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Nazareth et Béthanie

Nazareth et Béthanie C’est le 27 octobre 1896 qu’eut lieu la bénédiction solennelle de la chapelle de Nazareth sous le vocable de la Sainte Famille. Cette cérémonie fut faite par le Père Rousseille, avec délégation de Mgr Piazzoli, Vicaire Apostolique de Hongkong.
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    Nazareth et Béthanie
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    C’est le 27 octobre 1896 qu’eut lieu la bénédiction solennelle de la chapelle de Nazareth sous le vocable de la Sainte Famille. Cette cérémonie fut faite par le Père Rousseille, avec délégation de Mgr Piazzoli, Vicaire Apostolique de Hongkong.

    Deux jours plus tard, ce même Prélat bénissait la cloche. A l’issue du dîner qui suivit cette cérémonie et auquel avait été invité tout le clergé de Hongkong, au moment des toasts, on vit se lever le bon P. Artif, alors membre de la Maison de Nazareth. Mais d’un signe, le P. Rousseille, qui se méfia d’un compliment à son adresse, l’invita à se rasseoir. C’est la pièce de poésie suivante, que le P. Artif avait composée et qu’il se proposait de lire ; plein de déférence pour son Supérieur, le P. Artif avait remis cette même poésie dans ses cartons. Elle n’en sortit jamais et c’est là que nous l’avons retrouvée. Ceux qui assistaient à la fête du 29 octobre ne sont plus, et le P. Artif vient de partir pour aller les rejoindre ; il a rendu sa belle âme au “Dieu de Nazareth” et c’est bien loin de “l’aimable Béthanie” que son corps repose “au champ du long sommeil”.

    Nous avons donc cru devoir publier aujourd’hui cette pièce de poésie. C’est un hommage rendu à la mémoire de celui qui fut notre collaborateur pendant quelques années, un hommage aussi à la mémoire du P. Rousseille et de tous nos aînés. Ce poème fait honneur à celui qui le composa, il témoigne de sa piété ardente, de su belle intelligence, de son grand cœur .
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    Quand, quittant pour toujours les rives paternelles,
    Le voyageur aborde à des terres nouvelles,
    Il aime à leur donner les noms qui lui sont chers ;
    Nous sommes voyageurs sur la terre lointaine,
    Inde, Chine, Japon, voilà notre domaine ;
    Aux quatre vents du ciel nous sillonnons les mers.

    Nous alignons la pierre en puissantes assises,
    Nous arborons la Croix sur de fières églises,
    Aux bords jadis foulés par le pied des Martyrs,
    Et nous apportons-là les noms de la patrie,
    Nous mêlons Israël à la France chérie,
    Les gloires du présent aux divins souvenirs.

    Je connais un îlot sur la côte de Chine,
    Couvrant d’un œil altier l’océan qu’il domine,
    Vil repaire autrefois de pirates païens :
    Là, près des lourds canons, la Croix est apparue,
    Les ogives, les tours l’élèvent vers la nue
    Et disent aux passants nos plus beaux noms chrétiens.

    Nazareth, Béthanie, aux gothiques allures,
    Montrent leurs toits jumeaux dans les hautes ramures,
    Comme l’antique église aux flancs du vieux manoir :
    Béthanie, où l’apôtre épuisé qui succombe
    Vient retrouver la vie ou chercher une tombe,
    Calme comme un soldat qui va dormir le soir.

    Ah ! quels nobles vieillards et quelles grandes âmes,
    Quelle jeunesse ardente et quels cœurs pleins de flammes.
    Ses murs ont vu passer ces derniers quarante ans !
    Beaucoup n’ont plus paru dans la sainte milice :
    Aux champs du long sommeil, loin du bruit de la lice,
    Les jeunes sont couchés auprès des vétérans...

    Reste sur ta colline, aimable Béthanie,
    Comme un doux souvenir de Marthe et de Marie,
    Comme un nouveau foyer pour ceux qui n’en ont plus !
    Reste dans ta verdure aux brises salutaires !
    Sois le gardien pieux des jardins funéraires
    Où Lazare attendra le réveil des Elus !

    Et toi, noble castel, qui, debout dans les ombres,
    Avec tes noirs créneaux et tes tourelles sombres,
    Apparais aux marins comme un donjon de roi,
    Toi qui bois du soleil les ardeurs tropicales
    Et trembles sous les coups des sifflantes rafales,
    Laisse mon faible chant s’élever jusqu’à toi.

    S’il est un nom qui charme aux pages de l’Histoire,
    Un nom qui vaut, lui seul, un poème de gloire,
    C’est ton nom, Nazareth, pauvre vieille cité !
    Parmi les lieux fameux ta part est la meilleure,
    Car ce fut dans ton sein qu’abrita sa demeure
    Celui qui vint du Ciel sauver l’humanité !

    Là, vécurent Jésus et Joseph et Marie,
    Là, montèrent vers Dieu la prière infinie,
    La louange parfaite et l’immortel amour,
    Là, l’Ouvrier divin conçut son Evangile,
    Dans l’obscur Atelier, là, d’un regard tranquille,
    Il contemplait de loin la Croix du dernier jour.

    Joseph auprès de lui travaillait en silence,
    Bien triste quelquefois, toujours sans défaillance,
    Il dérobait ses pleurs ainsi qu’il sied au fort ;
    Et la Vierge bénie, oubliant son ouvrage,
    Regardait son Jésus, comme dans un mirage
    Où passaient tour à tour le triomphe et la mort.

    Comme la ville ancienne où se cacha le Verbe,
    Nazareth est ton nom, castel au front superbe,
    Et nul nom, sous les cieux, ne surpasse le tien :
    En lui nous saluons l’Enfant de la Judée.
    La prière chrétienne en son cœur fécondée,
    Et notre humble labeur ennobli par le sien !

    Il vit dans ton enceinte et dans ton tabernacle,
    Le Jésus du Jourdain, du Thabor, du Cénacle,
    Le céleste Artisan qui changea l’univers ;
    Il veut t’associer à son œuvre éternelle,
    Il veut faire de toi, dans la lutte mortelle,
    Un fort, un arsenal redouté des enfers !

    Il veut que ton amour monte du sanctuaire,
    Comme le pur encens, vers le trône du Père
    Qui fait les bras vaillants et les âmes de feu !
    Il veut que de tes tours la doctrine sacrée,
    Semée à tous les vents, porte en toute contrée
    La Foi, la Charité, l’Evangile de Dieu.

    Sois donc comme un veilleur placé sur les murailles.
    Dont la sainte prière, au milieu des batailles,
    Se mêle aux bruits du feu, aux clairons éclatants !
    Que ta voix, le matin, s’éveille avec l’aurore,
    Que ton chant, dans la nuit, se fasse entendre encore,
    Pour obtenir d’en-Haut victoire aux combattants !

    Chante dans le travail, chante dans la souffrance !
    Jette à tous les échos le cri de l’Espérance !
    Que ton nom soit toujours un phare vers le port !
    Que de ton sein fécond la Divine Parole
    En livres lumineux, comme un essaim, s’envole
    Vers les peuples assis à l’ombre de la mort.

    O Toi qui fais germer le gland tombé sur terre,
    Toi qui donnes son ombre au chêne séculaire,
    O Dieu de Nazareth, bénis cette maison :
    Qu’elle sache accomplir ses grandes destinées,
    Travailler et Prier pendant longues années,
    Avec Foi pour devise et la Croix pour blason.

    Jules ARTIF.

    1929/281-284
    281-284
    Artif
    France
    1929
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