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Lettre de S. S. le Pape Benoît XV à S. E. MGR Pisani, délégué apostolique des Indes

Lettre de S. S. le Pape Benoît XV à S. E. MGR Pisani, délégué apostolique des Indes.  A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE PIERRE, ARCHEVÊQUE DE CONSTANCE, DÉLÉGUÉ APOSTOLIQUE AUX INDES ORIENTALES, BENOIT XV, PAPE, VÉNÉRABLE FRÈRE, SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
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    Lettre de S. S. le Pape Benoît XV à S. E. MGR Pisani,
    délégué apostolique des Indes.

    

    A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE PIERRE,
    ARCHEVÊQUE DE CONSTANCE,
    DÉLÉGUÉ APOSTOLIQUE AUX INDES ORIENTALES,
    BENOIT XV, PAPE,

    VÉNÉRABLE FRÈRE,

    SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.

    Cest avec grand plaisir que nous avons reçu linsigne témoignage damour et de respect que les Catholiques de lInde nous ont envoyé, lors de leur réunion au Congrès Marial de Madras, au début de cette année ; Nous leur adressons Nos sincères félicitations pour le succès de ce Congrès, qui a été une manifestation solennelle de foi chrétienne et de dévotion envers la Vierge Immaculée.

    Et maintenant, pour que les résultats du Congrès soient durables, pour sceller en quelque sorte la promesse solennelle des Congressistes dexécuter, sous la direction des Evêques, les résolutions prises, Nous croyons opportun de montrer la voie que les Catholiques, individuellement ou en corps, doivent suivre religieusement.

    Cette voie, dette règle de conduite, comme le montrent lEvangile, les Lettres apostoliques et les écrits des saints Pères, est basée sur lobéissance des fidèles à leurs pasteurs légitimes, suivant ces paroles de lApôtre : Obéissez à vos prélats et soyez-leur soumis (HEBR. XIII, 17).

    En effet, les Evêques, dans le gouvernement de leurs diocèses, ne dépendent nullement de la volonté de leurs sujets ; ils nont à rendre compte de leur administration à personne, sinon au Saint-Siège, puisque à Pierre seul il a été dit : Pais mes agneaux, pais mes brebis. Cest donc un devoir et pour les prêtres et pour les fidèles de désapprouver, on non seulement, en eux-mêmes, mais aussi chez les autres, cet esprit dindépendance qui a prévalu (partout) et qui fournit aux ennemis de notre religion loccasion de semer livraie dans la vigne du Seigneur ; quils se gardent, par conséquent, dépiloguer sur les décisions de leurs Evêques, quand celles-ci ne concordent pas avec leurs opinions personnelles ; quils se gardent de les censurer ou de les mépriser de quelque façon que ce soit, privément ou en public, oralement ou par écrit, ainsi que Nous lavons dit déjà dans notre Encyclique Ad Beatissimi Apostolorum : Quaucune personne privée, dans des livres, des journaux, des discours publics, ne sérige en docteur dans lEglise. Tous savent à qui Dieu a donné le pouvoir denseigner.

    LEglise, cest le peuple (chrétien) uni au prêtre, cest le troupeau uni au pasteur. Celui donc qui nest pas avec son Evêque nest pas avec lEglise.

    Ceux-là, prêtres ou laïques, qui agiraient différemment, imiteraient les non-catholiques au milieu desquels ils vivent, seraient pour eux une pierre dachoppement et leur fourniraient une excuse pour rester hors de lEglise. Que plutôt ils coopèrent avec leur Evêque en lui obéissant avec respect ; bien que toute liberté soit laissée à chacun de faire appel au Saint-Siège pour de justes raisons, quils ne prétendent pas, afin de se soustraire à lautorité et aux ordres de leur Evêque, vouloir suivre des prescriptions qui ont pu être données, soit par dautres Evêques pour leurs diocèses respectifs, soit même par le Saint. Siège. Si parfois ils croient opportun de faire quelques remarques ou de manifester leurs désirs à lOrdinaire, quils le fassent avec le respect voulu, uniquement dans lintérêt de la vérité et du plus grand bien de lEglise, et jamais dun ton impératif ou menaçant, ou, ce qui serait pire encore, en ayant recours au pouvoir civil, qui est absolument étranger aux affaires ecclésiastiques.

    La juridiction des Evêques ne sexerce pas seulement dans les affaires religieuses et ecclésiastiques, mais aussi dans toutes les questions où, soit directement, soit, indirectement, le bien de lEglise et le salut des âmes sont intéressés. Cest pourquoi les Evêques, agissant en vertu du triple pouvoir qui leur est dévolu, à savoir : le magistère, le ministère et le gouvernement, ont le devoir de veiller et dexercer leur autorité sur les points suivants :

    1º ladministration des églises, dans laquelle ils peuvent se servir très bien de la collaboration des prêtres et des fidèles ; car, daprès les saints Canons, lEvêque est le tuteur-né de toute uvre ou fondation pie ;

    2º léducation catholique de la jeunesse, quil ne faut jamais séparer de linstruction religieuse ; est effet, puisque notre Sauveur et Maître parlant de lui-même a dit : Vous navez quun maître, le Christ, et que le Christ vit et enseigne dans la personne des Evêques, suivant ces paroles : Qui vous écoute mécoute, cest donc aux Evêques quil appartient détablir les règles légitimes que les maîtres catholiques doivent suivre avec grand soin en ce qui concerne les écoles catholiques et la formation des clercs dans les grands et les petits séminaires ;

    3º enfin la manière dagir ou les relations sociales des fidèles avec les non-catholiques dans la vie civile ; car cest aux Evêques à juger si, dans tel cas ou tel pays donné, il y a danger grave de perdre la foi pour les fidèles à entretenir des relations avec certaines associations, ou à saffilier à certaines sociétés qui se disent neutres, cest-à-dire areligieuses.

    De plus, daprès le texte de S. Paul : Tanquam Deo exhortante per nos (II COR. V. 20), nous devons voir dans nos prélats Dieu lui-même, qui nous parle, nous donne des conseils, nous gouverne, et laisser de côté la question de personne ou toute autre considération.

    Tous désirent naturellement être gouvernés, même dans les choses religieuses, par des hommes de leur nationalité ; aussi ne saurait-on blâmer les Catholiques de lInde qui désirent être gouvernés par des Pasteurs indigènes. LEglise ne sest certainement jamais opposée à pareil désir, vu que pour elle il ny a ni Gentilis et Judus, circumcisio et prputium, barbarus et Scytha, servus et liber, il ny a point dacception de personnes ; dailleurs cela résulte clairement de la ligne de conduite des Souverains Pontifes, qui ont toujours eu à cur de voir le clergé indigène croître tous les jours en sainteté et en science. Mais cest à lEglise seule quil appartient de décider du moment où ce désir doit être satisfait ; à lEglise, disons-Nous, qui veillant, comme du haut dun observatoire, au bien de chaque diocèse, a envoyé depuis longtemps déjà des missionnaires porter, au prix de voyages, de persécutions et de souffrances très pénibles, la foi chrétienne dans ces contrées.

    Donc quiconque, voulant précipiter le cours des événements, sefforce de prévenir la décision de Rome de quelque façon que ce soit, par paroles ou par écrits, celui-là fait preuve dorgueil et dinsoumission à légard du Vicaire de Jésus-Christ, (pareille conduite) laissant supposer que Celui-ci ne se soucie point du salut et de la prospérité des fils de lInde.

    Entre autres actes du Congrès Marial, nous voyons quil a été décidé que les missionnaires devaient travailler de plus en plus à convertir les païens à la foi du Christ. Sous ce rapport, comme Nous lavons souvent répété, Nous navons rien plus à cur que de voir lEvangile prêché, non seulement par les prêtres européens, mais aussi par les prêtres indigènes, puisque cest à eux plus quà tout autre quest dévolu le devoir damener leurs compatriotes païens dans le sein de lEglise ; alors se réalisera la parole de Léon XIII, notre prédécesseur dheureuse mémoire : Tes fils, ô terre de lInde, seront pour toi des ministres de salut.

    Que tous les Indiens se rappellent combien, aux premiers âges de lEglise, lexemple des chrétiens saimant comme des frères a servi à la conversion des Gentils. Quils fassent de même ; quils oublient les causes de division et soient si unis entre eux et si soumis à lautorité légitime quils ne forment quun cur et quune âme, dans la paix et la charité du Christ ; ils contribueront ainsi grandement à la conversion des incroyants. Quils ne manquent pas dalléger les charges pastorales, déjà trop lourdes, de leurs Evêques, et quils témoignent leur reconnaissance aux membres dévoués de Congrégations et dOrdres éminents, qui dépensent leurs forces et leur vie pour le bien de lInde. Une telle conduite, quils le sachent, sera une grande consolation pour Nous, qui aimons les Indiens dun amour spécial, qui vivons, pour ainsi dire, parmi eux par Notre Délégué, et qui népargnerons rien pour que, toute difficulté étant résolue et les esprits en paix, lInde devienne un brillant exemple pour toutes les chrétientés dAsie.

    Et maintenant, implorant le secours tout-puissant de la glorieuse Mère de Dieu, qui a été proclamée au Congrès la Patronne de lInde, et espérant que Celui qui a commencé en vous le bon travail le perfectionnera, laffermira et le rendra durable, comme gage des faveurs célestes et marque de Notre bienveillance spéciale, à vous, Vénérable Frère, à tous les Evêques de lInde, à tout le clergé et à tous les fidèles confiés à leurs soins, Nous donnons de tout cur la Bénédiction apostolique.

    Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 15 Octobre 1921, la 8e année dé Notre Pontificat.

    BENOIT XV.


    1922/259-262
    259-262
    Benoit XV
    Inde
    1922
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