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Nécrologe

NÉCROLOGE Mgr Célestin-Félix-Joseph Chouvellon, Evêque de Dansara, Vicaire Apostolique du Setchoan Oriental. La Mission de Tchongking est dans le deuil. Notre évêque vénéré sest éteint doucement le dimanche 11 mai, clôturant par sa pieuse mort la dernière retraite quil venait de prêcher si éloquemment par lexemple de sa résignation et de sa patience aux nombreux prêtres chinois presque tous élevés par lui au sacerdoce.
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    NÉCROLOGE

    Mgr Célestin-Félix-Joseph Chouvellon,
    Evêque de Dansara,
    Vicaire Apostolique du Setchoan Oriental.

    La Mission de Tchongking est dans le deuil. Notre évêque vénéré sest éteint doucement le dimanche 11 mai, clôturant par sa pieuse mort la dernière retraite quil venait de prêcher si éloquemment par lexemple de sa résignation et de sa patience aux nombreux prêtres chinois presque tous élevés par lui au sacerdoce.

    A lheure où, chaque année, il revêtait les ornements sacerdotaux pour célébrer la fête du Patronage de saint Joseph, il revêtait une dernière fois ces mêmes ornements, mais pour aller célébrer au ciel la fête de celui quil avait choisi pour son patron, il y a 33 ans, quand SS. Léon XIII le nomma évêque de Dansara et Vicaire Apostolique de la Mission du Setchoan Oriental.

    Célestin-Félix Chouvellon, né à Usson, au diocèse de Lyon, le 19 décembre : 1849, dune famille foncièrement chrétienne, qui donna à lEglise plusieurs prêtres et religieuses, entra au Séminaire des Missions-Étrangères de Paris en 1871. Il fut ordonné prêtre le 20 septembre 1873 et quitta la France, quil ne devait plus revoir, le 5 novembre de la même année, pour Tchongking, où il arriva au début de lannée 1874. A cette époque les voyages étaient moins rapides quaujourdhui : la navigation à vapeur sarrêtait à Hankeou.

    Mgr Desflèches lenvoya à Yuintchouan sinitier à la langue chinoise en même temps quau ministère apostolique et, au bout de quelques mois, lui confia le district de Kiangtsin. Il y donna la mesure de son zèle et de son savoir-faire ; deux ans après, il était nommé à Suitin, quil administra jusquen 1890. A cette époque il était transféré à Leangchan. Son séjour y fut de courte durée : les suffrages des confrères sétaient réunis sur son nom pour donner un successeur à Mgr Coupat, mort le 25 janvier 1890, et le Saint-Père avait agréé ce choix.

    Il fut sacré à Tchongking le 27 décembre : 1891 par Mgr Biet, Vicaire Apostolique du Thibet.

    A ce court aperçu biographique faut-il ajouter quelques mots déloge ? Ils ne sont point de mise auprès dun cercueil que recouvrent les attributs du sacerdoce, surtout quand on sait la modestie de celui que nous pleurons et avec quelle énergie il les repoussait. Pourtant nous le devons pour lédification de tous.

    Mgr Coupat, prévenu par la mort, navait pu réparer les désastres accumulés par la persécution de 1886. Mgr Chouvellon se mit vaillamment à luvre. Il commença par les séminaires, qui furent toujours le premier objet de sa sollicitude ; il les laisse aujourdhui en pleine prospérité. Pendant les 33 années de son épiscopat il ordonna 75 prêtres.

    Il continua par les écoles et les églises, niais la persécution de 1898 arrêta un instant son élan. Il y aurait beaucoup à dire sur ce quil eut à souffrir à cette époque, où un missionnaire et un prêtre indigène furent emmenés prisonniers par les bandes de Yu-man-tse, où tant de chapelles furent détruites, de nombreux chrétiens et un prêtre massacrés, les stations ravagées et des milliers de chrétiens obligés de fuir à Tchongking, où ils restèrent pendant de longs mois à la charge de la Mission.

    La tourmente passée, il se remit à luvre, releva les ruines et augmenta le nombre des districts. On peut compter une quarantaine déglises dignes de ce nom quil édifia, avec résidences et écoles paroissiales adjacentes. Il fit construire lhôpital de Tchongking, pour lequel il appela les Surs Franciscaines, qui depuis ont essaimé à Siu-tin, puis le Collège St-Paul dont il confia la direction aux Petits-Frères de Marie, limprimerie quil installa à Tsen-kia-gai, le nouveau Grand-Séminaire de Tse-mou-chan, qui succédait au Séminaire provisoire de Cha-pin-pa, les agrandissements des Petits-Séminaires de Pee-ko-chou et de Tien-tche, qui en firent des établissements nouveaux les hôpitaux gratuits pour hommes et femmes à Tchongking. Il créa notre journal La Vérité, jeta les fondements de la Congrégation des Surs indigènes du Sacré-Cur, commença luvre des vieillards à Tchongking ; sa dernière uvre enfin fut celle du Carmel.

    Que dire encore de sa fidélité à visiter chaque année, jusquà ces derniers temps, une partie de sa vaste mission ; du soin quil mettait à réunir chaque année missionnaires et prêtres indigènes pour les exercices de la retraite ; de ses lettres pastorales, où il sefforçait de communiquer à tous le zèle qui le consumait ; des associations pieuses quil institua ?

    En un mot il fut un homme dune piété profonde, un prêtre pénétré de la grandeur du sacerdoce, ne permettant pas que la moindre ombre en ternît léclat, un missionnaire zélé, un évêque enfin qui, malgré une certaine timidité naturelle, ne reculait jamais quand il jugeait que le devoir lui commandait. Il nous laisse un bel exemple à suivre.

    Aussi ce nest pas seulement la ville de Tchongking, mais la Mission presque entière représentée par la plus grande partie de son clergé, qui a fait à Monseigneur Chouvellon de belles funérailles.

    Depuis la mort de notre évêque vénéré, on avait vu chrétiens et païens défiler en foule et sans interruption à la chapelle ardente où sa dépouille mortelle avait été exposée : là prêtres et fidèles se succédaient jour et nuit pour la récitation des prières des morts ; là encore chaque matin plusieurs Messes étaient célébrées devant lui et pour lui, qui avait connu, à la fin, la suprême épreuve du prêtre de ne pouvoir célébrer le Saint-Sacrifice.

    Le mercredi 14 mai, à huit heures trente, le P. Claval récitait les prières de la levée du corps et le long cortège funèbre se rendait à la cathédrale.

    Les missionnaires de la ville et des environs, une cinquantaine de prêtres indigènes et tous les élèves du Grand-Séminaire, en habit de chur, prirent place au sanctuaire. Aux premiers rangs de la nef, le Consul de France, le Commandant du Balny, les officiers de la marine française précédaient les Consuls des autres nations et les autorités chinoises. Venaient ensuite les membres de la colonie française et des colonies étrangères, les Petits-Frères de Marie et les élèves du Collège Saint-Paul, les Surs Franciscaines, les religieuses indigènes du Sacré-Cur, les membres de lUnion catholique, les délégations des écoles catholiques de Tchongking et de Kiang-pee et toute la chrétienté de la ville. Léglise, revêtue de ses parements de deuil, ne suffisait pas à contenir la nombreuse assistance.

    Le P. Claval, provicaire, chanta la messe ; le P. J.-B. Tchang fit un juste éloge de celui que nous pleurons et les absoutes furent données par les PP. Gourdon, S. Houang, J. Ouan et le P. Provicaire. Ensuite, pendant que les cloches saluaient une dernière fois celui-là même qui les avait consacrées, le cortège, présidé par le P. Casimir Cacauld, se mettait en route pour le cimetière de la Mission à Tsen-kia-gai.

    Des marins du Balny, en armes, faisaient au cercueil une escorte dhonneur.

    Ce fut un long défilé à travers les rues, entre les rangs dune foule pressée et curieuse, qui, après avoir lu les titres du défunt portés en tête du cortège à la mode chinoise, témoignait son admiration par une tenue respectueuse et sétonnait du grand nombre de croix et de couronnes offertes par les amis ; la grande croix de fleurs, avec sa dédicace élogieuse très apparente, offerte par le général Yuen Tsoumin, fut très remarquée.

    Lesprit établissait naturellement une comparaison entre larrivée à Tchongking, il y a cinquante ans, du jeune Félix Chouvellon, traversant clandestinement les rues dans une chaise fermée, et sa sortie jallais dire triomphale daujourdhui.

    La tête du cortège arrivait déjà au cimetière que la fin était encore aux portes de la ville. Il était près de deux heures quand le P. Provicaire bénit la tombe et récita les dernières prières.

    Monsieur le Consul de France, dune voix émue, salua une dernière fois Monseigneur de Dansara.

    Monsieur le Provicaire,

    Messieurs et chers compatriotes,

    Avant que la terre ne recouvre cette tombe, veuillez permettre à une indigne voix de sélever pour apporter à la dépouille mortelle de Monseigneur Joseph Chouvellon, Evêque de Dansara et Vicaire Apostolique du Setchoan Oriental, le dernier hommage des hommes.

    Je ne tenterai point de décrire la longue vie pleine de foi, de charité, de piété du grand Evêque disparu : tous, mieux que moi, vous connaissez les uvres en pleine floraison que Mgr de Dansara abandonne, à lappel de Dieu, aux mains de ses dignes collaborateurs ; tous, vous aurez été frappés par cette admirable carrière qui mérite dêtre regardée comme le modèle de toutes les vertus.

    Limmense concours de peuple qui vient de faire à sa dépouille mortelle un glorieux cortège est un précieux témoignage de respectueuse reconnaissance donné à celui qui sest consacré durant 51 années au bonheur moral du peuple chinois : au moment fixé par Dieu, le bon grain semé lèvera et la moisson dâmes sera fructueuse. Le vu de Mgr de Dansara sera ainsi exaucé.

    En récompense des immenses services rendus à la France dans cette partie reculée de lAsie, le Gouvernement de la République Française avait décerné au grand Evêque létoile des braves, quil a eu la joie de recevoir avant sa fin sur son lit de douleurs, et ainsi les hommes avaient accordé à celui qui nest plus tous les honneurs périssables de la terre.

    Paix à ses cendres. Au nom des Français de Thongking, au nom des Français dAsie, je mincline une dernière fois avec respect devant la dépouille mortelle de Mgr Joseph Chouvellon, Evêque de Dansara et Vicaire Apostolique du Setchoan Oriental, qui a tant honoré lEglise et la France, et japporte à la Mission Catholique mes condoléances émues pour la perte immense quelle vient déprouver en la personne de son Evêque vénéré.

    Monseigneur Chouvellon avait pris Notre-Dame de Fourvières pour Protectrice, le jour de son sacre, en la plaçant dans ses armes, avec lexergue Iter para tutum ; vers Elle sont allées ses dernières pensées ; vers Elle, selon ses dernière volontés, ira son dernier souvenir, Nous avons confiance quaprès lavoir maternellement protégé durant son voyage ici-bas, Elle lui aura souri à son arrivée au seuil de léternité.



    Le Père Joseph Couillaud,
    Missionnaire de Birmanie Septentrionale.

    Sous une écorce un peu rude, le P. Couillaud cachait un cur dor. Durant sa carrière apostolique de près de 30 ans, il a, dans les divers postes quil a occupés, montré envers ses chrétiens un dévouement et un attachement inlassables. Il les grondait bien parfois un peu, mais qui bene amat, bene castigat ; il ne pouvait tolérer aucun abus. Au reste, de bons résultats suivaient généralement ses admonitions, et ses gens laimaient. On la bien vu dans sa longue et douloureuse maladie ; des jeunes gens venus de leurs lointains villages se sont pendant trois mois remplacés à son chevet pour le soigner et le veiller... Il nest pas parti les mains vides, notre confrère. Une belle église en briques, construite par ses soins à Nabek, dans des circonstances excessivement pénibles il navait pas le premier centime quand il en jeta les fondations, tout en disant aux générations futures sa ténacité et son énergie, proclamera encore son zèle pour la maison de Dieu : Zelus domus tu comedit me.



    Le Père Joseph Davenas,
    Missionnaire du Thibet.

    Notre confrère le P. Davenas a rendu son âme à Dieu le 30 Avril, à onze heures du matin, après 19 jours de maladie. Les 10 et 11 avril, il ressentait un peu de malaise auquel il nattacha pas dimportance. A son ordinaire, il vint entendre les confessions au séminaire et rentra chez lui, se disant quune bonne nuit ferait disparaître cette fatigue. Le 12 au matin, il dut se reposer sur son lit aussitôt après la sainte Messe. Vers neuf heures, il se leva cependant pour entendre quelques confessions, niais une douleur vive au creux de lestomac, accompagnée de fièvre, lobligea de suspendre son ministère. Il salita et une bonne médication soulagea lestomac sans faire tomber la fièvre. Le 14 ou le transporta à lhôpital, où les soins les plus intelligents et les plus dévoués lui furent prodigués sans succès. Le jour de Pâques, le cher Père, qui jusque là avait pu communier tous les jours, communia une dernière fois et reçut lExtrême-Onction. La langue était embarrassée, la déglutition difficile, le sang affluait à la tête. La fièvre restait au dessus de 39o, avec de rares intervalles de baisse. Un dénouement fatal était imminent. Les confrères du voisinage furent prévenus de létat grave du cher Père et invités à venir au plus tôt, si possible. Le P. Valour, plus libre de ses mouvements, arrivait au chevet de son compatriote le jeudi 25 et le trouva incapable de répondre autrement que par signes. Le jour de Quasimodo on réussit à lui donner une petite parcelle dhostie quil avala péniblement à laide de quelques gouttes deau. Ce fut son viatique pour lautre vie. La face et le cou devenaient de plus en plus rouge-violet, la respiration haletante, les bras agités. Cétait lagonie qui commençait. Elle se prolongea jusquau mercredi, jour où saint Joseph, son Patron, vint le retirer de cette terre.

    Le jour même on procéda à la mise en bière et au transfert au Tchen-iuen-tang. Toute la journée du jeudi, les chrétiens ne cessèrent de prier auprès de la dépouille de leur regretté Pasteur. Les funérailles eurent lieu le vendredi, 2 mai, avec messe solennelle, grâce au concours du P. Monbeig arrivé la veille à la nuit. Trois missionnaires et plus de quatre cents chrétiens récitant les prières des morts accompagnèrent notre confrère à sa dernière demeure. Il repose, hors de la ville, à côté du regretté P. Dejean, son prédécesseur au district de Tatsienlou.

    La disparition inopinée dun confrère si dévoué, à la force de lâge, nous afflige profondément et prive la mission dun précieux ouvrier. Mais Dieu la voulu ainsi. Que sa sainte Volonté soit faite !



    Le Père Jean-François Perbet,
    Missionnaire du Siam.

    La mort vient de creuser un nouveau vide dans notre Mission, si éprouvée depuis une dizaine dannées : M. Perbet a rendu son âme à Dieu le 21 Mai. Notre cher confrère, aux prises avec de douloureuses infirmités depuis plusieurs mois déjà, put encore célébrer le Saint-Sacrifice le jour de Pâques ; depuis lors ses forces diminuèrent constamment. Il reçut lExtrême-Onction en pleine connaissance six jours avant sa mort, se rendant bien compte de son état. Je vais retrouver là-haut de bons amis, disait-il quelques heures avant dexpirer calme et sans secousse, dans la paix du Seigneur. Il a été inhumé dans léglise de Pëtriou, près du P. Schmitt, dont il avait été pendant 28 ans lauxiliaire dévoué, et du P. Voisin, qui la précédé de quelques années dans la tombe. Il nous laisse à tous le souvenir dune régularité sacerdotale édifiante, dune bonté pleine de prévenances sefforçant toujours de faire plaisir et de rendre service, et dune humilité qui le portait à rester constamment dans lombre et à faire le bien sans bruit. Sa récompense sera belle là-haut. Prions pour nos morts.



    1924/471-481
    471-481
    Anonyme
    France
    1924
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