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Mysore : Enterrement solennel dun Bassoua (buf divin)

Mysore : Enterrement solennel dun Bassoua (buf divin)
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    Mysore : Enterrement solennel dun Bassoua (buf divin)
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    Un brahme, qui rendit jadis au Gouvernement de lInde des services très appréciés, acquit en récompense la propriété exclusive de 36 villages. Son petit-fils, héritier actuel de tout ce bien, est réputé pour sa grande richesse, le nombre de ses maisons et la valeur de ses bijoux. Mais, ce qui fait surtout son orgueil, cest un magnifique troupeau de quelque 200 bêtes à cornes comprenant 4 taureaux, que les païens, comme lon sait, considèrent à légal de dieux. En raison de la vénération générale, tout taureau a le droit incontesté derrer et de paître à laventure, même au milieu des cultures et des jardins. Nest-il pas, aussi bien, le père de plusieurs générations de vaches, grandement estimées dans toute la région ? Avec lâge, ce dieu à cornes arrivera bien au terme de sa carrière, mais ceci, on va le voir, nest pas pour décourager ses fidèles.

    Lun des taureaux de notre brahme, le plus âgé de tous, fut un beau jour trouvé les quatre fers en lair dans un ravin. Il y avait fait la culbute en sortant dun jardin quil avait, soit dit en passant, affreusement dévasté. Aussitôt la nouvelle connue, grand émoi parmi la population presque entièrement païenne. Bientôt, les personnages influents délibèrent pour arranger les funérailles du dieu décédé. Une souscription est faite de maison en maison pour couvrir les frais : achat de fleurs, dhuile, de noix de coco, paye du célébrant et des musiciens.

    A lheure propice, annoncée par le pourohita (célébrant), les barbiers surviennent, munis de leurs instruments de musique, puis suivent les blanchisseurs, dont les uns apportent des torches de toutes tailles, les autres des récipients variés pleins dune huile odoriférante. Ils précèdent ou accompagnent un char à fumier, préalablement enduit de pancha-gavia. Ce produit est le mélange des cinq éléments qui sortent du corps de la vache : urine, bouse, beurre fondu, lait caillé et petit lait. Le char est alors orné de guirlandes et décoré dune douzaine de plants de bananier avec leurs fruits. Le bouvier, homme de haute caste, la tête couverte dun turban dun rouge éclatant, tel que seuls en portent les gens de distinction, met en mouvement ses bufs, eux-mêmes richement caparaçonnés et les cornes couvertes de fleurs. Dans un silence relatif, le cortège se rend au lieu où le dieu regretté a trouvé la mort de façon si banale. Déjà le guettent les corbeaux voraces et les vautours audacieux. Que le gardien bénévole sécarte un instant et ils auraient tôt fait de se précipiter pour dévorer sans vergogne le cadavre inerte.

    En arrivant au lieu funèbre, après mille prostrations et des supplications réitérées, les dignitaires, désignés pour mettre dans la charrette le cadavre du Bassoua, accomplissent leur tâche honorable. Puis, dès que les blanchisseurs ont allumé leurs torches, au son des instruments, au milieu dune sarabande désordonnée, on prend le chemin de la ville, où une foule de dévots attendent anxieusement larrivée du cortège.

    A peine parvient-il dans la rue des brahmes, que les femmes en grand nombre détachent leurs bracelets, les ceintures dargent, les pendants doreilles dont elles étaient ornées et les placent sur les jambes, les cornes, la queue du défunt. En même temps, elles jettent à profusion des fleurs de toutes couleurs et des touffes dherbe jusquà en remplir la charrette et recouvrir le corps entier du pauvre dieu.

    Lon arrive, enfin, de lautre côté de la ville au lieu destiné à son repos éternel. Le pourohita fait descendre respectueusement en terre la carcasse vénérée, lasperge deau lustrale et lui demande sa protection pour la ville et les habitants. La foule, à lenvi, le couvre de poignées de terre au point de former un tertre de deux pieds de haut. Puis, on plante à lune des extrémités de la tombe une grosse branche de figuier multipliant et, à lautre extrémité, une branche dun autre arbre sacré, tout en souhaitant au dieu repos et félicité sans fin. Un héraut proclame une dernière fois les hauts faits du bassoua, qui va, enfin, pouvoir pourrir en paix !
    1927/747-749
    747-749
    Anonyme
    Inde
    1927
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