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Noces dor de profession de la Révérende Mère Prieure du Carmel de Bangkok

Noces dor de profession de la Révérende Mère Prieure du Carmel de Bangkok.
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    Noces dor de profession de la Révérende Mère Prieure
    du Carmel de Bangkok.

    Rarissimes en pays de mission ces noces dor de Profession dune Prieure de Carmel ! Exquis et choisis devraient donc être également les termes qui tentent den exprimer les fastes et la sublimité. Témoin du pieux et touchant spectacle qui se déroula le 15 mai 1933 sous la présidence de S. E. Mgr Perros, dans lhumble chapelle du Carmel de Bangkok, quil me soit permis de louanger discrètement ici Révérende Mère Anne de Jésus, Prieure du Carmel de Saigon pendant 17 ans, puis Fondatrice et Prieure des Carmels de Phnompenh et de Bangkok dont elle reste, par Bref papal, Prieure à vie de ce dernier.

    Sans vouloir même esquisser la biographie de la Jubilaire si connue et si respectée dans lIndochine, disons seulement quelle est née le 26 juillet 1860, près de Winchester, en Angleterre, dune famille protestante. Vieille rivale de Londres, dont elle est proche, Winchester fut la capitale de lAngleterre à lépoque de la domination saxonne. Elle est totalement aujourdhui déchue de son antique splendeur et seuls les touristes normands de lîle de Wight remontent quelquefois de Southampton à Winchester pour admirer sa splendide cathédrale gothique et ses vitraux si merveilleusement fleuris.

    Comment la foi catholique germa-t-elle dans lesprit et le cur de Miss Mary Anti Carter ? Serait-ce à la suite de son entrée dans une famille catholique dont elle devint gouvernante-préceptrice des enfants ? Ou par dégoût des dissensions intestines entre sectes protestantes ? Soit peut être par rapprochement ou comparaison des rites de la Haute Eglise avec ceux de lEglise catholique ? Il y eut, sans doute, toute cette mosaïque de raisons enchevêtrées, mais inévitablement, la grâce divine les assimilant et les dominant toutes. Depuis cent ans, lemprise catholique progresse en Angleterre et le voisinage de la verte Erin, de lIle des saints, du fief de St Patrick, en un mot de lIrlande, a préparé de merveilleuses rencontres entre lâme anglaise et lEsprit divin. Par ailleurs, de si ardentes prières montent depuis Léon XIII principalement, de tout lunivers, pour la conversion de lAngleterre, quil est naturel que Dieu se laisse toucher et que déclatantes abjurations strient, comme de fulgurants éclairs, latmosphère protestante anglaise. Pour beaucoup, un jour ou lautre, se pose le problème de lexistence présente et lénigme de la vie future avec la sincere inquiry pour y répondre. Le dix-neuvième siècle, ne fut-il pas lheureux témoin de ce fameux mouvement dOxford que quitte Newman, pour se convertir et Manning dont léloquence et le savoir, la prudence et la piété anglicane font la joie de lEglise dAngleterre avant dépanouir dallégresse lEglise de Rome ?

    Rien détonnant donc, de voir, à lâge de seize ans, Miss Mary Ann Carter faire son abjuration et quitter sa patrie pour suivre en toute liberté, sous un ciel plus hospitalier, les pratiques religieuses de lEglise catholique romaine.

    Alors, durant cinq ans, non plus la Grande Bretagne, mais la Britannia minor, lantique Armorique, va la façonner solidement à la vie catholique. La foi légendaire des Bretons va la saisir, lilluminer et la griser de ces voluptés mystiques issues de ses clochers, de ses calvaires, de ses manoirs, de ses landes où se cachent quelque Madone, de ses rochers où repose quelque Madame Sainte Anne. Bien mieux. Dans sa bonté, le Seigneur va la faire participer à cette vie de famille si riche en sève chrétienne, à cette chaleur daffection si reposante et si délicieuse que dispensent avec magnificence dans leur manoir, Monsieur le comte de St Pierre, noble descendant du roi Saint Louis et Madame la comtesse, sur de lillustre bienfaitrice des Missions-Étrangères : Madame de Gargan. Cest dans cette atmosphère privilégiée, saturée de faits héroïques que lesprit et le cur de Miss Mary Ann Carter feront de pair une analyse des desseins divins et une synthèse de lAmour crucifié. Lexistence quotidienne passée sous le regard de Dieu lui fera comprendre les hautes voies surnaturelles et la splendeur du Veni sequere me. Aussi, rien détonnant quencouragée dailleurs et guidée par celle qui la regarda toujours comme lune de ses enfants, elle ne ressentît bientôt lattrait de la vie contemplative.

    A tel point fut complète la métamorphose que, le 26 juillet 1881, soit jour pour jour, vingt et un ans après sa naissance, Miss Mary Ann Carter frappait à la porte du Carmel de Saint-Brieuc pour sy ensevelir aux yeux du monde, mais en réalité pour y trouver cette paix du cur, cette joie de lâme, cette amitié divine, cette douceur damour que Jésus-Christ lui-même a promis à celles qui le veulent comme leur inséparable Epoux.

    Je laisse à dautres le soin détablir la voie mystérieuse de lappel divin vers le Carmel. Elle nest pas unique, mais elle projette toujours devant les yeux de ceux qui la suivent, le mot Sacrifice. Le Pape bénédictin, Saint Grégoire le Grand, lobserve avec sagesse : Cest peu, dit-il, de renoncer à ce quon possède ; ce qui coûte, cest renoncer à soi-même. Laspirante au Carmel a déjà rencontré Dieu. Volontairement, elle a quitté le monde, mais il lui reste à secouer cette poussière humaine inhérente à toute nature créée. La clôture et le voile lobligeront à se replier sur elle-même et à gravir les degrés de lascèse chrétienne en se dépouillant de plus en plus du moi personnel pour se recouvrir davantage des aimables livrées divines. Soucieuse, non plus seulement de conserver sa virginité naturelle par une rigoureuse observance de la mortification quotidienne, elle devra tendre à cette virginité dâme immatérielle qui la rapproche de lEtre vierge par excellence, de cet Acte infiniment pur qui réside sur les sommets. Il ne faut plus en effet parler de péché ni de chute chez celles qui sadonnent à la vie contemplative, mais de conseils évangéliques, de fidélité totale aux grâces et aux dons divins qui les perfectionnent et les amènent à lunion mystique avec Jésus-Christ.

    En faisant cette digression sur la vie contemplative, nous ne voulons pas en pénétrer les arcanes. Notre but est de dégager simplement léconomie dune vie de Carmélite, den montrer les exigences, den façonner pour ainsi dire le programme si méconnu des gens du monde. Il en est si peu qui comprennent aujourdhui, même parmi les fidèles, les beautés et les nécessités dune vie contemplative ! Notre temps est tout à laction, tout à la conception et à la réalisation des uvres extérieures telles léducation des enfants et le soin des malades, uvres essentiellement utiles mais il ne comprend plus lexcellence de la prière, de cette prière, fontaine de paix des peuples, source de grâce pour les vivants et les morts, pour les riches et les pauvres, pour les tentés et les désolés de ce monde. Les Ordres contemplatifs, (bien que jouissant, dit-on, dune certaine renaissance depuis la fin de la guerre) ne sont presque plus considérés à notre époque comme ces forteresses du sacrifice et de loraison perpétuelle dont senorgueillissait le moyen âge et qui tentaient décarter le bras de Dieu prêt à frapper pour laider au contraire à tracer le signe de la bénédiction, le symbole du pardon.

    Et quon naille pas répéter non plus que le Carmel est une prison où des exilées se consument dans une prière inutile et dans une mortification sans mérite. De tout temps, la solitude volontaire reste la patrie des forts et le Carmel, mot hébreu qui signifie jardin, ne renferme que les plus joyeux oiseaux de la volière divine. Cest la montagne toujours verdoyante où lautel aux douze pierres du prophète Elie le Thesbite représente, jusquà la fin des siècles, les victimes qui se consument pour le salut du monde.

    On la dit éloquemment : La Carmélite est ici-bas une femme plus complète quune autre, car elle joint aux traditionnelles vertus de la femme des vertus spécifiquement viriles : sens droit, docilité, fermeté, courage, et parce quelle ne cesse pas dêtre une femme tout en devenant, je ne dis pas seulement une héroïne, mais un héros, comme on a dit de Sainte Thérèse, elle fait tout par amour.

    Le Carmel de Saint-Brieuc conserva de lan 1881 à lan 1898, celle qui ne voulut plus sappeler quAnne de Jésus et qui, le 15 mai 1883, y fit sa profession religieuse.

    Durant dix-sept ans, Mère Anne de Jésus que Dieu destinait à lExtrême-Orient sadonna sagement à létude et saintement à la pratique des Constitutions des Religieuses primitives déchaussées de lOrdre de la glorieuse Vierge Marie Notre-Dame du Mont Carmel. Ces Constitutions de la primitive observance, rédigées par Sainte Thérèse, corrigées et approuvées par les Papes Sixte V, Grégoire XIV et Urbain VIII, sont la vivante et réelle expression de la volonté de Dieu. La sainte réformatrice les composa vers 1581 pour la plus grande gloire du Très Haut et pour la prospérité du jeune ordre quelle venait de fonder. Avec ladmirable collaboration de Saint Jean de la Croix, elle réduisit en formules dune éminente simplicité toute la sphère daction de la religieuse carmélite et codifia les ordonnances qui la concernent jusque dans les plus humbles fonctions. Tout y est prévu : lélection des supérieures, la réception des novices, la profession, le nombre des religieuses, la clôture, les repas et la récréation, les heures canoniales, la sainte communion, le chapelain, le confesseur, le travail, les jeûnes, le silence et la retraite, les malades et les défunts. On y passe en détail toutes les coulpes : légère, moyenne, grave, plus grave, très grave. On y lit que le Tableau du balayage commencera par le nom de la Prieure, afin quelle donne le bon exemple en tout ! Il va sans dire que la récitation du Saint Office tient une place privilégiée dans la vie dune Carmélite. Sa profession solennelle lui en fait une obligation stricte. Le chant se fera toujours sur une même note, à lunisson et sans modulation. Les autres jours lOffice sera seulement psalmodié. Et cest encore une sorte de contemplation que cet Opus Dei préoccupation principale de La moniale !

    Durant dix-sept ans, avons-nous déjà dit, Mère Anne de Jésus, sadonna sans réserve à lArt majeur de la vie contemplative, quelle devait bientôt, selon les desseins de la Providence, exercer sur une plus vaste scène. Dieu la voulait en effet dans cet Extrême-Orient si riche en vocations apostoliques, mais si pauvre jusquà presque laurore du vingtième siècle en ordres contemplatifs. Serait-ce donc une seconde vocation, qui se greffe sur la première, que dêtre Carmélite missionnaire ? Rien dextraordinaire certes que cette idée ne germe aujourdhui dans le cloître, depuis que Sainte Thérèse de lEnfant Jésus, patronne des missions, a magnifiquement exprimé son désir dêtre missionnaire. Mais, en fin dix-neuvième siècle, la réalisation dun tel désir paraissait alors presque héroïque. Cest que la vie de mission ne comporte pas toujours cette stabilité, cette paix territoriale réclamée par les Constitutions. Le climat par ailleurs complique parfois lhabillement et la nourriture. De plus, vivre pauvre en mission est de tous les jours, mais vivre daumônes est forcément aléatoire et précaire. Enfin, la judicieuse et discrète personne du confesseur ainsi que le chapelain ponctuel et régulier sont quelquefois difficiles à trouver. Tout autant de raisons, et bien dautres assurément quexaminent avec sagesse les fondatrices de couvents en pays infidèles.

    Cest le 4 octobre 1898 que Mère Anne de Jésus arriva à Saigon, sous lépiscopat de Mgr Mossard. Nest-ce pas le cas ici de rappeler la réponse de son illustre prédécesseur et fondateur du Carmel de Saigon, Monseigneur Dominique Lefebvre persécuté, deux fois condamné à mort, au Gouverneur de la Cochinchine qui lui objectait le luxe dun couvent de carmélites : Dix religieuses priant, répartit lévêque, me seront dun plus grand secours que vingt missionnaires prêchant.

    La mission de Saigon est de celles dont on ne fait plus léloge, tellement il est superflu. Abondante et variée dans ses formes y circule la vie religieuse et lunique preuve à en donner est cette toute récente élévation à lépiscopat de Monseigneur Tong. Dans ce parterre à la française dExtrême-Orient y fleurissent, malgré le climat, et les violettes et les roses et les lys cueillis par la vaillante légion des missionnaires et prêtres indigènes, par les dévoués Fils spirituels de Saint Jean Baptiste de la Salle, par linfatigable essaim des Surs de St Paul de Chartres et par la populaire et méritante Fille de la Charité. Mais, vis-à-vis du Séminaire de la mission, ruche bourdonnante et disciplinée, se cache loasis de la prière, lhumble Carmel dont les effluves de la divine atmosphère dans cette exhubérance de fleurs surnaturelles sont considérables. Depuis plus dun demi-siècle, la petite cloche appelle jour et nuit à loraison et à ladoration tout un chur de vierges dont les aspirations nont rien dhumain. Elles ont compris et mettent en pratique lappel de Jésus à Sainte Marguerite Marie : Réparation, et suivent le mot dordre de lImmaculée à Sainte Bernadette : Pénitence. Notre temps a beau méconnaître le rôle de la Carmélite, cette servante de lHumanité pécheresse, son rôle paradoxal dintercession continue. Il étonne si profondément que les rois non chrétiens, en sont eux-mêmes touchés et quils demandent à pénétrer (comme ce fut le cas en 1930 à Saigon), dans la cellule toute blanche de la Carmélite pour lui ravir son secret.

    Prieure du Carmel de Saigon de 1902 à 1918, Mère Anne de Jésus y connut toutes les détresses humaines de la colonie, tous les transports et les désirs de nombreuses âmes délite, toutes les difficultés et les soucis dadministration de lEvêque de Médéa.

    Par ailleurs, Mgr Bouchut, Vicaire Apostolique du Cambodge, en 1902, vint maintes fois interrompre le silence du parloir de Saigon pour décider la Prieure à fonder un Carmel à Phnompenh. Bien avant Paul Claudel qui répondait il y a quelques années à la prieure du Carmel de Cholet frappée de constater que le Japon nétait pas un pays catholique. Vous vous étonnez, ma Révérende Mère lui suggéra lambassadeur que le Japon ne se convertisse pas.... mais il ny a pas de Carmel ! lEvêque de Panemotichus comprenait lui aussi que la présence dun Carmel à Phnompenh était non seulement désirable, mais nécessaire.

    Plus heureux dailleurs que lArchevêque de Tokio qui voyait arriver le 25 février 1933 seulement les six premières religieuses Carmélites venues de Cholet, Mgr Bouchut avait la joie de bénir en 1919 à Phnompenh, le Carmel de Notre-Dame dEspérance dont Mère Anne de Jésus, après de touchants adieux à Saigon, devenait Prieure.

    Seul le témoignage des fondatrices pourrait nous renseigner sur les difficultés inhérentes à toute fondation. Il en est de matérielles et de morales beaucoup plus pénibles. Pour être dirigée, tendue vers Dieu, la nature cependant a ses sursauts. En désirant quune dévotion, presque contemporaine, à son Cur de chair se développe, lHomme-Dieu veut nous faire comprendre quil ne faut briser que dans la mesure demandée par Lui, nos fibres et nos émotions sensibles. Nest-ce pas Saint François de Sales lui-même qui reprit jadis léminente Mère Sainte Jeanne de Chantal : Ma Mère... ma Mère, vous êtes plus juste que bonne.... Il faut être plus bonne que juste. Si donc, Mère Anne de Jésus a laissé quelque fragment de son cur à Saigon, voire même à Phnompenh, qui pourrait le lui reprocher ? La réelle Sainte Face de Notre-Seigneur est toute sanglante et toute accablée de douleurs. Elle ne ressemble en rien à ce fameux visage inaltéré de lEcce Homo du Guide qui nexprime ni souffrance physique ni douleur morale. LHomme-Dieu a souffert : son adorable Visage en est la preuve, et ses disciples peuvent laisser couler leurs larmes quand on leur demande les complètes séparations, les volontaires abandons et lexil.

    Une fois encore, le 25 septembre 1925, Mère Anne de Jésus eut à subir cet exil. De Phnompenh, elle arrivait en effet à Bangkok pour y fonder le Carmel de Marie Médiatrice de toutes grâces et de Sainte Thérèse de lEnfant Jésus. Lheure nest pas encore venue den retracer lhistoire, car huit ans de vie ne peuvent prétendre entrer dans le résumé des siècles.

    Et pourtant combien veulent maintenant que lhistoire ne se compose plus dune sèche énumération de dates et de faits mais dun enchaînement de raisons, dénergies, duvres, de traditions, de deuils et de gloires qui constituent le réel et le spirituel patrimoine des nations et des peuples. Combien riche en ce sens dès lors serait la brève histoire du Carmel de Bangkok ! Inutile dajouter que le cinquantenaire de Profession Religieuse de la bonne Mère Prieure en formerait aujourdhui la couronne !

    Cette cinquantaine méritait une fête spéciale satisfaisant à la fois la piété filiale des carmélites, la vénération du clergé, la sympathie des fidèles. Plusieurs jours avant le 15 mai furent donc consacrés à lornementation du Carmel et principalement de la chapelle quon pourrait appeler oratoire tant elle est exiguë. Les fondations dune chapelle plus convenable et plus spacieuse il est vrai sont achevées, mais la bonne Mère Prieure attend toujours le Mécène qui bâtira ses murs et terminera sa voûte. Quoi quil en soit, tapisseries, guirlandes, corbeilles de roses naturelles et artificielles étant à leur place, la première Messe de la fête à laquelle assistèrent seules et communièrent les Carmélites et quelques rares privilégiés fut célébrée par le Rév. Père Procureur de la mission, dès cinq heures du matin le 15 mai. Puis, quelques dix minutes avant six heures se déroula, dans lintérieur du Couvent, la procession des Religieuses revenant au chur sans voile à la grille où prit place, au milieu, sur un prie-Dieu spécial la Révérende Mère Anne de Jésus sans voile, accompagnée de deux Anges en tuniques blanches. Cest que deux jours durant, par permission de Rome, chacun pourra contempler au parloir et à la chapelle les traits de lheureuse Jubilaire heureuse, ne loublions pas, de pratiquer, sous une nouvelle forme, la sainte vertu dhumilité. A son tour, S. E. Mgr Perros célébra le Saint Sacrifice devant une magnifique assemblée de fidèles agenouillés jusque dans les allées du jardin. Durant la Messe des chants de circonstance furent exécutés par la chorale des Frères de Saint Gabriel. Nous ne reproduirons pas ici les félicitations et les vux quexprima le vénéré Prélat à la vénérée Prieure après lEvangile selon St Jean. Nous tairons de même les paroles adressées à lauditoire siamois, sur la vocation religieuse. Il est certain que le but dinstruire les intelligences, démouvoir les curs et de conduire les volontés aux énergiques résolutions fut atteint. Après cette double allocution il ne restait plus quà bénir la couronne et le sceptre fleuri, symbole de la dignité de la prieure. Un Te Deum solennel clôtura la cérémonie tandis que chaque moniale recevait dans la chapelle intérieure du couvent, le Baiser de Paix de la Mère qui, vestige des temps de la primitive église, se donnait dabord aux nouveaux baptisés.

    Et nest-ce pas en effet, comme un nouveau baptême, cette solennité des noces dor de profession religieuse, codifiée par lEglise dans un magnifique cérémonial ? Est-ce que la servante du Seigneur ne continue pas de prononcer son Fiat dêtre non plus seulement lenfant, mais lépouse totale de Jésus-Christ et de conserver jusquà son dernier souffle, labsolue pureté du Verbe de Dieu ? Il ny a en effet que les sublimiores anim qui comprennent le Christ, celles qui rivalisent avec les anges par la virginité, car le Christ est Fils de la virginité. Christus Virginitatis est Filius, affirme Saint Léon.

    Mais, il faut bien le dire, cest à peine si la foule laissa le temps aux Carmélites de féliciter leur Mère après le Te Deum, tant était grand chez tous le désir de lui offrir ses vux et de la contempler. Toute la journée fut un défilé damis et de bienfaiteurs du Carmel. Dons en nature et en argent lui furent remis le premier par S. E. Mgr Perros au nom dun bon nombre de chrétiens de Bangkok et affluèrent de toute part entre les mains de la Prieure heureuse déjà de voir prendre forme sa future chapelle.

    A cinq heures du soir eut lieu le salut solennel donné par le Rév. Père Chorin. Lassistance plus nombreuse encore et plus choisie que le matin prouvait ainsi sa religieuse estime pour le Carmel de Bangkok. La France et la Grande Bretagne étaient représentées par leurs Ministres plénipotentiaires. S. E. Mgr Perros présidait, entouré du clergé de Bangkok, des Chers Frères de St Gabriel et des Surs de St Paul de Chartres. Chez tous, la prière recueillie monta vers Dieu pour la conservation de la Prieure. Sit in ea, Domine, per donum Spiritus tui, prudens modestia, sapiens benignitas, gravis lnitas, casta libertas. In caritate ferveat et nihil extra Te diligat. Laudabiliter vivat, laudarique non appetat. Amore te timeat, amore tibi serviat. Tu ei honor sis, tu gaudium, tu voluntas. Amen.

    Le lendemain, 16 mai, fut encore consacré par une Messe chantée et par une Bénédiction Solennelle à louer Dieu dans sa servante. Deux journées de fête et dallégresse nétaient quune juste et très minime rançon pour les cinquante ans de vie cachée de celle qui, derrière les grilles du cloître, ne réfracte plus que la nostalgie du ciel. Depuis un demi-siècle quelle apprend à mourir, elle nous enseigne à tous la valeur de la vie future. Si, de jour en jour, la Prieure Anne de Jésus sefface davantage dans la pénombre de son humilité, répétant lama nesciri et pro nihilo reputari, quil nous soit permis du moins, à nous qui la voyons à luvre, de lui appliquer cette touchante formule que le Pontife emploie comme salut final quand il congédie chaque nouveau prêtre en lui donnant le baiser de paix : Pax Domini sit semper tecum.

    Oui ! Que la paix du Seigneur soit avec vous, ma Révérende Mère, durant ce dernier quart dexistence que vous concédera peut-être encore le divin Maître et quen votre âme elle demeure, puisque vous lavez ai royalement méritée, durant toute votre glorieuse éternités.

    L. CHORIN.


    1933/668-677
    668-677
    Chorin
    Thaïlande
    1933
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