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Mission du Kouangsi la guerre des deux Kouang

Mission du Kouangsi la guerre des deux Kouang Lannée 1921 comptera parmi les plus tristes quait à enregistrer lhistoire de la Mission du Kouangsi : la guerre entre les deux Kouang en est la cause. Depuis la proclamation de la République, en 1911, la guerre civile a promené la désolation successivement dans presque toutes les provinces de la Chine.
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    Mission du Kouangsi la guerre des deux Kouang

    Lannée 1921 comptera parmi les plus tristes quait à enregistrer lhistoire de la Mission du Kouangsi : la guerre entre les deux Kouang en est la cause.

    Depuis la proclamation de la République, en 1911, la guerre civile a promené la désolation successivement dans presque toutes les provinces de la Chine.

    Le Kouangsi, sous le proconsulat du Général Louk Yong Ting, devenu plus tard le Maréchal Louk, était resté relativement en paix ; mais lambition perdit Louk : il voulut étendre sa domination sur la riche province de Canton : ce fut la cause de sa ruine.

    Dès le commencement de cette année, des préparatifs dattaque et de défense se firent de part et dautre et, au début de Juin, les armées ennemies étaient en présence tout le long de la frontière Kouangtong-Kouangsi. Louk, doutant de ses forces, fait sa soumission au Gouvernement de Pékin, dont il espère des secours en argent et en munitions ; mais ces secours, accordés parcimonieusement, seront interceptés ou arriveront trop tard.

    1e Phase. Débâcle de Louk. Le 22 Juin, les avions cantonnais bombardent Outcheou, quoccupe laile gauche de larmée du Kouangsi. Celle-ci se retire vers le Nord sans essayer darrêter lenvahisseur et abandonne la cause de Louk Yong-Ting ; les Cantonnais semparent dOutcheou, clé du Kouangsi, sans coup férir.

    Le centre, démoralisé par cette trahison, recule à son tour, essaie de résister à Tang-Yun, se fait battre et se replie en désordre vers Nanning.

    La droite, qui avait pénétré dans le Kouangtong jusquà Pakhoi, rétrograde vers Chang-Seu et Long-Tchéou.

    Cest la débâcle qui commence : les Cantonnais occupent successivement Pin-Nan, Kong-Hao, Kouy-Pin, Yolin, Kouy-Hien et se préparent à envelopper Nanning, la capitale,

    Le 17 Juillet, Louk Yong-Ting, se sentant trahi par la plupart de ses généraux, prononce un semblant de démission et se retire sur Long-Tchéou avec les débris de son armée.

    Pendant ce temps, les populations affolées, craignant dêtre pillées et par les troupes vaincues et par les armées victorieuses, se précipitent en masse dans nos établissements et se mettent à labri sous les plis du Drapeau français et la protection de lEglise catholique.

    Le 5 Août, plusieurs régiments cantonnais entrent à Nanning. Deux jours après, le général en chef, Tchen-Kuin-Ming, y arrive avec le gros de ses forces.

    2e Phase. Résistance à Longtcheou. Il croyait en avoir fini avec celui quil appelait ce vieux brigand de Louk ; mais celui-ci sapprêtait à jouer sa dernière carte à Long-Tchéou et répondait dédaigneusement aux propositions de paix.

    Les mois dAoût et de Septembre furent tout entiers consacrés par les Cantonnais à atteindre Long-Tchéou, qui tomba le 30 Septembre.

    Des combats très meurtriers eurent lieu à Tai-Pin et dans les montagnes qui faisaient un rempart naturel au repaire du vieux Louk; les Cantonnais eurent plusieurs milliers de morts. Ils se vengèrent cruellement sur la ville de Long-Tchéou, quils pillèrent de fond en comble. Ils ne respectèrent que le quartier européen : Douanes, Postes, Consulat français, Missions. Tous ces établissements étaient remplis de réfugiés.

    Louk, ayant perdu la dernière manche senfuit au Tonkin, quil traverse, gagne Haiphong et se rend à Pékin pour y pleurer sa déconfiture et... préparer sa revanche.

    Ses soldats débandés passent aussi la frontière du Tonkin, prennent quelques forts, pénètrent jusquaux abords de Lang-Son, où lartillerie française les met en déroute, et regagnent piteusement les montagnes du Kouangsi.

    3e Phase. Gouvernement des Cantonnais. Les Cantonnais croient en avoir fini avec leur malheureuse Province-sur et espèrent la voir tomber à leurs genoux, réduite à merci. Le 24 Octobre, le Président Sun Yat-Sen, venu tout exprès de Canton, fait son entrée solennelle à Nanning : pavoisement, discours, promesses, etc., etc. Il a, dit-il, débarrassé le Kouangsi des monstres qui lui suçaient le sang ; maintenant il veut sauver la Chine entière et larracher à la honteuse domination de Pékin ! Il repart enchanté de son travail, suivi de près par le Général en chef couvert de lauriers.

    Ils ont confié le gouvernement civil et militaire à un Kouangsinais, M. Ma, dévoué à la cause de Sun Yat-Sen et partageant sans doute son utopisme. Le malheureux ignore les difficultés inextricables dans lesquelles il aura à se débattre.

    Les soldats kouangsinais étaient au nombre de 50.000 environ. Une très faible minorité sest laissé enrôler dans larmée cantonaise ; les autres rôdent dans toute la province, pillent, rançonnent, massacrent, etc..

    Le 6 Octobre, nous étions informés quun de nos prêtres indigènes, le P. Aloysius Tsin, avait été enlevé par une bande de ces brigands. Quelques jours après, nous apprenions quils lavaient massacré, ainsi que quatre chrétiens qui laccompagnaient dans sa tournée dadministration.

    Le 1er Octobre, une bande de 1.000 fusils, attaque Kouy-Hien. Les Cantonnais prévenus les repoussent et, en guise de représailles, incendient les faubourgs de la ville. Le même fait sest passé à Ou-Min et à Pecha, qui sont maintenant des monceaux de ruines.

    Vers le 30 du même mois, un fort contingent de Kouangsinais reprenait Pésé et massacrait la faible garnison qui navait pas eu le temps de fuir.

    Maintenant, ils descendent vers Nanning, mais, manquant sans doute de munitions, ils se disent prêts à se laisser enrôler dans les troupes cantonaises. Les pourparlers durent encore. En attendant, ils pillent et terrorisent le pays : nos résidences de Sylin et de Chah ont été dévalisées par eux.

    Les Cantonnais, fatigués de se battre sans résultats définitifs, restent dans les grands centres, quils saignent à blanc par leurs réquisitions intempestives, leurs contributions de guerre exorbitantes, exaspérant la population par leurs vexations de tout genre, saccageant les habitations privées où ils ont élu domicile, brûlant les meubles en guise de bois de chauffage, etc..

    Ils donnent assez bien lidée de ce quont dû être les Allemands en pays envahis. Le Gouverneur, qui est en même temps leur généralissime, nous avouait dernièrement dans un mouvement de sincérité : Ce sont des pirates en uniforme. Toutefois rendons-leur justice : ils ont respecté nos établissements.

    Conclusion. Aucune solution à lhorizon : cest lanarchie, cest le chaos. Plus de commerce, plus dindustrie ; beaucoup de récoltes abandonnées, villages incendiés, habitants en fuite, famine en perspective. Le pays serait-il mûr pour le bolchévisme ?

    Au point de vue de lévangélisation, il semble que cest pour nous une année perdue. Nos écoles restent fermées par la force des choses ; linstruction des enfants et des catéchumènes est retardée, les voyages des missionnaires sont impossibles, les tournées apostoliques projetées par Monseigneur ont dû être ajournées. Les courriers des confrères arrivent comme des messagers de Job, napportant que des nouvelles navrantes.

    Telle est la situation présente. Cependant, comme la Providence tire toujours le bien du mal, nous avons lespérance que les pauvres gens qui se sont réfugiés dans nos maisons garderont un bon souvenir de notre protection et que, nous connaissant mieux, ils dédaigneront moins nos exhortations et entreront plus facilement dans le chemin de la vérité.

    Le nombre total de ceux qui se sont réfugiés dans neuf de nos Missions atteint approximativement 10.000. Ils y sont restés en moyenne un mois. A lheure actuelle, il y en a encore deux ou trois mille. Un important mouvement de conversions se dessine à Kouy-Hien, chez les PP. Poulat et Labully, et à Pecha, chez le P. Albouy. Puisse-t-il être durable ! Tous les efforts de ces Pères se portent sur linstruction des nouveaux catéchumènes. Ces derniers sont venus à eux, songeant surtout au salut de leurs corps et de leurs biens. Notre sainte Religion leur montrera que le salut de leur âme est encore plus précieux.

    Nanning, Décembre 1921. H. C.


    1922/47a-51a
    47a-51a
    Anonyme
    Chine
    1922
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