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Madame de Miramion

Une des premières Bienfaitrices de la Société des Missions-Étrangères. Madame de Miramion
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    Une des premières Bienfaitrices de la Société des Missions-Étrangères.

    Madame de Miramion

    Un grande dame qui sest montrée chrétienne admirable sans cesser dêtre une femme du monde accomplie, qui a su allier un sens pratique des affaires à un sentiment très élevé des choses surnaturelles : telle a été Madame de Miramion. Lhistoire de sa vie ne saurait être quintéressante et édifiante. Mais ses relations avec les fondateurs de la Société des Missions-Étrangères donnent pour nous un intérêt tout particulier à cette histoire : cest pourquoi nous avons essayé de la résumer dans les pages suivantes.

    Marie Bonneau, née à Paris le 26 novembre 1629, était fille de Jacques Bonneau, sire de Rubelle, contrôleur des gabelles, et de Marie dIvry. Deux frères lavaient précédée, deux autres devaient la suivre dans cette famille appartenant à la noblesse de robe et y trouver, comme elle, lexemple de toutes les vertus. Elevée dans la pratique du bien par sa mère, femme de grande piété, elle atteignait à sa peine sa neuvième année lorsquelle eut le malheur de la perdre. Une gouvernante continua luvre si bien commencée par les exemples et les enseignements de la pieuse mère. Puis M. Bonneau étant venu sinstaller avec ses enfants chez son frère aîné, la jeune Marie dut se plier aux goûts mondains de sa tante, qui aimait à donner, dans son somptueux hôtel du Marais, des réceptions que fréquentait le monde de la magistrature et de la bourgeoisie.

    Au mois de juillet 1643, cinq ans après la mort de sa mère, Mme Bonneau conduisit sa nièce aux eaux de Forges, en Normandie. La jeune fille, qui navait jamais quitté Paris, fut ravie de ce voyage, où tout était nouveau pour elle. Elle jouissait pleinement du spectacle de la belle campagne normande, lorsquelle fut rappelée à Paris : son père, qui ne sétait jamais consolé de la mort de sa femme, était gravement malade. Elle partit en tout hâte, mais arriva trop tard pour lui fermer les yeux.

    Le chagrin que lui causa cette perte provoqua une maladie qui mit ses jours en danger. Lorsquelle fut rétablie, elle eut la pensée de quitter le monde et daller cacher sa douleur dans un cloître ; mais toute sa famille et surtout son oncle len détournèrent, lui représentant comme un devoir les services quelle pourrait rendre à ses frères, orphelins comme elle. La jeune fille se laissa convaincre par la perspective dune vie de dévouement où elle remplacerait auprès de ses plus jeunes frères les parents dont ils étaient privés. Elle navait pas encore quinze ans.

    Après dix-huit mois dun deuil sévère, sa tante la présenta dans le monde. Les prétendants affluèrent, tous appartenant aux familles les plus honorables et tous désireux de sunir à une jeune fille aussi riche que belle. Il fallait faire un choix. Or Marie Bonneau avait remarqué, à léglise Saint-Nicolas-des-Champs, sa paroisse, un jeune homme dont la tenue pieuse lavait frappée. Lorsquon le lui présenta, elle nhésita pas et, le 27 avril 1645, elle épousait Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion et de La Couarde, conseiller au Parlement de Paris.

    Le jeune magistrat navait que vingt-sept ans ; sa fortune était presque égale à celle de sa femme : tout semblait réuni pour promettre aux jeunes époux un bonheur durable. Hélas ! six mois après, une fluxion de poitrine emportait en quelques jours M de Miramion, qui mourut le 2 novembre 1645.

    La désolation de cette veuve de 16 ans fut profonde et elle eût succombé au chagrin si la pensée ne leût retenue de nouveaux devoirs qui allaient lui être imposés : le 16 mars 1646 elle donnait le jour à une fille, frêle et délicate, qui sera désormais, après Dieu, la grande sollicitude de sa vie.

    Deux ans après, cette vie calme et paisible fut troublée par une aventure qui causa grand émoi à la Cour et à la ville. Le 7 août 1648, au matin, Mme de Miramion se rendait en pèlerinage à Sa Sainte-Geneviève du Mont-Valérien. A mi-chemin une troupe de cavaliers armés et masqués fondit soudain sur son carrosse, lentoura, et lun deux invita la jeune femme à en descendre pour prendre place dans une voiture attelée de six chevaux, qui attendait à quelques pas. Mais elle résista et cria si fort que les cavaliers durent se borner à dételer les deux chevaux de son carrosse pour les remplacer par les six chevaux de lautre voiture. Un des cavaliers prit la place du cocher sur son siège et lattelage partit à vive allure ; les laquais avaient pris la fuite, seule la femme de chambre resta avec sa maîtresse. Après avoir relayé quatre fois dans la journée, on arriva, à la nuit tombante, devant un château-fort, et, après avoir franchi trois ponts-levis, la voiture sarrêta dans une cour intérieure étroite, et sombre. On était dans le château de Launay, à 3 lieues de Sens et à 25 de Paris. Cétait une ancienne commanderie de lOrdre de Malte, qui appartenait au trop fameux Bussy-Rabutin, vieux reître aux murs de soudard et de mécréant, celui que Mme de Sévigné appelait mon oncle le corsaire.

    Cest ce triste personnage qui, espérant faire la conquête dune jeune femme belle et riche, et persuadé quelle serait très flattée de la recherche dun homme tel que lui, avait machiné cet enlèvement. Conduite devant lui, Mme de Miramion, sans lui laisser le temps de prononcer une seule parole, sécria en levant la main au ciel : Monsieur, je jure par le Dieu vivant, mon Créateur et le vôtre, que je ne vous épouserai jamais ! Après cet effort, succombant de fatigue et démotion, elle sévanouit. Il y avait 40 heures quelle navait mangé. Quand elle revint à elle, elle ne consentit à prendre un peu de nourriture que dans son carrosse prêt à repartir, et encore, par crainte quun narcotique ne la mît à la merci de son ravisseur, elle naccepta que deux ufs frais. Une heure après elle était à Sens, où bientôt venaient la rejoindre sa belle-mère et son frère-aîné. On lemmena dans une hôtellerie, mais dans un tel état de faiblesse que, ne pouvant lui procurer, dans cette petite ville, les soins nécessaires, on la porta en litière jusquà Paris, où elle reçut les derniers sacrements et resta longtemps entre la vie et la mort. Ce nest quaprès plusieurs semaines que la jeunesse prit le dessus et la sauva.

    Cet événement orienta définitivement la vie de Mme de Miramion. Après avoir passé trois mois dans la retraite au couvent de la Visitation de la rue Saint-Antoine, partagée entre le désir de la vie religieuse et lamour de sa famille, elle eut la pensée de demander conseil à un vénérable prêtre, que déjà le peuple regardait comme un Saint. Ce fut le commencement de ses rapports avec « Monsieur Vincent », dont elle devait bientôt partager les travaux. Le saint prêtre la dissuada dentrer en religion, lui remontrant que son action serait plus étendue et plus efficace dans le monde que dans le cloître. De ce jour elle se donna entièrement aux uvres de charité, réalisant dans sa vie cette parole quelle aimait à répéter : Nous aurons léternité pour prier Dieu : ce nest pas trop de cette vie pour le servir.

    Les occasions dexercer la charité ne manquaient pas à cette époque. Au sortir des troubles de la Fronde, la France était épuisée, la misère était effroyable. Mme de Miramion, après avoir dépensé en aumônes tous ses revenus, vendit, au prix de 80.000 livres, un collier qui en avait coûté le double, afin de soulager les malheureux dénués de tout secours.

    Lorsque M. Vincent fonda lAssociation des Dames de Charité, Mme de Miramion fut une des premières à senrôler dans cette légion, dont elle devint lâme dans sa paroisse de Saint-Nicolas-des-Champs.

    Ce fut à cette Association que M. Vincent eut recours pour sauver son uvre des Enfants trouvés, que, faute de ressources, il allait se voir obligé dabandonner, et là encore il trouva en Mme de Miramion un concours dévoué et généreux.

    Elle navait pas, dailleurs, attendu linvitation ni même lexemple de Vincent de Paul pour venir en aide à lenfance abandonnée : depuis longtemps elle avait recueilli une vingtaine de petites filles pauvres, quelle logeait et entretenait à ses frais dans une maison louée à cette intention dans le voisinage de Saint-Nicolas-des-Champs et quon appela, dun nom prédestiné à une célébrité mondiale, la Sainte-Enfance.

    Cependant la fille de Mme de Miramion avait achevé son éducation au couvent de la Visitation : elle en sortit à 14 ans et fit ses débuts dans le monde. Bientôt les plus beaux partis se disputèrent sa main ; mais la mère et la fille furent au comble de leurs vux lorsque le Président de Lamoignon la demanda pour un de ses neveux, et, le 22 juin 1660, Demoiselle Marie-Marguerite de Beauharnais de Miramion épousait Messire Guillaume de Nesmond, chevalier, seigneur de Dizan, conseiller du roi, maître des requêtes. Mme de Miramion donna à sa fille tous ses bijoux, tous les biens de son père, avec les revenus de ces biens accumulés depuis quatorze ans, ce qui forma une somme considérable.

    Ayant assuré lavenir de son enfant chérie, Mme de Miramion put sadonner en paix à son penchant pour le service de Dieu et le bien du prochain, et cest alors que nous allons la voir entrer en relations avec les fondateurs de la Société des Missions-Étrangères.

    Ces relations se nouèrent tout naturellement du fait que Mgr Pallu était son parent et Mgr Lambert de la Motte lami de sa famille. Lors donc que les Associés de la rue Copeaux eurent résolu de se consacrer aux Missions chez les infidèles, il leur fallut trouver les ressources nécessaires à la fondation dun séminaire et à lentretien des missionnaires. Mme de Miramion sintéressa aussitôt à cette uvre éminemment catholique. Elle fit tous les frais du sacre de Mgr Lambert de la Motte et contribua pour une large part aux dépenses de voyage des premiers partants, dépenses qui furent considérables, le voyage se faisant par terre et durant au moins deux ans.

    Au reste, les premiers bienfaiteurs des Missions portaient les plus beaux noms de France. Louis XIV accorda à chacun des Vicaires Apostoliques une pension viagère de 1.000 livres, quil porta ensuite à 3.000. Mme dAiguillon, Mme de Ris et Mazarin leur donnèrent une rente de 600 francs ; MMmes de Bouillon, de Miramion, Fouquet, leur firent des dons variant de 3.000 à 6.000 livres. LAssemblée générale du Clergé leur alloua 6.000 francs, et les membres de la Compagnie du Saint-Sacrement versèrent la somme, énorme pour ce temps-là, de 120.000 francs. (A. Launay. Hist. de la Soc. Des M.-E., I, 35)

    Dans cette énumération, nous rencontrons un nom, qui, à légal de celui de Mme de Miramion, a droit à une mention particulière, cest celui de la duchesse dAiguillon,1 nièce du Cardinal de Richelieu, qui se montra toujours une insigne bienfaitrice de la naissante Société des Missions-Étrangères.

    1. Marie-Madeleine de Vignerod de Pont-Courlay, fille de René, seigneur de Pont-Courlay, et de Françoise du Plessis (sur du Cardinal) ; mariée à Antoine de Beauvoir du Roure, marquis de Comballet ; créée duchesse dAiguillon en 1638. Morte le 17 avril 1675, à 77 ans. Fléchier prononça son oraison funèbre.


    Lorsque Mgr Pallu fonda une association de Dames de Charité qui devaient se tenir au courant des travaux des missionnaires et leur procurer des secours, cest chez elle que se tinrent les réunions mensuelles, que présidait M. de Meur, premier Supérieur du Séminaire. Elle fut lune des premières à souscrire, et toujours généreusement, au projet dune Compagnie commerciale, qui, dans la pensée de lévêque dHéliopolis, devait faciliter grandement les relations avec les Indes et la Chine. Lannée même qui précéda sa mort, elle fondait une rente de 600 livres en faveur des Vicaires Apostoliques.

    Madame de Miramion suivait ce noble exemple et continuait de sintéresser à luvre des Missions. Lorsque Mgr Pallu eut réuni quelques aspirants à la vie apostolique, elle mit à sa disposition sa propriété de La Couarde, près de Melun, et cest dans cette solitude que lévêque conduisit ses futurs missionnaires. Il garda bon souvenir de cette demeure hospitalière et, de Surate, le 1er mars 1663, il écrivait aux directeurs du Séminaire : Je vous prie de vous entretenir toujours bien avec Mme la duchesse dAiguillon et Mme de Miramion, affin de les faire servir à luvre de Dieu. Vous serés aussy bien avec la segonde à la campagne, quand vous voudrés vous retirer, quen aucun autre lieu, car vous ny serés diverti quautant que vous voudrés.

    Lui-même, du reste, fit ce quil conseillait et demeura en relations constantes avec ces deux insignes bienfaitrices des Missions. Lorsquil ne peut leur écrire directement, il charge ses autres correspondants de leur transmettre son souvenir et ses requêtes. Mille recommandations à Mme Miramion, dont jay reçeu une lettre qui ma donné bien de la joye. (Rome, 28 juin 1667). Saluez cette bonne dame (de Miramion) de ma part. (Milan 26 octobre 1668). Mes recommandations, sil vous plaît, à tous mes parents et amis, et nomement à Mme de Miramion. (Surate, 10 avril 1682).

    Mgr Pallu a projeté de fonder un hôpital à Juthia : il écrit au Procureur des Missions : Javais adressé à Mme de Miramion un billet de remedes, onguents et medicaments necessaires. Si ne la reçeu, je la prie de nous pourvoir pour lhospital que nous voulons faire à Sian, du mieux quelle pourra. Sil faut faire une depense notable, vous y contribuerés. (Surate, 4 février 1672).

    On construit une église à Juthia et lévêque désire cinq tableaux pour orner les autels ; il charge de cette commission M. Fermanel, directeur du Séminaire de Paris, et il lui écrit : « Vous traiterés de cette affaire avec Mme de Miramion ». (Siam, décembre 1682).

    Sadressant directement à sa parente, il la remercie des secours quelle lui a donnés : Je me fais un plaisir singulier de pouvoir vous marquer ma reconnaissance et celle de tous nos confreres pour le zele que vous avés tousjours eu pour nos emploisJe vous en demande la continuation, et que vous le faciés paroistre principalement en nous procurant beaucoup de prieres... (Surate, 5 novembre 1681)

    La mort de Mgr Pallu (29 octobre 1684) ne mit pas fin aux relations de Mme de Miramion avec les Missions-Étrangères. Au mois de décembre 1686 une ambassade siamoise, arrivée à Paris depuis quelques mois, vint rendre au Séminaire une visite de cérémonie, dont M. de Brisacier, Supérieur, rend compte en ces termes : Mardi dernier, MM. les Ambassadeurs nous rendirent une visite de cérémonie. Le soir, je les complimentai en français, M. de la Noe en hébreu, M. Pocquet en grec, M. Tiberge en latin, et M. de Lionne en siamois.... Dès que le premier ambassadeur eut répondu, ce quil fit fort obligeamment, le maître dhôtel de Mme de Nesmond nous vint avertir que la table était servie ; on lavait mise à un bout du réfectoire après avoir ôté toutes nos tables ordinaires ; le lieu était éclairé de bougies et lautre bout du réfectoire était préposé pour le buffet. Ce repas fut servi avec toute la propreté, toute la magnificence et toute la tranquillité possibles. Mme de Miramion en a fait la dépense, qui, selon le sentiment des personnes entendues, ira bien à 60 ou 80 pistoles ; et nous eûmes toute la vaisselle, tout le linge et tous les officiers de chez Mme de Nesmond. Pendant que les maîtres mangeaient dans le grand réfectoires, nous fîmes manger dans le petit, à une table séparée dont nous prîmes soin, les deux interprètes, les deux secrétaires et le P. Chinois du Couplet 1. Dès quon fut sorti de table, on prit de quoi donner à souper aux valets des ambassadeurs et aux deux suisses de leur hôtel, qui étaient venus garder notre porte.

    Lorsque la compagnie sen fut allée, environ sur les 8 h. ½ , Mme de Miramion ayant ordonné quon ne rapportât rien chez elle, nous nous mismes autour de la table des ambassadeurs avec trois de nos amis de la maison de Sorbonne, et il en resta encore assez après nous pour faire souper nos gens du Séminaire et les officiers de lhôtel de Nesmond, qui étaient au nombre de quinze ou vingt ; car, outre les laquais qui servaient à table, et outre les cuisiniers du rôti, qui sétaient mis dans notre petite salle près de la porterie, et les cuisiniers du ragoût, et les pâtissiers, qui avaient pris notre cuisine ordinaire, et les sommeliers qui sétaient portés pour le fruit dans notre salle du poêle, il y avait encore quatre ou cinq valets de chambre fort bien faits, qui avaient soin des ambassadeurs, de M. de Laon et de M. le marquis dAligre ; et tout ce monde était sous la conduite dun maître dhôtel, qui par son honnêteté en inspirait à tous les autres. Cette honnêteté fut si grande que, lorsque nous fûmes à table, les mêmes personnes qui avaient servi les ambassadeurs nous servirent elles-mêmes, sans quon pût les en empêcher.

    1. Philippe Couplet. S. J., né à Malines en 1623, missionnaire à Batavia, puis procureur à Rome des Missions de Chine ; mort en mer en 1692.


    Tout était fini à 10 h. ½ ; la vaisselle dargent était même lavée et portée dans ma chambre, de sorte que tous les gens de lhôtel de Nesmond 1 furent rendus chez eux à 11 heures. M. le Marquis (dAligre) me dit, en voyant le repas, qui était une collation lardée, quil avait beaucoup de lair et de la délicatesse de ceux de Versailles.

    Ces détails montrent de quelle délicatesse Mme de Miramion savait revêtir ses actes de générosité, et il en fut toujours ainsi dans ses relations avec la jeune Société des Missions-Étrangères.

    Mme de Miramion ne se contenta pas de sassocier aux uvres son siècle : Filles de la Charité, Dames de Charité, Enfants trouvés etc., elle en créa de nouvelles, comme la Sainte-Enfance, lhôpital des prêtres malades, les Filles repenties. Mais luvre principale de sa vie, celle à laquelle son nom demeure attaché, est linstitution des Filles de Sainte-Geneviève, plus connues sous le nom de Miramionnes.

    Elle avait toujours eu à cur le salut des âmes par léducation et le soulagement des corps par la charité. Pendant de longues années elle mûrit le projet de grouper autour delle de pieuses filles, dont elle ferait à la fois des institutrices pour les enfants pauvres et des infirmières pour les malades indigents. En 1661, le temps lui parut venu de réaliser ce désir. Elle loua, dans la rue Saint-Antoine une maison modeste, où, sous le nom de Sainte-Famille, elle installa une petite communauté, avec laquelle elle voulut vivre, mangeant à la table de ses futures collaboratrices, partageant leurs travaux et leurs privations. Le règlement de la nouvelle institution avait été approuvé par le vénérable Vincent de Paul avant sa mort.

    Il y avait à ce moment, au pied de la montagne Sainte-Geneviève une petite communauté fondée par Mme Blosset, que lon appelait maison des Filles de Sainte-Geneviève. Cette communauté était pauvre et menacée dune ruine prochaine. Le curé de Saint-Nicolas-du Chardonnet, qui en était le supérieur, proposa à Mme de Miramion de la réunir à celle quelle venait de fonder. Elle accepta cette nouvelle tâche, acheta deux maisons sur le quai de la Tournelle, tout près de lhôtel de Nesmond, et cest là quelle réunit les deux communautés en une seule, dont elle fut élue Supérieure perpétuelle, titre quelle dut conserver jusquà sa mort, bien quà plusieurs reprises sa modestie ait tenté de sen démettre. Ses filles prirent le nom de Filles de Sainte-Geneviève, mais la reconnaissance populaire les baptisa du nom de Miramionnes, sous lequel les vénéra longtemps le peuple de Paris.

    1. Lhôtel de Nesmond, quhabitaient la fille et le gendre de Mme de Miramion, existe encore au nº 47 du quai du la Tournelle.


    Pauvrement vêtues dune robe de laine noire, dune guimpe de toile blanche, avec la cornette recouverte dune coiffe noire (quon appela bonnet à la Miramionne), les Filles de Sainte-Geneviève parcouraient incessamment les quartiers de la grande ville, surtout les plus misérables, visitant les pauvres, soignant les malades, instruisant les enfants, aimées et respectées de tous jusquà la Révolution, qui les supprima.

    Mme Miramion fit aussi de grandes largesses à lHôpital général, hospice destiné à recueillir les mendiants ; à la communauté de prêtres de M. Bourdoise, qui devint le Petit-Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet ; à la Chambre de travail, où lon enseignait aux jeunes filles les travaux de couture qui leur permettraient de gagner leur vie ; à luvre des Retraites spirituelles, qui, deux fois chaque année, réunissait 50 dames ou demoiselles pendant 7 jours, et cinq fois lan 120 femmes du peuple pendant 5 jours, pour y faire les exercices de la retraite, etc.

    La réputation de Mme de Miramion était si bien établie que, à la mort de Mlle de Lamoignon (1687), qui remplissait depuis de longues années la charge daumônière du Roi, Louis XIV lui fit demander, par Mme de Maintenon, de recueillir cette succession, et de ce jour le Roi lui fit remettre régulièrement quatre fois par an des sommes dont il ne voulut jamais quelle lui rendît compte.

    Mme de Miramion avait toujours été de santé délicate ; plusieurs fois de graves maladies lavaient conduite près de la mort, à laquelle elle sétait préparée toute sa vie et qui ne pouvait être pour elle une surprise.

    Au commencement de mars 1696, la duchesse de Guise 1 tomba malade et fut bientôt à lextrémité. Déjà mortellement atteinte elle-même, Mme de Miramion accourut à Versailles, vint sasseoir à son chevet et la prépara à une sainte mort. La duchesse le 17 mars ; le lendemain, dimanche 18, Mme de Miramion quitta le château pour rentrer à Paris, à bout de forces. Le lundi matin, on la trouva dans son lit, le visage décomposé, avec une fièvre violente. Tous les soins furent inutiles. Son confesseur étant venu la voir, elle lui dit : Je souffre tant que jai peur de mimpatienter. Comme Mme de Nesmond la priait instamment de demander à Dieu sa guérison : Ma fille, lui répondit-elle, il faut aller jouir de Lui : je lai bien offensé, mais jespère en sa miséricorde.

    Agenouillées autour de son lit, les Filles de sa communauté lui demandaient sa bénédiction : Je ne suis pas digne de les bénir, dit-elle, mais Dieu les bénira, pourvu quelles restent fidèles à leur vocation, et elle donna à chacune les conseils qui lui convenaient le mieux. A peine avait-elle fini de leur parler quune Sur dune autre communauté de Paris, quelle aimait aussi beaucoup, entra et, à brûle-pourpoint, lui dit à haute voix : Madame, notre communauté voudrait bien avoir votre cur, quand vous serez morte. Elle se contenta de sourire et répondit, en montrant les Surs de Sainte-Geneviève : Mon cur est à mes filles.

    1. Fille de Gaston dOrléans et de Marguerite de Lorraine ; veuve de Louis de Lorraine, duc de Guise.


    Larchevêque de Paris, M. de Noailles, vint la visiter deux fois et lui promit de prendre soin de sa communauté.

    Sentant sa fin approcher, elle dicta à sa fille une lettre pour Mme de Maintenon, lui demandant de recommander au Roi quelques-unes de ses uvres, lettre qui honore à la fois et celle qui la dictée à son lit de mort et celle qui a mérité quelle lui fût écrite.

    Quand le dernier moment fut imminent, Mme de Nesmond se mit à genoux et lui demanda sa bénédiction : Ma chère fille, lui dit-elle, ne pleurez pas. Remerciez Dieu des grâces quil vous a faites ; aimez-le et servez-le de tout votre cur : il ny a que cela de bon ; on est bien aise à la mort davoir été tout à Lui ! Ce furent ses dernières paroles ; elle expira quelques instants après. Cétait le samedi 24 mars 1696.

    Elle avait réglé elle-même les détails de ses funérailles, quelle voulut dune grande simplicité. Son corps fut inhumé dans le cimetière de Saint-Nicolas.

    Son testament, écrit de sa main, énumérait 24 legs particuliers, formant un total denviron 20.000 livres : cest tout ce qui restait dune immense fortune quelle avait consacrée aux uvres de zèle et de charité.

    Vie admirable assurément ; mais, Dieu soit loué ! la race des grandes âmes nest pas éteinte et il est encore, de nos jours, des émules de la Dame de Miramion, qui aiment à se dépenser pour Dieu et pour le prochain, par la prière, le travail et laumône.
    1927/233-243
    233-243
    Anonyme
    France
    1927
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