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Mission du Kouang-Si : Notice sur la race indigène Tho 2 (Suite et Fin)

Mission du Kouang-Si : Notice sur la race indigène Tho Naissance. A la naissance dun enfant, la mère, considérée comme entachée dimpureté, doit, un mois durant, sabstenir de sortir de la maison, sauf le cas de nécessité urgente. Ce mois écoulé, on invite officiellement amis où amies, selon le sexe du nouveau-né, à venir voir lenfant et boire le vin de gingembre.
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    Mission du Kouang-Si :
    Notice sur la race indigène Tho

    Naissance. A la naissance dun enfant, la mère, considérée comme entachée dimpureté, doit, un mois durant, sabstenir de sortir de la maison, sauf le cas de nécessité urgente. Ce mois écoulé, on invite officiellement amis où amies, selon le sexe du nouveau-né, à venir voir lenfant et boire le vin de gingembre.

    Cest alors quon donne un nom à lenfant : ce nom, dit nom de lait, est pour lusage des parents. Durant lenfance il est admis que tout le monde lappelle de ce nom ; mais, passé un certain âge, les parents seuls sen serviront ; pour les autres, lenfant se choisira lui-même un ou des noms, selon les diverses situations quil occupera, et dès lors il serait déplacé pour nimporte qui, sauf le cas de supériorité impliquant une autorité directe, dappeler encore par son nom de lait quelquun qui sen est imposé un autre.

    Le Tho accueille ordinairement avec plaisir les garçons qui lui naissent ; il nen va pas de même pour les filles. Considérant quelles coûtent à élever et que, par le mariage, elles quitteront la maison paternelle au moment même où elles pourraient travailler ; que, dautre part, il faudra alors leur fournir un trousseau, ce qui diminue dautant le prix dachat versé par lacquéreur, il préfère parfois sen débarrasser dès leur naissance. Tout au plus en gardera-t-il une ou deux, et cest ordinairement la mère qui étranglera les autres aussitôt nées.

    Cette abomination est surtout pratiquée dans la région de Changseu. Jy connais une mère de famille qui, sur douze enfants quelle eut, en étrangla huit, ne réservant parmi les quatre autres quune fille, que dailleurs elle ne tarda pas à vendre.

    Mort. Les cérémonies, si simples à la naissance, sont singulièrement compliquées à la mort.

    Les funérailles durent plusieurs jours, surtout sil sagit de vieux parents et si les enfants sont riches. Les cérémonies pour les funérailles ordinaires varient suivant la richesse des familles : les pauvres se contentent de deux ou trois jours, la classe aisée les fait durer sept jours, les riches vont jusquà quarante-neuf jours.

    Les tao-koung (ministres de Tao Sze, vrais chefs spirituels des Tho) et leurs acolytes font tous les jours leurs incantations, et les pleureuses soupirent leurs plaintes auprès du défunt. Les amis viennent présenter leurs condoléances, et, comme les bonnes manières sopposent à ce quon les laisse repartir à jeun, il y a tous les jours des repas de funérailles, qui ne le cèdent guère en abondance et même en gaîté aux repas de naissance et de mariage.

    Au jour fixé, le corps est porté en terre au son des cymbales, du tamtam et des inévitables hautbois, lesquels, dailleurs, ont fait rage tous les jours durant les incantations des tao-koung. Les pleureuses se font ce jour-là une voix plus criarde et en même temps plus plaintive ; le tao-koung donne le summum de vitesse à la récitation de ses prières, ses suivants répandent tout le long du chemin du papier-monnaie, rançon de lâme du défunt offerte aux diables qui voudraient sen saisir.

    Il y a des oriflammes, une maison en papier destinée à lâme du défunt et que lon rapportera au retour de lenterrement, des souliers en papier et bien dautres choses, sans parler des bâtonnets dencens et des banderoles de papier blanc, quon laissera sur le tombeau. Les gens du cortège sont vêtus de blanc, couleur de deuil.

    Il ny a pas de cimetière proprement dit ; cest le sorcier qui fixe pour chaque cas en particulier lendroit où lâme du défunt trouvera le meilleur foung-shoui (vent du bonheur). Il arrive parfois que ces tombeaux sont bien mal placés : on en trouve un notamment au beau milieu de la route allant de Hai-yuen à Chang-seu. Personne, pas même le mandarin du lieu, na formulé de réclamation. Dans un cas analogue, il y a quelques années, un autre mandarin avait fait saisir le sorcier et lui avait fait donner la bastonnade : les esprits avaient consenti alors à lui indiquer un autre emplacement.

    Les enfants sont enterrés roulés dans une natte. Les grandes personnes ont un cercueil fait dénormes planches. Les gens aisés lachètent dordinaire longtemps avant la mort. Un fils qui, du vivant de ses parents, leur en offre un est assuré de leur faire plaisir.

    Tous les ans, à la 3e lune, la famille se rend aux tombeaux, quon nettoie et sur lesquels on offre des sacrifices. La cérémonie se termine, naturellement, par un joyeux repas pris sur les lieux. Nouvelle visite à la 9e lune.

    Après dix ans on déterre les ossements du mort : on les enferme dans une urne, qui est placée à quelque distance du tombeau, toujours dans la ligne du foung shoui.

    Instruction. Les Tho sont généralement illettrés ; assez rares sont ceux qui obtiennent des diplômes, et parmi ceux qui en ont, plusieurs les doivent à la protection ou à largent. Beaucoup, dans les campagnes, ignorent la langue chinoise.

    Léloignement empêche les enfants de fréquenter les écoles plus ou moins gratuites établies dans les localités importantes. Pour remédier à cet inconvénient, les habitants des petits villages invitent parfois dun commun accord un maître décole payé en raison du nombre des élèves ; mais ces écoles donnent peu de résultats, soit que le maître décole se retire, le petit nombre délèves rendant son salaire insuffisant, soit que, le plus souvent, les enfants eux-mêmes montrent trop peu de goût pour létude.

    Education.Léducation nest guère plus soignée que linstruction. On enseigne aux enfants le travail et lobéissance due aux parents ; on estime que le reste viendra tout seul. Tout ce qui est extérieur : façons de faire ou de dire, cérémonies, coutumes, sapprend en. voyant faire les autres plutôt que par un enseignement proprement dit.

    Le respect de ces coutumes, qui pour le Tho sont sacro-saintes, le préserve de la barbarie, mais son défaut dinstruction et son indifférence léloignent de tout progrès. Il sen soucie dailleurs fort peu. Que lui importent les arts, les sciences, les inventions, vu que son idéal ne sélève pas au-dessus de la vie matérielle et que le produit de ses champs suffit à sa subsistance. Il admire, il est vrai, les produits. étrangers, mais pourquoi se donnerait-il la peine dapprendre à les fabriquer lui-même, puisquon lui en apporte de tout faits, quon en inonde ses marchés et quil peut les acheter à un prix minime.

    Leffort quil devrait simposer lui paraît au-dessus de ses forces et son apathie lempêche de tenter cet effort. Il connaît les résultats considérables et souvent merveilleux quont produits au Tonkin les méthodes européennes, tant au point de vue industriel quau point de vue agricole ; il voit même chez lui des ouvriers annamites appelés par les mandarins ou les riches, il en voit dautres qui viennent sétablir dans les localités importantes et y font fortune ; peu lui importe : content de son sort, rien ne le tente.

    Si la maison quil habite a suffi à son père, il peut bien sen contenter, dit-il ; si son père na pas trouvé quelle fût sale ou incommode, pourquoi la trouverait-il telle ? Il raisonne de même pour ses instruments de travail, ses procédés de culture, ses coutumes, etc.

    Croirait-on quil y a encore des Tho portant la fameuse tresse, dont les Chinois ont été si heureux de se débarrasser ? Et parmi ceux même qui ont consenti à la couper, plusieurs gardent leurs cheveux longs de dix à vingt centimètres ! Protestation ou esprit de parti, dira-t-on ; non, pure habitude.

    Evangélisation.Cette apathie et cet attachement aux coutumes ont rendu jusquici infructueux tout essai de réforme chez les Tho. Au point de vue de lévangélisation en particulier, les résultats sont à peu près nuls ; non quil soit impossible davoir parmi eux des néophytes, mais parce que leur conversion nest pas sincère. Ils viennent poussés par une certaine curiosité ou dans lespoir de quelque gain. Dès quils saperçoivent quil ny a pas dargent à gratter, ni de protection à obtenir pour soutenir leurs affaires véreuses, adieu la fréquentation du missionnaire.

    Dautres, venus dans lespoir de se faire nourrir ou dobtenir une sinécure bien rétribuée, et naturellement déçus, ne persévèrent pas. Jai rencontré bon nombre de Chinois demandant sil fallait payer pour se faire chrétien : les Tho mont demandé, au contraire, combien je leur donnerais par mois sils se convertissaient.

    Il en est ainsi pour la presque totalité de ceux qui viennent à nous.

    Le Chinois, quoique réfractaire à notre civilisation, se rend cependant compte quil a quelque chose à gagner à notre contact ; le Tho, lui, semble être persuadé que tout lavantage est pour nous dans les relations que nous cherchons à créer et à développer avec lui ; or, comme notre intérêt lui importe peu, on comprend quil nous quitte dès quil saperçoit navoir lui-même aucun avantage matériel à retirer de notre fréquentation.

    Comment expliquer cette mentalité ? Peut-être par le fait que les Tho, qui avaient jusquà ces dernières années vécu dune vie propre, comme une espèce de tribu particulière, nont pas toujours eu à se féliciter des étrangers, Cantonais ou autres, qui sont venus sétablir chez eux. Dautre part, le Tho, trouvant dans ses us et coutumes ce quil croit être la source du vrai bonheur et retirant de son travail de quoi vivre dune façon quil trouve suffisamment confortable, na nul désir de choses qui, selon lui, najouteront rien .â son bonheur. Il ne désire même pas les connaître : Chez lui le ignoli nulla cupido se double du cognoscendi nulla cupido.

    Quoiquil en soit de ces considérations, les faits prouvent que lévangélisation de cette race nest pas chose aisée. Si, par exception, il en est quelques-uns qui viennent à nous animés de sentiments sincères, que de difficultés pour mener leur conversion à bonne fin !

    Il y a plus de quarante ans que la région de Chang-seu, Hai-yuen, est évangélisée : eh bien ! je nai pas trouvé une seule famille de Tho dont tous les membres soient convertis. Cest lhomme qui vient à nous le premier. Après un certain temps, sans doute pour ne pas paraître mépriser les avis du missionnaire, il amène un de ses fils, et cest généralement tout. Toutes les exhortations, si pressantes soient-elles, touchant le reste de la famille, seront inutiles : les uns déclarent ignorer les caractères ou ne pouvoir retenir la doctrine, les autres, les femmes surtout, allèguent leur timidité.

    Quarrive-t-il ? Cest que, le père mort, les autres membres de la famille retournent ouvertement aux superstitions.

    Quant à ceux qui arrivent jusquau baptême, il ne faut pas sattendre à les voir se conformer à la pratique fervente des devoirs de la vie chrétienne. Ils ont abandonné les superstitions, condition sine quâ non de ladmission au catéchuménat, ils ont appris la doctrine du baptême, les plus instruits savent celle de la confession et de la communion ; ils sen tiennent là. Jamais ils narrivent à être de fidèles observateurs des lois de lEglise. Jadis ils faisaient leurs superstitions quand et à peu près comme ils voulaient ; de même, après leur conversion, entendent-ils être chrétiens un peu suivant leur commodité ou leurs besoins.

    Si lon veut remonter à la cause de cette négligence invincible, on la trouvera sans doute dans le fond de la mentalité religieuse du Tho.

    Tandis que la charité, principe et base de notre vie chrétienne, motive et ennoblit nos relations avec Dieu et guide jusquaux actes les plus ordinaires de notre vie, la crainte est le seul mobile de la vie religieuse du Tho ; la peur est linspiratrice de toutes les pratiques conseillées ou ordonnées.

    Le Tho compare instinctivement les pratiques religieuses, quelles quelles soient, aux précautions quil prend contre les brigands. Il naime pas le diable, ni même les génies quil adore, puisquà loccasion il en dit tout le mal imaginable. Sil les prie, ce nest pas par amour, ni par désir de les honorer, ni pour en obtenir un bienfait quelconque, mais pour quils cessent de lui envoyer des malheurs.

    La conception que le Tho se fait de lau-delà ne peut que corroborer cet état desprit : il ne se préoccupe de la vie future que quand il ne peut plus éviter de le faire, quand il ne peut plus remettre à plus tard. Il sait quil a une âme immortelle qui pourra monter au sai-tin (ciel de louest) ou descendre en enfer ; mais il na pas la moindre idée que ce ciel ou cet enfer, il se les prépare lui-même ici-bas. Il croit quon entre dans léternité comme au théâtre et quil est temps encore de prendre son billet, non pas même au dernier moment, mais après être entré, et que, comme au théâtre, on y obtient une place en rapport avec le prix du billet. Cela explique limportance quil attribue aux cérémonies religieuses faites après la mort, comme aussi son indifférence durant la vie pour tout acte de mérite ou de démérite.

    Le Tho conserve cette mentalité après sa conversion au christianisme. Son apathie, et sa légèreté desprit sajoutant à cette façon de comprendre la religion, quon juge des difficultés à vaincre pour lui faire accepter les pratiques courantes de la vie chrétienne.

    Le Tho a-t-il lui-même une religion propre, à laquelle il soit attaché foncièrement ?

    Sa religion est plutôt un amalgame de plusieurs autres, empruntées à ses voisins, les Chinois.

    Bouddhiste, confucianiste, taoïste, il est tout cela à la fois ; il croit à lexistence dêtres supérieurs bons et mauvais qui, chacun dans leur sphère, président aux destinées des hommes et du monde. Chez lui on trouve le cétait écrit des musulmans : Shang-shing, dit-il à propos de tout événement imprévu : Cela devait arriver !

    A ces croyances il joint une foule de superstitions : il rend un culte aux génies des fontaines, à la lune ; il croit aux présages et aux augures, aux devins, aux sorciers, aux diseurs de bonne aventure et attribue au diable tout ce qui dépasse sa conception.

    Une des caractéristiques des Tho au point de vue religieux consiste dans le culte des bois sacrés, lesquels sont situés aux abords des villages. Dans ces bois sont bâtis les tou-ti-miou, pagodes de lesprit du village ou de la région. Ces bois sont inviolables ; personne noserait en enlever même le bois mort, par crainte de lesprit, dont la vengeance serait terrible. Cest dans ces bois quont lieu les grandes cérémonies superstitieuses présidées par les taokoung (sorciers).

    En cas de maladie, il nest pas rare que le Tho ait recours au sorcier plutôt quau médecin. Toute maladie étant, daprès lui, la punition dun manquement au respect dû aux esprits, le sorcier verra mieux que le médecin de quoi il sagit, il indiquera la façon de réparer la faute, et lesprit apaisé accordera la guérison.

    Je demandais un jour à un taokoung converti si, avant de se faire chrétien, il avait cru réellement à ces sorcelleries et à leur efficacité : Jy croyais avant mon initiation, dit-il ; mais après avoir étudié le rituel, jai cessé dy croire. Pourquoi donc, ne croyant plus à ces balivernes, as-tu continué à les pratiquer ? Il fallait bien vivre, répondit-il.

    Les croyances du Tho ne reposent sur aucune base. Par un besoin inné de religiosité, il croit à tout ce quon lui dit, dès lors que cela touche au préternaturel, et dautant plus facilement que cest plus absurde ; il croit sans raisonner, poussé uniquement par la crainte ou par lintérêt : il voit des diables partout, il leur attribue tout.

    Jai essayé de me faire expliquer par des Tho lobjet de leurs croyances : ils mont raconté des fables à dormir debout. Quand je leur demande qui, à leur avis, a créé lunivers, le plus grand nombre déclare nen rien savoir ; certains veulent quil se soit fait tout seul. Dautres me désignent un certain Pankou, quils me représentent comme un grand personnage rempli de mérites et fils du ciel. Si je les pousse davantage et leur demande quel est le créateur du ciel, car pour eux, le ciel est en dehors de lunivers, - je nobtiens pas de réponse : Nous navons pas besoin de tant en savoir, disent-ils, pour être heureux, soit dans ce monde, soit dans lautre.

    Pour eux lhomme a trois âmes, toutes trois immortelles. Après la mort, lune delles va au sai-tin si les sacrifices quon fait pour elle suffisent à expier ses fautes et lui acquérir des mérites, sinon elle va en enfer ; la deuxième reste au tombeau pour garder le corps du mort ; la troisième enfin sunit à un corps nouvellement conçu pour lui donner la vie. De ces trois âmes, la deuxième seule a un sort assuré : rien ne la séparera de la dépouille mortelle quelle est chargée de garder ; la troisième, au lieu dun corps humain, sera peut-être condamnée à vivifier un corps de bête.

    La théorie des Tho touchant lexpiation des fautes et lacquisition des mérites est assez curieuse. Ignorant la loi divine et naturelle qui veut que le sort de lâme après la mort dépende de la nature des actes de lhomme pendant la vie, ils comptent pour peu la façon de vivre et de mourir. Tout dépend des cérémonies religieuses quon fera pour eux après la mort. Les tao-koung, par leurs incantations, leur obtiendront le pardon des fautes commises et les mérites nécessaires à la félicité dans lautre vie.

    Méthode facile, qui explique le peu de morale de ce peuple et les difficultés de lévangélisation. Le diable règne en maître ici et se joue de lignorance de ces pauvres gens. Pour nous, qui avons assumé la tâche den faire des enfants de Dieu, notre premier travail est de les instruire ; quand ils auront reconnu leur erreur et tourné leur cur vers le vrai Dieu, il nous restera à secouer leur apathie pour rendre leur foi agissante.

    On commencera par leur expliquer certains phénomènes physiques quils prennent pour des manifestations diaboliques ; on leur fera comprendre la nature de lhomme, sa véritable origine et sa vraie fin ; on leur fera toucher du doigt limposture de leurs sorciers et autres charlatans, et ce sera un grand pas fait vers leur conversion.

    La tâche est ardue, surtout à cause du peu dintelligence de ce peuple, de son attachement à ses coutumes de son instinctive défiance pour tout ce qui est nouveau. Elle présente cependant quelques côtés intéressants : le Tho est simple, il na ni lorgueil ni le cynisme du Chinois ; sil essaie de feindre, ses roueries sont cousues de fil blanc ; il est hospitalier, dun abord facile, dun tempérament doux, profondément religieux. Cette religiosité, son attachement aux coutumes et à tout ce quil croit être vrai, font espérer quune fois converti sa conversion sera sérieuse et durable.

    On pourrait signaler encore comme obstacle à lévangélisation du Tho sa haine de létranger : mais cette haine est commune à tous les peuples dExtrême-Orient.

    Il est à remarquer toutefois que le Tho des frontières du Tonkin ajoute à cette haine naturelle quelque chose de plus méfiant. Pour lui létranger est un envahisseur, et le missionnaire un espion envoyé par son pays pour choisir les bons endroits et préparer le chemin aux armées conquérantes. Cette idée est entrée dans son intelligence simpliste par le fait de loccupation française au Tonkin, et ce nest pas les mandarins ni les lettrés qui le désabuseront.

    Costume. Je ninsisterai pas sur le costume des Tho. Hommes et femmes shabillent à peu près comme les Chinois. Tout au plus pourrait-on voir une différence dans la coiffure des femmes. Elles aiment à sentourer la tête dun voile blanc, et portent un chignon volumineux, qui affecte différentes formes, dont les plus ordinaires sont la forme allongée et la forme circulaire. Elles aiment à y piquer des bijoux en argent de formes diverses. Elles soignent les cheveux dhuile de camélia pour leur donner du luisant et de la souplesse.

    Commerce. Le Tho nest pas commerçant ; les nombreuses boutiques quon trouve installées dans les marchés sont tenues par des Cantonais. Le commerce y est peu important, dailleurs, peut-être à cause de la difficulté des transports. On exporte du riz et de lhuile darachide vers Longtchéou et Nanning, des porcs vers Longtchéou, des peaux de buffle et du sucre vers Pakhoi, doù lon reçoit du sel, du tabac vers Taipin. On importe principalement des articles européens : étoffes, cotonnades, farine, pétrole, et surtout de la bimbeloterie.

    Agriculture. Il semblerait que le Tho, étant si peu commerçant, dût être en revanche un agriculteur émérite ; il nen est rien. Voyez sa façon de travailler, ses outils, la semence employée, la récolte obtenue : rien de change depuis des générations. Cest toujours la même mauvaise charrue, qui trace le même sillon tortueux de quelques centimètres de profondeur ; toujours le même joug inconfortable qui étrangle le pauvre buffle ; toujours les mêmes denrées semées et récoltées : du riz, des arachides, du tabac, du maïs, quelques légumes, cest à peu près tout. Avec cela, lélevage de porcs, de canards, et surtout de poissons dans dinfects étangs.

    Que dire des soins donnés aux animaux domestiques ? Sils sont nourris le mieux possible en vue des services ou du profit quon en attend, ils sont par contre fort mal soignés. Le buffle qui, par crainte des voleurs, vit sous le même toit que son maître et parfois partage sa chambre, na pas de litière ; on le laisse patauger dans ses excréments jusquà ce que leur quantité vaille la peine de se mettre à luvre pour les retirer ; on les laisse même parfois dune année à lautre, jusquà lépoque du labour des rizières. Les porcs nont pas de loge ; poules et canards sinstallent où ils peuvent, jusque sur la table et le lit de leurs maîtres. Tout est à lavenant.

    Des voyageurs ont raconté nos façons de faire au Tonkin, ont parlé de nos machines, qui, dordinaire, ne sont pas très coûteuses, en particulier des pompes qui, grâce aux nombreux cours deau de ces régions, pourraient assurer leau nécessaire aux rizières. Le Tho entend volontiers parler de tout cela, il admire même, mais il na pas lidée dimiter.

    De ci de là, on trouve quelques arbres fruitiers qui ont poussé au petit bonheur et ne reçoivent aucun soin.

    Les montagnes sont nues : pas une plantation, pas un arbre, sauf peut-être quelques pins. Lherbe tient lieu de bois de chauffage ; quant au bois de construction, il vient de chez les Yao des Cent mille Monts, où, dailleurs, il est rare. Les difficultés de transport en rendent le prix de revient très élevé.

    Le bambou étant pour le Tho un objet de première nécessité, on le trouve en grande quantité autour des villages, planté le plus souvent sur le bord des étangs.

    Industrie. Lindustrie est tout à fait rudimentaire ; le Tho peut faire lui-même la plupart de ses instruments de travail, il peut bâtir sa maison, mais cest tout. Encore sest-il habitué, depuis larrivée dans le pays douvriers et dindustriels cantonais, à leur confier ces travaux, ne soccupant plus lui-même que dagriculture.

    Arts. La question des beaux-arts nest pas à envisager. Les Chinois se sont fait une réputation dans certains arts secondaires : la petite sculpture, les bronzes ; ils excellent dans la céramique. Le Tho, lui, ne connaît rien de tout cela : son idéal ne sélève pas au-dessus de son train ordinaire de vie. Le Père Perny a parlé des beautés de la musique chinoise dont on arrive, dit-il, à saisir le génie après douze ou quinze ans passés en Chine ! La musique tho est plus rudimentaire que la musique chinoise. Quant à en saisir le génie, je doute que, même après vingt ans, un Européen y parvienne.

    G. CAYSAC,
    Miss. du Kouang-Si.

    1922/661-671
    661-671
    Caysac
    Chine
    1922
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