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Lethnologie et les Missionnaires

SOMMAIRE du No 33 Septembre 1924 LEthnologie et les Missionnaires (D. DOUTRELIGNE)549 Le nouveau Vicariat de Hiroshima (Suite)(J.-B. DUTHU)555 Un Pionnier de la Brousse laotienne. Le Père Xavier Guégo (fin) (c. DÉZAVELLE)565 Les Ecoles en Chine (G. de Jonghe)576 VARIA. Traits de Murs républicaines chinoises583 Chronique des Missions et des Etablissements communs. Nécrologe588 BULLETIN de la Société des MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS hhhhhhhh
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    SOMMAIRE
    du No 33 Septembre 1924

    LEthnologie et les Missionnaires (D. DOUTRELIGNE) 549
    Le nouveau Vicariat de Hiroshima (Suite)(J.-B. DUTHU) 555
    Un Pionnier de la Brousse laotienne. Le Père Xavier
    Guégo (fin) (c. DÉZAVELLE) 565
    Les Ecoles en Chine (G. de Jonghe) 576
    VARIA. Traits de Murs républicaines chinoises 583
    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
    Nécrologe 588



    BULLETIN
    de la Société des
    MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS

    hhhhhhhh

    3e ANNÉE Nº 33 SEPTEMBRE 1924
    ___________________________________________________________________________

    Lethnologie et les Missionnaires

    A propos de deux réunions :
    Tilburg (1922), Paris (1923).

    La première de ces réunions se tint sous les auspices du Sacré-Cur, le grand Ami des hommes ; lautre, sous le patronage de Voltaire, lillustre comédien touche-à-tout, si profondément dédaigneux de lhumanité. Lethnologie religieuse et la science des religions étaient le programme des deux assemblées. Les synthèses qui y étaient proposées avaient été dressées au moyen des éléments fournis par des observateurs, dont les plus compétents furent, sans aucun doute, les missionnaires catholiques. Cest au nom de la science religieuse que lune et lautre assemblée avaient réuni lélite de la science catholique et du savoir profane. Des deux côtés, il faut le dire, on put constater un égal désintéressement dans lénoncé des communications, une modération bien comprise, le juste milieu qui néprouve aucune difficulté à enregistrer les objections. Tilburg fut lexposé clair et lumineux de la méthode catholique. Paris montra lérudition parfois énorme des orateurs particuliers. Tilburg fut calme. A Paris on travailla simplement, chacun donnant ses préférences motivées, mais finalement les réunions générales retombèrent dans les lieux communs dun évolutionnisme de commande, visiblement suranné.

    Lethnologie est la science de lhomme dans sa plus large acception. Quel est le missionnaire qui, abordant la vigne qui lui est assignée, nétudie minutieusement lhomme, la race, quil va entreprendre dévangéliser ? Lhomme, quel est-il ? Doù vient-il ? De quels pays obscurs est-il sorti pour arriver à ce stade de civilisation acquise aujourdhui et progresser à la conquête de cette nature toujours fuyante, mais chaque jour plus belle et plus prenante ? Le Français aime à scruter les arcanes les plus profonds, les questions les plus subtiles pour les illuminer des clartés les plus vives et des méthodes les plus sûres. Pour lui la profondeur est une puissance déclairement qui permet de voir le fond des choses. A Tilburg, ce fut réellement le triomphe de la manière française. Il y a quelques mois, le R. P. Pinard en apportait des échos au Séminaire de Paris devant nos aspirants rassemblés. Lethnologie est la science de lhomme dont nous cherchons avec anxiété les origines, si nous restons armés des seuls moyens de la science humaine. Les uns le disent intelligent dès son apparition sous la voûte des cieux ; les autres nient ce fait ; dautres attendent que les découvertes de la paléontologie aient permis de situer et de clore le problème. Voilà une partie de la question et, daprès les conclusions établies, on bâtira de part et dautre des systèmes de philosophie niant ou affirmant lexistence de forces supra-naturelles. Certains ont cette véhémence de la passion qui les excite à travailler une vie entière, cherchant les moindres détails permettant de nouer les millions danneaux séparant latome matériel du premier mouvement qui a produit lintelligence. Nous, savons quils ne réussiront pas : in vanum laboraverunt qui dificant eam. La matière ne peut émettre de lintelligence. Eux le prétendent. La science catholique prouvera par les faits que la chose na pas eu lieu. A côté de nous il y a donc une pléiade de savants de bonne ou de mauvaise foi. Une large proportion numérique doit être accordée aux vrais chercheurs que la vérité attire.

    Il ne doit pas déplaire décarter les obstacles qui les séparent des sources de la vérité. Devant ces deux écoles, pour juger des résultats acquis nous nous placerons sur un même terrain, sur pied dégalité, et, pour convaincre nos adversaires sérieux, nous ferons table rase (provisoirement, au moins,) de toutes les données de la révélation. Cest ce quont admis nos savants catholiques et les illustres orateurs de lassemblée de Tilburg, dont les noms résonnent maintenant en signal de rappel quand on traite de ces questions : les Schmidt, Pinard, Bros, Brou, etc... Après avoir fait table rase, il fallait une méthode de travail. Le Père Pinard nous la magistralement exposée : cest la méthode historico-culturelle qui a été adoptée. Nous verrons plus loin quelle est plus simple que le nom quelle porte.

    Le parti dà côté possède une école qui a jeté de vigoureuses racines depuis le XVIIIe siècle. Voltaire et Jean-Jacques ne furent pas les derniers à profiter des relations de nos missionnaires du Canada. Ils ont battu le tamtam pour annoncer que le problème des origines se résoudrait avec la connaissance du sauvage qui (daprès eux et depuis lors pour leur école,) était lexemple vivant de lhumanité à ses débuts. On se rappelle les discussions sur le bon et le mauvais sauvage. Dès lors le monde des salons savants courut aux renseignements, les écrits des missionnaires furent pillés ; on leur fit dire oui, on leur fit dire non. Le Père Laffitau, jésuite et missionnaire au Canada, le père de la méthode comparative, avait été le premier à expliquer les peuples antiques en les comparant aux sauvages du Nouveau-Monde ; il concluait même à lidentité des religions primitives de la Grèce et du Canada. Enfin il sait, dit Bros, que lethnologie religieuse est une science complexe et il fait, comme ses collègues en observation, sa place à létude de la langue, des institutions et des coutumes. Les sauvages, pensait-il, ont erré comme les anciens dans lobjet de la foi et dans le culte quils ont rendu à Dieu, mais Dieu ne sest pas entièrement caché aux nations. Le P. Laffitau représente la thèse catholique et vraiment ethnologique.

    Lécole voisine va avec le temps préciser sa philosophie évolutionniste. Pour Auguste Comte, lhumanité a commencé par la barbarie primitive, puis a franchi diverses étapes pour arriver au progrès et au stade du moderne rationalisme. A tout prix cette école devra retrouver une religion rudimentaire et ses développements ultérieurs. Lhomme individuel, familial, social, religieux, archaïque, ancien, moderne et contemporain, civilisé, barbare ou sauvage, sera soumis à un examen très minutieux. On doit bien retrouver les penchants du gorille plus ou moins voilés à mesure que du plus civilisé on descend à lexamen du moins civilité. La famille subira le même genre de recherches ; de même la société, presque toujours confondue avec létat religieux, sera remontée à travers les siècles jusquau point atomique de la religion irraisonnée du sauvageon. Ce point atomique prendra différents noms : magisme, totémisme, animisme, sociologisme, et toute une série de noms en isme dont le sens changera parfois avec ceux qui les emploient. Lhomme sera découvert par certains comme existant à une étape antérieure à létape intermédiaire de lanthropomorphe, anthropoïde vivant sur les confins de lanimalité doù il est, sorti vainqueur par ses propres forces. Ceci étant posé, le tour est joué : il ny a plus quà jouir du panorama ! Plus besoin dEtre Créateur ! Dieu nexiste plus que dans limagination des savants des temps passés.

    Malheureusement il y a un gros mais que les missionnaires, par leurs documents, ont élevé contre ces prétentions. Ces documents ont permis de contrôler les dires de ces braves rejetons des anthropoïdes et des lémuriens. Nos savants nont voulu ni mordre ni être méchants ; ils ont simplement étalé les faits et ont prouvé que tous les systèmes évolutionnistes en ces matières péchaient par la base en voulant à tout prix faire entrer les faits et coutumes dans des cadres préconçus. Bros, dans le dernier chapitre de son livre, nous montre cet apriorisme vraiment trop visible, et il détruit de façon magistrale les deux grandes théories que se partage actuellement le monde évolutionniste. Il conclut par ces lignes : Les catholiques instruits de leur religion et armés dune bonne méthode nont pas à craindre daborder létude comparée des religions et de lethnologie. Leur foi les prépare mieux à ces travaux que les doctrines rationalistes ny préparent leurs adeptes ; elle ne leur impose aucun a priori qui déforme préalablement les faits observés. Il leur reste à sappliquer avec patience, lenteur et sérieux. Ils acquerront dans ce domaine scientifique de lethnologie, dont ils ont été les initiateurs et que les travaux des missionnaires catholiques ont contribué à enrichir, la place que mérite la vérité quils ont lhonneur de posséder et de servir.

    La méthode à laquelle ces lignes de Bros font allusion et que nous appelons historico-culturelle consiste en une recherche et classement méthodique de tous les faits, coutumes, pensées, paroles, écritures, détails de tout genre, quelque minimes soient-ils, religion, morale. Les savants catholiques ont profité des erreurs de leurs voisins évolutionnistes, psychologues, sociologues, et leur thèse comparative sest trouvée confirmée. Ils lont perfectionnée par la méthode des cycles culturels. Cette méthode consiste tout dabord dans une étude minutieuse des faits ethnologiques et de leurs groupements organiques en cycles culturels. Les faits encadrés dans leurs circonstances de milieu et de terroir offriront dès lors et par eux-mêmes plus de facilité à leur interprétation.

    Quant aux explications des faits eux-mêmes, elle procède par étapes :

    1o. Cest tout dabord la question historique dorigine quelle pose. Un cycle culturel est un ensemble de croyances et dhabitudes déterminées et constitue un organisme complexe. De ce cycle, grâce à ses caractéristiques matérielles, on peut suivre lexpansion géographique, puis lhistoire, par rapport aux autres cycles quil pénètre ou quil subit. Et ainsi, en comparant les divers cycles, on peut déterminer la primitivité relative de chacun deux.

    2o. Pour ce qui est des ce questions dorigine définitive, par défiance contre la sociologie destructive de M. Durkheim, le Père Schmidt semble se refuser à les aborder ; mais les indications de ses ouvrages sont nettes. Quand sera venu, après de longs travaux positifs de classement méthodique, le temps des constructions synthétiques et des explications dorigine, cest lhistoire de la tradition et des traditions religieuses, celle aussi des initiateurs religieux, celle enfin des superstitions et des illusions créées par lesprit de lhomme abandonné à lui-même quil écrira.

    Le premier terme de cette étude est donc le procédé dobservation ; le second marque le but poursuivi par ce procédé, qui est de découvrir histoire des peuples primitifs telle quelle est décrite dans leurs institutions et leurs cycles culturels.

    Sous la grossièreté des rites et des formules se cache très souvent le mystère de la vie spirituelle, qui permet aux âmes de connaître et daimer Dieu et daccomplir leurs devoirs.

    Ne négligeons aucun détail. Dans létat actuel de cette science le travail des missionnaires est dune importance considérable. Les plus petites observations faites dans les milieux où ils se trouvent, demi-civilisés, barbares, sauvages, peuvent être lanneau dune chaîne interrompue. La méthode de classification demande des idées et des faits les plus nombreux possibles. Qui est mieux placé que nous pour les recueillir ? Coutumes actuelles ou anciennes, traditions ou légendes, modes de pensée et dexpression, manifestations des émotions de douleur ou de plaisir, extériorisation des sentiments, etc., etc. : le champ est vaste. Lhistoire du pays fournira quantité de données à nos savants ethnologues. LAsie, et en particulier la Chine, est un terroir où presque tout reste à faire. La principale qualité de celui qui voudra se rendre utile à lapologétique et au dogme sera dêtre un parfait observateur. Lobservation précise et claire est ardue, car il faut savoir regarder sans aucune espèce de daltonisme originel ou acquis. Pour observer il faut un il sain ; il faut ne se laisser entraîner par aucun préjugé dinfluence ou de milieu. Tout cela présuppose une possession parfaite de soi-même et en cela la préparation exacte et rigoureuse à lobservation des faits rejoint le travail de perfection individuelle auquel chacun est tenu de se livrer.

    Daprès les travaux déjà exécutés, on peut dire que les théories évolutionnistes sont désormais battues en brèche. Les savants catholiques y ont été aidés par les missionnaires. Continuons ce beau travail. En voyage, en visite des chrétiens, observons, regardons. Les choses dart sont très intéressantes, quelque grossières quelles nous apparaissent. Dans une grotte de vieilles sculptures se présentent ; aux alentours se racontent de fabuleuses légendes : il y a, sans nul doute, de bonnes choses à glaner, si lon ny découvre pas une vieille station historique. Si, par défaut dhabitude, la plume nous glissait trop facilement des doigts, nhésitons pas à faire un petit effort, et je suis certain que les rédacteurs du Bulletin se feront toujours un plaisir de recevoir les communications toutes minimes quelles soient : ils les feront parvenir aux bureaux centraux de lethnologie catholique. LAnthropos a été créé particulièrement pour réunir les monographies faites par les missionnaires ; il est lorgane attitré de cette science religieuse. Déjà les Missions-Étrangères y figurent à bonne place.

    Une nouvelle semaine internationale dethnologie religieuse et catholique va se tenir à Milan durant lexposition des Missions. Que nos représentants y puissent faire bonne figure !

    D. DOUTRELIGNE,
    Miss. de Lanlong.

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    1924/549-555
    549-555
    Doutreligne
    France
    1924
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