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Mission de Coïmbatore : Résumé historique de lévangélisation des Badagas 2 (Suite et Fin)

Mission de Coïmbatore Résumé historique de lévangélisation des Badagas et bénédiction déglise à Ketti (Nilgiris). (Fin)
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    Mission de Coïmbatore
    Résumé historique de lévangélisation des Badagas
    et bénédiction déglise à Ketti (Nilgiris).
    (Fin)
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    Déjà le P. Tignous, successeur du P. Foubert, avait pris à cur luvre naissante de la conversion des Badagas. Quelques années auparavant, il avait été obligé de quitter lInde pour aller redemander des forces au pays natal ; après son séjour en France il était parti pour le Nouveau Monde dans lintention dintéresser les Américains à lévangélisation de Ketti et environs. Mgr Roy le nomme titulaire de ce poste avec juridiction personnelle sur les Badagas des Nilgiris. Le nouveau missionnaire ad gentes arrive à Ketti pour y résider, en décembre 1919. Il met la main à la charrue et en tiendra le manche jusquen janvier 1929 avec une interruption de 17 mois, de janvier 1922 à juin 1923.

    Pendant ce temps, tandis que le P. Tignous est à Kotagiri, ne rêvant que de son retour à Ketti, le P. Marie Louis, prêtre indigène, est détaché de Ste Marie, Ootacamund, pour soccuper des Badagas. Sous son administration, huit Badagas sont entrés dans le bercail. Il laurait augmenté progressivement, car le P. Marie Louis a du zèle et du savoir-faire, mais lautorité diocésaine le nomme curé dans un district de la plaine.

    Le P. Tignous voit alors ses rêves réalisés ; il retourne chez les Badagas quil connaît pour avoir pris déjà contact avec eux pendant trois ans. Il sest rendu compte de la nécessité dun zèle très circonspect, surtout à légard des protestants. Durant tout son séjour à Ketti il a une cinquantaine de conversions. Mais la grande majorité de ses néophytes pour ne pas dire la totalité vient de lélément païen. Il réussit à convertir le Manigar ou chef du groupe des villages Badagas de la vallée de Ketti. Il ouvre une école catholique quil confie bientôt aux Religieuses Franciscaines de Marie. Cest loccasion pour ces Religieuses de fonder un couvent. Le P. Tignous leur demande douvrir un dispensaire et un orphelinat pour jeunes filles Badagas.

    Des uvres pleines de promesses sont suscitées par le zèle du Père Tignous. Dans son idée, un orphelinat pour garçons Badagas doit faire le pendant de celui des filles. Les Frères Franciscains du Mount Poinsur (Bombay) sont appelés pour diriger cet orphelinat et pour faire aussi uvre de catéchistes allant prêcher dans les villages. Les orphelins Badagas sont rappelés de Coïmbatore et forment le premier noyau du nouvel orphelinat de Ketti. Le P. Tignous bâtit une école magnifique, en pierres, pour les filles instruites par les Religieuses ; il fait sortir de terre un autre édifice quil appelle le monastère pour les Frères et leurs orphelins. Il occupe un charpentier habile dont il veut faire la base et le directeur dune école industrielle destinée à former les orphelins. A quelque 12 milles de Ketti, sur une autre pente des Nilgiris, il élève, au centre dun groupe de villages Badagas, une chapelle-école, dont il va diriger, surveiller lui-même la construction.

    Hélas ! tant de courses et toutes les privations et fatigues qui sensuivent nécessairement ont raison de sa santé qui, à en juger extérieurement, semble robuste mais qui, en fait, laisse souvent à désirer. Faut-il le dire ? Après examen il semble que les épreuves ont contribué pour une large part à miner les forces du P. Tignous. Il était très sensible : il ressentait très fortement les difficultés, les revers et les déboires ne lui ont pas manqué. Des témoins, des confidents assurent quils lont vu parfois pleurer. Il a vu pas mal de brebis quitter son bercail et retourner chez les protestants. Le Manigar, sur lequel il avait fondé bien des espérances, pour se soustraire aux poursuites de la police, disparaît de Ketti sans laisser dadresse ; il na pas encore reparu. Les protestants voient de très mauvais il les uvres quil multiplie, ils prennent loffensive et cherchent à lui ravir les néophytes quil a péniblement recrutés parmi les païens.

    Dans son troupeau lui-même cest souvent la division entre lélément venant du paganisme et celui venu de lhérésie, lun voulant dominer lautre. Parmi ses nouveaux chrétiens cest souvent la jalousie, ce sont des plaintes continuelles portées au missionnaire. On lassaille sans cesse de demandes dargent ou demploi avec menaces dapostasie pour limpressionner : on le trompe, on le vole. Le cur sensible du P. Tignous saigne souvent ; en silence, dans la solitude de son presbytère, il a dû verser bien des larmes que les anges ont été seuls à recueillir.

    Néanmoins le P. Tignous sest attaché aux Badagas, à son uvre. Tandis que, vers la fin de 1928, il est à Coïmbatore prenant un repos forcé, il veut remonter à Ketti malgré la défense catégorique du médecin quand un de ses chrétiens, venu le voir, fait luire à ses yeux quelque espoir de conversions immédiates parmi les Badagas. Mais hélas ! une maladie aussi triste que profonde le mine de plus en plus. Il doit repartir en France où il pensera encore à son district quand il aura la force de penser. En léguant son petit avoir il noubliera pas le district de Ketti. Il meurt à Montbeton en septembre 1930. Nul doute quau ciel il ne sintéresse toujours à luvre des Badagas pour laquelle il a épuisé prématurément ses forces.

    Dans lautre monde, à la date du 25 septembre 1932, lâme du P. Tignous a dû tressaillir dune joie spéciale. Ce jour-là voyait se réaliser un de ses grands désirs : avoir une véritable église qui serait plus éloignée du centre de la mission protestante. Il avait acheté un terrain qui correspondait à ses vues car il comportait une surélévation où léglise trouverait un emplacement choisi. Le plan de léglise, il lavait préparé lui-même. Selon ses goûts, il voulait un bâtiment beau, mais solide, donnant une impression de force, de stabilité. Il ne devait pas ériger lui-même ce monument rêvé. Ses successeurs devaient trouver lidée excellente et, dans un avenir plus prochain quils ne le pensaient, ils vont être amenés à la réaliser. Mais nanticipons pas.

    En janvier 1929, le P. Xaverimuttu, prêtre indigène, est mis en charge de Ketti. Il continue le sillon creusé par le P. Tignous ; il tâche daffermir les positions acquises ; il a quelques conversions ; mais les difficultés ne lui manquent pas, à lui, non plus, pendant les 12 mois quil reste parmi les Badagas. Les Frères Franciscains quittent Ketti et, par suite, lorphelinat des garçons est supprimé. Deux familles nombreuses, dont celle du catéchiste lui-même, retournent au protestantisme. Les Badagas catholiques suivant peut-être le mouvement dindépendance qui traverse lInde, se montrent indisciplinés. Mais le P. Xaverimuttu naura pas à supporter longtemps les difficultés de Ketti. Le 1er février 1930 il est remplacé par le P. Périé.

    En arrivant à son poste ad gentes, le nouveau pasteur trouve environ 150 chrétiens, chiffre comprenant une trentaine de Tamuler et le couvent de Ketti avec ses orphelines. Il a entendu dire que les Badagas ne sont pas faciles à administrer. Lexpérience va lui montrer que lappréciation nétait pas fausse. Pas de ruse qui ne soit inventée pour lui soutirer quelque aide pécuniaire. Bien quil ait été prévenu, il se laisse prendre ; il sapitoie sur les misères quon lui raconte ; il compte sur les promesses faites et chaque fois il découvre dans la suite quil sest laissé tromper.

    Des protestants, des païens se présentent à lui pour soi-disant se convertir ; après enquête, il découvre quil sagit avant tout de se faire payer des centaines de roupies de dettes. Certains se convertissent sans dévoiler clairement leur situation financière, demandant seulement que le missionnaire leur serve de protecteur, de père. Dans la suite ils élargissent la signification, la portée de ces titres. Au bout de quelques mois ils viennent lui montrer un Ordre quils ont reçu de paraître devant la Cour pour répondre de centaines ou même de milliers de roupies de dettes. Selon eux, le missionnaire doit, tout spécialement dans cette circonstance, tenir sa promesse quil aurait faite formelle de les soutenir.

    Malgré ces difficultés multiples il peut avoir quelques consolations. Il a la joie de voir persévérer certains de ces nouveaux chrétiens malgré les tracasseries, les persécutions mêmes de leurs parents ou amis restés dans le paganisme. Certains ont été battus violemment par leurs proches ; la plupart doivent quitter leur village, leurs petites possessions pour aller chercher un refuge dans une mauvaise habitation que leur fournira le missionnaire et vivre au jour le jour. Le Père a aussi le bonheur denregistrer de temps à autre quelque conversion. Les protestants, sils se présentent deux-mêmes et sils donnent quelque garantie sérieuse, sont reçus. Beaucoup dentre eux sont écurés de leurs divisions intestines, de la scission qui saccentue entre les partisans de lancienne Basel mission et ceux des Wesleyens actuels. Aussi pour le troupeau catholique le danger protestant semble, à lheure présente, moins redoutable quil ne la été précédemment. La Wesleyan Mission subit aussi une crise financière qui influe sur sa propagande.

    Le catholicisme gagne en sympathie. Les païens se rapprochent de plus en plus ; oh encore ! certes, guidés par un intérêt purement matériel, mais il y a bien des résultats dans le travail dapprivoisement, même dans lélément féminin qui avait paru franchement réfractaire à toute approche. Quelques unités entrent dans le bercail. Cest encore une période de pénétration, mais le catholicisme se répand, pénètre dans la tribu Badaga.

    On peut attribuer ce changement favorable à plusieurs causes. Dabord aux prières des apôtres des Badagas qui sont au ciel et obtiennent des grâces pour féconder les moyens humains déployés. Parmi ces causes humaines on peut noter les visites multipliées des Religieuses Franciscaines dans les villages et louverture décoles dans les centres Badagas. Sans vouloir scruter les mystères de lau-delà, si on peut supposer quil ny a pas encore de nombreux adultes Badagas au ciel, on est fondé à dire que les enfants y sont en foule. Parmi les baptêmes denfants in articulo mortis des comptes rendus de la mission de Coïmbatore, beaucoup, sans doute la majorité, sont des enfants Badagas. Ces petits voleurs de Paradis prient pour la conversion de leurs parents. Si elles donnent des baptêmes, les Religieuses expliquent aussi les vérités fondamentales de la religion catholique tout en distribuant des remèdes, sinon très efficaces, du moins inoffensifs. Il est bien peu de villages Badagas qui naient été parcourus par ces Religieuses pourvoyeuses du ciel en petits Badagas.

    Des écoles ont été ouvertes dans des villages environnant Ketti ou même situés au loin. Tous les élèves sont païens, mais on y enseigne les prières et le catéchisme. Le missionnaire, en visitant ces écoles, trouve le moyen de se mettre en contact avec les parents et ainsi tombent bien des préjugés. La semence jetée de-ci de-là lèvera tôt ou tard. Le district de Ketti compte actuellement six écoles de ce genre dont deux sont à plus de 13 milles. Cinq autres, relevant soit de Ste Marie, Ootacamund, soit de Kotagiri, ont été fondées dans le même genre.

    Il faut que la jeune génération arrive à se dégager des liens de la caste qui fait de ces gens autant desclaves de leurs vieux usages périmés ; il faut atteindre les petites filles, les éduquer un peu pour que lélément féminin sorte de sa torpeur, se libère des tyrannies du mamoul, des habitudes. On pourrait citer plusieurs cas de femmes qui, plutôt que dabandonner leurs cérémonies païennes, leurs idées superstitieuses, ont quitté leur mari qui voulait se convertir, ont abandonné, sans une larme, leurs enfants à la mamelle. Pourquoi cette conduite ? Parce que, selon les données du règlement de la caste, la femme ne doit pas sortir des vieilles habitudes. A lécole, la petite fille puisera des idées un peu plus larges, se libérera progressivement de la servitude du mamoul, deviendra moins réfractaire à lidée de conversion.

    Chez les Badagas, la religion catholique est comme un arbuste récemment transplanté qui a déjà pris racine. Ses rameaux commencent à pousser ; il a résisté à la tempête soufflée par les Protestants, il projettera de plus en plus ses branches dans la forêt du paganisme. Ce nest pas encore un grand arbre ; avec la grâce de Dieu il le deviendra, de nombreux Badagas viendront sasseoir sous son ombrage.

    Actuellement on peut évaluer à 210 le chiffre des Badagas catholiques. Une cinquantaine dentre eux se trouvent dispersés un peu aux quatre coins des Nilgiris. Les autres sont rattachés directement à la paroisse de Ketti qui comprend en plus une cinquantaine de chrétiens de race tamoule venus récemment dans ces parages, soit pour servir dans des maisons dEuropéens ou dAnglo-Indiens, soit aussi pour cultiver un lopin de terre dans la vallée de Ketti réputée pour la culture des pommes de terre.

    Léglise devenait trop petite. Elle avait été transportée, en juillet 1930, du local bâti par le P. Foubert au bâtiment érigé pour les Frères. Ce serait non plus 100 mètres, mais un bon mille qui séparerait léglise du temple protestant ; ce serait, entre léglise et le couvent, non plus une distance dun mille, mais de 200 mètres ; ce serait un premier pas fait dans la réalisation des plans du P. Tignous. Mais ce bâtiment qui servait de chapelle devenait lui-même de plus en plus insuffisant. Le missionnaire a beau se blottir dans un appartement étroit pour ne pas trop empiéter sur léglise, lespace fait défaut, même aux dimanches ordinaires.

    Le projet dagrandissement était déjà venu à lidée du curé de Ketti, il allait bâtir quelques appentis dun style douteux lorsque le passage aux Nilgiris du vénéré Supérieur général de la Société vient modifier tous ses plans. Monseigneur de Guébriant sintéresse à ce poste ad gentes. Il désire quon mette une fin à tous ces changements, à toutes ces fluctuations ; on doit enfin asseoir le poste de Ketti en le dotant dune église et dun presbytère convenables. Et Son Excellence soffre à couvrir une large part des dépenses que réclament ces travaux de fixation. La décision est prise, Ketti aura une église et un presbytère.

    Le P. Beyls, dès son retour de Birmanie, où il était allé accompagner Mgr le Supérieur, se fait larchitecte dune église quil fallait jolie et pas trop dispendieuse. Il était tout désigné pour ce rôle toujours délicat ; ne venait-il pas de terminer, à léglise du Sacré-Cur dOotacamund, deux magnifiques tours qui font ladmiration de tous ? Il prend son décimètre, son compas et son crayon et nous pouvons voir bientôt ce que sera léglise de Ketti. Lemplacement de léglise sera celui quavait choisi le P. Tignous. Si le P. Beyls na pas conservé les plans de son vieil ami cest quil était limité par la somme mise à sa disposition.

    Les terrassements et les fondations sont poussés à la hâte et le 5 février 1932, le P. Crayssac, curé de Ste Marie dOotacamund, bénissait la première pierre. Grâce à la diligence de lentrepreneur, Badaga païen, qui a mis tout son cur dans laccomplissement du travail, léglise sort de terre et monte rapidement. Le curé de Ketti va souvent sur le chantier pour veiller à la fidèle exécution du plan et à la rapidité du travail car il faut que tout soit prêt pour la St Michel, fête du district de Ketti, quon y célèbre le dernier dimanche de septembre. Cest à lArchange que la nouvelle église sera dédiée. Dans ce poste, au milieu des païens, on sent le besoin dun protecteur qui nen soit pas à son premier fait darmes. Dans la vallée, nombreux sont les démons à terrasser. La lutte y reste rude bien que la victoire se dessine.

    Mgr Tournier a promis de venir bénir léglise pour la fête patronale de Ketti. Il ne faut pas que lévêque ait à changer son programme. Le missionnaire peut espérer enfin voir ses désirs réalisés. Pour la fin septembre, léglise sera finie et son presbytère sera transformé, aménagé. Il ne pourra prétendre avoir toujours gardé son calme, avoir invariablement maintenu sa voix au diapason de la douceur. Mais il range ses petites sorties au nombre des saintes indignations. Il reprend sa sérénité pour tout de bon quand il travaille aux derniers préparatifs de la bénédiction solennelle de cette église qui est comme la dernière page dans les tâtonnements qui jusquici ont fait le fonds de lhistoire de Ketti, qui couronne des efforts nombreux, mais, trop dispersés, qui consacre la stabilité future de ce poste parmi les Badagas et qui, par suite, sera le point de départ dune époque nouvelle dans lévangélisation des Badagas. Cette période qui souvre, espérons-la plus fructueuse encore que les précédentes parce que plus encouragée.

    Nous ne pouvons pas ne pas dire un mot de cette cérémonie religieuse qui a été la plus solennelle de celles dont la vallée de Ketti et ses habitants aient jamais été les témoins.

    Le vendredi soir, 23 septembre, Mgr Tournier arrivait à Ketti au son des cloches, au bruit des détonations. Lentrée nétait pourtant pas des plus triomphales. Comme en dautres districts de la montagne, quelques mois auparavant, il ny avait pas à Ketti de cyclistes, motocyclistes, automobilistes pour aller à sa rencontre et lui faire une escorte dhonneur. Les Badagas nont pas de ces moyens de locomotion; ils ne possèdent même pas le vulgaire char à bufs ; leurs voies de communications ne sy prêtent pas. On accède à léglise de Ketti uniquement par des chemins étroits. Son Excellence avait dû laisser son automobile à plus dun mille et soffrir lagrément dune promenade à pied, dans un sentier où simpose littéralement la file indienne. Quelques chrétiens étaient venus prendre ses bagages ; la plupart étaient affairés dans la construction dun pandal ou élévation dun trône pour la messe pontificale.

    Au passage devant le couvent, la communauté et les orphelines réunies présentent à Mgr lévêque leurs respects et leurs souhaits de bienvenue. Ensuite Son Excellence se dirige directement vers léglise dont Elle admire la beauté et la simplicité. Elle paraît satisfaite, ravie même. Le missionnaire comprend que cest le moment propice de susciter une observation pour ne pas avoir à la subir ensuite : Excellence, trouvez-vous à redire à ce que léglise de Ketti soit, contrairement à certaines recommandations précédentes, aussi finie quune chapelle de bonnes Surs ? Un sourire de satisfaction fut la réponse. Dailleurs si léglise de Ketti est propre, ornée, finie cest que les bonnes Surs de Ketti et dOotacamund ont payé de leur peine et aussi de leur bourse. Le curé de Ketti leur doit un grand merci.

    Le vendredi soir, Mgr Tournier peut se reposer dans la solitude, le calme, le doux climat de Ketti. Le samedi, surtout dans laprès-midi, il y aura moins de tranquillité. Il faudra entendre des confessions plus nombreuses quon naurait osé lespérer. Le P. Beyls est déjà arrivé vers 11 heures amenant tous les orphelins Badagas de Coïmbatore. Cest un renfort appréciable, mais Monseigneur devra donner lui aussi un bon coup de main ; il fera une longue séance au confessionnal.

    Le lendemain, dimanche, le temps sannonce beau et le soleil radieux va tenter les chrétiens des districts voisins. En effet, dès huit heures et demie ils arrivent nombreux de Coonoor, Wellington et surtout dOotacamund, à neuf heures léglise est comble et beaucoup doivent rester dehors. La chorale du Couvent de Nazareth dOotacamund est venue au complet et fera entendre les plus beaux morceaux de son répertoire.

    Tout est prêt, les Pères de Coonoor et dOotacamund arrivent et la cérémonie commence. A la porte de léglise a lieu la réception liturgique de Mgr qui vient du presbytère, précédé dun nombreux cortège. On ne peut pas dire que la foule, en rentrant, était sur deux rangs, cependant pas de tumulte, pas de désordre.

    Après la bénédiction de léglise, messe pontificale et tout se passe à la perfection. Pour un coup dessai de messe pontificale à Ketti, cest un coup de maître. En effet cest la première fois que les Badagas assistent à une messe où il faut tant de prêtres ; pour eux cest une solennité, un déploiement de pompes liturgiques qui les sort de la monotonie de la messe basse du dimanche.

    A midi, agapes fraternelles, toasts et remercîments à tous les bienfaiteurs, présents et absents, du poste de Ketti ; dans la soirée, à trois heures, conférence donnée par les membres de la jeunesse catholique de Ste Marie dOotacamund ; à quatre heures, récitation du Rosaire, sermon suivi de la bénédiction du S. Sacrement et, comme aux Indes il ne saurait y avoir de fête complète sans procession, le tout se termina par une belle procession après laquelle les pèlerins rentrèrent chez eux.

    Quant aux catholiques Badagas ils sont fiers davoir vu se dérouler une telle manifestation catholique dans leur vallée qui, il y a environ quarante ans, voyait pour la première fois un prêtre catholique et qui, il ny a pas encore vingt ans, ne comptait pas un seul catholique.

    Maintenant puisse le souhait de Mgr Tournier se réaliser, la croix qui domine la nouvelle église de Ketti être une prédication pour les païens et ce sanctuaire du vrai Dieu se remplir bien vite ! Daigne St Michel protéger ce district ad gentes qui lui est confié et ranger sous son étendard vainqueur nombre de Badagas qui, croyants et fidèles serviteurs du vrai Dieu, répéteront après lui le cri de triomphe: Quis ut Deus.

    E. PÉRIÉ.


    1933/159-168
    159-168
    Périé
    Inde
    1933
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