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Mission de Nanning 1

Mission de Nanning Fondation et Développement du district de Kouyhien (1) 1878 - 1928 I. Aperçus Préliminaires
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    Mission de Nanning

    Fondation et Développement du district de Kouyhien (1)
    1878 - 1928

    I. Aperçus Préliminaires

    La ville de Kouyhien (2) est située sur la rive gauche du Sikiang (3) (West-River ; fleuve de l'Ouest), à 200 lys (soit 120 km.) à l'ouest de Kouypin (4) et à 500 lys ( 300 km. ) de Outcheou (5 ). Elle n'est pas très étendue à l'intérieur des remparts, mais ses faubourgs à l'est forment un marché commerçant de premier ordre. C'est de Kouyhien que partent toutes les routes : pour Ou-min (6) à l'ouest par Ts'in-tang ; pour Kouypin à l'est par Ta-hu (7) ; pour Yolin (8) au sud par Kiao-hu (9). Elle accusait 5.000 familles dans le recensement fait à la hâte par les Chinois en 1900. Mgr Foucard, premier évêque du Kouangsi, dont la résidence était alors à Changse, y établit une mission catholique en 1878.
    Comment et dans quelles circonstances l'Evangile s'implanta-t-il à une distance de 6 jours de marche de Changse, le centre de la mission à cette époque? Pour expliquer cela, il faut remonter jusque vers l'année 1860. En ce temps-là, il y eut une guerre à mort entre les Chinois de race hakka et ceux de race pounti dans la préfecture cantonnasse de Ou-tai-hien (10). Les Pounti victorieux chassèrent leurs adversaires du pays, après en avoir tué un grand nombre, et pillèrent les autres. Quant aux Hakka, vaincus, poursuivis, ils s'en allèrent, comme autrefois les Barbares, à la recherche d'une terre plus hospitalière. Parmi eux, il y avait des chrétiens qui, avec des païens, furent conduits par Mgr Guillemin, Préfet apostolique de Canton, après en avoir reçu l'autorisation des mandarins du lieu, dans l'île de Waichow (11), peu ou point peuplée alors. Ils la défrichèrent et la rendirent fertile par leur labeur ; ce sont eux qui forment actuellement les districts chrétiens de Waichow près de Pakhoi. D'autres bandes moins nombreuses se dispersèrent dans diverses localités du Kouangsi ; c'est ainsi que plusieurs familles vinrent s'établir aux environs de Ts'in-t'ang (1), telles les familles Kiang à Wang-chan (2), à 50 lys de Kouyhien.

    (1) Etude faite à l'occasion du cinquantenaire de la fondation du district de Kouyhien (21 juin 1928).

    Le P. Foucard, installé depuis peu à Changse et aux Cent-Mille-Monts, avait à cette époque un catéchiste nommé Kiang Siao-lin, apparenté aux Kiang de Wang-chan et connaissant leur domicile. Dans son zèle ardent pour étendre le règne de Dieu dans la province, le missionnaire vit là une occasion favorable, il fit partir son homme à la recherche des chrétiens établis dans la région de Kouyhien. Celui-ci eut la bonne fortune de trouver ses parents. Ce fut alors une prédication fructueuse : ce catéchiste parlait avec éloquence et surtout avec conviction, il eut bientôt gagné les coeurs des pauvres exilés. On était en l'année 1874. Deux familles Kiang se mirent à étudier, dont les chefs étaient Kiang Fong-meou et Kiang a-tsâi ; une famille Ong de Tatsen (3) et une autre Li de Si-kou-lin (4) se joignirent aux deux premières, soit en tout une douzaine de catéchumènes. Ils écoutaient avec attention, étudiaient avec ardeur, aussi une dizaine de personnes furent-elles bientôt prêtes pour le baptême.
    A cette bonne nouvelle, le P. Foucard n'y tint plus ; plein de joie et de reconnaissance envers Dieu, il n'hésita pas à entreprendre ce voyage de 6 jours pour visiter les jeunes brebis qui demandaient à entrer au bercail. Il vint, il vit, il fut content. A son retour, il emmena avec lui Kiang Fong-meou qu'il baptisa à Ling-shan, et Kiang A-tsâi qu'il régénéra dans les eaux du baptême à Changse en cette année 1875. Les deux nouveaux baptisés, pleins de ferveur et de zèle, revinrent chez eux avec le catéchiste, qui fit encore d'autres conquêtes à San-pan-kiao (5), où 6 familles Kiang donnèrent leurs noms comme catéchumènes ; dans ce village, le catéchiste acheta un petit coin de terre pour y construire une maison de prière.

    II. Débuts à Kouyhien.
    Nomination du Père Chouzy.

    Le zélé serviteur de l'Eglise se porta ensuite sur un théâtre plus important, il s'attaqua à la ville même de Kouyhien en faisant l'acquisition d'une petite maison à l'emplacement de la mission actuelle. Cette maison, qui a été démolie en 1919 pour faire place à de plus vastes constructions, se composait de deux corps de bâtiments de trois chambres chacun et séparés par une cour de six pieds de large. Ce n'était pas grand, et puis c'était bas, borgne, sans fenêtres, dans le style chinois des habitations du peuple de la Chine du sud.
    Pendant ce temps (1878), le P. Foucard était nommé évêque de Zéla et Préfet apostolique de la Mission du Kouangsi. Après son sacre à Kouyiang (1), capitale du Kouytcheou, malgré plusieurs affaires accablantes qui absorbaient tout le temps et l'énergie du nouvel évêque, il ne perdit pas de vue Kouyhien et revint en 1878 prendre possession de la petite maison acquise l'année précédente. Il trouva quelques catéchumènes préparés au baptême et, dans cette résidence, il leur conféra le sacrement qui fait les chrétiens. Tout le monde était dans la joie, surtout l'évêque qui voyait déjà acquise à la religion toute une région dont la moisson jaunissante ne demandait plus que des moissonneurs.
    A cette chrétienté naissante, il fallait au plus tôt un soutien, un guide, un instructeur capable de la développer dans tous les sens. Aussi Mgr Foucard jugea le moment arrivé d'appeler le P. Chouzy, qui depuis 10 ans attendait à Houâng-ts'ao-pa (2) l'heure propice d'entrer dans sa Mission du Kouangsi : ce missionnaire travaillait au Kouytcheou de toutes ses forces, il prêchait les anciens chrétiens, catéchisait les nouveaux convertis, construisait une belle église, était aimé de tous ; mais malgré l'attachement de ses chrétiens modèles de Tachan (3) et d'ailleurs, qui en parlent encore avec vénération, il quitta, au premier appel de son évêque, le district où il était tant aimé. Il descendit le fleuve de Lieoutcheou (4) et arriva à Kouyhien le 15 janvier 1880.
    Connaissant la langue cantonnaise, qu'il avait parlée pendant 8 ans alors qu'il était jeune missionnaire de la Mission du Kouangtong, il put de suite se donner tout entier à un ministère fécond et instruire, comme il savait le faire, les néophytes de San-pan-kiao ainsi que les nouveaux convertis. Le 8 septembre, fête de la Nativité de la Sainte Vierge, il fit les quatre premiers baptêmes de son nouveau district, et un autre le jour de la Toussaint.
    En même temps le P. Chouzy faisait le nécessaire pour rendre sa maison plus habitable : il établit une petite chapelle dans l'appartement d'arrière et, aux autres chambres, il fit faire des plafonds pour doubler les locaux ; à cela il y eut bien quelque inconvénient, les bâtisses étaient basses, le toit touchait presque le plancher.... C'était cependant là que le missionnaire couchait, à l'air chaud pendant l'été, à la bise pendant l'hiver ; il était nécessaire de se contenter de ce peu confortable logement, les achats se faisant difficilement et les païens des alentours commençant à être inquiets de voir cet étranger s'installer à demeure dans leur ville.

    III. Arrivée du Père Lavest.
    Travaux des deux missionnaires.

    Le P. Chouzy, isolé à six jours de distance de tout confrère, ne pouvait rester longtemps seul. Aussi l'année suivante, Mgr Foucard, lui envoya-t-il, comme compagnon et auxiliaire, le P. Lavest, qui arrivait de France après avoir été vicaire dans une paroisse d'Auvergne pendant quelques années. Celui-ci rejoignit donc le P. Chouzy à Kouyhien en 1881 et, selon les ordres du Vicaire Apostolique, le district fut divisé : le nord du fleuve, avec la ville jusqu'à la frontière du Kouytcheou, était pour le P. Chouzy, et le sud avec San-pan-kiao jusqu'aux confins du Kouangtong était pour le Père Lavest.
    Voilà donc sur le même champ de bataille, ou plutôt dans le même coin de la vigne du Seigneur, ces deux apôtres qui devaient devenir dans la suite, l'un après l'autre, chefs de toute la Mission du Kouangsi. L'ancien, le P. Chouzy, déjà formé au ministère des missions par 20 ans de Chine, parlant à la perfection les langues mandarine et cantonnaise, était la prudence même doublée du triplex robur qui ne recule pas. L'autre, le P. Lavest, nouvellement débarqué de France, plein de feu et de zèle, ne voyant que la marche en avant, était l'audace doublée d'une indomptable confiance en Dieu. \Patientia et robur " était pour le premier, "Fac et spera" pour le second. Tous deux, doués d'une grande force physique et d'une excellente santé, tous deux servis par une belle intelligence et une volonté de fer, tous deux visant de toutes les puissances de leur âme à la gloire de Dieu et au salut éternel des Chinois ; ils étaient l'un et l'autre destinés par la Providence à diriger pendant dix ans la marche de la mission.

    Après quelques mois passés ensemble pour permettre au nouveau missionnaire d'apprendre la langue, de recevoir des leçons et des instructions de l'ancien, et aussi pour préparer un logement habitable à San-pan-kiao qui allait devenir le quartier général du Père Lavest, ils se séparèrent pour aller travailler chacun de leur côté au règne de Dieu. Kouyhien, cette jeune mère, fut fière d'avoir donné naissance à une telle fille qui pouvait désormais marcher seule et s'étendre vers le midi, tandis qu'elle-même tendrait de tous ses efforts à s'élargir dans la direction du nord.
    De fait le P. Lavest à peine installé, les conversions affluèrent de plusieurs endroits à la fois, Li-tsen (1), Oua-tang (2), Chan-leao (3), Mou-ke (4), Ma-ko-lin (5), Ta-ou-tong (6), Iang-lin (7), Yun-houa (8), Mou-ken (9), etc.. Dans les centres principaux il établit des écoles, et chez lui il agrandit sa maison toujours trop petite, éleva une chapelle, forma deux orphelinats, l'un de filles, l'autre de garçons, sous la direction de maîtres et maîtresses d'écoles. On étudiait la doctrine avec ardeur, c'était une ruche pleine où chacun travaillait : le Père était heureux, il faisait de fructueuses tournées apostoliques à travers le pays, tout le monde parlait du missionnaire de San-pan-kiao (10).
    Tandis que son jeune confrère marchait à pas de géant, le Père Chouzy s'étendait prudemment mais sûrement : aux environs de la ville, il y eut à Chan-tcheou (11) la famille Tchang venue de Waichow, puis à Tong-pi (12) les deux familles Kiang et Lou ; dès 1882, les catéchumènes vinrent aussi à San-li (13) et à Lai-tsen (14), localités situées dans la sous-préfecture de Ou-siuen (15), à deux jours de marche de Kouyhien, et sans tarder beaucoup il fit un certain nombre de baptêmes dans ces deux endroits. Il monta encore plus haut et plus loin vers le nord : la même année Che-long (16), Houatsen (17), Ken-tsen (18), Lien-tsen (19) dans la sous-préfecture de Siang-tcheou (20) reçurent la bonne nouvelle, quelques familles de chacun de ces villages purent être baptisées. En 1883, ce fut le tour de Kou-tsen (21) dans le Lieou-tchen (22), Tchong-pin (23) Se-tsen (24), Long-niu (25), dans le Siang-tcheou.

    IV. Guerre du Tonkin. Persécutions et ruines.

    Jusqu'en 1883, l'évangélisation marchait selon les désirs les plus ardents des deux missionnaires du nord et du sud, la tempête arriva qui détruisit tout chez l'un et arrêta les conversions chez l'autre.
    La guerre menaçait d'être déclarée entre la France et la Chine au sujet du Tonkin, des bruits malveillants se répandaient peu à peu dans le pays contre les deux étrangers français qu'il fallait au plus tôt, disait-on, chasser de la province. Des paroles on en vint aux actes. Cette même année eut lieu le pillage et la destruction de la mission de San-pan-kiao. Le P. Pernet, auxiliaire du P. Lavest, fut pris par les païens, et après sa délivrance il vint habiter à Kouyhien. Le P. Lavest, poursuivi partout, y vint également. Mais en 1884, la position n'étant plus tenable, les trois missionnaires crurent bon de se réfugier à Hongkong, et la mission de Kouyhien resta sous la garde du mandarin local qui remplit cet office pour le mieux.
    Sur la rive gauche, la persécution ne fut pas si violente que sur la rive droite, elle suffit cependant amplement à tout refroidir et à tout arrêter. L'absence du pasteur, les bruits alarmants colportés contre les chrétiens parmi le peuple, tout y contribua. Plusieurs chrétiens apostasièrent, cependant il resta dans le nord-est un fort contingent de baptisés qui contribuèrent dans la suite à former les districts de Sanli, de Long-niu et même de Sieoujen.
    En 1885, la paix signée, les missionnaires exilés à Hongkong revinrent et purent se rendre compte de visu de l'étendue des ruines : à peu près tout était à recommencer. De nouveaux auxiliaires leur furent envoyés de France. On vit alors le fier lutteur d'Auvergne, le P. Lavest, s'acharner à relever les résidences de Iang-lin et de Yun-houa, voulant prouver à tous que l'amour est plus fort que la haine : il y rebâtit encore. Les païens n'avaient malheureusement pas désarmé, ils l'attaquèrent de nouveau et pillèrent tout en 1886. Enfin, n'ayant plus où reposer sa tête, le P. Lavest reçut l'ordre d'aller occuper et consolider les chrétientés fortement ébranlées de la sous-préfecture de Siang-tcheou.
    Quant au P. Chouzy, à son retour à Kouyhien, il trouva ses chrétiens attiédis dans la foi et dépérissant d'inanition spirituelle. Il se remit à prêcher, il exhorta avec son ardeur ordinaire ; de cette façon, il put retenir sur le bord de l'abîme ceux qui allaient y sombrer. Il recueillit aussi dans sa résidence de ville les orphelins et orphelines qu'on put retrouver. Mais San-pan-kiao demeura pillé, ravagé et détruit, ses bâtiments rasés, arrachés de leurs fondements, n'y laissant pas pierre sur pierre : la charrue y passa et devint le champ de maïs qu'on y voit aujourd'hui. La rive droite fut alors de nouveau réunie à la rive gauche sous la juridiction spirituelle duP. Chouzy, aidé d'un jeune missionnaire, le P. Poulat qui, à peine arrivé en mission, mit tout son coeur et ses soins à panser les plaies non encore cicatrisées : ensemble ils recommencèrent petit à petit le travail anéanti. La résidence commune et unique fut Kouyhien.
    Depuis la fin de la persécution jusqu'en 1890, tout resta aux environs de la ville dans un état d'indécision, comme un malade qui agonise et qu'on veut sauver à tout prix. Le P. Chouzy demeura chargé, bien qu'il y eût un Père en résidence à Sanli, des catéchumènes des sous-préfectures de Siang-tcheou, Sieoujen et Lieoutcheou. C'est dans cette période que s'ouvrirent à la religion les villages de Kao-tsen (1), Ta-li-tsen (2), Gan-tang (3), Kieou-pai (4) Ta-tchang (5), dans le Sieou-jen (6), et deux villages des environs de Tcbong-pin (7) dans le Siang-tcheou (8).
    A Kouyhien, la secousse avait été trop violente pour que ses effets désastreux pussent se dissiper en quelques années. Le P. Chouzy arriva malgré tout à agrandir sa résidence, par l'achat de terrains vagues situés derrière sa résidence, et d'une nouvelle maison donnant sur la même rue, mais séparée de la sienne par une autre qu'il aurait bien voulu posséder ; grâce à cette acquisition, il abrita les orphelines rescapées des pillages et, après avoir élevé pour lui-même une petite habitation sur le terrain libre, il eut la satisfaction d'avoir un minuscule jardin où il put désormais prendre l'air et la lumière qui jusque-là lui avaient manqué totalement. Il répara aussi la chapelle, fit faire un autel aux gradins sculptés, ouvrit dans les murs des fenêtres d'un pied de largeur qu'il orna de vitres de couleur, prit ses dispositions pour blanchir les tuiles et faire peindre les chevrons ; enfin, le 21 novembre 1889, il fit solennellement la dédicace de cette chapelle entièrement rajeunie en un document signé des PP. Chouzy, Poulat et Frayssinet.
    La persécution que venait de subir la Mission du Kouangsi lui avait fait perdre deux jeunes missionnaires, les PP. Barrier et Pernet. Le P. Barrier, un Auvergnat, s'était obstiné à ne pas abandonner son district de Kou-tsin (9) (sous-préfecture de Lieoutchen (10)) : il fut pris et contraint d'assister, le coeur navré et les larmes aux yeux, au pillage et à l'incendie de sa maison par les païens soulevés contre lui ; il s'en vint mourir à Sanli. Le P. Pernet, un Savoyard, pris et garrotté à San-pan-kiao, assista également au pillage de sa résidence : attaché à une colonne, il se crut un instant destiné au brasier que les pillards avaient allumé au milieu de la cour pour faire rôtir un de ses porcelets ; à son retour de Hongkong, il fut nommé à Sanli, où il mourut des suites de ses mauvais traitements. Inutile de parler ici des difficultés inouïes qu'eut à surmonter le P. Chouzy, afin d'obtenir à prix d'argent un petit coin de terre pour ensevelir les deux apôtres.

    V. Nomination épiscopale du Père Chouzy.
    Situation Générale.

    Le 31 mars 1889, Mgr Foucard mourait à Changse. La vacance du siège devait durer deux années.... Finalement le Souverain Pontife nomma le P. Chouzy comme successeur de l'évêque défunt. Le sacre eut lieu à Hongkong.
    A son retour, Mgr Chouzy se mit aussitôt avec ardeur à ses nouvelles fonctions, se remuant fort, établissant des règlements et tenant des réunions extraordinaires. Il fixa définitivement sa résidence à Kouyhien, où il venait de vivre et souffrir ces dix dernières années. Trois de ses missionnaires changèrent de mission à cette époque, les PP. Bazin et Chanticlair qui allèrent porter leur zèle dans la Mission du Kouytcheou, et le P. Frayssinet qui passa au Kouangtong. Il garda avec lui le P. Poulat comme aide et, quoique évêque, il continua de s'occuper de Kouyhien, San-pan-kiao, Ta-ou-tong, Iang-lin, Wang-chan, Tong-pi, dont les plants dispersés ne pouvaient recevoir la visite du missionnaire que deux ou trois fois par an. En outre, Kouyhien devint le centre de la procure de la mission avec le P. Poulat comme titulaire.
    Ce bon Père était souvent occupé à déballer les caisses qui venaient de France ou de Hongkong : il fallait diviser les objets et les placer dans des paniers de bambou jusqu'à concurrence de 30 à 35 livres chinoises, car de Kouyhien ils devaient être portés à dos d'homme dans toutes les directions, Siang-tcheou, Changse et Silin. Ceux qui allaient du côté de Silin se rendaient en barque jusqu'à Pe-se, puis les commissions étaient transportées par voie de terre pendant 7 jours de marche. Tous les confrères de la mission s'adressaient alors au procureur pour leurs achats, car on ne trouvait rien sur place : le P. Poulat fut toujours le confrère empressé à rendre service ; il faisait cela avec la plus aimable charité.
    A cette époque, la poste chinoise n'étant pas encore établie, deux courriers étaient employés par le procureur ; ils allaient tous les trois mois à Pakhoi chercher la correspondance venue de Hongkong, et en revenaient avec chacun deux paniers remplis de lettres et journaux qu'ils devaient ensuite aller distribuer dans les sous-préfectures de Ousiuen et Siang-tcheou : c'était une randonnée de plus d'un mois ; les nouvelles n'étaient pas très fraîches et les lettres ne devaient pas être pressées, les courriers n'emportant la réponse que trois mois plus tard lorsqu'ils repartaient à Pakhoi... Les objets achetés à Hongkong ou en France, tels vin de messe, cierges, etc., suivirent la même voie jusqu'à ce que la route fluviale fût suffisamment sûre pour qu'ils pussent être envoyés par barque ; alors, ce furent 20 à 25 jours de navigation de Canton à Kouyhien, et de là 30 à 35 jours étaient encore nécessaires jusqu'à Pé-sé, quand il s'agissait d'expédier quelque chose aux confrères du nord-ouest du Kouangsi. Il ne fallait pas, avec de telles distances non encore supprimées par la vapeur, parler d'acheter des choses utiles et surtout des superflues : on se contentait du strict nécessaire, et cependant tout le monde était aussi heureux qu'aujourd'hui.

    (A suivre)

    FRANÇOIS LABULLY


    "
    1934/5-14
    5-14
    François Labully
    Chine
    1934
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