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Mission dOsaka : Noces de diamant du Père Aimé Villion

Mission dOsaka Noces de diamant du Père Aimé Villion. La Mission dOsaka célébrait, le 26 mai dernier, les Noces de Diamant de son doyen dâge, le Père Aimé Villion.
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    Mission dOsaka
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    Noces de diamant du Père Aimé Villion.
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    La Mission dOsaka célébrait, le 26 mai dernier, les Noces de Diamant de son doyen dâge, le Père Aimé Villion.

    Le Père Villion débarqua au Japon quelques années seulement après la découverte, à Nagasaki, des descendants des anciens chrétiens. Il assista à la reprise de la persécution et fut témoin des déportations en masse. Résidant à Kôbe, lorsque la persécution prit fin, il put y accueillir, à leur retour de lexil, ceux des confesseurs qui avaient été déportés dans notre région et entendre de leur bouche le récit des tourments quils avaient subis. Avec quelle pieuse émotion il les écouta, lui-même nous la raconté dans les pages si vivantes de son livre : Cinquante ans dApostolat au Japon.

    Enfin, en 1873, lheure de la liberté sonna. Les missionnaires catholiques, établis dans les quelques ports que le Japon avait ouverts au commerce étranger, purent, après une interruption de près de trois siècles, commencer à pénétrer dans lintérieur du pays et y répandre la Bonne Nouvelle. Le Père Villion fut un des pionniers de cette époque. Il prêcha, sans jamais craindre sa peine, par la plume et par lexemple. Kôbe est le premier poste où il exerça son zèle ; Kyôto, puis Yamaguchi et enfin Hagi sont des postes quil fonda et doù il rayonna bien loin. Missionnaire inlassable est bien le titre qui lui convient le mieux. Le Père Villion est un de ceux qui ont toujours confiance, quels que soient les obstacles, et qui nont pas besoin du succès pour avoir la force de persévérer.

    Parmi les ouvrages assez nombreux dus à la plume du Père Villion, nous nous bornerons à citer celui où il raconte aux Japonais lhistoire de leurs Martyrs du XVIIe siècle, et dune façon si touchante quon le dirait écrit, comme son titre même semble lindiquer, avec le sang des Martyrs. On ne saurait dire le bien qua fait ce livre, dont les éditions se succèdent toujours.

    Malgré ses 83 ans, notre vénéré jubilaire na rien perdu de son zèle ni de son entrain. Le repos lui est plus pénible que le travail. Son activité, que lui envient de plus jeunes que lui, se dépense aujourdhui dans le district de Nara. Nara fut pendant plus de 60 ans la capitale du Japon, il y a de cela quelque douze siècles, et a gardé de cette époque de nombreux souvenirs. Notre cher Vieux est tout heureux de se retrouver dans ce cadre antique et purement japonais, où les monuments bouddhiques lui servent pour continuer ses études sur le bouddhisme.

    Nara eût bien convenu pour notre fête de famille. Mais il y avait une difficulté. Comment le Père Villion aurait-il pu faire entrer dans sa petite maison japonaise et ses confrères et ses chers Japonais qui lui annonçaient leur visite ? Monseigneur dOsaka trancha la difficulté en décidant que les Noces de Diamant se célébreraient à lévêché. Le Père sy prépara par une retraite de trois jours.

    Le 26 mai, à 9 heures, notre vénéré jubilaire montait à lautel. Cétait le 60e anniversaire de son ordination sacerdotale (26 mai 1866). Le privilège de lâge valut aux Pères Relave et Rey lhonneur de lassister comme diacre et sous-diacre, tandis que les deux benjamins, les Pères Jupillat et Yamanaka étaient acolytes. Les autres confrères exécutaient les chants liturgiques. La cathédrale avait ouvert ses portes à une nombreuse assistance, dans laquelle se trouvaient bien des enfants spirituels du Père Villion. Après lévangile, le doyen de nos prêtres japonais, le P. Nagata, monta en chaire et, en quelques mots émus, retraça devant ses compatriotes la vie du jubilaire, vie toute dépensée au service de Dieu et des chers Japonais. Il termina en annonçant que le Saint-Père envoyait au Père Villion la bénédiction apostolique.

    Après la messe, les chrétiens japonais vinrent offrir leurs félicitations au Père de leur âme. Avec quelle chaleureuse reconnaissance ils le firent ! Et combien le Père fut touché ! Les larmes que nous vîmes perler à ses yeux, au sortir de lentrevue, nous le montrèrent bien. Le Préfet dOsaka, que le Père Villion avait connu autrefois à Yamaguchi, fit à notre cher jubilaire lhonneur de venir lui adresser personnellement ses félicitations.

    Lintimité de cette fête de famille fut un peu troublée par les intrépides reporters et photographes du grand journal le Mainichi dOsaka ; mais, ayant entendu parler de lévénement, ils tenaient à lui donner une place dans les colonnes de leur journal. Dès le 25 mai, une photographie du jubilaire y paraissait, encadrée dun article fort sympathique et, pendant trois jours, les lecteurs furent mis au courant des principaux faits de la vie du Père Villion

    A midi, un modeste repas de mercredi des Quatre-Temps nous réunit tous autour du vénéré jubilaire. Monseigneur, au nom de la Société des Missions-Étrangères, le félicita et le remercia du bon exemple de fidélité à sa vocation et dinlassable persévérance dans le travail quil a donné à tous pendant ces 60 ans dapostolat, et lui remit un souvenir spécial envoyé par le Saint-Père et signé de sa main, avec une lettre de félicitations que lui adressait pour ce joyeux anniversaire Son Eminence le Cardinal Van Rossum, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

    En un jour de fête comme celui-là, il nétait pas interdit de rire un peu. Et comme notre cher Vieux est doué dune bonne pointe doriginalité, la matière ne manquait pas. Le P. Cettour, qui fut pendant 27 ans le témoin de sa vie et le compagnon de ses pérégrinations apostoliques, était tout désigné pour nous conter le passé. Son récit, mélange charmant de facétieuse malice et de surnaturelle philosophie, fit revivre sous nos yeux les multiples faits et gestes dont il avait été le témoin parfois amusé, souvent édifié.

    Enfin la poésie elle-même fut de la fête. Sur un air connu le P. Vagner nous chanta en une douzaine de couplets quelques-uns des traits les plus caractéristiques de la physionomie du cher Vieux, ou quelques-unes des anecdotes les plus amusantes de sa vie. La chanson apprend, par exemple, à qui lignorait pourquoi il manque au Père Villion une bonne partie de loreille gauche. Cest à lépoque où le Père se servait dune monture pour ses tournées apostoliques. Son premier coursier, si célèbre chez nous sous le nom de Guigui, était la meilleure des bêtes. Malheureusement il était moins robuste que son maître, et, arrivé à la limite dâge, dut être remplacé.

    Son successeur fut dhumeur moins facile,
    Et le cher Père (ô malheureux destin !)
    Reçut un jour de la bête indocile
    Un coup de dent ! Malchus eut un cousin.

    Mais le dernier couplet, en redisant ce que fut toute la vie du Père Villion, exprime aussi les sentiments daffectueuse vénération quéprouvent pour lui tous ses confrères.

    Oui, vous avez sur la terre et sur londe
    Prêché partout la foi de Jésus-Christ.
    Autre saint Paul, jamais devant le monde
    De son Saint Nom votre front ne rougit.
    Aussi, de son Royaume de lumière,
    Jésus vous dit, en vous ouvrant les bras :
    Bon serviteur, pour sûr, devant mon Père
    De toi non plus je ne rougirai pas !

    Nous ne pouvons mieux terminer ces lignes quen transcrivant ici le précieux encouragement quenvoya au jubilaire S. E. le Cardinal Van Rossum : Perge, bone Christi miles, si tamen opus est incitare currentem, certare per multos in posterum annos tuum certamen, cujus victoria fidei incrementum, praemium autem ipse Deus erit opimum.


    1926/427-430
    427-430
    Villion
    Japon
    1926
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