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Lettre circulaire de Mgr de Guébriant

Lettre circulaire de Mgr de Guébriant A NN. SS. LES ÉVÊQUES ET AUX MISSIONNAIRES de la Société des MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS.1 Paris, le 5 Mars 1926. MESSEIGNEURS ET VÉNÉRÉS COLLÈGUES, MESSIEURS ET BIEN CHERS CONFRÈRES,
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    Lettre circulaire de Mgr de Guébriant

    A NN. SS. LES ÉVÊQUES
    ET AUX MISSIONNAIRES
    de la Société des
    MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS.1
    ____


    Paris, le 5 Mars 1926.

    MESSEIGNEURS ET VÉNÉRÉS COLLÈGUES,
    MESSIEURS ET BIEN CHERS CONFRÈRES,

    Une nouvelle Encyclique de sacris Missionibus provehendis vient de paraître. Il ma semblé que ses analogies frappantes avec le premier chapitre du Règlement Général des Missions-Étrangères me dictaient un devoir : cest celui que je viens remplir en vous adressant cette lettre, approuvée unanimement parle Conseil Central.

    Tout le programme de notre Société depuis son origine, cette première vue que Dieu donna aux Evêques et aux ecclésiastiques français qui se réunirent en société au milieu du XVIIe siècle pour travailler à la conversion des infidèles, a son expression dans cette simple phrase de notre Règlement au milieu de larticle premier : Former dans chaque pays un clergé et un ordre hiérarchique tel que Jésus-Christ et les Apôtres lont établi dans lEglise. Et larticle II, supposant quun jour ou lautre ce but sera atteint, déclare que nos missionnaires nauront plus si le Saint-Siège le juge à propos, quà se retirer pour aller travailler ailleurs, dès que dans un pays ils verront le clergé formé de manière à se perpétuer lui-même et les nouvelles Eglises assez solidement établies pour pouvoir se conduire elles-mêmes...

    ___________________________________________________________________________
    1. Cette lettre-circulaire ayant été adressée de Paris à tous les membres de la Société, il navait pas paru nécessaire de la publier dans le Bulletin. Mais S. Exc. Mgr le Délégué Apostolique de Chine, estimant quun document de cette importance mérite la plus grande diffusion, a insisté pour que nous lui donnions place dans notre Revue. Supposant donc accordée lautorisation de Mgr le Supérieur, nous sommes heureux dobtempérer à ce désir, qui pour nous équivaut à un ordre.

    (N. D. L. R.)

    Créer dans chaque pays confié à nos soins un clergé et un ordre hiérarchique : tels sont donc les deux points du programme que notre Société sest proposé et qui est toute sa raison dêtre. Le premier, créer un clergé, a été magnifiquement réalisé ; on ne voit guère comment on aurait pu mieux sy prendre dès le XVIIe et le XVIIIe siècle pour donner à chacun des pays que nous évangélisons des prêtres de sa nation. Lhistoire de nos Missions est là ; les résultats sont sous nos yeux. Nous avons consciencieusement rempli notre devoir et joué un rôle important dans le progrès missionnaire en donnant sans hésiter un exemple que dautres nont suivi quaprès bien des atermoiements.

    Il nen va pas de même pour la deuxième partie : créer... un ordre hiérarchique. Il sagit évidemment de lépiscopat indigène. Nos premiers Vicaires Apostoliques y songeaient. Mgr Pallu avait conçu tout un plan quil soumettait au Saint-Siège dès 1678 (Hist. Gle de la Sté des M.-E., chap. VIII). Mais les difficultés se révélèrent bientôt si grandes que, dès la deuxième génération de missionnaires, les réalisations commencèrent à sestomper dans une perspective de plus en plus lointaine et on semble les avoir dautant plus facilement perdues de vue que les Missions en se développant devenaient dune administration plus compliquée, partant moins facile à remettre entre des mains novices.

    Quoi quil en soit, la nouvelle Encyclique, en affirmant une fois de plus le souci éternel de lEglise pour la conversion du monde païen, et la méthode, toujours la même, quelle entend suivre, aujourdhui commue aux premiers siècles, pour hâter cette conquête en la consolidant, nous remet avec une souveraine autorité en face du but que notre Société sest proposé datteindre, de ce qui pour elle a toujours été une vocation spéciale.

    Demandons-nous donc si vraiment nos Missions ne sont mûres nulle part pour laboutissement que le Saint-Siège a en vue. Assurément elles ne le sont pas partout. Mais nous croyons que, si lévolution définitive souhaitée par lEglise nest pas encore possible dans lensemble des pays confiés à notre charge, elle lest déjà ou peut le devenir rapidement sur tel ou tel point bien choisi. A le taire indéfiniment, nous craindrions, mes Collègues du Conseil Central et moi, de nous charger dune responsabilité que nous ne voulons pas assumer.

    Voici donc comment nous comprenons le devoir qui simpose à nos Missions, cest-à-dire en premier lieu à leurs chefs, et en second lieu, selon la mesure de lautorité et de linfluence dont chacun dispose, à tous les missionnaires.

    Tout dabord faire disparaître les dernières inégalités qui peuvent encore subsister à raison de la différence de races entre prêtres européens et prêtres indigènes.

    Par conséquent, ne plus hésiter à donner place au clergé indigène dans les conseils de chaque mission, et ne pas omettre de prendre son sentiment chaque fois quil sagit du choix dun nouvel évêque ou dune élection quelconque intéressant lensemble de la Mission.

    Donner aux prêtres indigènes non pas tous les meilleurs postes ni tous les postes de confiance, mais une proportion raisonnable soit des uns, soit des autres ; et cela, moins pour leur donner une satisfaction légitime que pour les habituer et les exercer à porter des responsabilités.

    Dans le même but dinitiation, ne pas craindre dappeler les indigènes à exercer dans la Mission une part dautorité, même sur les Européens, à titre de supérieurs régionaux, provicaires, vicaires généraux, etc.

    Regarder luvre des Séminaires comme luvre capital de chaque Mission ; luvre commune de tous les missionnaire, à laquelle chacun deux doit coopérer selon sa situation et ses possibilités, au moins par son zèle à découvrir les vocations, à les dégrossir et à les orienter. Ne pas souffrir que les instructions du Pape restent lettre morte sur aucun des points qui intéressent la formation du clergé indigène, lélévation de son niveau moral et intellectuel, son initiation à tous les devoirs et toutes les fonctions du sacerdoce, lenvoi de quelques sujets choisis dans des maisons denseignement supérieur à létranger, etc.

    Ne plus envisager de nouvelles cessions de territoire à des instituts missionnaires européens ou américains ; mais, là où une division paraît désirable, préparer la création dune nouvelle unité ecclésiastique sous une administration indigène. Et donner à cette préparation les soins les plus minutieux, sans reculer devant aucun sacrifice, parce quun vicariat ou un diocèse indigène mis sur un bon pied serait pour la Mission-Mère et pour toute notre Société la plus méritoire des uvres et le plus enviable des succès. A tel point quen plus dun cas on pourrait envisager la cession au clergé indigène de la section principale de la Mission divisée, nos évêques et nos missionnaires se retirant, selon le vu de notre Règlement, dans la partie la moins développée et la plus inculte. Remarquez dailleurs quune pareille cession ne suppose pas nécessairement le retrait de tous les missionnaires ; au contraire, rien ne serait plus édifiant que de voir de bons missionnaires garder, au moins quelque temps, leurs postes sous un évêque indigène, dans le but désintéressé de faciliter les transitions dans ce quelles ont de plus délicat.

    Etudier, en tout cas, non pas théoriquement, mais en vue de réalisations pratiques, les modalités dune évolution quil faut accepter davance comme prochaine sur une partie des territoires à nous confiés. Je suggère une de ces modalités, non pas dans le désir de la voir préférer à dautres, tuais pour donner un exemple précis de ce que nous devons avoir en vue.

    Donc : Première étape. Déterminer la zone où lon veut établir léglise indigène sous un évêque indigène ; et, cela va sans dire, faire cette détermination avec le plus grand soin dans le but de mettre aux mains du clergé indigène tout ce qui peut faciliter sa tâche et assurer sa réussite : chrétiens nombreux et bien formés, bonne installation centrale, ressources matérielles, etc.

    Deuxième étape. Dans la zone choisie, substituer, au moins dans le plus grand nombre des postes, le personnel indigène au personnel européen. En même temps chercher, par un effort spécial, à y intensifier le recrutement des séminaristes pour assurer des prêtres au nouveau diocèse.

    Troisième étape. Demander à Rome la division de la Mission en deux, lune restant aux Missions-Étrangères avec le Séminaire, lautre devenant Vicariat ou Diocèse indigène, canoniquement érigé.

    Quatrième étape. Suggérer au Saint-Siège de ne pas nommer immédiatement lEvêque indigène, mais de nommer lEvêque (européen) de la Mission-Mère Administrateur de la nouvelle Mission, afin quil ait encore un certain temps pour achever la préparation déjà en train, laissant aux esprits celui de shabituer aux changements dadministration et provoquant dans le clergé indigène une émulation au bien qui manifeste leurs capacités et les mette en valeur.

    Cinquième étape. Après que la réflexion et lexpérience ont permis darrêter à meilleur escient les choix à proposer au Saint-Siège, demander à Rome quil soit procédé à lélection dun Evêque indigène.

    Tout ceci, je le répète, na dautre but que dindiquer la possibilité de ménager les transitions utiles.

    Mais, quel que soit le processus adopté, lheure nest plus aux discussions théoriques. Il faut absolument passer aux réalisations et voir sur quels points de nos Missions elles sont dores et déjà possibles pour un avenir très prochain....

    Jai confiance que mon présent appel, écho des traditions les plus anciennes et les plus authentiques de notre Société, écho en même temps de la voix du Pape dans ce quelle a de plus actuel et de plus pressant, sera entendit et compris. Après les échanges de vues quil doit provoquer sans retard inutile, des réalisations devront suivre.

    Je suis,
    Messeigneurs et Vénérés Collègues,
    Messieurs et bien chers Confrères,
    Votre serviteur en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

    J. DE GUÉBRIANT,
    Archevêque de Marcianopolis,
    Supérieur du Séminaire et de la Société.


    1926/392-397
    392-397
    Guébriant
    France
    1926
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