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Notes d’histoire : Les Yué

Notes d’histoire : Les Yué (caractères chinois) ancêtres d’une partie des habitants du Kouang-Tong et du Kouang-Si. L’histoire des deux provinces méridionales de la Chine : le Kouang-Tong et le Kouang-Si, commence avec leur première invasion, (231 à 205 avant l’ère chrétienne), sous le règne du fameux empereur Ts’in-Ché-Hoang. Lors de cette invasion, trois races bien distinctes occupaient cette contrée, contrée dans laquelle on les trouve encore de nos jours.
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    Notes d’histoire :
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    Les Yué (caractères chinois)
    ancêtres d’une partie des habitants
    du Kouang-Tong et du Kouang-Si.


    L’histoire des deux provinces méridionales de la Chine : le Kouang-Tong et le Kouang-Si, commence avec leur première invasion, (231 à 205 avant l’ère chrétienne), sous le règne du fameux empereur Ts’in-Ché-Hoang.

    Lors de cette invasion, trois races bien distinctes occupaient cette contrée, contrée dans laquelle on les trouve encore de nos jours.

    Les Yao, alors désignés sous le nom de Kin Man, refoulés du Hou-Nan et du Kiang-Si, habitaient surtout les montagnes Nan-Lin, qui, au Nord, forment les limites du bassin du Si-Kiang.

    Les tribus Thai, dont on ignore l’origine, avaient débordé du Haut-Tonkin, du Yun-Nan et du Kouy-Tchéou.

    Les Yué, originaires du royaume de ce nom, au Tché-Kiang actuel, avaient envahi toute la côte ; dépassant le delta du Tonkin, ils étaient arrivés jusqu’aux frontières de l’ancien royaume des Cham. Sur leur route, après avoir remonté les rivières et le Si-Kiang, ils s’étaient établis jusqu’au centre du Kouang-Si.

    L’esprit curieux se demande depuis combien de siècles ces différentes races avaient commencé l’envahissement de ce territoire, et quels habitants elles y avaient rencontrés. On songe naturellement aux sauvages Moi, Kha, etc., réfugiés aujourd’hui dans les montagnes de la Chaîne Annamitique ; mais l’imagination ne peut faire à ce sujet que des suppositions. Avant cette époque, ni écriture, ni tradition digne de foi, ni aucun vestige d’aucune sorte ne vient projeter la lueur la plus minime dans les ténèbres de ce lointain passé.

    A ce pays, qui comprenait non seulement la province du Kouang-Tong et celle du Kouang-Si, mais encore tout le Tonkin et une partie de l’Annam, les Chinois avaient donné un nom aussi imprécis que la connaissance qu’ils en avaient : ils l’appelaient “le Lin-Nan, le Sud des Montagnes”, et ces montagnes étaient la ligne de Nan-Lin, où habitaient les tribus Yao.

    En 221 av. J. C., Ts’in-Tché-Hoan ayant abattu la féodalité, se déclarait empereur et divisait en 36 Kiun ou commanderies son empire, lequel, vers le Sud, s’approchait, sans y toucher cependant, du versant septentrional des Nan-Lin. Le Yun-Nan, le Kouy-Tchéou, l’extrême-sud du Hou-Nan et du Kiang-Si, le Fou-Kien, le Kouang-Tong, le Kouang-Si restaient toujours terres barbares.

    L’année suivante (220), une armée de 100.000 hommes était expédiée au Fou-Kien pour soumettre les Min-Yué, habitants de cette province ; ceux du Tché-Kiang, les Tong-Yué, avaient été sans résistance annexés à l’empire. Les Min-Yué surpris n’eurent pas le temps de se confédérer et, cette année même, leur pays formait la 37e commanderie. L’armée chinoise, continuant de suivre la côte, pénétrait sur le territoire des Nan-Yué, et arrivait jusqu’à la capitale de ces derniers, P’an-Yu, la ville actuelle de Canton.

    La résistance devait s’organiser, et la situation allait devenir critique pour les envahisseurs, puisque quatre armées, fortes chacune de 100.000 hommes, furent recrutées dans le Hou-Nan et dans le Kiang-Si. Par quatre voies différentes, elles franchirent les montagnes pour faire leur jonction avec les premiers envahisseurs. Devant cette invasion formidable, les Nan-Yué ne perdirent pas courage. D’abord, ils furent battus et leur chef fut tué. Ils élurent alors de nouveaux chefs. Se cachant le jour dans les hautes herbes de leurs marécages, ils attaquaient la nuit. A leur tour ils tuèrent le général chinois. Ils harcelèrent si bien leurs ennemis, que ceux-ci durent se réfugier dans des camps retranchés, afin d’y attendre de nouveaux renforts.

    En 214, une troisième expédition fut dépêchée : elle était composée d’un ramassis de condamnés et de débiteurs insolvables. (Toujours, en Chine, la guerre a été une purge bienfaisante). Grâce à ces nouvelles forces, trois nouvelles commanderies furent établies, et, pour les coloniser, 500.000 paysans y furent transportés. C’étaient les commanderies de Nan-Hai-Kiun, Koui-Lin-Kiun et Siang-Kiun. Elles étaient situées, la première à P’an-Yu (Canton) ; la seconde au Kouang-Si, sur le Si-Kiang, dans la vaste plaine qui forme aujourd’hui le district de Koui-Hien ; la troisième en face de l’île de Haï-Nan, à la pointe de la presqu’île de Loui-Tchéou. Il ne faudrait pas se faire illusion et croire à une pacification complète ; ces trois Kiun n’étaient que des établissements militaires avec leur hinterland plus ou moins large, plus ou moins soumis. Cette manière forte n’aurait donné que des résultats lents et coûteux, quand un événement changea la face des choses.

    En 210, mourait l’empereur Ts’in-Ché-Hoang. Son fils, voluptueux et cruel, excita, au lieu de les contenir, les révoltes menaçantes. Dans toute la Chine éclatèrent des insurrections. Tchao-T’o commandait alors le Kiun de Nan-Hai (Canton). Il fit fermer toutes les passes qui communiquaient avec la Chine, fit assassiner les chefs des deux autres commanderies et fonda ainsi le royaume des Nan-Yué Fondé en 207, ce royaume tomba en 111 : il avait duré 96 ans, 93, dit un texte dont j’ignore la supputation.

    En 206, le roi Tchao-T’o, dans le but d’arrondir les frontières de son royaume, attaquait le roi du Tonkin-Annam, Chou-Ngan-Yang, s’emparait de son pays, dans lequel il établissait deux nouvelles commanderies : celle de Kiao-Tché et celle de Kiéou-Tchen. Malgré cet exploit “impérialiste” et en dépit de l’origine de Tchao-T’o, les Annamites sont fiers de le compter au nombre de leurs souverains. Ce prince comprit que son intérêt était d’amalgamer les deux races chinoise et yué pour en former un seul peuple. Son long règne de 71 ans lui permit de réaliser cette politique.

    Son petit-fils, Min-Ouang, avait pris comme reine une Chinoise. Celle-ci, après la mort de son mari, accapara la régence ; mais elle subissait trop les influences de l’ambassadeur impérial, avec lequel elle vivait dans une intimité scandaleuse. Un vieux ministre souleva le peuple : la reine, le jeune roi son fils, l’ambassadeur chinois furent massacrés. C’était en 112. La Chine ne pouvait supporter cet affront et, l’année suivante, une invasion nouvelle, aussi formidable que la première, déferlait sur le royaume de Nan-Yué, l’anéantissait et le divisait en neuf commanderies.

    Je ne puis, dans un article aussi restreint, suivre l’histoire et raconter toutes les insurrections de cette race impatiente sous le joug. Je ne citerai que la plus célèbre de toutes : celle des deux sœurs Tchen-Tse et Tchen-Eul, de 39 à 42 de l’ère chrétienne. La pacification des Yué du Kouang-Si et du Kouang-Tong ne fut achevée qu’au commencement de la dynastie des T’ang, vers le milieu du VIIe siècle.

    Les Annamites, plus retirés et plus groupés, sur un territoire plus régulier, abrités par les montagnes du Haut-Tonkin et par les races qui habitaient ces montagnes, recouvrèrent en 967 leur indépendance. Elle dura jusqu’à l’année 1406, au début de la dynastie des Min. Sous cette dynastie et sous celle des Ts’in, jusqu’à l’occupation française, ils reconnurent la domination chinoise, domination que l’incurie impériale rendait aussi peu dure que peu tracassière.

    De la grande race des Nan-Yué sont donc sorties trois races maintenant très distinctes : d’abord un peuple bien vivant, à la langue bien spéciale, peuple resté jeune malgré son antiquité : le peuple annamite.

    Puis, dans la plus grande partie de la province du Kouang-Tong, dans la partie sud-est de celle du Kouang-Si, la race cantonnaise, comprenant les descendants des métis des Yué et des Chinois. Enfin, à la pointe de Loui-Tchéou, dans l’île de Haï-Nan, dans le bassin de Tchao-Tchéou, se trouvent les anciens Yué, les Lì, comme on écrivait autrefois, les Lî, comme on écrit aujourd’hui. Ils ont conservé leur langage, leur naturel, une partie de leurs mœurs, mais ils sont ignorants de leur origine, ils se croient et se disent Chinois.

    Pour être complet, il faudrait raconter aussi les luttes des tribus Thai, sous les deux dynasties T’ang et Soung, l’extermination presque complète des Yao, sous les Min. Mais cela nous entraînerait dans des développements trop considérables ; le cas échéant, ce sera pour des études ultérieures.

    CAMILLE HÉRAUD,
    Miss. Apost. du Kouang-Si

    1929/413-417
    413-417
    Héraud
    Chine
    1929
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