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Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930) 1

Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930). § I. Débuts des Séminaires au Se-tchouan § II. Les Séminaires dans la Mission de Sui-Fou 1. Les débuts 2. Séminaire préparatoire ou Probatorium de a) Che-li-chan (1863-1872) b) San-Kouan-leou (1891-1929) 3. Séminaire de Ho-ti-keou (1862-1929) 4. Grand Séminaire de Tiao-houang-leou (1922-1929} 5. Probation extérieure des Séminaristes. § III. Conclusion § IV. Tableau statistique.
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    Luvre des séminaires et du clergé indigène au Se-Tchouan méridional, mission de Sui-Fou (1860-1930).
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    § I. Débuts des Séminaires au Se-tchouan
    § II. Les Séminaires dans la Mission de Sui-Fou
    1. Les débuts
    2. Séminaire préparatoire ou Probatorium de
    a) Che-li-chan (1863-1872)
    b) San-Kouan-leou (1891-1929)
    3. Séminaire de Ho-ti-keou (1862-1929)
    4. Grand Séminaire de Tiao-houang-leou (1922-1929}
    5. Probation extérieure des Séminaristes.
    § III. Conclusion
    § IV. Tableau statistique.


    § I. Débuts des Séminaires au Se-tchouan(1)

    Les premiers missionnaires des Missions-Étrangères de Paris venus au Se-tchouan au début du XVIIIe siècle pour travailler à son évangélisation, arrivèrent avec la préoccupation dy établir, le plus tôt possible, un clergé indigène. Leurs annales mentionnent souvent les efforts quils firent pour poser les bases de sa formation, but principal de leur Société.

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    (1) Cette notice sur les Séminaires et le clergé indigène dans la Mission de Sui-Fou a été demandée et rédigée une première fois, en 1924, pour la Revue de lExposition Vaticane. Elle na pas été publiée. Quelques changements y ont été faits, mais ils ne portent guère que sur les progrès accomplis par cette uvre entre 1924, année de la première rédaction, et la fin de 1929, époque où la Préfecture apostolique indigène de Ia-tcheou a été détachée de la Mission de Sui-fou.


    Dès quil y eut des prêtres indigènes, ceux-ci imitèrent leur exemple et les secondèrent dans le développement de cette uvre capitale. Mais pendant longtemps trop pauvres, trop peu nombreux et trop persécutés pour avoir un séminaire, les uns et les autres singénièrent pour y suppléer au mieux des intérêts de lEglise. Ils se chargeaient eux-mêmes, chacun de son côté, de la première formation et de la probation initiale des candidats, puis les envoyaient au séminaire commun que la Société avait établi au Siam (1) dabord, transféré ensuite à Pondichéry après 1767, et enfin, en 1808, définitivement placé dans lîle de Poulo-Pinang où il se trouve encore aujourdhui. (An. Prop. Foi 4, 5, p. 678-679).

    Cependant, aussitôt quil le put, le Se-tchouan eut son séminaire particulier. Il fut mis dans la partie méridionale de la province, tout près de la frontière du Yun-nan, en la localité solitaire de Lojang-kéou (alias Lo-lang-kéou) (2), en 1782. Un essai, qui ne dura pas, avait été tenté, quatre ans plus tôt, non loin de là, à Long-Ki, au Yun-nan même. Cest de cet établissement éphémère quest sorti le premier prêtre martyr du Se-tchouan, le Bx Augustin Tchao, mis à mort en 1815.

    Lexistence du séminaire de Lo-lang-kéou (1782-1814) fut plus longue et plus glorieuse encore que celle de Long-Ki puisque, sur les nombreux prêtres qui y firent leurs études, on compte trois martyrs béatifiés : les Bx Joseph Yuen (1817), Paul Lieou (1818). Thaddée Lieou (1823) et plusieurs confesseurs de la foi.

    Malgré des embarras financiers très difficiles, surmontés grâce aux contributions demandées aux chrétiens, et une crise de personnel qui, survenue au moment de la Révolution française, se prolongea longtemps après, la Mission put sauver son séminaire à force dinitiative et de dévouement. Mais il ne résista pas à la grande tourmente de 1814. Il disparut dans les flammes le 14 octobre de cette année et son terrain fut confisqué. Dans la suite, tout le possible fut fait pour rentrer en possession de ce coin de terre, sans grande valeur si on nen considère que le côté matériel, mais riche de tout ce qui fait le prix dun souvenir de famille et dun patrimoine moral. Il na pas fallu moins de 70 ans defforts pour recouvrer ces pauvres arpents où la haine et la cupidité navaient épargné que le modeste mausolée élevé sur les restes mortels du P. Hamel.

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    (1) Fondé à Juthia (Siam) dès 1665.
    (2) Dépendant de la Mission de Sui-fou.


    Cétait cet admirable prêtre, vénéré même des païens, qui 33 ans durant (1) avait dirigé la maison et fait pousser ces fleurs de sainteté et dhéroïsme dont lEglise, un jour, devait cueillir les plus remarquables pour orner ses autels.

    Le séminaire incendié, ses hôtes morts ou dispersés et son emplacement occupé par deux corps de garde pour lempêcher de renaître de ses cendres, que faire ? Mais recommencer ; et simplement on recommença. Cependant, en attendant que des circonstances plus favorables permissent de faire mieux, on dut dabord se contenter de préparer dans les districts les recrues destinées au Séminaire Général. On revenait ainsi à lancienne méthode, la seule possible encore ; et ce système décoles ambulantes, où les élèves suivaient le missionnaire dans ses déplacements continuels, dura jusquen 1824 (2). A ce moment, un séminaire préparatoire, quen langage courant nous appelons Probatorium, fut enfin ouvert à Long-ki (Yun-nan). Il eût été inutile de songer à le replacer au Se-tchouan où la persécution continuait de sévir. Quant au séminaire proprement dit, son rétablissement neut lieu quen 1831. Il fut bâti à Mou-ping (3), à 4 jours à louest de Tchen-tou, sur le territoire dun roitelet barbare. Sa situation dans une principauté thibétaine, relativement indépendante du gouvernement chinois, le rendait aussi sûr que possible. Son constructeur et son premier Supérieur fut le Bienheureux Imbert, martyrisé en 1839 comme Vicaire Apostolique de Corée.

    Le séminaire de Mou-ping souvrit avec 12 élèves. En y ajoutant la vingtaine de Setchouanais étudiant alors à Pinang, cela faisait plus de 30 séminaristes, sans compter ceux qui sinitiaient au probatorium de Long-ki, sous la conduite directe du P. André Yang. Le vrai Supérieur de Long-ki était Mgr Pérocheau lui-même, coadjuteur de Mgr Fontana, mais il ny résidait pas ; le danger toujours menaçant dune nouvelle persécution lobligeait, en effet, à se tenir le plus caché possible et à ne diriger létablissement que de loin.

    La fondation de Mou-ping ne signifiait pas, le moins du monde, un renoncement à Pinang. Ceût été, dailleurs, folie de placer toutes ses chances uniquement sur le nouveau séminaire, parce que toutes les précautions prises pour sa sécurité ne le mettaient complètement ni hors de latteinte des Chinois, ni par conséquent, à labri des risques dune destruction. Les craintes de lautorité ecclésiastique du Se-tchouan nétaient malheureusement que trop fondées à ce sujet ; elles ont été exprimées, dune manière émouvante, par Mgr Pérocheau, dans une lettre que le danger de perdre Pinang lui fit écrire au Père Langlois, Supérieur du séminaire de Paris.

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    (1) Hist. des Missions du Se-tchouan t. 2, p. 202.
    (2) Annales de la Prop. de la Foi 4, 2. p. 31, 32 4, 5. p. 663.
    (3) Ce séminaire fut détruit vers 1860, à loccasion de troubles locaux ; rebâti ensuite, il fut abandonné en 1874 (Annales de la Prop. de la Foi, t. 47, p. 94-95, lettre de Mgr Pinchon, 28 août 1874).


    Je vous conjure instamment, lui dit-il, demployer tous vos efforts pour conserver notre collège chinois de Pinang ; il est absolument nécessaire à notre mission dont il est le principal soutien et sil venait à disparaître, nous serions dans le plus grand embarras. Les 2 petits collèges (Long-ki et Mou-ping) que nous avons dans cette mission, sont appuyés sur des bases si faibles que le moindre souffle de persécution locale suffirait pour les faire disparaître ; et les lieux où ils sont placés ne sont rien moins que sûrs. Je sais bien que si les ressources que nous a fournies jusquici ladmirable uvre de la Propagation de la Foi venaient à diminuer considérablement, il faudrait aussi diminuer à proportion le nombre des élèves du collège de Pinang ; mais jespère que vous le soutiendrez aussi longtemps que vous en aurez le pouvoir et que vous prendrez toutes sortes de mesures pour quon puisse y entretenir au moins une douzaine détudiants chinois, jusquà ce que des temps plus favorables nous permettent dy en envoyer un plus grand nombre. (An. Prop. Foi, tome 6, p. 526-527, lettre de 1832).

    On neut pas à déplorer les redoutables éventualités qui furent lobjet de cet appel suppliant et qui faisaient trembler le Coadjuteur du Se-tchouan à la pensée dêtre privé de tout moyen de formation pour son clergé indigène. Pinang fut maintenu et Mou-ping ne fut pas inquiété, de sorte que lon eut à sa disposition deux établissements constamment ouverts.

    Le plan dutiliser simultanément les deux séminaires en répartissant entre eux les recrues sorties du probatorium, fut appliqué fidèlement et il le fut fort longtemps. Cest ainsi quune lettre de 1841 nous apprend que trois écoliers du collège de Pinang venaient encore de regagner le Se-tchouan, leurs études terminées, et quavant dêtre promus aux saints ordres, ils allaient être mis en probation auprès dun missionnaire européen pour revoir leur théologie et apprendre à connaître les affaires et les hommes. (An. Prop. Foi t. 16, p. 333).

    Mais là où lon trouve le plus de renseignements sur cette question de répartition des séminaristes entre les deux maisons, renseignements précis et condensés en quelques pages, cest dans le Catalogue du Clergé Indigène du Se-tchouan dressé par le P. Gourdon et édité à Tchong-King. Le dernier de la nomenclature, élevé à la prêtrise en 1858, naquit en 1832, un an après la fondation de Mou-ping. Or il étudia à Pinang comme la plupart des prêtres ordonnés entre 1840 et 1858. Tous compris, ils sont au nombre de 33 ainsi répartis : sortis de Pinang, 20 ; sortis de Mou-ping, 10 ; on nest pas bien fixé sur les 3 autres.

    Long-ki était la source commune, où les 2 séminaires puisaient pour les besoins de leur alimentation. Les résultats donnés plus haut nous ont appris que le débit de la fontaine nétait pas trop maigre, ni la qualité de ses eaux trop mauvaise ; soit dit pour la glorification de ce modeste probatorium moins connu quil ne le mériterait pour les services que, malgré une vie très brève, il a rendus à léglise indigène, ou, plus exactement, à lEglise tout court.

    En somme qua-t-il duré ? Dix ans environ : cest tout ce quon peut dire de certain ; à vouloir préciser davantage, on sexposerait à se tromper. Cependant il y a quelques faits autorisant à formuler une hypothèse très probable qui prolongerait quelque peu son existence. Le premier de ces faits la mènerait jusquen 1836, année de la mort à Long-ki, où il est enterré, du P. André Yang (Missions Catholiques t. 2, p. 100), que le P. Gourdon croit avoir terminé sa carrière dans le probatorium (Catalogus, Nº 66). Le second fait est le sacre, en 1843, de Mgr Ponsot, premier Vicaire Apostolique du Yun-nan. Ce sacre étant la séparation effective de la Mission du Yun-nan de celle du Se-tchouan, nest-ce pas de ce moment quil faudrait dater la fin de lexistence de Long-ki en tant que probatorium du Se-tchouan ?

    Cest du moins la supposition la plus naturelle ; mais sil est rationnel de la reculer jusque là, ce serait arbitraire de la reporter plus loin et nous savons, dautre part, quen 1848, un nouveau probatorium fonctionnait déjà régulièrement au Se-tchouan oriental, près de Tchong-King, avec un effectif de 20 élèves (Annales Prop. Foi, t. 22, p. 128).

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    Ce qui nest du domaine ni des hypothèses ni des probabilités, mais constitue une vérité incontestable, cest la sollicitude qui caractérise les actes de lautorité ecclésiastique toutes les fois quil est question du clergé indigène, elle émerge tellement au-dessus de ses autres préoccupations quelle constitue, pour ainsi dire, le point dominant de son administration. Les temps ont beau être durs, ils peuvent être dominés par des impossibilités de force majeure qui empêchent de passer aux réalisations, cette sollicitude ne sommeille jamais, car jusque dans les circonstances les plus difficiles lesprit ne cesse dêtre en éveil et délaborer, faute de mieux, des projets davenir. Consciente, en un mot, quun rouage essentiel manque au fonctionnement dune mission si elle est privée de séminaire, lautorité religieuse ne recule pas devant les entreprises les plus audacieuses pour combler cette lacune. Ainsi en était-il quand la province entière ne formait quune seule Mission ; ainsi en a-t-il été dans la suite : le deuxième séminaire na pas tardé de suivre la création du deuxième Vicariat Apostolique, et dans le troisième, la première uvre fondée fut un séminaire avec probatorium.

    Quand une conduite revêt un tel caractère dénergie et de ténacité, est-ce assez de dire quelle est pleine de sollicitude, alors quelle tient plutôt dune sorte dacharnement. Quest-ce en effet, sinon cela, dabord ce premier défi, jeté à une province inhospitalière, de revenir sinstaller dans son voisinage, juste de lautre côté de ses frontières, à sept lieues seulement de ce qui fut Lo-lang-kéou et presque en vue des 2 postes de police mis là tout exprès pour prévenir ce retour ? Quel autre nom donner, sinon encore le même, à ce qui a suivi ? Ce qui a suivi, cest Mou-ping, cest Pinang, deux gestes de signification identique et également pleins daudace. Foncièrement persécutrice, la Chine avait lhabitude de demander tous les héroïsmes aux ouvriers de sa conversion. Mou-ping et Pinang avaient ce quil fallait pour lui former des apôtres à la mesure voulue. Déshérité, comme il létait, à tous les points de vue, le premier était un milieu idéal pour lapprentissage de tous les sacrifices. Le second, comparativement, était une oasis ; mais il fallait sy rendre, cest-à-dire faire, à travers mille dangers, presque la moitié du chemin qui sépare le Se-tchouan de lEurope, puis recommencer en sens inverse, quelques années plus tard, en courant les mêmes risques ! Dans les temps actuels, est-il possible de se rendre parfaitement compte des difficultés inhérentes à ces tours de force ?

    On pourrait citer, ailleurs quau Se-tchouan, des exemples aussi éloquents et aussi suggestifs en témoignage du dévouement héroïque souvent, admirable toujours, mis par les Missions au service de la même cause.

    Faits probants, sil en est, et ce nest pas tout, bien loin de là. Il est, en effet, de toute évidence, que ce que réclame defforts et soins de toute sorte la formation dun clergé local, ne peut tenir entièrement dans quelques épisodes que lon rencontre ça et là au cours de son histoire. Ceux que lon vient de signaler, sont des mesures prises par les Vicaires Apostoliques pour assurer le recrutement de ce clergé, mais ils nen représentent quune partie et de la part quy ont eue les simples missionnaires, rien na encore été dit.

    En se consacrant aux Missions, les missionnaires ont eu en vue, avant tout, la conversion des païens. Ils se sont formé un idéal dapostolat où la vie active, en brousse, tient généralement toute la place ; léventualité dune vie denseignement na pas été envisagée ou très peu, encore la-t-on écartée de la combinaison comme une chose importune. Voilà comment les choses se passent la plupart du temps. Si après cela, il leur arrive déchouer dans un séminaire et de se consacrer à une uvre belle sans doute, mais si monotone à leurs yeux, si contraire à leurs désirs et, pour certains tempéraments, rebutante, le sacrifice est très méritoire, mais nempêche pas limmolation de leur volonté de leur peser lourdement. Mis en face de ce travail inattendu, ils laccomplissent cependant avec une régularité exemplaire, des années et des dizaines dannées durant. Immolant, sans les oublier, leurs premières aspirations sur lautel du devoir, ils ont accepté avec une courageuse soumission la part la moins convoitée de lhéritage. Sacrifice sans éclat, sacrifice tout intérieur dont lun des principaux mérites est dans le secret dont il sentoure et dans le renouvellement incessant qui le prolonge depuis des générations ! Quand on lexamine à travers les détails si communs et, pour ainsi dire, insignifiants, qui le composent au jour le jour, on ne dirait pas quune grande uvre ait pu sortir de si peu de chose, si lon ne savait que rien nattire autant les bénédictions divines que leffacement de sa personne et la contrainte continue de ses goûts.

    Tels sont les fondements et les humbles matériaux qui ont servi à édifier luvre que nous étudions ainsi que toutes les uvres similaires. Toutes choses connues ou qui devraient lêtre, parce que livrées à la publicité depuis longtemps et en grand nombre, il nest pas permis de les ignorer, du moins quand on entreprend de traiter cette question, pas plus quil nest possible à un esprit impartial, de refuser, à ceux qui les ont accomplies, le tribut dadmiration et de reconnaissance quils méritent, pour avoir élevé, à la gloire de lEglise, ce monument impérissable quest le clergé indigène Nest-il pas déconcertant de voir, malgré cela, la critique et même la calomnie venir jeter la suspicion sur telles et telles missions en les accusant davoir négligé une uvre quelles ont placée au premier rang de leurs préoccupations ? Mystère, que léclosion soudaine de pareilles inventions ! Inexplicable, lapparition de ces hommes surgissant à la fois de plusieurs points de lhorizon et venant, sous prétexte de prendre la défense du clergé indigène, porter daussi étranges accusations contre les meilleurs de ses partisans ! Rien ne coûterait de jeter un voile sur tant dinepties débitées sous le couvert du zèle, en les mettant au compte de lignorance et, comme le conseille la charité, de passer outre sans leur accorder la moindre attention, si ce nétait trop faire le jeu des accusateurs et sacrifier à la charité tous les droits de la justice.

    Tout de même, est-il bon que lune reçoive tout et lautre rien ? Et faut-il sinterdire jusquau droit de se défendre contre des publicistes qui, eux, nont pas attendu dêtre mis en cause, pour violer, avec une insouciance imperturbable, la charité, la justice et la vérité tout à la fois ? Il y a, dans le nombre, une catégorie plus coupable encore que les autres ; elle mérite une mention spéciale, parce que, appartenant à un corps illustre, réputé pour sa connaissance du passé et spécialiste des questions dérudition, elle avait moins droit que personne, si elle voulait se jeter dans la mêlée, dignorer à ce point le fond du problème et dappliquer à une question historique les procédés fantaisistes que lon ne tolère que pour les sujets dimagination

    oOo


    § II. Les Séminaires dans la Mission de
    Sui-Fou (1860-1930) (Se-tchouan méridional).

    1. Les débuts.
    Le Vicariat Apostolique de Sui-Fou, qui porta jusquà ces dernières années le nom de Se-tchouan méridional, fut crée par décret du 24 janvier 1860. Cétait le 3e en date dans la province du Setchouan.

    De 1856 à 1860 il forma, avec la Mission actuelle de Tchong-King, le Vicariat Apostolique dit méridio-oriental. La séparation en deux juridictions distinctes devint effective par le sacre de Mgr Pichon, premier Vicaire Apostolique de Sui-Fou, le 8 septembre 1861.

    A ce moment, le Se-tchouan méridional comprenait comme personnel : 1 Vicaire Apostolique, 1 missionnaire, le P. Larcher, prêté ad tempus par la Mission-mère, 4 prêtres chinois originaires du vicariat et lui revenant de droit, enfin 1 ou 2 autres prêtres indigènes également prêtés. Il manquait le premier missionnaire qui eût reçu sa destination pour Sui-Fou, le P. Meunier ; il avait disparu, avec 7 autres jeunes missionnaires de la Société, dans un naufrage entre le Cap de Bonne-Espérance et la Chine.

    Comme personnel en herbe, il y avait une vingtaine de séminaristes, natifs de la nouvelle mission, dont les uns étudiaient au petit séminaire de Choui-ia-tang et les autres au grand séminaire de Pé-ko-chou, près de Tchong-King. Il avait été convenu quils ne quitteraient pas ces maisons avant quon leur en eût préparé une autre à Sui-Fou. Malheureusement, devant la menace des rebelles Tai-ping, alias Tchang-mao (Longs-cheveux), on fut obligé de les licencier plus tôt pour éviter pire. Ils sembarquèrent sous la conduite dun jeune prêtre chinois, Paul Kin, subirent, en cours de route, un mois de retard occasionné par les rebelles, et arrivèrent au terme de leur voyage heureusement sains et saufs, mais avant quon eût eu le temps de leur aménager un pied-à-terre.

    On les logea provisoirement chez le prêtre chinois, Mathieu Houang, qui visitait Sui-Fou, et habitait à lintérieur de la ville. Cette maison est devenue le siège de la paroisse urbaine et son église tient lieu de cathédrale. Installation de fortune quil fallut abandonner très vite parce que trop étroite pour tant de monde. Nayant où les mettre, finalement on dirigea les séminaristes sur le Yun-nan. Monseigneur Ponsot leur ouvrit son séminaire de Tcheng-fong-chan, non loin de Long-Ki et de Lo-lang.kéou. Il ne leur arriva aucun malheur, mais on nétait pas sans crainte, car, ces années-là, les Barbares Lolos quittaient souvent leurs Montagnes Froides pour venir faire de grandes razzias dans ces parages. (An. de la Prop. Foi, t. 34, 35). Cest au cours de lune de ces sorties que, lhiver précédent, le P. Fenouil tomba entre leurs mains, en 1861. (An. Prop. Foi, t. 34),

    Enfin, dans le courant de 1862, le petit troupeau migrateur, las dêtre ballotté de tous côtés, trouva un asile fixe près de Sui-Fou, à Ho-ti-keou, qui a servi, pendant longtemps, de probatorium, de petit et de grand séminaire tout à la fois.

    Telle fut la première uvre fondée. Elle fut bientôt suivie dune autre qui est connexe, celle du probatorium.

    Cette primauté donnée aux séminaires sur toutes les autres uvres par le Vicaire Apostolique indique déjà, par elle-même, limportance quil attachait à la préparation dun clergé local ; mais elle ne montrerait quimparfaitement ses dispositions à cet égard, si lon ignorait dans quelles circonstances difficiles eut lieu cette fondation. Nayant ni locaux scolaires, ni églises où lon put conserver le Saint-Sacrement, ni résidences dignes de ce nom, bref, privé des choses les plus essentielles et condamné à sen passer sous peine de faire des dettes, lévêque se débattait dans le plus grand dénuement. Lui-même navait pas de chez soi et il nen eut jamais. Entre ses tournées, il prenait lhospitalité dans une famille chrétienne nommée Tchang, qui habitait au faubourg nord de Sui-Fou. Il sy était fait aménager 2 chambrettes avec une salle modeste où il disait la messe. Ces appartements sont restés tels quels, comme témoins de la sobriété de ses goûts. Bien des fois, ses missionnaires le prièrent de sortir de là et de sétablir dans une résidence à lui. A toutes leurs instances il répondait invariablement que ce serait une dépense inutile et trop élevée pour ses moyens, et il ne changea pas davis durant ses dix ans dépiscopat, Mais pour établir son séminaire et assurer son entretien, il ne recula pas devant la perspective de sendetter pour une très forte somme empruntée à cinq pour cent.

    2. Séminaire préparatoire ou Probatorium de :
    a) Che-li-chan (1863-1872)
    Aussitôt arrangée laffaire du séminaire, Mgr Pichon soccupa de celle dun probatorium séparé. Il le plaça à Che-li-Chan, dans la sous-préfecture dO-mi, à 3 km. au sud de la ville. Situé à lécart de toute grosse agglomération, à proximité des vieilles chrétientés, par conséquent, de recrutement plus assuré, il avait encore cet avantage de pouvoir être licencié assez facilement et sans trop de risques pour ses habitants, à cause du voisinage de hautes montagnes. Malheureusement, expérience faite, il fut trouvé insalubre, ce qui obligea de le fermer dès 1872. Il ne fut rétabli que 19 ans plus tard, en 1891, à San-kouan-leou, où il est encore aujourdhui.

    b) San-kouan-leou (1891-1930).
    Plateau accidenté, entièrement aménagé en rizières et en champs de culture sèche, sauf les terrasses les plus arides consacrées aux arbres, San-kouan-leou est à environ 8 km. en amont et à louest de Sui-fou, sur la rive gauche du Fleuve Bleu. Sa distance des bords du Fleuve peut avoir 1 km. et sa hauteur au-dessus de la vallée 100 mètres. Les voies daccès sont des sentiers en zigzag, étroits et raides. Du sommet, la vue sétend fort loin, sauf au nord, embrassant une ligne de collines et de montagnes qui commencent à lest de Sui-fou, sétirent en forme damphithéâtre vers le sud et vers louest en séloignant de plus en plus. Entouré dune ceinture darbres et de rizières, le probatorium est un peu en retrait de la lisière du plateau. Sil jouit dun vaste panorama, lui-même, dissimulé par des plis de terrain et son rideau de verdure, attire si peu lattention que ni du Fleuve tout près, ni de la grande route du Yun-nan qui, longeant le pied du plateau, est encore plus rapprochée, on ne peut découvrir sa présence. Détails fastidieux peut-être et, en apparence, insignifiants, mais dont chacun a son utilité propre, prévue et voulue dans lesprit des fondateurs.

    Les enfants passent là de 2 à 3 ans. Pendant ce temps, ils continuent létude du chinois, apprennent les premiers éléments du latin, sa prononciation surtout, et repassent les livres de doctrine en usage dans les écoles paroissiales (prières diverses, catéchisme, rituel). Un missionnaire et, daprès le nombre des élèves, un ou plusieurs séminaristes en probation, sont attachés à cette maison. Le règlement dune journée ordinaire comporte 2 heures consacrées à la piété et 7 heures environ au travail intellectuel (classe ou étude). En général chaque exercice de piété ne dépasse pas un quart dheure, et chaque séance de classe ou détude 1 heure

    Depuis sa fondation en 1891, San-kouan-leou a traversé 4 fortes persécutions et les troubles de la Révolution de 1911, sans parler des guerres civiles et de lanarchie endémique qui règnent depuis. A deux reprises on a dû le fermer. Malgré ces contretemps, il a fourni au petit séminaire une moyenne annuelle de près de 8 élèves (exactement 7, 91) en 37 ans. Le contingent de ces dernières années a été sensiblement plus fort que dans le passé. Bref, depuis le commencement, les entrées enregistrées ont été de 434. Sur ce nombre, 117 éliminations ont été faites au probatorium ; 293 élèves ont été envoyés au petit séminaire, et 24 sy préparaient à la fin de 1929.

    (A suivre)
    1932/240-251
    240-251
    Anonyme
    Chine
    1932
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