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Mes Amis les Bonzes

Mes Amis les Bonzes Cest de France que ma été posée à plusieurs reprises cette question : Que font donc vos bonzes au Japon ? Comment ont-ils pu influencer le Parlement au point dempêcher le vote du projet dambassade au Vatican ? Quest ce donc que ce monde religieux ? Les bonzes, je les connais. Jai eu, pendant plus de quinze ans, des rapports suivis avec eux et, quatre années durant, jai assisté aux cours de leur Grand-Séminaire du fameux, temple de Chion-in à Kyôto, tête de la secte Jôdo-shû, qui compte près de 30.000 temples dans lEmpire.
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    Mes Amis les Bonzes

    Cest de France que ma été posée à plusieurs reprises cette question : Que font donc vos bonzes au Japon ? Comment ont-ils pu influencer le Parlement au point dempêcher le vote du projet dambassade au Vatican ? Quest ce donc que ce monde religieux ?

    Les bonzes, je les connais. Jai eu, pendant plus de quinze ans, des rapports suivis avec eux et, quatre années durant, jai assisté aux cours de leur Grand-Séminaire du fameux, temple de Chion-in à Kyôto, tête de la secte Jôdo-shû, qui compte près de 30.000 temples dans lEmpire.

    A peine installé à Kyôto, en 1879, je me rendis compte quil était nécessaire détudier à fond le bouddhisme. Je tombais là en pleine La Mecque de Shaka, au milieu de plus de 600 pagodes et de 1500 bonzes ou bonzillons. Et moi, seul représentant du catholicisme au sein de ce paganisme débordant : la partie nétait vraiment pas égale !

    Javais déjà, sur les conseils du docte Mgr Bigandet, commencé cette étude par la lecture des travaux de Max Müller. Puis un ancien bonze, converti à Tôkyô et devenu employé à la Préfecture de Hyôgo, Jérôme Akamatsu, sétait constitué mon professeur et mavait dicté tout un catéchisme bouddhiste. Une rencontre inattendue allait encore favoriser mes projets.

    A ma grande surprise, je vis passer à Kôbe un globe-trotter qui revenait des fêtes du centenaire des Etats-Unis. Cétait M. Emile Guimet, originaire de Neuville-sur-Saône, la petite ville où mon père avait son étude ; donc une connaissance et un ancien condisciple. Nous nous étions perdus de vue depuis longtemps et avions suivi des voies bien différentes. Lui, nanti des millions quavaient rapportés à son père les produits chimiques, ne crut pouvoir les mieux employer quen recueillant documents et bibelots bouddhiques, brahmaniques, égyptiens, etc., pour en composer un musée des religions. A son passage à Kyôto, je lui servis dinterprète pour ses achats, qui se chiffrèrent par des milliers et des milliers de francs. A la grande joie des marchands, il dévalisait littéralement leurs boutiques : statues, cadres, cloches, ustensiles, tout lui était bon. Cest là quil se procura les premiers éléments du futur Musée Guimet.

    Avant son départ de France, il avait obtenu du Ministre de lInstruction publique à Paris une recommandation pour celui de Tôkyô. Cette clef lui ouvrit toutes les portes. Il obtint même quune réunion des principaux bonzes eût lieu au temple de Hongwanji à Kyôto pour lui donner réponse à une foule de questions concernant le bouddhisme.

    Malheureusement cest avec sa mentalité chrétienne quil avait rédigé son interrogatoire, cest à dire selon le plan de notre catéchisme; les bonzes, déroutés, ne donnèrent que des réponses vagues, imprécises, de telle sorte que le compte rendu de ces discussions dune semaine, imprimé par ses soins, navait, au point de vue bouddhiste, aucune valeur de documentation sérieuse. Cette réunion eut cependant pour moi lheureux résultat de me mettre en relations avec les bonzes de Kyôto et dobtenir quils voulussent bien mélucider les mystères de la Loi, Myôhô renge kyô caractères chinois, le sutra de la Loi merveilleuse du Nénuphar. Je madressai dabord à un certain Akamatsu Renjô, récemment revenu dEurope, une des colonnes de la secte de Hongwanji. Il avait dit un jour très sérieusement à un professeur de lUniversité protestante de Kyôto : Joccupe, dans ma religion, le même rang que celui de Cardinal à Rome. Le mot nétait pas tombé à terre, et depuis lors, dans la Revue de lUniversité, il ne fut plus désigné que sous le titre de Cardinal Akamatsu. Quand je me présentai à lui, son accueil fut des plus aimables, mais il me fit entendre clairement que, pour lui, le bouddhisme nétait quune philosophie de lInde, revue et corrigée au Japon daprès les nombreux commentaires des grands religieux de la Chine. Il mindiqua des ouvrages à consulter, mais, prétextant ses occupations à la chancellerie du temple, montra peu dempressement à maccorder des audiences régulières.

    Je résolus alors de me rendre au Séminaire du temple de Chion-in, pour y suivre les cours; je madressai au Supérieur, le bonze Kishigami, lui exposant mon désir détudier à fond la doctrine bouddhique. Je lui dis en toute franchise quil ne sagissait nullement dune adhésion à des croyances religieuses, mais seulement de recherche philosophique, sans aucune discussion ou controverse de ma part. Kishigami se mit entièrement et fort aimablement à ma disposition et dès le lendemain madmit en sa classe, où une trentaine délèves bonzes maccueillirent avec amabilité. Cette classe était, je puis le dire, un cours de philosophie, agrémenté de citations, paraboles ou sentences extraites des sutras ; philosophie à relents de kantisme et dhegelisme, mais ruminée par de profonds penseurs. Kishigami se prêtait complaisamment à me traduire les termes du langage technique des sutras, et je lui dois toute gratitude.

    Quelques jours après mon admission à sa classe, il me retint au moment de la sortie et me dit : Si vous êtes libre ce matin, voulez-vous que je vous présente au grand chef (Kwanchô caractères chinois) de notre secte ; il serait heureux de faire votre connaissance, car il admire le zèle dun Européen étudiant le bouddhisme : cest chose si rare ! Et moi donc, répondis-je, je serai très honoré... Et aussitôt, sortant de lécole et suivant la grande avenue du temple, nous gagnâmes lentrée du palais de la Chancellerie, vrai palais, en effet, avec ses salles immenses séparées par des cloisons mobiles dont les ornementations sont signées des plus grands noms de lart japonais. Dans un salon retiré, je vis, accroupi sur une natte plus élevée, un vieillard de 80 ans, à la figure ouverte, à labord gracieux : cétait le grand-bonze, Ukai Tetsujô. Il était assisté de trois bonzes de haut rang, dont un était venu de Corée pour recevoir de lui linvestiture. En une conversation des plus intéressantes, il me questionna sur toutes sortes de sujets et ne déguisa pas sa fierté de voir en même temps un Européen et un Coréen attirés ensemble à ce centre des études bouddhiques. Il eut même un sourire de commisération en me parlant des grandes difficultés qui se dresseraient devant moi si jessayais jamais de prêcher le christianisme à Kyôto, la sainte métropole du bouddhisme.

    Il était sincère assurément et avait alors le droit de sourire à la pensée de lévangélisation de sa bonne ville. Mais deux ans plus tard, alors que lUniversité protestante se prodiguait en prêches et conférences aux quatre coins de la cité, je rencontrai un jour le grand-bonze; il ne souriait plus et ne croyait plus à linutilité de nos tentatives de prosélytisme ; il daigna même me féliciter délicatement : Quel zèle magnifique ! Vous remportez des succès merveilleux ! Cest que la situation était bien changée. Jusqualors le bouddhisme avait bénéficié de lappui du gouvernement ; selon la coutume de lancien régime. Mais le nouveau gouverneur de Kyôto, M, Kitagaki, essentiellement libéral, inaugurait une autre ère ; muni des instructions de Tôkyô, il allait appliquer à la vieille capitale elle-même les réformes quimpliquait la Restauration impériale. Le bouddhisme jouissait donc de ses derniers beaux jours. Ukai demeurait à la tête de ses 30.000 temples, et, dans le bâtiment de la chancellerie, 20 ou 30 bonzes lui servaient de secrétaires.

    Au séminaire, je lai dit, les études se bornaient au commentaire des trois sutras dAmida, enrichi de quelques thèses philosophiques et dhomélies sur le grand Vu (Senchaku-hôgwan caractères chinois). Cet ouvrage, base de la foi dans la secte, est un livre de vraie piété,1e chef-duvre du fondateur Hônen-Shônin, caractères chinois (1133-1212), homme de vertu et de dévouement à une époque des plus troublées de lhistoire du Japon.

    Mais, plus que par la profondeur de sa doctrine, cest par la splendeur de ses offices liturgiques que la secte Jôdo savait attirer le masses populaires. Que de fois, assistant au milieu des élèves-bonzes à ces brillantes cérémonies du grand temple, nai-je pas été frappé des similitudes quelles offraient avec nos office catholiques ! On sait, du reste, que depuis longtemps ils se sont appliqués à les copier.

    Un jour, en 1885, jinvitai avec insistance mon évêque, Mgr Cousin, à venir assister à la fête du Gyôki (caractères chinois), lanniversaire du fondateur Hônen. Elle se célèbre le 10 avril, en pleine floraison des cerisiers, ce qui ajoute à la beauté de la cérémonie. Des milliers et des milliers de pèlerins se succèdent jour et nuit pendant le triduum de la fête, remplissant le temple, où ils déversent abondamment leurs prières et surtout leurs offrandes.

    Trois grands temples salignent dans limmense enceinte. Le premier, dédié à Hônen, est relié par une véranda au second, qui est le temple de Shaka, et celui-ci au troisième, palais officiel du grand-bonze. Cest de ce dernier que, le jour de la grande fête, sort le cortège, qui se déroule dans le parc pour faire son entrée solennelle dans le premier temple. Durant la marche, une musique religieuse se fait entendre, un peu criarde, produite par un orchestre de divers instruments. En tête du cortège savance un corps de 150 bonzes, aux riches vêtements et portant la large étole (kesa caractères chinois), insigne de leur dignité ; ils marchent deux à deux, dignes, solennels. A leur suite vient un des assistants du grand-bonze, haut dignitaire de la hiérarchie bouddhique, revêtu dornements somptueux ; il est entouré de 10 ou 12 petits pages portant le costume du temps des Tokugawa, le large pantalon rouge traînant, et coiffés de lantique eboshi : ils forment un tableau charmant. Après cela un second groupe de 150 bonzes précède le deuxième assistant, entouré de la même escorte enfantine. Enfin vient un troisième corps, que suit gravement le grand-pontife Ukai, tout chamarré dor et accompagné de 24 pages. Le cortège savance lentement ; le défilé dure longtemps. En entrant dans le temple les 500 bonzes vont se ranger des deux côtés, se faisant vis-à-vis en avant du maître- autel, comme jadis pareil nombre de moines au chur de limmense église abbatiale de Cluny ou de Citeaux. De petits pupitres ont été disposés davance, chacun portant trois rouleaux, les trois sutras Amida (sambukyô, caractères chinois). Au milieu du chur, une estrade surélevée de 2 pieds est surmontée dun riche baldaquin doré ; cest là que saccroupit le grand-pontife célébrant. La psalmodie commence et se déroule, bien rythmée, cadençant les versets du sutra, Le premier livre terminé, le célébrant frappe sur une cymbale dargent pour .commander le silence, il récite une oraison, puis se lève et va mettre de lencens dans un petit brûle parfum placé sur lautel, fait plusieurs génuflexions et prostrations, après quoi il remonte sur son siège : le premier nocturne est terminé.

    La psalmodie du 2e et du 3e sutra a lieu avec les mêmes cérémonies. Quand loffice est fini, la sortie se fait en procession, aussi solennellement que lentrée, avec le même accompagnement musical. Devant le palais résidence du grand-bonze le cortège sarrête ; un héraut proclame : Jûzen ! (recueillement profond) ; alors le célébrant, dune voix formidable, entonne par trois fois linvocation Namu Amida Butsu, et par trois fois les milliers dassistants la répètent après lui, mettant toute leur foi et toute leur confiance en ce dernier cri qui termine limposante cérémonie.

    Comme nous nous en retournions à la Mission, Mgr Cousin, encore tout impressionné, me dit : Père Villion, si nos incrédules européens voyaient ce que nous venons de voir, ils ne manqueraient pas de répéter que le catholicisme a plagié la religion des Indes. Sans doute, Monseigneur, répondis je ; mais heureusement les travaux des orientalistes prouvent de quel côté a eu lieu le plagiat. En cela la science a rendu service à lEglise, et je dirais volontiers avec mon ancien condisciple, le docte Sulpicien Vigouroux : Discutez toujours plus en détail nos Saints Livres, vous nous aidez à en affermir lauthenticité.

    Quoiquil en soit, il est certain que de pareilles cérémonies étaient bien de nature à satisfaire le sentiment religieux des fidèles et à les affermir dans leur croyance. Mais ce résultat eût été plus sûrement obtenu si la conduite des bonzes eût été aussi édifiante à lextérieur que leur tenue à lintérieur du temple. Il nen était pas ainsi, et, au soir de ces imposantes solennités, on pouvait voir pénétrer dans lenclos, par une porte dérobée, une troupe de chanteuses qui venaient égayer le festin que soctroyaient nombre de jeunes bonzes des nouvelles couches, trop civilisés.

    Car le monde des pagodes lui-même se civilisait peu à peu. Dès le début de la Restauration lEmpereur avait officiellement abrogé la loi du célibat, observée jusque là au moins extérieurement, dans la plupart des sectes. Pourtant lusage sétait introduit depuis longtemps quune veuve dâge respectable eût accès dans les bonzeries pour le service domestique ; mais il arrivait assez fréquemment que la vieille de la pagode du village était manifestement trop jeune.

    Dans les grands temples de Kyôto cependant le décorum extérieur était sauvegardé aux yeux des foules de pèlerins ; aucune femme nétait admise, par exemple, dans lenceinte de Chion-in : le bureau des offrandes était grandement intéressé, à la stricte observance de cette loi. Mais il y a des accommodements avec les principes : cest ainsi que mon ami Kishigami lui-même avait ménage en ville.

    Mes relations avec les bonzes titulaires de la ville et la seule secte de Jôdo comptait plus de 60 paroisses à Kyôto, continuaient à être des plus courtoises. Dans nos conversations nous abordions toutes sortes de sujets et jétais étonné de leur profonde ignorance en matière de sciences même élémentaires. Un jour lentretien avait roulé sur des questions astronomiques : le soleil, la lune, les éclipses, etc. Je leur proposai de leur faire contempler la lune de bien plus près quils ne pouvaient la voir à lil nu. La chose métait facile, car un confrère nouvellement arrivé avait apporté de Paris une lunette astronomique, cadeau dun ami. Ma proposition fut acceptée denthousiasme et causa grand émoi dans le Landerneau bouddhiste : quel jour ? À quelle heure ? Comment ? Où ?... Un avis officiel circula dans toutes les pagodes de la secte, et mon étonnement ne fut pas mince de trouver, au jour fixé, une véritable cohue de bonzes, parmi lesquels jeus grand peine à maintenir un peu dordre et à obtenir que chacun ne passât quune minute devant lobjectif. Ce fut une longue explosion de surprises, dexclamations. Mais, dit un vieux bonze, je ny vois pas le lapin dont parlent nos anciens . Un autre, après un regard furtif dans lappareil, se rejetait vivement en arrière, disant : Non ; cest imprudent : il doit y avoir de la magie là-dedans ! Javoue que je ris de bon cur des réflexions que jentendis. De cette longue et fatigante séance je sortis avec un vrai succès ; ma réputation était faite et jétais certainement de taille à être mis à la tête de lObservatoire de Paris.

    Entre temps, comme je lai dit, les nouvelles couches sociales pénétraient peu à peu jusque dans les temples principaux et se donnaient les coudées franches. Après la Restauration, le premier gouverneur de Kyôto, M. Makimura, pour la paix et la tranquillité de lantique capitale, avait conservé les anciens usages du temps de la féodalité. Son successeur, M. Kitagaki, adopta une ligne de conduite toute contraire et se montra dun libéralisme qui provoqua un véritable branle-bas dans le monde religieux. Le nouveau gouverneur accorda dabord la liberté de la prédication. Les protestants en usèrent les premiers et, avec la jeunesse instruite et ardente de leur Université, organisèrent toute une campagne de conférences et de discussions publiques dans les théâtres et partout. Les bonzes ripostèrent en recrutant des groupes de jeunes gens, apprentis-bonzes pour la plupart, dont la tâche fut de bafouer, dinsulter les orateurs et, en provoquant du désordre, dempêcher les réunions chrétiennes. Lété de 1882 fut, sous ce rapport, une véritable période de guerre : trois ou quatre assauts en règle, plusieurs blessés aux conférences des protestants ; pour notre part, deux attaques assez mouvementées : mon pauvre catéchiste, frappé et traîné dans la rue, en demeura boiteux assez longtemps. La rumeur arriva jusquau gouverneur que cétait moi, le blessé ; aussitôt, au milieu même de la nuit, il envoya un exprès à la Mission pour sen informer, ce dont je fut très touché.

    Cette année-là précisément commençaient les pourparlers pour la révision des traités conclus avec les puissances étrangères par le gouvernement shôgunal : il fallait à tout prix éviter que les Européens ou Américains résidant au Japon neussent des plaintes à proférer.

    Leffervescence régnait depuis deux mois à Kyôto, lorsque soudain arrive, comme un coup de tonnerre parti de Tôkyô, un décret du Conseil suprême abolissant les titres et rangs officiels des bonzes. Ce fut selon lexpression japonaise un vrai tremblement de terre dans le monde ecclésiastique, dont lattitude à notre égard changea instantanément.

    Au reste, pour ramener le calme dans la ville, le gouverneur convoqua au temple de Kurodani tous les chefs de secte, même ceux du tout-puissant Hongwanji et, dans une harangue aussi virulente que courageuse, leur ordonna de ne plus déshonorer leur vêtement religieux par des procédés indignes de leur caractère : Ce sont des sutras ou des chapelets que vous devez avoir en mains, et non des pierres ou des bâtons. Ladmonition fit son effet et les résultats en furent désastreux pour les pagodes. Nombre délèves des séminaires ou de jeunes bonzes abandonnèrent la partie et jetèrent le koromo aux orties : ce fut une débandade.

    Dans le même temps un scandale financier vint éclairer lopinion sur les agissements des bonzeries. Mon ami le vieux pontife Ukai venait de mourir. Lélection de son successeur donna lieu à de vives compétitions et difficultés, au milieu desquelles le bonze Fukuda crut devoir révéler de graves malversations dans la comptabilité de la chancellerie : quelque 30.000 yen sétaient égarés on ne sait où. De là une enquête à la suite de laquelle tout le personnel fut licencié et remplacé par quelques bonzes sûrs. Mais la décadence ne fit que saccentuer de jour en jour.

    Trois ans après, je voulus assister une fois encore à la grande solennité du Gyôki au Chion-in : au lieu des 500 bonzes que jy avais vus, à peine pus je en compter 50 pu 60. Et la sécularisation continua. Quand je quittai Kyôto, la liste officielle des 1.400 ou 1.500 bonzes de 1879 était réduite de plus de moitié, Javoue que cétait encore beaucoup.

    Pour enrayer le mouvement de désertion et garder quelque influence, les bonzes crurent habile de suivre les tendances du jour et de seuropéaniser un peu, eux aussi. Cest ainsi quils mirent plus dordre et de pompe dans les cérémonies des enterrements ; ils introduisirent dans leurs temples les cantiques, parfois même un harmonium pour les accompagner. Le fond et la forme des sermons furent modifiés et modernisés. Jai entendu moi même, en 18S7, au Chion-in, un bonze-parler du Créateur (Zôbutsu-shu, caractères chinois), ce qui est aussi étonnant que dentendre Luther défendre linfaillibilité du Pape.

    Ainsi les temps sont bien changés et le monde continue de marcher dans ce quil appelle la voie du progrès et de la civilisation. Pauvres bonzes, dont jai admiré maintes fois le sens religieux, la piété, la ferveur même, que Dieu les éclaire ! Je le lui demande de tout cur ; car enfin pourquoi eux propagateurs de lerreur, et moi messager de la Vérité éternelle ? Quam incomprehensibilia judicia !

    A. VILLION,
    Missionnaire dOsaka.
    1924/25-33
    25-33
    Villion
    Japon
    1924
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