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Noces d’or sacerdotales de S.G. Monseigneur Allys

Noces d’or sacerdotales de S.G. Monseigneur ALLYS Evêque de Phacuse, Assistant au Trône Pontifical
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    Noces d’or sacerdotales de S.G. Monseigneur ALLYS
    Evêque de Phacuse, Assistant au Trône Pontifical
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    Le samedi 10 octobre, au Grand-Séminaire de Hué, commençaient les fêtes jubilaires de notre Evêque, ordonné prêtre au Séminaire de Paris à cette même date en 1875. Après la messe pontificale solennelle, Monseigneur reçut les vœux et les félicitations des élèves : délicate allocution du Père Supérieur, discours en annamite du doyen des diacres, poésie française de M. Thích ( dont le talent est déjà connu des lecteurs du Bulletin, v. Nº 23, Novembre 1923), chants fort bien exécutés par la chorale avec les acclamations en usage au pays d’Annam pour exprimer les souhaits de longue vie : Vạn tuế ! Vạn tuế ! (Dix mille ans !). Ensuite eut lieu la visite de Mgr aux autres établissements de la “cité religieuse” de la rive gauche du “Fleuve des Parfums”: Ecole Normale des Filles de Marie Immaculée, Sainte-Enfance, Monastère du Carmel, qui rivalisèrent de délicatesse et d’à-propos pour complimenter Sa Grandeur.

    Le 11, anniversaire de sa première messe, Mgr officia à Saint-François-Xavier, église de la paroisse française. Après l’EvangiLe, le Curé, commentant ces mots de la préface : Gratias agamus Domino Deo nostro, expliqua à ses auditeurs les raisons qu’ils avaient de féliciter leur évêque, qui, au point de vue religieux comme au point de vue français, a travaillé avec tant de zèle en Annam durant un séjour ininterrompu d’un demi-siècle, et de rendre grâces à Dieu pour tout le bien qu’il y a opéré. Après la messe, les jeunes filles françaises et annamites de l’Institution Sainte-Jeanne d’Arc donnèrent, en l’honneur de Mgr, une séance récréative fort intéressante, pendant laquelle poésie et musique s’unirent merveilleusement pour charmer les invités des Sœurs de Saint-Paul.

    Durant ces deux jours, ce ne fut pas seulement à Hué, mais dans toutes les chrétientés du Vicariat, que l’on adressa à Dieu de ferventes prières d’actions de grâces et de supplications pour notre premier Pasteur. Mais ces premières journées jubilaires, si touchantes qu’elles aient été par l’union des esprits et des cœurs, n’étaient que le prélude d’une fête encore plus solennelle, à laquelle tous, Français et Annamites, clergé et fidèles, chrétiens et païens, voulurent donner le plus d’éclat possible. Le P. Provicaire, pour permettre aux prêtres de la Mission de venir en grand nombre offrir leurs félicitations et leurs souhaits à notre vénérable jubilaire, avait fixé au mercredi 14 la solennité extérieure de ses Noces d’or. Le 12 et le 13 furent employés aux derniers préparatifs. Procure, évêché, cathédrale, modestes cagnas annamites, confortables maisons européennes ou mandarinales, rues et boulevards avoisinant la résidence épiscopale, revêtirent bientôt une parure de fête : drapeaux et oriflammes aux couleurs françaises et annamites, arcs de triomphe, lanternes vénitiennes, fleurs, feuillages, fins tissus brodés, aimablement mis à la disposition de la Mission par la Cour et les divers Ministères, rien n’avait été épargné pour obtenir une décoration à la fois simple, riche et de bon goût.

    Le 14, dès 8 heures, les cloches de la Cathédrale annonçaient par leurs joyeuses volées le plus grand jour des solennités jubilaires. Bientôt une procession, composée des dignitaires, des enfants de chœur de Phu-Cam et de plusieurs chrétientés voisines, et d’une centaine de membres du clergé français et indigène, se rendait au devant de Monseigneur pour le conduire à la Cathédrale, où déjà une foule nombreuse de Français et d’Annamites avait pris place. A 9 heures le cortège faisait son entrée : le P. Stœffler, curé de la paroisse, retraça l’œuvre de Mgr dans la Mission, et plus spécialement à Phu-Cam, dont il fut le pasteur avant son élévation à l’épiscopat ; pendant la messe pontificale la chorale du Grand-Séminaire exécuta les chants grégoriens de façon impeccable et des artistes annamites firent entendre de superbes morceaux de musique.

    La Cathédrale était richement décorée et brillamment illuminée, grâce à la générosité de la population française, qui, pour perpétuer le souvenir des Noces d’or de S. G., avait pourvu aux dépenses d’installation de l’électricité dans toute l’église.

    Après la cérémonie religieuse, Mgr fut reconduit processionnellement à la Procure, où le Provicaire lui présenta les félicitations et les souhaits de tout le clergé. La réponse de Mgr fut à la fois un merci et un encouragement : merci à ses collaborateurs, présents et absents, pour leurs témoignages de filiale vénération à l’occasion de ses Noces d’or et le zèle que tous déploient, chacun dans sa sphère, pour faire progresser notre sainte religion ; encouragement à travailler sans relâche à notre sanctification personnelle, pour être tous des missionnaires zélés et de grands convertisseurs, et à pratiquer sans cesse le cor unum et anima una, notre gloire et notre force.

    Peu après cette réception intime, un Délégué spécial de Sa Majesté Khởi-Định, accompagné du Président du Conseil, des Ministres des Travaux Publics et de la Justice et de plusieurs autres grands Mandarins, venait apporter à Mgr, avec les félicitations de l’Empereur, la plaque de Grand-Officier du Dragon d’Annam.

    A midi, sous un hangar aménagé dans la cour de la Procure, on se réunissait pour le banquet, auquel assistèrent S. E. le Président du Conseil, 24 missionnaires (dont trois de Qui-Nhơn) et 77 prêtres indigènes (dont un du Tonkin Central). Une franche gaieté y régna. A l’heure des toasts, successivement le P. Chabanon, pro-vicaire, le P. Chính, le P. Hiến de Bui-Chu, S. E. M. Nguyễn Hữu Bài, rappelèrent le passé du vénéré Jubilaire, qui, à son tour, exprima les sentiments de son cœur, rapportant à Dieu et au zèle de ses collaborateurs français et annamites tout le bien qui s’est fait dans la Mission, et remerciant chaleureusement le Président du Conseil de son dévouement bien connu à la cause religieuse. Des applaudissements fréquemment répétés soulignèrent certains passages de ces allocutions, mais plus spécialement lorsque le P. Provicaire nous annonça, de par un télégramme de S. E. le Cardinal Gasparri, la nomination de Sa Grandeur à la dignité d’Assistant au Trône Pontifical.

    Dans l’après-midi eut lieu la réception des Ministres et des notabilités annamites, chrétiens et païens, qui avaient généreusement répondu à la souscription ouverte par le Président du Conseil pour les fêtes jubilaires ; puis, à 5 h. ½., Mgr se rendait de nouveau à la Cathédrale pour le salut solennel d’actions de grâces. La foule des Européens et des Annamites était encore plus nombreuse que le matin et un grand nombre de personnes ne purent pénétrer dans l’enceinte. On remarquait aux premiers rangs M. Pasquier, Résident supérieur, M. d’Elloy, Administrateur, et plusieurs autres chefs de service.

    Après la Bénédiction du Saint-Sacrement, la population française vint à son tour saluer Mgr à la Procure, et chacun se retira charmé de l’accueil aimable qu’il y reçut.

    Le soir, sur le parvis de la cathédrale, dont l’illumination était fort bien réussie, des danses rythmiques et des chants annamites furent exécutés par des jeunes gens et des enfants des chrétientés de la capitale avec une harmonie et un ensemble parfaits. Un feu d’artifice superbe termina cette belle journée.

    Le lendemain, un dîner offert par le Comité des Fêtes réunissait autour de Mgr les principales notabilités françaises et annamites de la ville de Hué. Au dessert, M. le Résident Supérieur Pasquier, de ce ton simple et charmeur dont il a le secret, prononça le discours suivant.

    C’est avec un sentiment d’infinie douceur que j’apporte ce soir à notre doyen, à l’occasion de ses cinquante années de sacerdoce, le témoignage de la respectueuse vénération dont l’entourent Français et Annamites.

    Monseigneur, si, en effet, pour beaucoup vous êtes le bon Pasteur, pour tous vous êtes le bon Français.

    Quand, par l’entremise de celui qui, Gouverneur Général 1, aimait à venir s’entretenir avec vous dans votre modeste maison indigène, le Gouvernement de la République a mis sur votre robe violette le point rouge de notre Légion d’Honneur, c’est qu’il a voulu récompenser en vous les fortes et solides vertus de chez nous. Ces vertus, vous les portez à la française, avec une crânerie qui ne perd jamais son sourire, avec une vivacité qui va jusqu’à la pétulance, avec un optimisme qui fait naître les courages, une énergie qui secourt toutes les faiblesses, un amour qui souffle sur toutes les flammes vacillantes. Vous êtes Celte et Gaulois, et on ne vit jamais passer qu’une ombre sur votre clair et fier visage, celle que fait parfois lever la vision du pays de granit et de chênes d’où vous vient votre obstination têtue dans le bien.

    Monseigneur, vous avez vu passer l’histoire sous la porte de Ngo-Môn 2. Vous y êtes passé avec elle. Si je ne connaissais trop votre haute modestie qui ne veut point qu’on évoque votre passé, je dévoilerais tout ce que votre cœur et votre volonté ont fait pour notre Patrie et pour ceux auxquels vous aviez consacré votre vie et votre foi en un temps où il y avait quelque héroïsme à suivre la voie du Père de Rhodes et de l’Evêque d’Adran.

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    1. — M. Albert Sarraut.
    2. — Porte du Sud, entrée principale du Palais Impérial de Hué.


    Vous êtes de leur lignée et de leur école.
    Vous avez toujours fixé vos yeux sur le ciel, mais c’était celui de la France. Quand vous avez vu flotter pour la première fois nos étendards sur la Rivière des Parfums, dans la grande et délicieuse émotion de votre âme, vous vous êtes réjoui, non seulement pour la gloire de notre Patrie, mais pour ce que contenaient de généreux les plis de ce drapeau qui allait s’étendre sur ces Annamites que vous aimiez comme vos frères. Et depuis lors vous avez toujours été le bon ouvrier de la fraternelle union des deux peuples.

    Quand on vous a vu, quand on vous a entendu, oh ! alors, Monseigneur, on ne doute pas, on est sûr que la France avec ses fils d’Asie continuera sa “geste”, cette geste sublime, héroïque, lumineuse, qu’à travers le temps et pour l’amour désintéressé des hommes elle a écrite sur la face de la terre pour le bien de tous.

    Je lève mon verre, Monseigneur, en vous souhaitant longue vie parmi nous !

    Après avoir remercié M. le Résident Supérieur de ses paroles si aimables et si délicates, Mgr nous redit son amour pour la France et nos chers compatriotes, pour l’Annam et les Annamites qu’il ne cesse d’encourager à suivre les sages directions de la nation éducatrice.

    Cette charmante soirée se termina, comme la précédente, par des chants, des danses et un beau feu d’artifice.

    Le samedi 17, Mgr disait la messe chez les Frères des Ecoles chrétiennes et visitait leurs différentes maisons : Ecole Pellerin, Scolasticat, Grand et Petit Noviciats, et donnait à tous, avec sa bénédiction, un jour de congé, fort apprécié aussi bien des élèves que des maîtres.

    Enfin, le dimanche 18, Sa Grandeur consacrait toute sa journée à son ancienne paroisse de Phu-Cam qui s’était particulièrement distinguée dans la préparation de ces superbes fêtes jubilaires.

    Que Dieu daigne nous accorder de voir réalisé le souhait de M. le Résident Supérieur : qu’en 1933 nous puissions célébrer les Noces d’argent épiscopales ; deux ans plus tard, les Noces de diamant sacerdotales de notre évêque vénéré, avec une solennité et un enthousiasme encore plus grands que n’ont été ceux de son cinquantenaire, dont les fêtes pourtant furent une si belle et si touchante manifestation de la cordiale et respectueuse sympathie des Français et des Annamites à l’égard de ce “bon ouvrier de la fraternelle union des deux peuples”!

    F. L.


    1925/762-767
    762-767
    Anonyme
    Vietnam
    1925
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