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Nécrologe

Nécrologe Le Père Emile KEMLIN, Missionnaire de Quinhon, Provicaire de la Mission des Bahnars
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    Nécrologe
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    Le Père Emile KEMLIN,
    Missionnaire de Quinhon,
    Provicaire de la Mission des Bahnars
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    Marie-Joseph-Emile Kemlin naquit à Lusse, diocèse de Saint-Dié, le 17 juin 1875. Ordonné prêtre au Séminaire de Paris, le 26 juin 1898, il partit, le 3 août suivant, pour la Mission de Quinhon. Il ne séjourna que quelques mois dans la plaine pour y apprendre les rudiments de la langue annamite et, dès le 3 février 1899, il était à Kontum, centre de la Mission des sauvages Bahnars, à laquelle, pendant 25 ans, il se donnera tout entier, jusqu’au complet épuisement de ses forces, sans autre trêve, pourrait-on dire, qu’un court arrêt au sanatorium de Béthanie, et sans autre repos que celui de la mort, dans un hôpital de Marseille.

    Les débuts du P. Kemlin furent singulièrement mouvementés. L’Administration française s’installait, à la suite des missionnaires, dans la haute région : elle y apportait évidemment les bienfaits d’une civilisation supérieure, mais aussi ce qui en est l’inévitable rançon, les impôts et les corvées : toutes choses que le libre enfant des forêts apprécie sous la forme de routes, d’hôpitaux et d’écoles, mais auxquelles il voudrait ne contribuer que le moins possible. Il y eut donc des révoltes à main armée, des incendies, du sang versé : un poste de milice fut attaqué, au nord du district du P. Kemlin, et son chef, le garde principal Robert, massacré. Notre confrère fut menacé à son tour et ne dut son salut qu’à la vigoureuse résistance qu’il organisa du haut des pilotis de sa maison barricadée. Quelques jours après, pendant qu’il accompagnait comme interprète une colonne de pacification, on lui apprenait que cette même maison, et son église, et tout ce qu’il possédait, venaient d’être réduits en cendres par un incendie accidentel : le calme avec lequel le Père reçut cette nouvelle stupéfia les officiers qui en furent témoins : un tel détachement des biens de ce monde les laissait rêveurs.

    Pendant ces temps troublés, le Père poursuivait ses conquêtes avec tout l’allant de la jeunesse que rien n’arrête et un zèle d’apôtre que rien ne rebute : en moins de sept ans, il triple la population chrétienne de la tribu des Hamong ; de 500 âmes en 1900 elle monte à 1478 en 1907, époque où la division du district s’impose. Un village même, se raidissant contre le mouvement de conversions qui gagnait de proche en proche, avait mis le Père au défi de l’entamer : avec l’irrésistible collaboration de la prière, du temps, et aussi de certaine diplomatie dans laquelle il était sans égal, notre confrère emporta la position jugée imprenable et y planta profondément la Croix. Ah ! c’est que le P. Kemlin était un charmeur incomparable : doué d’une belle intelligence, d’une excellente mémoire, d’une acuité d’observation toujours en éveil, il savait converser des soirées entières, assis auprès d’un brasero en terre battue ; il savait interroger, tournant et retournant la même question pour obtenir une réponse satisfaisante ; il savait surtout écouter inlassablement. De là, dans les trop rares écrits sortis de sa plume, que complètent heureusement de nombreuses notes laissées par lui, cette impression de travail en profondeur, si on ose dire, et de documentation qui n’a rien laissé d’inexploré après elle. Aussi est-ce en toute justice que le distingué directeur de l’Ecole Française d’Extrême-Orient pouvait écrire à la Mission de Kontum : “.... Nous étions fiers de compter parmi nos correspondants cet esprit remarquable, qui avait analysé avec tant de pénétration la mentalité confuse et compliquée des populations sauvages au milieu desquelles il accomplissait sa tâche apostolique. Ses travaux sur les Rongao (Les rites agraires. – Les songes et leur explication), publiés dans notre Bulletin, ont recueilli les suffrages de meilleurs juges et peuvent être proposés comme modèles à ceux qui entreprendront à l’avenir des études de ce genre. L’Ecole Française d’Extrême-Orient gardera fidèlement la mémoire de cet excellent collaborateur.”

    Ce fut en janvier 1912 que le P. Kemlin recueillit, à la tête de la Mission de Kontum, la lourde succession du légendaire P. Guerlach. Il quitta donc sa chère tribu des Hamong et son joli centre, Palei Jodrap, où il venait de terminer une magnifique église en bois de choix, et vint s’installer à Kontum, au provicariat, près du Collège Bx Cuenot, en plein cœur du pays bahnar. Là encore il se révéla architecte d’un goût très sûr et bâtit une grande église qui fait l’admiration de tous les touristes de la haute région. Mais, plus que ces travaux de pieux artiste, le soin des âmes captivait ce cœur éminemment surnaturel. “C’est, nous écrit-on, pendant ces dernières années qu’il a donné le summum de ce que peut donner un bon curé ; avant lui certes Kontum était déjà une paroisse vraiment chrétienne ; les communions dépassaient 10.000 pour une population de 1.500 âmes ; mais, sous la poussée vigoureuse du Père, cette paroisse fit encore un grand pas en avant dans la voie de la piété et d’une vie chrétienne de plus en plus intense. Ses derniers comptes marquaient 30.000 communions annuelles. Il avait établi de nombreuses congrégations et confréries pour tous les âges, pour ses chrétiens sauvages ou annamites, et il en présidait très régulièrement les longues réunions mensuelles. Généralement il passait toute son après-midi à l’église, où son confessionnal ne désemplissait pas. Dieu seul sait tout le bien qu’il a fait aux âmes par ses directions empreintes de la plus sage et de la plus miséricordieuse spiritualité. A vrai dire, ses confrères lui reprochaient bien un peu d’être plus curé de Kontum que Supérieur de la Mission. A cela il répondait, avec un bon sourire, qu’il aimait mieux donner à ses missionnaires l’exemple du travail que de passer son temps en longues causeries avec eux.”

    C’est en se dépensant ainsi s ans compter, en se surmenant sans mesure, que le cher provicaire s’est usé, s’est “tué” prématurément. “Il vivait de Dieu, d’une vie intérieure très intense : le reste comptait bien peu pour lui...” Quel bel éloge, sur les lèvres d’un de ses aînés, témoin de toute sa vie d’apostolat !

    Rapatrié d’urgence, après un court séjour au sanatorium de Dalat, le P. Kemlin s’endormit pieusement dans le Seigneur, le 6 avril dernier à l’hôpital Saint-Joseph de Marseille, entre les bras d’un de ses confrères de la Mission des sauvages Bahnars.

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    10. — Alphonse-Joseph JOUBERT, né le 17 octobre 1847 à Poillé, diocèse du Mans ; missionnaire de Cochinchine Occidentale en 1874 ; mort à Saigon le 19 juin 1925.

    1925/445-449
    445-449
    Anonyme
    France
    1925
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