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Mission du Kouang-Si : Notice sur la race indigène Tho 1

Mission du Kouang-Si : Notice sur la race indigène Tho Origine. La population du Kouang-Si se compose en majeure partie dindigènes appelés Tho dans le Sud de la province, Dioï dans le Nord-Ouest, Tchong dans le Nord-Est. Nous ne parlerons ici que des indigènes du Sud, et plus particulièrement de ceux qui habitent les régions limitrophes du Tonkin. Ces Tho forment avec les Thai du Tonkin, qui ont la même origine, une race à part, ayant un langage et des usages particuliers.
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    Mission du Kouang-Si :
    Notice sur la race indigène Tho
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    Origine. La population du Kouang-Si se compose en majeure partie dindigènes appelés Tho dans le Sud de la province, Dioï dans le Nord-Ouest, Tchong dans le Nord-Est.

    Nous ne parlerons ici que des indigènes du Sud, et plus particulièrement de ceux qui habitent les régions limitrophes du Tonkin.

    Ces Tho forment avec les Thai du Tonkin, qui ont la même origine, une race à part, ayant un langage et des usages particuliers.

    Sur lorigine des Tho, il est difficile dêtre très affirmatif. La version la plus probable est la suivante : venus du Siam à une époque très éloignée, ils se seraient rendus maîtres du pays par la force, chassant dans les montagnes, où ils sont encore, les Yao qui loccupaient alors. Interrogés plusieurs fois sur ce quils pensaient de cette explication, des Yao lont reconnue vraie quant à loccupation de leur ancien territoire par les Tho.

    Cette opinion se trouve confirmée par la similitude de langue des Tho et, des Siamois, et aussi par lanalogie de certaines coutumes que seule une même origine peut expliquer : par exemple, la construction en terrain ferme de maisons sur pilotis.

    Daprès une autre version, les indigènes du Kouang-Si, et même les Siamois, viendraient du Shantong ; mais pour que cette opinion soit justifiée, il faudrait pouvoir retrouver, entre les gens du Shantong et les Siamois, ces analogies de langage et de coutumes quon remarque entre les indigènes du Kouang-Si et les Siamois.

    Combien de temps a-t-il fallu aux Tho pour sétablir en Chine ? Comment sest faite leur installation ? A quelle époque a-t-elle eu lieu ? Quelles étaient leur force et leur organisation en y arrivant ? Questions difficiles à éclaircir, vu que nos Tho nont pas décriture, donc pas darchives, et que, dautre part, leurs légendes ou traditions ne font aucune allusion à leur venue dans le pays.

    Prospérité et décadence. A en juger par les vestiges qui restent du passé : pagodes, prétoires, tours, vieux remparts, et aussi par le fait que, ayant chassé la population autochtone, ils sétaient établis en maîtres dans le pays, ayant leurs mandarins et leurs lois à eux, il semble que leur situation ait été très longtemps florissante.

    Actuellement elle apparaît plutôt précaire ; cela à cause de leur apathie et de leur imprévoyance. Eprouvent-ils un besoin quelconque dargent, ils vendent leurs terres pour sen procurer ; des immigrants, Cantonais, Hakka ou autres, les achètent, même à un prix élevé, et sy installent à leur place.

    Les Tho essayèrent dabord de sopposer à cette invasion : des règlements furent portés par les chefs de région, défendant de vendre les rizières à des étrangers ; ces règlements ne suffisant pas, on eut recours aux tracasseries, à la persécution. Ceux qui en ont souffert les premiers et le plus, ce sont les Ping-yan ou Thé-yun-yan, planteurs de canne à sucre, venus, en assez petit nombre dailleurs, de Nanning. Ils tinrent bon et réussirent à simplanter.

    Entre temps vinrent les Hakka, quon voulut persécuter aussi ; mais les Tho ne tardèrent pas à baisser pavillon devant ces nouveaux hôtes, dont le tempérament plutôt batailleur leur en imposa. Dailleurs les Ping-yan ayant fait cause commune avec les Hakka, les Tho comprirent quils avaient tout intérêt à se montrer conciliants.

    A lheure actuelle, la population hétérogène implantée dans le pays est très nombreuse : Cantonais commerçants et artisans dans les centres, Hakka cultivateurs dans les campagnes, tendent à supplanter les indigènes.

    Une autre cause plus récente de la décadence des Tho est létablissement en Chine de la République, qui les a dépossédés de leurs mandarinats héréditaires et les a fait passer sous le joug direct des Chinois, qui ne les aiment guère.

    Que deviennent les Tho dont les étrangers prennent la place ? La question est difficile à résoudre. Vont-ils sinstaller ailleurs, cédant le terrain aux nouveaux venus, comme les Yao le leur cédèrent autrefois ? Cest douteux. Il semble plutôt que, par les mariages ou autrement, ils se laissent assimiler par les immigrants ou même quils disparaissent petit à petit. Lors de la répression du brigandage après laffaire dite de la Société des Trois-Points, le Maréchal Sou, chargé de la police de ces régions, en fit périr un grand nombre ; des villages entiers, dont on voit encore les ruines, furent exterminés. Etaient-ils innocents ou coupables ? la question ne saurait être discutée ici ; le fait est que tous, ou à peu près, avaient, pendant les troubles, fait la cérémonie du pài-toi ( adoration de la table), cest-à-dire sétaient affiliés à cette Société des Trois-Points, laquelle nétait au fond quune association de brigands. Ils donnaient leurs noms, payaient une rétribution, apprenaient par cur les formules conventionnelles qui leur servaient de langage secret, moyennant quoi ils navaient à craindre ni massacre, ni pillage, de la part des brigands.

    La famine qui sévit en 1902 en fit périr aussi un très grand nombre. Pour la fuir, quelques-uns se firent embaucher comme coolies pour la construction des chemins de fer du Tonkin et du Yunnan : la plupart nont plus reparu.

    Enfin la mortalité infantile, accidentelle ou voulue, contribue pour beaucoup à la diminution de cette race.

    Physique et moral. Le Tho est, en général, bien constitué, de taille et de force moyennes ; il a les yeux moins bridés que le vrai Chinois, les cheveux noirs, le nez aplati, les pommettes saillantes. Il est souple, agile, très bon marcheur, dune endurance qui surprend.

    Le fait de la conquête dune partie du Tonkin et du Sud de la Chine, les nombreuses razzias de buffles et de femmes faites au Tonkin avant la conquête française et la résistance quils opposèrent lors de celle-ci 1 prouvent que les Tho de ces diverses époques étaient forts et courageux. Le Tho actuel fait preuve de bravoure sil se sent soutenu ; seul, il cède à la crainte.


    1. Les Tho étaient en très grand nombre dans les bandes de Lao Wing Fouk et autres chefs de parti qui tentèrent de sopposer à la conquête française.


    Hâbleur, mais peu malin, il perd facilement contenance devant quelquun quil craint ou qui lui en impose ; avec cela vantard à lexcès, surtout après un bon repas. Il est chicanier à outrance, quoique perdant son procès à peu près toutes les fois quil a un étranger comme adversaire. Moins fier que le Chinois, il aime cependant à paraître. Enfant, il plaît par sa naïveté et sa simplicité ; les défauts de sa race se manifestent tout dun coup vers lâge de quinze ou seize ans.

    Au point de vue du caractère, il est très superficiel, presque indifférent ; avec cela apathique, dune intelligence ordinaire, il napprofondit rien, ne sintéresse à rien ; les émotions quil éprouve parfois sont tout à fleur de peau, elles ne durent ni ne laissent de trace. Content de lui et de son sort, il ne désire rien et jouit tranquillement de la vie, sans souci, comme aussi sans idéal.

    Gai, insouciant, assez porté à la moquerie, il semble moins renfermé et surtout moins alambiqué que le Chinois, se livre plus aisément ; plus simple dans ses relations, il met tout de suite à laise, mais facilement sy met trop lui-même.

    Il est hospitalier, généralement fidèle à sa parole et, pour peu quil ait de quoi vivre, fait preuve dhonnêteté et de probité ; cependant, comme il aime assez laventure, il se laisse facilement tenter par la vie de soldat et de brigand et, une fois lancé dans cette voie, rien ne larrête, rien ne lémeut ; à loccasion il est féroce.

    Enragé joueur, il ne sait pas se modérer, devant la table de jeu. Jen ai vu engager successivement habits, rizières, maison, enfants, femme, et, ayant tout perdu, demander à emprunter pour pouvoir jouer encore. Que danecdotes on pourrait conter sur ce chapitre : tel celui qui, ayant perdu tout son avoir, tenta détrangler son père qui lui refusait dautre argent et fut étranglé lui-même par ses frères attirés par le bruit de la lutte. Et cet autre qui, ayant tout perdu, lui aussi, joua ses habits : son chapeau dabord, quil perdit et quon lui enleva, sa veste qui subit le même sort ; restait le pantalon : il le perdit et on le lui enleva sans pitié ; il se sauva poursuivi des huées de tous les joueurs.

    Le Tho est lascif, plus peut-être, quoique avec moins de raffinement que le Chinois, et quand, dans ses conversations, il ne parle pas de ses travaux ou de questions dargent, il chante lamour. Ladultère, la fornication, linceste même ne sont pas considérés comme graves, à la condition cependant que les coupables ne soient pas pris en flagrant délit..

    Sobre et pouvant se contenter de peu, il est cependant à laffût de loccasion de faire un bon dîner et, celle-ci venue, il en profite largement. Peu lui importe dailleurs la qualité, pourvu que la quantité y supplée. Détail curieux, il se passera facilement de nourriture solide ou nen prendra que très peu, sil a du vin à discrétion. La formule de salutation ordinaire du Chinois est : Avez-vous mangé ? Le Tho dit plus volontiers : Avez-vous bu ?

    Il aime beaucoup les réjouissances et tout ce qui lui donne loccasion de f airé la fête. Outre les solennités chinoises, quil célèbre très régulièrement, il a ses fêtes à lui, en particulier ses fameux O po, qui durent plusieurs jours et qui comportent, outré les beuveries, la réunion au sommet des collines de bandes de jeunes gens et de jeunes filles, chantant alternativement les couplets dinterminables chansons, dont le moins quon puisse dire cest quelles ne sont pas édifiantes.

    Quand vient lépoque des semailles ou de la moisson, il est plein dardeur au travail ; rien ne larrête : il se couvre, pour se préserver du soleil, dun immense chapeau fait de lanières de bambou tressées, et, en cas de pluie, revêt un imperméable de larges feuilles. Le soleil et la pluie comptent-ils même pour lui ? On le voit le plus souvent au milieu de sa rizière, tête-nue et vêtu seulement dun pantalon quil. relève jusquau-dessus des genoux. Les semailles ou la moisson finies, aux femmes de faire le reste : lui na plus à travailler ou du moins ne veut plus travailler. Son temps se passe alors en visites et promenades. Il aime la chasse ; quand il y a de gros gibier, la chasse en bandes surtout le passionne. Il ne manque pas dune certaine adresse au fusil.

    Les meilleures heures pour lui sont certainement ces réunions sous un gros banian aux abords du village ; là se discutent les affaires, se prennent les décisions. On ny fait pas, dailleurs, que des dissertations ; tous les talents trouvent à sexercer : les uns jouent du violon à deux ou trois cordes, du hautbois, de la flûte ; dautres sexercent à la lutte, aux poids, à la boxe ; certains réparent leurs outils, font des paniers avec des lanières de bambou et sappliquent à confectionner ces mille petits casse-tête très jolis et aussi difficiles à défaire quà refaire pour quiconque nest pas au courant,

    Le Tho fume assez peu lopium ; on trouve cependant, mais en petit nombre, des richards qui se paient cette fantaisie dune façon habituelle, sans pourtant en abuser comme les fumeurs chinois. Par contre, le tabac est aussi nécessaire au Tho après le dîner que sa tasse de vin avant. Ce tabac, ou bien il le cultive lui-même et le fume nature, ou bien il lachète préparé à la mode chinoise, cest-à-dire à lhuile. Il emploie ordinairement la pipe en bambou ; les riches ont la pipe à eau ; depuis quelques années, il sest mis à la cigarette, quil achète toute faite ou quil roule lui-même en forme de cornet.

    Etudié au point de vue sentimental, le Tho est assez difficile à pénétrer, dabord parce quil cache ses sentiments ou en fausse lexpression, ensuite parce que ses façons dagir parfois sont, ou du moins paraissent, sur le même sujet et dans des circonstances analogues, absolument différentes. Comment dire par exemple, quil naime pas ses parents, quand on le voit se ruiner pour leurs funérailles ? Et cependant la façon dont il les traite avant leur mort, dès lors quil peut se passer deux, et surtout sils sont impotents et à sa charge, nest pas toujours digne de louanges. Il en est de même pour sa femme et ses enfants.

    Je ne crois pas quon puisse dire de lui quil éprouve pour nimporte qui et nimporte quoi un sentiment profond. Ce nest certainement pas chez lui quil faut chercher cet amour vrai, senti, capable de tous les dévouements, qui unit si étroitement les curs. Le Tho aime ses parents, mais ce nest pas dun véritable amour damitié, de reconnaissance ; cest un composé de crainte, car il sait que ses parents ont des droits absolus sur lui, de respect voulu par les coutumes et les lois, dorgueil aussi, car il perdrait la face à afficher dautres sentiments.

    Il est un fait constaté, cest que le fils reste à légard de son père dans un état presque absolu de dépendance tant quil na pas quitté la maison paternelle ; peu importe dailleurs quil soit marié ou non. Cest la père qui traite les affaires et décide de tout. Mais je nai jamais vu de fils ayant pour son père ces petites attentions, ces prévenances, cette soumission empressée, qui, partant du cur, sont la preuve dun véritable amour. Jen ai vu frapper leur père âgé, lui dérober ses titres de propriété, le chasser de la maison même. Combien laissent leur père mourir de misère et de chagrin, quitte à lui faire de belles funérailles et à lui brûler force bâtonnets après sa mort !

    Peut-on dire, du moins, que le Tho aime ses enfants ? Il les aime, oui ; mais, ici encore, son amour nest pas à la hauteur de nos conceptions. Lenfant nest pas aimé pour lui-même, en tant que fils ; on voit en lui lhéritier, le continuateur de la famille, le soutien de la vieillesse ; on compte sur lui pour les honneurs posthumes et les sacrifices. Si le Tho aimait vraiment ses enfants, il les aimerait tous, sinon également, du moins impartialement. Or qui ne connaît la triste situation faite aux filles, surtout dans la région. de Chang-se ? Pourquoi rencontre-t-on chez les Tho si peu, on pourrait dire même pas du tout, dinfirmes de naissance, boiteux, bossus, aveugles et autres ? Parce que les parents sen débarrassent dès leur naissance.

    La mort dun fils unique affecte beaucoup le Tho ; mais sil a plusieurs enfants, la mort de lun dentre eux nest guère pour lui quun accident ordinaire, dautant plus négligeable quil occasionne moins de dépenses.

    Si on peut reprocher au Tho de ne pas aimer ses parents et ses enfants, peut-être pourrait-on lexcuser de ne pas aimer son épouse. Ce nest pas lui qui se lest choisie, de même que ce nest pas elle qui a choisi son époux : ce soin incombe aux parents et il arrive parfois que les deux époux se voient pour la première fois le jour de leur mariage ; comment pourraient-ils saimer ?

    La femme sait que, par son mariage, elle devient lhumble servante de son mari, envers lequel elle na que des devoirs et sur lequel elle na pas de droits. Elle sait, dautre part, quelle ne peut pas se soustraire au mariage. En conséquence elle accepte sans se plaindre la condition qui lui est faite.

    Le mari, lui, sil voit dans sa femme une compagne qui laidera à surmonter les difficultés de la vie, voit surtout en elle, au commencement un instrument de plaisir et, par après, la meilleure des domestiques pour le remplacer au travail.

    Les disputes entre mari et femme sont fréquentes ; mais elles seraient dordinaire sans conséquences si les belles-mères nintervenaient pas, prenant toujours parti pour leur fils contre leur bru. Cest surtout à la méchanceté des belles-mères quon doit attribuer les fuites ou les suicides si fréquents des jeunes femmes.

    Une preuve, hélas ! Du peu dattachement entre époux, cest le divorce : la femme senfuit, ou le mari la vend pour des raisons qui souvent sont loin dêtre sérieuses. Il y a encore la polygamie, très fréquente et pratiquée en général par tous ceux qui en ont les moyens. Un proverbe dit : La première femme doit être laborieuse ; on ne demande aux autres que la beauté ! La polyandrie existe aussi, mais secrètement et sur une très petite échelle.

    Cela dit sur les sentiments intimes du Tho, il est juste de reconnaître que la vie en famille est assez paisible chez lui. Très respectueux des coutumes, il sy conforme tout naturellement. On voit rarement le fils, tant quil habite chez son père, régler la moindre affaire durant la vie de celui-ci, non plus que le contredire à ce propos. Je connais une famille dont le trisaïeul garde le plein exercice de ce droit, quoique ayant des fils frisant la soixantaine.

    La femme, qui na pas trouvé daffection chez elle, nest pas surprise de nen pas trouver dans la famille de son mari. Elle a la plus grosse part du travail et supporte son sort dautant plus facilement quelle ne suppose pas quil puisse être différent.

    Les brus sont dordinaire très respectueuses pour leur beau-père ; si elles se disputent avec leur belle mère, entre elles ou avec leur mari, leur travail nen souffre pas.

    Larrivée dune concubine ne trouble pas non plus la tranquillité de lépouse ; son seigneur la voulu : elle accepte. Les absences parfois longues de son mari ne linquiètent pas davantage et, quoique ne sachant ni où il est, ni ce quil devient, elle attend patiemment, ne doutant pas de son retour. Quand elle le verra arriver, elle le recevra par un Ah ! te voilà ! tout à fait significatif.

    En dehors de cette vie intime de famille, on trouve chez les Tho, à un degré peut être plus accusé que chez les Chinois, ce quon pourrait appeler la vie de parenté, cest-à-dire les relations régulières entre descendants dune même souche et aussi, quoique à un moindre degré, entre parents par alliance. Ces relations, cultivées même après plusieurs générations, conservent une assez grande intimité et surtout réalisent jusquà un certain point lunion des curs de tous ceux qui en font partie, pour aider, le cas échéant, celui dentre eux qui serait victime dune injustice ou dun malheur.

    Mariage. Le Tho est ordinairement fiancé dès sa plus tendre enfance. Ses parents, avant de régler cette affaire avec ceux de la jeune fille quils ont choisie pour lui, consultent le sort. Si le jour de la naissance des deux futurs correspond au bonheur, ils versent des arrhes, consistant en une quantité plus ou mois grande dargent et de victuailles, et dès lors le mariage nest plus quune question de temps.

    Il appartient en principe aux parents du jeune homme de fixer la date du mariage ; si cependant ils tardent trop, ceux de la jeune fille interviennent et la date est fixée dun commun accord.

    Au jour dit a lieu le repas de noces : cest en cela que consiste la cérémonie civile ; de nombreux parents et amis sont invités à y assister et à servir par le fait même de témoins. Il mest arrivé dêtre invité à un repas de noces où figuraient plus de quatre cents convives.

    Les diverses questions de prix dachat de la jeune fille, du trousseau, des cadeaux à faire et du cérémonial à suivre ont été fixées davance par les entremetteurs ou entremetteuses. Notez quil ne saurait être question de dot, vu que les filles nont pas droit à lhéritage. Le défaut de descendance mâle permet cependant de déroger à cette coutume, mais dans ce cas on ne vend pas lhéritière, on lui cherche un époux qui consente à venir habiter chez elle.

    Un premier repas a lieu chez la jeune fille, le fiancé nétant pas là, naturellement. Le repas fini, la jeune mariée est portée en chaise rouge jusque chez son époux. Suivent les parents, les amis, les porteurs du trousseau et des divers présents reçus, enfin les joueurs de hautbois. Tout le monde connaît lobligation pour la jeune fille de pleurer en route pour signifier son regret de quitter la maison paternelle.

    Arrivée chez son fiancé, elle sagenouille avec lui devant la tablette des ancêtres ; cest là le principal rite de la cérémonie religieuse. On la conduit ensuite dans sa chambre, où lattendent les femmes amies de la famille, qui laident à réparer les dégâts que le voyage en chaise a pu faire à sa toilette. On dîne ensuite, les hommes dun côté, les femmes de lautre ; si la nouvelle mariée en a le courage, elle passe, à la fin du dîner, du côté des hommes pour offrir à chacun deux une tasse de thé. En réponse à cette politesse ceux ci doivent lui offrir, au fur et à mesure quils reçoivent le thé, un cadeau en argent. Le repas terminé, les invités se retirent en emportant chacun un petit présent, quils se sont réservé eux-mêmes durant le repas et qui consiste en viande de porc ou en gâteaux.

    Les cérémonies sont finies. Ne parlons pas de voyage de noces ; tout au plus consistera-t-il pour la nouvelle mariée à aller reconnaître lemplacement des rizières où elle devra travailler désormais.

    Sil sagit de concubines, il ny a pas de cérémonies, pas de repas de noces, sinon avec très peu dinvités ; pas de salut à la tablette des ancêtres.

    En cas de divorce, la femme étant, de par lacte de mariage (qui est un acte dachat), la propriété de son mari, celui-ci la revend à qui en veut et perd tous ses droits sur elle dès lors quil a signé lacte de vente et touché la somme convenue. Dans ce cas, lacte nest pas écrit à la maison, mais sur une colline voisine ; de plus le nouveau mari emmène sa femme sans apparat, évitant même de traverser les villages qui sont sur leur route.

    Les Tho considèrent ce mariage comme entaché dimpureté et cest au passage de ces époux quils attribueraient les maladies ou autres maux qui pourraient survenir dans les villages quils auraient traversés. Pour éviter tout ennui, le voyage se fait ordinairement la nuit.

    Il arrive parfois que le nouveau mari, au lieu de recevoir sa femme chez lui, va habiter chez elle ; cest ce quon appelle monter la porte de la nouvelle mariée. Dans ce cas, le prix de la jeune fille est bien diminué ; souvent même ses parents ne demandent pas dargent, exigeant en retour que les nouveaux époux travaillent chez eux et pour eux pendant un nombre dannées fixé dun commun accord. Ce délai passé, le mari pourra emmener sa femme sans bourse délier.

    Ce genre de mariage a lieu quand les parents de la jeune fille manquent de bras pour leur travail et que, dautre part, lépouseur na pas largent nécessaire pour sacheter une femme.

    (A suivre) G. CAYSAC,
    Miss. du Kouang-Si.

    1922/603-612
    603-612
    Caysac
    Chine
    1922
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