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Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930) 2 (Suite)

Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930). 3. Séminaire de Ho-ti-keou (1862-1930).
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    Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930).
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    3. Séminaire de Ho-ti-keou (1862-1930).

    A) Historique. Ce séminaire est à 20 km. environ à lest de Sui-fou, et également sur la rive gauche du Fleuve Bleu, à une distance de six km.. Sis en pleine campagne, son éloignement de tout marché et des grandes routes qui y conduisent, protège sa tranquillité contre les échos de lextérieur. Il est dominé au nord par des collines abruptes et assez hautes, dun voisinage précieux, ménagé à dessein, offrant un refuge naturel bien à portée en cas dalerte.

    Quand il fut acheté, en 1862, ce nétait quune métairie dont les rizières, louées à un fermier, pouvaient rapporter un revenu annuel de 20 grandes mesures (tan) de riz non décortiqué, dun poids global de cinq à six mille livres. Par raison déconomie, on se contenta daménager la maison en lagrandissant suffisamment pour quelle pût répondre à sa nouvelle destination. Elle resta dans le même état jusquen 1895, servant à la fois de petit et de grand séminaire pendant toute cette période et, en même temps, de probatorium, de 1872 à 1891. A la persécution de 1895, le samedi 8 juin, veille de la Trinité, le séminaire fut brûlé en partie. Ce qui avait échappé aux flammes fut rasé jusquau sol et les matériaux furent emportés par les pillards. Le personnel et tous les séminaristes avaient eu tout juste le temps de fuir et de gagner les hauteurs voisines.

    Deux ans après ce désastre, de nouveaux bâtiments avaient remplacé les anciens. De proportions plus vastes, imposantes même pour le pays, cest avec satisfaction quon les voyait se dresser victorieusement sur des cendres encore chaudes, dans un cadre du plus bel effet.

    Le dimanche, 3 octobre 1897, la chapelle fut solennellement bénite par Mgr Chatagnon, Vicaire Apostolique, et dédiée à Notre-Dame du Rosaire. Ce même jour, la maison fut joyeusement inaugurée et magnifiquement à la mode du pays, cest-à-dire avec banquet, grande affluence de convives et pétards sans nombre. On y compta, en dehors de lévêque, 10 missionnaires, 3 prêtres indigènes, plusieurs centaines de chrétiens et de païens, mandarins, notables, tous invités officiellement à la cérémonie et au repas qui la suivit. Quant à la foule des curieux, bien plus nombreuse, elle eût été innombrable sans une pluie diluvienne qui tomba malencontreusement ce jour-là.

    Durant ces deux années consacrées aux bâtisses, on navait ni oublié ni négligé les séminaristes. Trois mois après leur dispersion, ils avaient de nouveau été réunis par le P. Moreau, leur Supérieur, au probatorium heureusement resté intact. Quand de là ils rentrèrent au séminaire, ce qui eut lieu avant la fin des travaux, ils passèrent sous la direction du P. Philippe Gire devenu Supérieur de Ho-ti-keou après lavoir reconstruit.

    Un an ne sétait pas écoulé depuis la bénédiction quil survint, en 1898, un nouvel et violent orage imposant la fermeture. Les PP. Raison et Fayolle avaient tout préparé en ville de Mei-tcheou, au nord de la Mission, pour y recueillir les séminaristes de cette région et leur faire continuer leurs études quand, tout à coup, leur retour au séminaire devint possible et se fit, effectivement, dans les premiers mois de 1899.

    La persécution de 1900 ne sétendit pas tout à fait jusque là, mais très peu sen fallut ; celle de 1902, pas davantage. Mais en 1911, pendant les troubles de la Révolution, la fermeture du séminaire simposa de nouveau. On en profita pour faire quelques améliorations telles que la construction dun grand préau et le remplacement des chambrettes individuelles, jusqualors en usage, par un dortoir commun. Entre-temps, les plus avancés dans leurs études avaient été rappelés au probatorium pour les poursuivre, comme en 1896. Les travaux terminés, la rentrée générale eut lieu en 1913.

    Incendié une fois, abandonné à trois reprises et menacé du même sort en 1900, 1902 et 1904, le séminaire de Ho-ti-keou a eu une existence mouvementée qui fut particulièrement agitée et parfois tragique en cette décade qui va de 1895 à 1905. Nul doute que les suffrages des anciens missionnaires et des prêtres chinois, quune pieuse pensée de fraternité a réunis là, dans le même cimetière, naient aidé à obtenir, à chaque bourrasque, le prompt retour de leurs gardiens, leurs successeurs futurs ! Nauraient-ils pas contribué également à limiter le mal à des crises purement extérieures, veillant au maintien du bon esprit parmi les élèves, trésor inestimable pour un établissement et dautant plus précieux que les cas dindiscipline collective ne sont pas si rares, mais dont lépreuve, jusquici, a été épargnée à la Mission de Sui-fou.

    B) Personnel. Confiée dabord, faute de personnel européen, à un prêtre indigène, le P. Simon Tchang, la direction du séminaire fut, dès 1865, mise pour toujours entre les mains dun missionnaire. Il a été assisté habituellement dun autre confrère depuis 1886, et de deux à partir de 1900. Le reste du personnel enseignant se composait de théologiens en probation, dont le nombre variait suivant les besoins. Aujourdhui (fin 1929), il comprend trois missionnaires, un prêtre chinois et quatre théologiens. Trois futurs Vicaires Apostoliques et un Provicaire lont illustré comme Supérieurs pendant un espace de temps plus ou moins long : ce sont NN. SS. Lepley, Chatagnon, de Guébriant et le P. Gourdin. En fait de durée, les plus longs supériorats ont été ceux du P. Moreau (1880-1896) qui a compté 17 ans, et du P. Scherrier (1901-1920) 2 ans de plus. Entre les deux il faut placer celui du P. Gire (1897-1901) qui, tout court quil ait été, a eu des résultats très féconds. Après avoir rebâti le séminaire et lui avoir donné un aspect tellement résistant quil fit reculer de peur les persécuteurs désireux de le détruire de nouveau en 1900, il porta ses soins sur la réorganisation des études et de la discipline. Continuées daprès les mêmes méthodes, ces réformes nont cessé, depuis lors, de donner des résultats quon navait pas encore atteints.

    Personne, sans doute, ne mettra au compte du hasard, le passage au séminaire de tant de sujets délite, non plus que la stabilité donnée à la direction par le maintien du même titulaire au poste de Supérieur pendant de longues années. Les deux faits ne sont rien moins que fortuits ; ils ont, au contraire, une signification très nette : celle dassurer, le plus possible, la prospérité de luvre du clergé. En réalité, cependant, ils ne révèlent rien de nouveau ; ils confirment, tout simplement, ce qui a été dit plus haut sur cette question et sont dans la tradition de Lo-lang-keou et de Mou-ping. Lo-lang-keou, quand il fut détruit, avait comme Supérieur Mgr Florens lui même et, avant lui, le Père Hamel, le modèle des éducateurs au dire du Bx Dufresse, lavait gouverné pendant 33 ans. Quant à Mou-ping, dans son existence de 43 ans (1831-1874), il a vu passer 5 futurs évêques : le Bx Imbert, Vicaire Apostolique de Corée ; Mgr Verroles, Vicaire Apostolique de Mandchourie ; Mgr Ponsot, Vicaire Apostolique du Yun-nan ; Mgr Pinchon et Mgr Dunand, Vicaires Apostoliques du Se-tchouan occidental.

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    C) Règlement. Jusquen 1922, la durée des cours à Ho-ti-keou était de 9 ans ; car servant de grand comme de petit séminaire, les humanités finies, on y faisait aussitôt la philosophie et la théologie dogmatique. Depuis 1922, Ho-ti-keou nétant plus que petit séminaire, les cours sont réduits à 6 ans, avec entrée et sortie tous les 2 ans seulement.

    On y enseigne les sciences et occasionnellement le français ; mais les matières principales sont la littérature chinoise, professée par un lettré et surtout le latin qui, même en dehors des classes, est le langage obligatoire, excepté les jours de congé. Grâce à cette gymnastique continuelle, les séminaristes arrivent à parler couramment la langue latine de très bonne heure et à lécrire facilement.

    Dans ses grandes lignes, le règlement est le même que celui des petits séminaires de France. Les jours ordinaires, on consacre 2 heures 15 à la piété, 2 h. 45 à la préparation des classes, 3 h. aux classes, 3 h. aux repas et aux récréations. Le dimanche, les exercices de piété prennent 1 heure de plus ; on y ajoute 2 heures de doctrine, dont une pour la préparation et lautre pour le cours. Dimanches et fêtes de première classe, Bénédiction du Saint-Sacrement avec solennité spéciale aux plus grandes fêtes.

    Il y a congé et promenade le jeudi et le dimanche, compositions tous les samedis, vacances deux fois par an précédées dexamens. Aussi souvent quil le peut, le Vicaire Apostolique vient rehausser par sa présence limportance de ces épreuves scolaires, auxquelles le concours de confrères voisins contribue à donner encore plus de solennité.

    D) Vacances. Au contraire de ce qui se passe en France, où les séminaires se vident deux ou trois fois par an, ici les vacances se passent au séminaire même. Cest lusage au Se-tchouan depuis lorigine des séminaires, usage motivé par léloignement, par les difficultés du voyage et ses dangers. Pour être moindres aujourdhui, ces obstacles restent, cependant, très grands et très nombreux, et demeureront pratiquement insurmontables, tant quil ny aura pour voyager que les moyens primitifs en usage depuis.... toujours !

    Si cest lété, il y a le danger des chaleurs torrides, des pluies torrentielles et des rivières débordées. Si cest lhiver, ce sont des inconvénients dun autre genre, ni moins désagréables ni moins dangereux, provenant dun climat plus humide que froid, il est vrai, mais plus dur à supporter que celui de beaucoup de pays à température plus basse, mais plus sèche. Cest, en un mot, et quelle que soit la saison, une somme de fatigues et de périls que nombre de grandes personnes hésiteraient à affronter sans nécessité. Que dire alors quand il sagit dadolescents, souvent denfants, affaiblis par plusieurs mois détudes, imprudents, étourdis, sans entraînement comme sans expérience des voyages ! A remarquer dailleurs que pour la plupart dentre eux, il faut compter plusieurs jours de marche et au moins dix pour les plus éloignés ! Appartenant, le plus souvent, à des familles pauvres, la plupart du reste, pensent avec raison que chez eux ils auraient moins de bien-être et ils néprouvent que rarement lenvie daller faire la comparaison. Mais on ne refuse pas cette permission à ceux qui présentent des raisons valables. Puis il y a ceci que, tout en passant les vacances au séminaire, ils sont à labri de lennui (supposé quun Chinois désuvré soit accessible à lennui !), grâce aux divers moyens qui leur sont donnés pour se distraire. Outre les promenades ordinaires, ils en font alors de plus longues à leur maison de campagne de Lo-ouan, située à 9 km. à lintérieur des collines. Quand ils ne sortent pas, ils se livrent à des occupations variées, agréables ou utiles, dont la plus appréciée, à lextérieur, est la reliure des livres. Les missionnaires, en effet, recourent souvent à leurs bons offices et se félicitent de la qualité, et spécialement, du bon marché de la main-duvre.... qui ne coûte que la peine de la demander.

    E) Statistique et Résultats. De 1862 à 1892, les entrées à Ho-ti-keou ont été de 169 élèves, dont 21 sont devenus prêtres ; de 1893 à 1911, elles ont été de 139, fournies par le probatorium ; sur ce dernier nombre, 25 sont arrivés à la prêtrise ; enfin, de 1913 à 1929, le probatorium a envoyé à Ho-ti-keou 154 élèves parmi lesquels 10 sont déjà prêtres, 60 sont encore au petit séminaire, 20 au grand, 9 en probation ; le reste na pas continué.

    Au total, on compte 56 prêtres sortis de Ho-ti-keou, dont 6 pour la Mission de Ningyuanfu (Kientchang).


    4. Grand Séminaire de Tiao-houang-leou
    (1922-1930).

    Quand de Sui-fou on veut se rendre au grand séminaire, on traverse tout le faubourg nord de la ville, on passe le fleuve Min, puis, laissant à droite le marché de Tiao-houang-leou pour sengager dans les jardins maraîchers de gauche, on arrive, une demi-heure après le départ, devant une belle bâtisse en briques, avec étage, véranda et mur de clôture : cest le grand séminaire. Il est là, isolé au milieu des champs, bien dégagé de tous côtés. A quelques pas le fleuve ; à lhorizon un cercle de collines élevées, un peu trop nues, séparées par la vallée du Min Kiang ; cest la réunion des deux choses (chan choui, montagnes et eaux) qui constituent, aux yeux dun Chinois, les qualités essentielles dun beau paysage. Protégé par son élévation contre les inondations fluviales et lhumidité du sol, par son isolement, contre le manque dair et les miasmes des agglomérations, létablissement joint aux agréments dune belle vue les avantages dune habitation saine. A signaler, une fois de plus, linévitable porte de sûreté ouverte sur une issue, fleuve ou montagne, que la Chine ne nous dispense jamais de mettre dans nos plans, sous peine de payer double quand la fantaisie lui en prend.

    Le même esprit de prévoyance attentive, qui a réuni tant dexcellentes conditions dans le choix de lemplacement, a veillé aussi à ce que, dans la disposition des bâtisses, leurs dimensions, leur aménagement intérieur, rien ne fût laissé au hasard ni négligé en vue de la santé et du bien-être des élèves. Pour réaliser pleinement ces intentions, on ne pouvait sadresser à plus compétent ni à plus expérimenté que le P. Puech. Rompu au rôle darchitecte par une pratique de dix ans passés à construire nombre déglises, de résidences et décoles qui provoquent justement ladmiration, il avait en outre le don de savoir construire avec économie, autant quil est permis de parler déconomie en une pareille matière.

    Les travaux commencés le 4 novembre 1919, étaient terminés à la fin du mois daoût 1922. Dès le 4 février de cette année, Mgr Fayolle, entouré de 17 missionnaires venus pour la retraite, de 2 prêtres chinois et de 17 séminaristes, avait bénit solennellement la chapelle, sous le vocable de Saint Augustin, évêque et docteur de lEglise. Le 17 février suivant, les cours du grand séminaire étaient ouverts après une messe du Saint-Esprit, célébrée par le Vicaire Apostolique. La séparation du grand et du petit séminaire date officiellement de ce jour-là.

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    Le personnel enseignant comprend 3 missionnaires et un lettré catholique chargé du cours de littérature chinoise. Le nombre des séminaristes varie naturellement avec les années. En 1922, ils étaient 17 ; en 1929, 20. De 1922 à 1929, il a fourni 10 prêtres.

    Dans ses grandes lignes, le règlement est celui que lon suit dans les grands séminaires de France ; la différence porte principalement sur le temps accordé aux récréations, temps plus long en Chine où la santé des étudiants supporte moins bien un travail intellectuel prolongé.

    Les journées ordinaires sont de 15 heures 45 minutes, les nuits de 8 heures 15. Repas et récréations prennent 5 heures 5 minutes ; les exercices de piété, 3 heures 15, létude et les classes 7 h. 25.

    Le latin reste le langage obligatoire et dans les mêmes conditions quau petit séminaire. La durée des études est de 6 ans divisés en 2 ans de philosophie et 4 de théologie. Les examens sont réglés comme à Ho-ti-keou et suivant les mêmes formalités.

    Les vacances se passent au séminaire. Pour changer dair et se donner plus de mouvement, les séminaristes sont conduits de temps en temps, en grande promenade dune journée entière, soit au probatorium situé à 9 km., soit à Tsi-sin-chan (montagne aux 7 étoiles), légèrement plus loin. Nous appelons ainsi une modeste maison de campagne bâtie sur une colline escarpée à 8 km. sud-est de Sui-Fou, sur la rive droite du Fleuve Bleu quelle domine de 300 mètres.


    5. Probation extérieure des séminaristes.

    Et hi autem probentur primum... Ad Timoth. I, cap. III, V. 10.
    Quils (les diacres) soient éprouvés auparavant

    Nos séminaristes sont destinés au clergé séculier dont la vie sécoule dans une atmosphère différente de celle dun séminaire ou dune maison religieuse. Entrés au séminaire préparatoire en bas âge, ils passent successivement dune maison à lautre et arrivent à la fin de leurs études sans avoir eu loccasion de vivre dans un autre milieu. Une épreuve, épreuve extérieure, est donc nécessaire en dehors de ce milieu; et pour éprouver leur vocation, on les place dans celui où ils doivent vivre plus tard. Avant quils ne sengagent définitivement, cest-à-dire avant le sous-diaconat, il sagit de savoir comment ils sy comporteront.

    La coutume, jusquen 1922, était de les retirer du séminaire après avoir étudié la philosophie et la théologie dogmatique. Alors seulement commençait leur probation, ou expériment comme on dit dans certaines missions. Cette probation durait plus ou moins longtemps suivant les sujets et les circonstances. De 1922 à 1929, la probation a commencé dès la fin de la philosophie et a été réduite à 2 ans, généralement.

    Cette épreuve imposée aux grands séminaristes, antérieurement aux saints ordres, nest ni une innovation ni un article du statut du clergé indigène particulier à ce Vicariat : cest un usage très ancien, legs dune tradition très sage basée sur lexpérience, et auquel on ne dérogeait pas, même aux époques les plus critiques et malgré les besoins les plus pressants. Ainsi, après la longue persécution de 1814, bien quelle eût réduit de plus des deux tiers (1) le nombre des prêtres indigènes et complètement disloqué les districts, on voit les théologiens, à leur retour de Pinang, soumis cependant à cette obligation (2) De même, ceux qui sortaient de Mou-ping, séminaire qui remplaça, en 1831, celui de Lo-lang-keou, faisaient dabord 2 ans comme catéchistes dans les districts, puis encore un stage de 6 mois à 1 an auprès de lévêque avant de recevoir les saints ordres (3).

    Mais hors du Se-tchouan ? Eh ! bien ; cette probation externe est une pratique commune dans les Missions de Chine qui sen trouvent bien nous disent Les Etudes, et, ajoute la Revue, elle est de règle chez les Pères Blancs (Les Etudes, 5 nov. 1929, p. 7).

    (1) An. Prop. Foi, t, 1, nº 4, p. 13.
    (2) 1, nº 1, p. 20.
    id, nº 4, p. 14.
    16, p. 333.
    (3) Missions Catholiques, t. II, p. 450.


    La voilà donc usitée en Afrique aussi et, ce qui est remarquable, employée par celle des Congrégations missionnaires qui a le mieux réussi dans luvre du clergé africain (Les Etudes, id. p. 66 et suivantes). Que linitiative de cette mesure vienne des Pères Blancs eux-mêmes ou quils aient pris cette idée ailleurs, peu importe ; lessentiel ici, et ce quil faut retenir, cest quentre la jeune Société qui a tiré de lAfrique le plus de prêtres, et les vieilles Missions expérimentées de Chine qui, elles, ont déjà produit tant dévêques indigènes, il y a accord complet pour proclamer lexcellence de cette méthode de formation.

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    A quoi est employé ce temps de probation ?
    Le principe est immuable, sans exception aucune ; mais les modalités dapplication varient avec les circonstances. Jadis, nos séminaristes navaient pas de fonctions bien déterminées à remplir pendant leur temps de probation, à part ceux qui entraient dans le personnel enseignant du probatorium et du séminaire, ou au service de la Procure. Vers 1895, Mgr Chatagnon établit comme règle, que ceux qui resteraient disponibles après avoir pourvu ces maisons communes, seraient employés comme instituteurs dans les écoles paroissiales. Ces écoles paroissiales sont, avant tout, des écoles de prières et de catéchisme. Pour Sui-Fou, cétait une innovation ; mais la coutume en existait ailleurs en Chine, notamment dans la Mission du Kiang-lan (1) confiée aux Pères Jésuites, et elle y existe encore (2). Chez nous, le fait nétait pas sans précédent ; ce qui était tout à fait nouveau, cétait den faire désormais une règle générale. On dit quau premier moment, il y eut parmi les missionnaires plus de réserve que denthousiasme devant cette mesure ; mais les choses changèrent vite en face des résultats favorables qui justifièrent la justesse de vue du Vicaire Apostolique.

    Dès lors, chacun voulut avoir des séminaristes pour ses écoles. Ils les tenaient mieux que les instituteurs choisis jusque-là parmi les simples chrétiens, au gré de chacun et au petit bonheur, comme on pouvait. Entre ces mains, quon avait cru inexpérimentées, les écoliers recevaient une instruction religieuse plus soignée et plus étendue. Il y avait aussi plus de discipline. Il arriva même que les demandes de personnel enseignant devinrent si pressantes, à cause du mouvement croissent des conversions, que lévêque suppléa au nombre insuffisant des séminaristes par la création dune institution spéciale, dite des Catéchistes, destinée à fournir des maîtres décole. (Soit dit en passant, cette uvre nouvelle, ébauchée en 1902, définitivement fondée en 1911 et de mieux en mieux organisée, a déjà rendu à la Mission et aux écoles des services appréciables).

    Très utile pour les écoles, cette initiative prise à légard des séminaristes a été également avantageuse pour eux-mêmes. Ils sont arrivés ainsi de bonne heure, à contracter lhabitude de communiquer aux autres ce quils avaient appris, et à le communiquer sous la forme, forcément claire et simple, de catéchismes, à cause de lesprit borné, mais surtout peu cultivé, de leurs auditeurs. Ces catéchismes fréquents, le plus souvent quotidiens, étaient un exercice des plus utiles, une sorte dinitiation à lune des principales fonctions de leur futur ministère, la prédication ; ils contribuaient à leur donner des habitudes de netteté et de simplicité, qualités si essentielles dans les instructions aux fidèles. Dautre part, protégés contre les dangers de loisiveté et du caprice par un travail constant et régulier, dirigés en même temps que surveillés par le missionnaire, il ne leur manquait aucune des garanties exigées pour leur persévérance.

    (1) An. Prop. Foi, t. 48, p. 14.
    (2) Bulletin Catholique de Pékin, mars 1931 pp. 117-118.


    Voilà, en résumé, quelques-uns des avantages de cette méthode de probation bien faite, par ailleurs, pour découvrir promptement et à coup sûr, dans les sujets, des qualités et des défauts quon a moins loccasion de remarquer au séminaire et que, de laveu même de leurs maîtres, on ny soupçonne pas quelquefois.

    Dailleurs, ceux qui ont passé par ce moule reconnaissent eux-mêmes quils lui doivent beaucoup, et lon en a fait léloge ailleurs quau Se-tchouan, notamment à Changhai (An. Prop. Foi, t. 48, p. 14) et à Mangalore (Revue de lExposition Vaticane, nº 3, p. 74) dans les Missions des Pères Jésuites qui lont employée, quoique parfois avec des différences de détail.

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    De tout temps, les séminaristes en probation ont reçu les bienfaits dune retraite annuelle. Autrefois elle avait lieu en dehors du séminaire ; depuis 1922, cest au grand séminaire quon les réunit pour en suivre les exercices. Ils sont donnés au moment des vacances dhiver des séminaires et des écoles paroissiales, durant cinq jours complets. Ils sont présidés et prêchés par un missionnaire ou un prêtre indigène. Cest en cette occasion que les séminaristes sont appelés à la tonsure et aux ordres mineurs. Les exercices finis, chacun se rend de nouveau à son poste, tout comme les missionnaires et les prêtres chinois après leur propre retraite.

    (A suivre)
    1932/321-331
    321-331
    Anonyme
    Chine
    1932
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