a lieu en mars, un nouveau terrain aura été défriché.
    Pendant les mois secs, le cultivateur revient au moins coucher dans sa maison du village.
    Souvent, le ya n'est qu'une culture accessoire. Elle se fait alors sur le rebord des vallées, dont les rizières occupent le fond. Alors, on y supprime la culture du riz, mais on y pratique les autres. Les années suivantes, le ya devient un pâturage.
    La femme Chin travaille à l'extérieur un peu moins que la Birmane. En revanche, elle sait filer le coton, le teindre et tisser de bonnes convertures, toujours solides, comme les nattes de bambou tressées par son mari. Le Chin n'aime pas la camelote.
    La chasse joue un rôle important dans la vie du Chin. S'il obtient, ce qui est assez rare, le droit d'acheter un fusil, il saura user économiquement de ses cartouches. Tous les coups porteront, et le menu fretin ne le tentera pas. A défaut de fusil, il emploie l'arbalète, substituée à l'arc de ses ancêtres. Là où la fausse civilisation ne l'a pas trop pénétré, il ose encore attaquer à la lance le sanglier ou le léopard. Son endurance à la marche est remarquable, malgré le pas d'escargot qu'il se croit obligé de prendre quand il se promène en ville, sans se douter que c'est le pas des citadins d'il y a 30 ans qu'il copie.
    La maison du Chin est généralement mieux bâtie que celle du Birman dans la même région. Par contre, il élève trop de bêtes pour pouvoir rien planter dans son village.
    Langue. Le Chin méridional est bilingue, parlant sans confusion sa langue maternelle et celle du pays. Cependant les tout jeunes enfants ne connnaissent que le Chin. La femme parle souvent birman avec hésitation, mais netteté. Mais, si le Chin parle birman avec pureté, en revanche, il introduit dans sa langue une foule de mots birmans plus ou moins transformés, non seulement quand c'est nécessaire, mais aussi sans raison apparente, mû par le désir du moindre effort.
    La langue elle-même a à peu près la même construction grammaticale que la langue birmane, avec le verbe à la fin de la phrase. On y trouve cependant quelques inflexions. On y trouve, à une exception près, tous les sons et toutes les articulations du birman, mais aussi beaucoup d'autres, que le Birman ordinaire n'arrive pas à prononcer. Aussi bien peu de Birmans, même de ceux qui se sont loués toute leur vie chez des Chins, arrivent-ils même à comprendre leur conversation.
    Si l'on veut chercher des correspondances entre le Chin et d'autres langues, j'offre la suivante (voir Bulletin de juin 1932) :
    Fr.: Tabac, Angl.: Tobacco, Hindust.: Tamacu, Chin: Macu.
    Sans insistance aucune.
    Deux fois, on a essayé d'écrire le Chin-Birman. Les Anglicans ont essayé les caractères latins, et l'essai, à grand renfort de juxtapositions, a été assez heureux, Les Baptistes ont essayé les caractères birmans, plus nombreux, mais moins souples. Il leur a fallu inventer des lettres nouvelles en supplément. Aucun de ces essais n'a été mis en pratique dans les écoles, où le birman seul est enseigné.
    Mariages. On ne saurait traiter ce sujet sans mentionner, au préalable, l'existence des noms de famille, usage assez restreint d'ailleurs, et que les Birmans ne soupçonnent pas. Tous les Chins, cependant, connaissent leurs noms de famille, qui se transmettent de père en fils et sont donnés à la femme le jour du mariage. Le nom de famille est, paraît-il, le nom du clan du village d'origine. La similitude entraîne empêchement de mariage, à moins que la parenté soit devenue impossible à tracer. Le mariage est interdit aussi entre les enfants de deux soeurs, ou de deux cousines, mais sans aller si loin comme degré. Par contre, le mariage entre le fils de la soeur et la fille du frère est bien vu. Je suis arrivé à l'empêcher complètement entre chrétiens.
    Il y a aussi l'empêchement de temps. Ici, nous trouvons quelque chose de très curieux. Trois mois lunaires sout exclus. On les nomme en birman (et même en Chin-Birman, avec une différence dans la prononciation) : Pyazo, Tabaung, Tagu. Or, Pyazo correspond, au moins 2 ans sur 3, à décembre janvier. Puis vient un mois (Tabodwè) où les mariages sont très fréquents. Quant aux deux mois qui suivent (mois ou les mariages sont encore interdits) le second correspond toujours, ou à peu près toujours, au mois lunaire pascal.
    N'oublions pas que, dans le vieux Droit Canon, l'empêchement de l'Avent s'étendait jusqu'à l'Epiphanie, et celui de carême jusqu'au dimanche in albis. Donc, si le mois de Pyazo ne correspond qu'en partie à la première période, l'addition Tabaung-Tagu correspond à peu près fidèlement à la seconde. La coïncidence est au moins curieuse. Nous en trouverons plus loin une autre à propos de saint Pierre. Mais revenons à nos Chins.
    Avant le mariage, avant les fiançailles, il faut bien que le jeune homme cherche une compagne. Son procédé est curieux, et, comme le costume de ses ancêtres, évoque vaguement l'idée de l'innocence originelle. Vers 10 heures du soir, lorsque les vieux sont couchés, le jeune homme se rend dans la maison de la jeune fille. S'il est étranger au village, un jeune homme de la localité l'accompagne jusqu'à la porte, puis se retire. Le visiteur doit avoir un cigare allumé à la bouche : c'est la garantie de sa bonne foi. L'aboiement des chiens réveille la maisonnée. \ Qui est là ? " demande le maître de la maison. " Un jeune homme ! " Alors les parents, ainsi que les fils de la maison (ceux-ci couchent tout contre l'entrée), doivent essayer de se rendormir, à moins que le visiteur ne soit connu comme indésirable. Si la jeune fille ne veut pas être visitée, elle na alors qu'à dire un mot, et le jeune homme redescend pour ne plus revenir. Si elle ne dit rien, il s'approche de son lit, et fait un brin de causette. Puis il redescend, muni ou non de l'autorisation de revenir. Dans le second cas, il va essayer ailleurs. Dans le premier, il renouvelle ses visites, et les fiançailles peuvent se décider. Il est remarquable que cette coutume n'ait jamais donné lieu à aucun désordre. Le fait est cependant absolument certain.
    Si les fiançailles sont décidées, la demande est adressée aux parents de la jeune fille par les parents du jeune homme, accompagnés par d'autres membres de la famille. Des arrhes sont versées, à fonds perdus si le jeune homme manque à sa promesse, recouvrables si la rupture vient de la jeune fille. Chez les payens, les relations commencent dés après les fiançailles, mais dans la maison de la fiancée.
    Au jour fixé pour le mariage, le marié doit amener un porc (plusieurs, si c'est nécessaire) et le flamber devant la maison des beaux-parents. Ceux-ci auront tué suffisamment de poulets pour nourrir la famille et les invités du marié. Le porc dépecé, un barde invite les ancêtres à venir en manger l'essence. Puis, pendant que le dîner cuit, il fait une longue exhortation (suivant des formules apprises par coeur) aux futurs époux. Puis un bout de coton est passé aux poignets des deux époux, et la femme est incorporée au clan de son mari. Pendant le dîner de noces, les familles mangent séparément, celle de la femme mangeant du porc, celle du mari mangeant du poulet. Régulièrement, le mari, ou ses parents, devrait offrir 15 lances et 15 coutelas au père de la mariée, qui les distribuerait aux membres de sa famille. Cette coutume tend à disparaître. Elle a dû signifier l'alliance entre deux clans, au temps où ceux-ci formaient de petits Etats.
    Dans l'après-midi, la mariée est amenée en triomphe au village de ses beaux-parents. Les invités ont fait des cadeaux utiles, même des cadeaux en argent, pour monter le jeune ménage.
    Celui-ci, cependant, doit rester au moins un an chez les parents du mari, recettes et dépenses mises en commun.
    Le divorce n'est pas rare chez les payens. Il était plus rare autrefois, disent les vieux, quand tous les détails du mariage étaient observés, et les dépenses plus considérables. Il y a de la logique dans cette observation, mais il est bien certain que l'indissolubilité du mariage catholique effraye les payens et empêche parfois les conversions.

    (A suivre) C. MAISONABE.

    "
    1935/82-90
    82-90
    Maisonabe
    Birmanie
    1935
    Aucune image