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Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930) 3 (Suite et Fin)

Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930). (Fin) § III. Conclusion.
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    Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930). (Fin)
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    § III. Conclusion.

    Evangélisation dun pays donné et clergé indigène sont deux choses connexes qui ne se conçoivent pas lune sans lautre. Si un certain degré dévangélisation est dabord nécessaire, dès quelle est commencée et à mesure quelle avance, elle doit, sous peine de rester embryonnaire, fournir des prêtres pour aider à son développement et veiller à sa conservation. Tel un arbre que lon plante et que lon soigne quelque temps, mais quon laisse ensuite à lui-même pour quil vive de ses seules forces.

    Il est tellement logique quun pays qui souvre à lévangile réclame un clergé local que jamais porte-parole de la bonne nouvelle ou congrégation missionnaire na essayé daller contre un ordre de choses aussi évident. Mais si tout le monde est daccord sur le fond du problème, il peut y avoir et, de fait, il y a eu et il y a encore des divergences de vues sur la manière de le résoudre. Dans le même pays, certains appliqueront ce principe plus vite, dautres plus lentement ou de telle façon plutôt que de telle autre : affaire dappréciation personnelle, de tempérament, de méthode, desprit particulier à tel ou tel Institut religieux, que sais-je encore ?

    Pour activer leur zèle non moins que pour vaincre leurs hésitations et les encourager en partageant avec eux le lourd fardeau des responsabilités attachées à cette uvre, les Souverains Pontifes ont toujours recommandé aux évêques missionnaires de se conformer, en cela, à la conduite des apôtres. En vue darriver à cette fin, ils nont pas craint duser des termes les plus expressifs et les plus nets, termes propres à attirer lattention et faciles à retenir, tels que ceux-ci, employés par Innocent XI : japprendrai avec plus de joie lordination dun seul prêtre indigène que la conversion de cinquante mille idolâtres, et ces autres de Pie VI : les Vicaires Apostoliques doivent regarder létablissement des séminaires dans les Vicariats comme le premier de leurs devoirs ; ils ne peuvent faire rien de plus utile à lEglise que de travailler à la création dun clergé national. (Vie de Mgr Faurie, p. 140).

    Sest-on toujours bien conforme à ces prescriptions catégoriques ? Il paraîtrait que non ; et ce serait surtout les congrégations françaises qui seraient coupables. Au nombre des reproches quon leur a faits ces derniers temps, il y a, en effet, celui de navoir pas travaillé, autant quelles lauraient dû, à luvre du clergé indigène. Ce reproche est-il fondé ? Il ne lest pas plus que celui davoir fait du nationalisme, quon leur a adressé également ; ou sil lest, pourquoi ne pas envelopper dans le même blâme les missions non françaises, elles qui en Chine, par exemple, comptent une proportion de 100 missionnaires étrangers contre 41 prêtres chinois, alors que, dans les missions françaises, léquation est retournée en faveur des prêtres chinois dans le rapport de 122 contre 100 (Missions Catholiques, 8 octobre 1926, pp. 485-486). La mission de Sui-fou ne fait pas exception à cette règle ; avec ses 29 missionnaires en face de 39 indigènes, elle occuperait un rang moyen dans le classement.

    Fait curieux, digne dêtre proposé en exemple aux écrivains impartiaux; il est donc arrivé que ces missions, quon a représentées comme imbues de préjugés et desprit particulariste, réservées et défiantes à légard du clergé chinois, sont précisément celles qui en ont poussé laccroissement jusquà en être débordées, et qui se sont le mieux conformées à lesprit duniversalité de lEglise ainsi quaux directives pontificales.

    Aussi le reproche est-il venu dailleurs.

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    Les questions de missions qui, pendant longtemps, nintéressèrent quun public relativement restreint en dehors de Rome et des missionnaires, grâce à une propagande intense sont sorties, tout à coup, du cadre où elles évoluèrent silencieusement durant des centaines dannées pour devenir à lordre du jour en attirant enfin lattention du monde catholique. Bienfaisant dans sa généralité, riche de promesses et encourageant pour les missions, ce mouvement magnifique de sympathie croissante présente toutefois dans ses lignes quelques irrégularités qui font tort à la beauté de lensemble. Cest le fait desprits ardents, mais impulsifs et impatients, bien intentionnés, il faut le croire, mais trop portés, malgré leur inexpérience, à précipiter la marche en avant en prenant la tête au lieu de rester modestement à leur place dans le rang. Etrangers tombés tout à coup au milieu dune discussion dont ils nont pas suivi les péripéties et dont ils ignorent trop de données, ils voudraient la conduire tambour battant et selon leur fantaisie.

    Le clergé indigène est un sujet quils affectionnent tout particulièrement. Il est loin dêtre nouveau ; mais comme ils en ignorent presque tout, il nest pas étonnant de les entendre dire quon a fait trop peu, quon sy est mal pris, quà la place de ceci il aurait fallu cela, etc. (journal La Croix, 14 mai 1927). Bref, ouvrant tout grand le trésor de leur science déducateurs, ils en distribuent le contenu aux plus vieux Instituts religieux, à peu près comme cela se passerait entre maître et élèves dans une classe où les rôles seraient intervertis. Tant de drôleries ne mériteraient pas quon les réfute, ni même quon en parle, sil ny avait le danger de voir lopinion ségarer en lui faisant croire quelle a mal placé sa confiance et ses aumônes ; et il nest pas certain, dailleurs, que ce ne soit déjà arrivé dans une certaine mesure, malgré les preuves apportées contre des assertions aussi fausses Sil ny avait pas eu de séminaires, doù serait donc sorti le clergé indigène actuel comme celui qui la précédé, clergé qui, pour les seuls Vicariats confiés à la Société des Missions-Étrangères de Paris, compte plus de 150 martyrs dont 25 sont déjà béatifiés ? Dun autre côté, sil avait été mal formé, aurait-il fourni, outre ce nombre impressionnant de Bienheureux et de Martyrs, une liste encore plus longue de confesseurs de la foi et même.... des Evêques ? Et Dieu seul sait à travers quelle forêt dentraves de tout genre il a fallu passer pour en arriver là ! (Revue de lExposition Vaticane, 31 janvier 1925, p. 102).

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    Au sujet du petit nombre relatif des prêtres indigènes, on objecte ceci : puisquon assure, et la chose est vraie, quil existe encore un milliard de païens, et quil ne peut être converti que par un clergé choisi sur les lieux, pourquoi ne pas en augmenter le contingent au lieu de le mesurer comme au compte-gouttes ?

    Il ny a aucun doute quil reste à abattre une broussaille immense à peine entamée, même aux endroits que les plus grands hercules de lapostolat ont marqués de leur passage. Mais il nest pas nécessaire de quitter les pays catholiques pour trouver une réponse à lobjection ; il suffit de voir ce qui sy passe et de comparer. Il sest perdu des millions de baptisés dans le Nouveau Monde, faute de prêtres; et dans lAncien, ne sen perd-il pas également un grand nombre, notamment dans les grandes villes, et pour la même raison ? Cet abandon est-il coupable ? Si oui, de ces pays, où pareilles choses se passent, de quel droit nous jette-t-on la pierre ? Si, au contraire, cet abandon est justifiable, on peut invoquer autant et même plus de raisons pour expliquer celui où sont les infidèles.

    Ces raisons justificatives sont les obstacles spéciaux qui, en mission, obstruent le chemin de la vérité et quil nest pas possible de franchir ou décarter comme on voudrait. Ils sont nombreux ; citons-en deux seulement, qui sont parmi les principaux : la difficulté du recrutement du clergé et le manque de fonds. Ils apporteront quelques éclaircissements sur les lenteurs de lévangélisation, mais seulement telle quelle a lieu dans les circonstances présentes, cest-à-dire dans les conditions désavantageuses qui lui ont été imposées par lhistoire et quil nest pas en son pouvoir de modifier.

    Ces conditions auraient pu être dix fois meilleures et les progrès de lévangile dautant plus avancés. Ce qui revient à dire que, pour avoir lexplication complète de la lenteur de sa marche, il faut la chercher dans les influences qui auraient pu la favoriser et qui lui ont fait défaut. Il lui aurait fallu, dabord, lappui du monde catholique ; mais celui-ci, en général, sest désintéressé du problème et sest soustrait à son devoir. Il aurait fallu, en second lieu, que tant de vocations ne se détournassent pas des missions en se laissant influencer par des causes diverses. Il aurait enfin fallu que les gouvernements catholiques, au lieu de se montrer indifférents, opposés, ou même ouvertement persécuteurs à légard des missions, les soutinssent de tout leur pouvoir.

    Nul, sans doute, ne pourrait dire au juste ce que serait aujourdhui létat du globe si ces trois carences ne sétaient pas produites ; mais, ce qui est certain, cest que lon naurait pas à déplorer ce quon a appelé le scandale du milliard de païens après dix-neuf siècles de prédication, et que les missions, sil y en avait encore, ne seraient pas dans létat de détresse où elles sont et où elles se débattent comme elles peuvent.

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    Le recrutement des séminaires, tel quil se fait dans le Vicariat Apostolique de Sui-Fou, ne doit guère différer de ce qui se pratique dans le reste de la Chine, tellement murs, coutumes et toutes choses se ressemblent dans ce pays, malgré son étendue.

    Nous nous adressons de préférence aux familles des vieux chrétiens, sans refuser toutefois les enfants des nouveaux convertis. Mais, en règle générale, nous éliminons les fils uniques, à quelque catégorie quils appartiennent, parce que, étant donné les murs du pays, les parents sont toujours tentés de les reprendre tôt ou tard et quil est moralement impossible aux enfants de résister à leur pression. En dehors de ce domaine restreint où il règne en maître, légoïsme exerce encore son influence fâcheuse au sein des familles nombreuses. Il revêt deux formes différentes, suivant quil sagit de familles riches et aisées, ou de familles pauvres, et toutes deux sont préjudiciables à luvre des vocations, chacune à sa manière. Les premières, peu inquiètes de lavenir de leurs enfants quelles sont à même dassurer, nacceptent pas facilement quils prennent le chemin du séminaire, tandis que les secondes voient dans cette-perspective une garantie de sécurité pour les leurs et les cèdent volontiers. A priori cest bien ; mais quarrive-t-il trop souvent ? Cest quelles font un triage parmi leurs enfants et se réservent les mieux doués.

    Combien de ces aspirations trop intéressées vers une situation sociale honorable se sont trouvées déçues ! Depuis lorigine du séminaire, en 1812, jusquen 1929, 462 sujets y ont été reçus sur lesquels 56 seulement sont parvenus à la prêtrise ; ce qui ne fait quune moyenne de 1.21 prêtre sur 10 essais, soit, en chiffres ronds et assez exacts douze pour cent. Cest relativement peu et, certainement, beaucoup de missions pourraient accuser un taux plus élevé. Cependant tel quil est, celui-ci nest pas décourageant sil est vrai que le Bienheureux Don Bosco lui-même, en pays catholique, nobtenait pas plus de vingt pour cent, proportion que lon dit ne plus atteindre aujourdhui. Dans tous les cas ces insuccès répétés ninfirment pas le savoir-faire pas plus que la bonne volonté des éducateurs ; tout au contraire, ils témoignent en faveur de leur persévérance puisque ni le grand nombre des tentatives malheureuses, ni la résistance grandissante des bonnes familles nont pu les faire fléchir, sans parler des sacrifices pécuniaires les plus durs et tellement élevés quils paraissaient excessifs et disproportionnés aux résultats.

    A propos de la faiblesse de cet effectif, il reste à faire deux remarques importantes, sous peine de la laisser sous un faux jour.

    La première remarque à faire est celle-ci : lon a eu affaire, en partie, à des générations de néophytes, généralement inférieures en qualité à celles des vieux chrétiens. En effet, en se reportant au mouvement de la population catholique du Vicariat ces trente dernières années, que constatons-nous ? 1º quen 1900 elle était seulement de 19.500, et en 1910 de 30.618 ; 2º que ramenée, en 1911 à 26.511 par la création, à Ningyuanfu, dun Vicariat Apostolique, cette population chrétienne avait atteint de nouveau, en 1929, le chiffre de 42.653. Le nombre des chrétiens naugmentant chez nous, on la remarqué plusieurs fois, que grâce à lapport et dans la mesure des nouvelles conversions, quen conclure sinon que la bonne moitié du Vicariat de Sui-Fou se compose de chrétiens qui nont pas trente ans dexistence.

    Or les prêtres indigènes étant 39 actuellement ( 1929 ), cela représente 1 prêtre par 1093 chrétiens, tous compris, et 1 prêtre par 500 à 600 si on ne tient compte que des plus anciens. Dautre part, nos divers établissements ecclésiastiques comprenaient, à cette date, 113 séminaristes, ce qui fait 1 séminariste sur 377 chrétiens (anciens et nouveaux), soit, en ne comptant que la première catégorie, 1 séminariste sur moins de 200. Y a-t-il vraiment là de quoi crier au laisser aller, à la négligence, au gaspillage, quoi encore ! quand il ne manque pas de vieux diocèses qui ne font pas mieux, ni peut-être toujours aussi bien !

    La seconde remarque à faire consiste à dire que cette proportion de douze pour cent est bien celle quon a obtenue jusquici, mais quelle nest pas définitive. Dans les années qui vont suivre elle sélèvera plus ou moins, mais elle sélèvera à coup sûr, parce quil reste encore 89 séminaristes compris dans les 462 précédents dont les études ne sont pas terminées et dont un certain nombre arrivera à la prêtrise. Là-dessus les espoirs sont dautant plus fondés que, dannée en année, le déchet est moins considérable ; et Dieu veuille que ce progrès, continuant, permette de jeter dans la bataille engagée pour le salut de cette immense population des troupes fraîches de plus en plus nombreuses, brûlantes de zèle et persévérantes.

    On sait que tel est le but dune association de prières fondée il y a quelques années seulement et déjà très répandue. Mais on ignore sans doute que depuis 1862, une pieuse coutume, héritée très probablement des premiers séminaires du Se-tchouan sinon du collège de Pinang, veut quà la prière du soir on récite une oraison spéciale pour la conversion des Infidèles (1). Excellente initiative, propre à éveiller chez les élèves le sens de la charité, à nourrir leur vocation en les associant dès leur jeune âge à des travaux quils auront à partager un jour, et enfin à attirer sur les missions les bénédictions divines. Il est à propos dajouter quimparfaitement satisfaits de cette aide, précieuse mais bien restreinte, vu la grandeur et les difficultés de leur tâche, les missionnaires, promoteurs de cette coutume, ont été conduits par leur zèle et le sentiment de leur impuissance à chercher, au delà de ces limites étroites, le plus dappuis possible, et à étendre la même pratique à tous les chrétiens. Cest pourquoi, à lheure où, dans les séminaires, on prie à cette intention, on entend, dans toutes les familles, réciter une autre formule de prière mais dont le sens est le même et lusage, tout porte à le croire, aussi ancien que le premier.

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    (1) Voici cette prière, composée par S. François-Xavier :

    Oremus pro conversione Infidelium.

    Æterne rerum effector Deus, memento abs te animas Infidelium esse procreatas easque ad imaginem et similitudinem tuam conditas. Ecce, Domine, in opprobrium tuum his ipsis infernus impletur. Memento Jesum Christum, Filium tuum, pro illarum salute atrocissimam subiisse necem. Noli, quæso, Domine, ultra permittere, ut Filius tuus ab Infidelibus contemnatur : sed precibus Sanctorum tuorum et Ecclesiæ, sanctissimæ ejusdem Filii tui Sponsæ placatus, recordare misericordiæ tuæ, et oblitus idololatriæ et infidelitatis eorum, effice ut et ipsi tandem agnoscant quem misisti Dominum Nostrum Jesum Christum, qui est salua, vitæ et resurrectio nostra, per quem salvati et liberati sumus, cui sit gloria per infinita scula sculorum. Amen.


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    Atout de première valeur, la mise sur pied des séminaires et dun clergé indigène est, pour une mission, un gage non équivoque de solidité et davancement. Cependant tout nest pas davoir des prêtres, seraient-ils nombreux et pleins de zèle. Il est un autre facteur dont il est impossible de ne pas tenir compte quand on entreprend une uvre, parce quil conditionne nos combinaisons, les favorisant ou les vouant à léchec, suivant quil y entre ou non : ce facteur gênant mais indispensable, ce sont les ressources matérielles. Inutile de nier ; la chose est tellement évidente quelle crève les yeux. Puisquil ny a rien de convaincant comme les faits, jetons les yeux autour de nous et comptons les uvres charitables, scolaires, sociales où il nintervient pas. Du reste, tout devant servir à la gloire de Dieu, pourquoi, seules dans la création, les richesses auraient-elles été écartées du plan divin au lieu dy remplir, en vue de ses intérêts, un rôle adapté à leur caractère ?

    Ce gros appoint quest le clergé indigène, que lon est si heureux de posséder, na lui-même été obtenu que grâce à ce moyen. Se souvient-on des supplications que Mgr Pérocheau adressait, en 1832, au P. Langlois, en faveur du séminaire de Pinang et de ses séminaristes ? Le problème na pas changé. Si lon a des prêtres, cest quil a fallu dabord les élever et les instruire, ce qui, étant donné les conditions du recrutement, sest fait entièrement à vos frais. Quand ce travail qui, pour chacun deux, a duré de 14 à 15 ans, a été achevé, que lon a défalqué les déchets, il nest resté que relativement peu de sujets à élever à la prêtrise, mais en les ordonnant, on a contracté lobligation de pourvoir à leurs besoins le reste de leur vie. Et sait-on quon na pas le droit dagir autrement, cest-à-dire quon ne peut avoir plus de prêtres quon en peut entretenir. Cest un point de droit canonique quau dire des Etudes, dans un article récent, les coryphées du nombre ont oublié dans leur programme.

    Ceci ne représente encore quune minime partie des dépenses nécessaires. Si, en effet, on veut progresser au lieu de piétiner sur place, il faut, à tout prix, ou développer les uvres existantes, ou en créer de nouvelles, quelquefois faire les deux. Or, toutes sont de grosses mangeuses dargent, de sorte que, soit que lon travaille en étendue ou seulement en profondeur, on est fatalement entraîné sur la même pente. Supposé que vous vouliez, par exemple, reculer les limites de lévangélisation et non pas seulement conserver vos conquêtes, vous en serez empêché le plus souvent si, ayant en main tous les autres moyens, vous manquez de ressources matérielles. Le champ en sétendant demande, outre une augmentation de personnel à payer, une infinité de frais accessoires. Car que signifie convertir des païens ? Pratiquement, en langage positif, dépenser de largent pour les instruire, ouvrir des stations nouvelles, créer de nouveaux districts, en ouvrir, en créer de plus en plus. A première vue, et à moins dentrer dans les détails de cette organisation, cela paraît aussi simple que souhaitable. En réalité, tout ce remue-ménage se traduit par des dépenses ; et ce sont autant de chapitres qui, ayant paru une fois au passif de votre budget, ne doivent plus en disparaître. Fonder des stations, mais surtout des districts, cest, en effet, construire des églises, des résidences, des écoles, au moins modestes, les garnir de personnel et tout maintenir, sous peine de voir crouler le travail accompli.

    Il ne serait pas seulement inutile, ce serait, en outre, imprudent de compter sur la générosité des néophytes pour alléger votre fardeau. La plupart sont pauvres et la perspective davoir à contribuer pécuniairement à la vie du district, tendrait à les éloigner de vous. Le bruit ne manquerait pas dailleurs de sen répandre et entraînerait une autre conséquence désastreuse, celle darrêter net un mouvement de conversions.

    On dit que plaie dargent nest pas mortelle ; on dit aussi que largent est le nerf de la guerre. Les deux formules sont vraies appliquées à propos et chacune en son temps ; tout dépend des cas. Celle qui convient au nôtre est la seconde. Le manque de fonds est lun des plus gros obstacles que lon puisse rencontrer sur la route du bien ; il paralyse les meilleures bonnes volontés comme les esprits les plus féconds et les plus entreprenants, et ce nest pas seulement en mission que ceci est vrai ; en France, par exemple, il est le cauchemar qui pèse sur les écoles libres, sur luvre des vocations sacerdotales ; il est la pierre dachoppement où viennent échouer souvent les efforts de ceux qui travaillent à rechristianiser certaines grandes villes. Si en pays catholique il en est ainsi, peut-on demander raisonnablement que les choses aillent mieux en pays infidèle et quon y brûle les étapes.

    *
    * *

    Nous ne les avons pas brûlées comme certains le demandent inconsidérément. Cependant Dieu aidant Deo adjuvante était la devise de notre premier Vicaire Apostolique nous avons pu en couvrir quelques-unes, et chacune delles peut être regardée comme une marque de progrès, si modeste soit-il. Le nombre des chrétiens a plus que quadruplé ; le Vicariat a été divisé deux fois en 1911 et en 1929 ; une Société de Catéchistes a été fondée et fonctionne normalement depuis 18 ans ; un Institut de religieuses indigènes destinées à lenseignement a été créé en 1913 et prospère mieux encore ; corollaire naturel des écoles primaires remontant au début de la Révolution chinoise, un collège secondaire a pu être établi en 1928. Pour ce qui concerne luvre du clergé, le grand séminaire a été séparé du petit en 1922 ; de 4 ou 5 au commencement, le nombre des prêtres chinois est monté à 39 ; la majorité est passée de leur côté depuis de longues années et un Préfet Apostolique vient de sortir de leurs rangs.

    Cest le fruit dun dur labeur que la Providence a bien voulu bénir et auquel le concours de bienfaiteurs a permis dêtre fécond. Aussi tous ceux qui, soit de leurs prières, soit de leurs deniers, ont soutenu les uvres de la mission et principalement la première de toutes, celle des Séminaires et du Clergé Indigène, méritent-ils plus quun simple souvenir. On leur doit la plus vive gratitude pour la contribution quils ont apportée à son développement constant en la conduisant, pas à pas, après 70 ans, jusquà son aboutissement logique, cest-à-dire jusquà la division dune partie du Vicariat en église purement indigène sous le nom de Préfecture Apostolique de Yachow.

    Je serais heureux de pouvoir atteindre ces bienfaiteurs pour leur dire que la Mission-mère, effectivement reconnaissante à leur égard, recommande, souvent et depuis longtemps, leurs intérêts à Dieu en faisant célébrer à leur intention une messe par semaine. Si ce témoignage de reconnaissance ne devait pas tomber sous les yeux des bienfaiteurs particuliers du Se-tchouan méridional je serais loin dêtre indifférent à ce quil fût publié quand même, parce que dautres pourraient le lire, et avec joie sans doute, car ils se diraient, et ils auraient raison, que quelle que soit la Mission qui ait bénéficié de leurs faveurs, elles ne sont pas exposées à tomber dans loubli.


    oOo


    § IV. Tableau Statistique.

    1) Prêtres indigènes.
    Nombre des prêtres indigènes en : 1860 : 5
    1870 : 7
    1880 : 9
    1890 : 10
    1900 : 10
    1910 : 15
    1920 : 29
    1925 : 32
    1929 : 39
    2) Séminaires et Séminaristes.
    a) Probatorium de Che-li-chan (1863-1872)
    Elèves entrés : ?
    Elèves envoyés au petit séminaire ?

    b) Probatorium de San-Kouan-leou (1891-1929)
    Elèves entrés : . 434
    Elèves envoyés au petit séminaire :.213
    Elèves présents en 1929 :.. 24

    c) Séminaire de Ho-ti-keou (1862-1929)
    Elèves entrés : 462
    Prêtres ayant passé par Hoti-keou 56
    Elèves présents en 1929 :..60

    d) Grand séminaire de Tiao houang-leou (1922-1929)
    Elèves entrés :53
    Présents en 1929 :..20
    Prêtres ayant passé par le grand
    séminaire :..10

    e) Séminaristes en probation en 1929 :9


    P. LE Roux,
    Mission de Sui-Fou
    Sze-Chine
    1932/400-411
    400-411
    Roux
    Chine
    1932
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