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Nécrologe

Nécrologe Monseigneur Marie-Félix CHOULET, Evêque de Zéla, Ancien Vicaire Apostolique de Mandchourie Méridionale. Marie-Félix Choulet naquit à Grésy-sur-Aix, diocèse de Chambéry, (Savoie) le 4 décembre 1854. Il partit pour la Mandchourie le 1er septembre 1880, mais, obligé de passer lhiver à Shanghai, il narriva dans sa Mission quau printemps de 1881.
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    Nécrologe


    Monseigneur Marie-Félix CHOULET,
    Evêque de Zéla,
    Ancien Vicaire Apostolique de Mandchourie Méridionale.

    Marie-Félix Choulet naquit à Grésy-sur-Aix, diocèse de Chambéry, (Savoie) le 4 décembre 1854. Il partit pour la Mandchourie le 1er septembre 1880, mais, obligé de passer lhiver à Shanghai, il narriva dans sa Mission quau printemps de 1881.

    Après avoir étudié la langue près de M. Hinard au Séminaire de Yangkoan, il fut désigné, en 1882, pour aller aider M. Venault, curé de Ansintai, alors âgé de 76 ans. M. Choulet résidait à Kaochantouen, 120 lys de son curé, et avait pratiquement seul la charge dun immense district. En 1884 il fut rappelé au séminaire de Chaling, cette fois comme supérieur, en remplacement de M. Hinard, nommé curé de la paroisse du même lieu. En 1887, il succède au P. Chevalier à Siaoheichan, et y construisit léglise de Notre-Dame de Lourdes, dont son prédécesseur venait de jeter les fondements. En 1890, il est appelé par Mgr Guillon, aux fonctions de Provicaire et Procureur de la Mission, avec résidence à Newchwang. Là encore, il construisit une jolie église, la seule qui ait traversé intacte la tourmente des Boxeurs,

    Après le massacre de Mgr Guillon (2 juillet 1900), il eut à porter le terrible fardeau dune Mission prospère qui venait dêtre, du jour au lendemain, presque totalement ruinée : lévêque, 6 missionnaires, 3 prêtres indigènes, 2 religieuses de la Providence, des milliers de chrétiens, massacrés ; un nombre de chrétiens plus grand encore avaient apostasié ; toutes les églises, résidences et écoles, sauf à Newchwang, avaient été brûlées et détruites.

    Il fallait relever ces ruines matérielles et spirituelles et fournir aux missionnaires le moyen de réoccuper leurs districts de lintérieur. Nommé Vicaire Apostolique le 18 avril 1901, ce fut à lui quincomba cette lourde charge.

    Il se mit à la besogne avec le courage et la ténacité quil avait toujours montrés. Peu à peu les apostats revinrent à la Religion quils avaient reniée de bouche par crainte des supplices et de la mort. Les églises, résidences et écoles sortirent des ruines, plus belles et plus
    nombreuses que jadis, et, lorsque ses infirmités lamenèrent à donner sa démission de Vicaire Apostolique en 1920, la Mission était relevée au spirituel comme au temporel, et le chiffre des chrétiens, qui était de 17.000 en 1901, dépassait 30.000, malgré lémigration qui nous fait perdre chaque année des centaines de fidèles.

    Mgr Choulet revenait de Seoul où il avait assisté, le 1er mai 1921, au sacre de Mgr Devred, et il sétait arrêté à notre station frontière dAntung pour administrer les sacrements aux chrétiens. Depuis longtemps, ses jambes le portaient mal. Le soir du 7 mai, en sortant de sa chambre, il heurta si malencontreusement le seuil de la porte quil tomba à la renverse et perdit connaissance. Cétait le commencement dun long martyre qui ne devait prendre fin que le 31 juillet 1923. Le col du fémur était brisé, et le cur, depuis longtemps malade, subit un contre-coup tel quil ne se remit jamais et mit constamment ses jours en danger. Revenu à lui au bout de quelque temps, il eut lénergie de se traîner seul jusquà son lit, et il y monta sans quil ait pu jamais sexpliquer comment.

    Transporté à lhôpital japonais dAntung, il endura durant plusieurs semaines des souffrances atroces qui lempêchèrent de prendre le moindre repos. Le 30 mai, nous obtenions, grâce à lintervention de Mlle Ursule Yuasa, infirmière-major, qui nous rend depuis plus de dix ans des services inappréciables, de le transférer à lhôpital de la Croix Rouge à Moukden. Les mois de juin et juillet se passèrent dans un état de dépression physique et morale qui nous fit croire à plusieurs reprises que sa dernière heure était arrivée. Il ne garda aucun souvenir de ce qui se passa près de lui pendant ces deux mois, bien que par instants il ait semblé suivre les conversations et les événements avec une lucidité très satisfaisante.

    Le 5 juin, il recevait lextrême-onction, et le 20 il était transporté à la résidence épiscopale. Les médecins jugeaient alors son état désespéré, et à plusieurs reprises ils déclarèrent sa mort imminente. Vers la fin de juillet, il sembla peu à peu revenir à la vie, mais au prix de quelles souffrances ! Toutes les 2 heures, deux hommes devaient le porter de son lit sur une chaise longue, puis de la chaise longue sur un fauteuil, et du fauteuil au lit. Il en fut ainsi jusquà Pâques, (16 avril) 1922. Chaque jour, la Messe était dite dans sa chambre. Le jour de Pâques, il voulut ménager une surprise à tout le monde. En cachette des confrères, il fit préparer ce qui lui était nécessaire pour la Messe. Au matin de la fête, il remerciait son aumônier, et appuyé sur ses béquilles, assisté seulement dun servant, il célébrait la Messe de la Résurrection, la première depuis le 6 mai 1921. Il eut, à partir de ce jour, la consolation doffrir presque sans interruption le Saint-Sacrifice quà lavant-veille de sa mort.

    Le printemps et lété 1922 lui rendirent quelque vigueur. Retiré à notre ancienne procure de Newchwang, quil avait aménagée lui-même, il put jusquà la fin doctobre se rendre chaque jour à léglise (toujours appuyé sur ses béquilles) pour faire une visite au Saint-Sacrement.

    Depuis novembre, ses forces déclinèrent visiblement. Les sorties au jardin ou à léglise, tant à cause du froid que de la faiblesse, devinrent très rares. A partir de février 1923, il lui fut impossible de prendre son repos au lit. Les nuits comme les jours se passaient sur une chaise ou un fauteuil. Lénergie et lesprit de foi quil navait cessé de montrer durant toute sa maladie brillèrent alors dun éclat plus vif. La souffrance le purifiait de plus en plus, et le sentiment de sa fin toujours imminente le maintenait dans un recueillement et une union à Dieu qui demeureront pour ses missionnaires une leçon inoubliable.

    La semaine du 22 au 29 juillet fut plus mauvaise. Loppression devenait chaque jour plus pénible, et le moindre effort lui congestionnait la face au point de la rendre violacée.

    La journée du 30 juillet fut particulièrement pénible. Mais rien ne faisait prévoir un dénouement imminent.

    A 6 h. du soir, il dut pour la première fois demander laide de M. Cordon. (qui lui prodiguait ses soins depuis plusieurs mois) pour se relever. Il voulut alors commencer la récitation de Matines, debout, appuyé sur ses béquilles. Cétaient les Matines de la fête de saint Ignace, les Matines du jour de sa mort : il dut les achever dans lautre monde.

    Les confrères présents achevaient à peine leur repas du soir lorsquon vint les chercher en hâte : une crise violente détouffement venait de se déclarer, avec tous les symptômes dune mort imminente. M. Daval proposa à lauguste malade de recevoir les derniers sacrements, ce quil accepta de grand cur. Malgré la suffocation qui lui rendait la respiration extrêmement pénible, il sefforça encore de répondre aux prières liturgiques. Après la cérémonie, il bénit les assistants, mais on dut soutenir son bras défaillant pendant quil traçait le signe de la croix.

    Il suivit très attentivement les prières des agonisants. Mais déjà, sil comprend ce qui se passe autour de lui et ce quon lui dit, il ne peut répondre que par des signes ou des soupirs.

    La position un peu renversée au fauteuil lui devient insupportable, et cest sur une chaise, les mains appuyées sur son bureau, la tête légèrement penchée sur sa poitrine haletante, quil achève son long martyre de plus de deux ans. Jusquà minuit, il sunit visiblement aux pieuses exhortations que lui suggère le P. Villeneuve.

    A partir de minuit, le pouls faiblit, lenflure gagne, la respiration devient plus douce : il semble moins souffrir.

    A 1 h. du matin, 31 juillet, le pouls est presque imperceptible : il semble ne plus rien entendre. La fin approche visiblement.

    Les confrères prévenus viennent lassister dans la lutte suprême. A 2 h. 30, notre vénéré malade pousse subitement trois légers soupirs, et sa tête sincline tout à fait. Son âme est retournée à son Créateur. Il était dans sa 69e année, la 43e de son sacerdoce, la 23e de son épiscopat.

    Immédiatement plusieurs Messes sont célébrées pour le repos de son âme. Le lendemain, un office solennel est chanté, prsente corpore, dans léglise de Newchwang quil avait construite et ornée lui-même. Le jeudi, de grand matin, les chrétiens transportèrent son cercueil en grande pompe à la gare du chemin de fer. Il arriva à la résidence de Moukden à 3 h. de laprès-midi.

    Déjà les missionnaires sont arrivés nombreux. Aussitôt après la levée du corps, ils chantent les Vêpres des Morts, suivies dune absoute. Le cercueil est placé au fond de la cathédrale dans une chambre ardente autour de laquelle les chrétiens se pressent sans discontinuer pour prier. Les missionnaires continuent de psalmodier ou chanter lOffice des Morts jusquau vendredi soir.

    Tous les missionnaires et prêtres indigènes qui lavaient pu sétaient fait un pieux devoir de venir prier ensemble près de la dépouille mortelle de celui qui avait été durant 23 ans leur père et leur modèle.

    Le samedi 4 août, S. G. Mgr Mutel présida les funérailles solennelles, en présence de NN. SS. Demange et Gaspais, de 30 missionnaires et dune foule compacte de chrétiens. La colonie européenne de Moukden était aussi largement représentée.

    Mgr Choulet repose dans son ancienne pro-cathédrale, auprès de son Coadjuteur, Mgr Sage, qui, sacré par lui en cette même église le 7 mars 1915, nous fut prématurément enlevé le 20 septembre 1917.

    *
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    16. Marie-Félix CHOULET, né le 4 décembre 1854 à Grésy-sur-Aix, diocèse de Chambéry ; missionnaire de Mandchourie en 1880 ; provicaire en 1890 ; évêque de Zela et vicaire apostolique de la Mandchourie Méridionale en 1901 ; démissionnaire en 1920 ; mort à Newchang le 31 juillet 1923.

    Dernière Heure

    Tandis que M. Weatherbe, lAnglais retenu depuis plus dun mois par les bandits aux environs de Talifu (Yunnan), réussissait à séchapper de leurs mains et que le Toukiun Tang Ki-yao télégraphiait à Pékin que la complication provenant de son arrestation se trouvait ainsi heureusement solutionnée, dès le lendemain, 13 août, les bandits enlevaient notre confrère le Père Degenève. Un télégramme de Talifu apportait le 17 au soir la triste nouvelle à Yunnanfu. Cest, en ce moment, le deuxième missionnaire catholique entre les mains des bandits, lautre victime est le P. Malotto, missionnaire italien au Hounan. Ajoutez à cela lincendie de léglise de Tsetcheou au Shansi, ainsi que la tentative denlèvement de deux missionnaires irlandais au Houpé : lensemble de ces méfaits peut donner une idée de létat de désordre lamentable qui règne en Chine.

    1923/589-595
    589-595
    Anonyme
    France
    1923
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