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Les Siamois : Notes ethnographiques

Les Siamois Notes ethnographiques.1 Les savants eux-mêmes ont bien de la peine à démêler ce quils croient être la vérité parmi les récits fantastiques dont les Siamois, non moins que leurs voisins, ont agrémenté leurs annales.
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    Les Siamois
    Notes ethnographiques.1

    Les savants eux-mêmes ont bien de la peine à démêler ce quils croient être la vérité parmi les récits fantastiques dont les Siamois, non moins que leurs voisins, ont agrémenté leurs annales.

    Ils ont comme jalons quelques rares inscriptions découvertes parmi les ruines de vieux temples. Une date, le nom dun roi victorieux, dune ville prospère, dun royaume aux frontières considérablement reculées, puis un hiatus formidable : lhistoire se tait pendant un siècle ou deux. Ce gouffre se comble par des suppositions fort plausibles certainement, mais qui pourraient bien un jour dêtre controuvées.

    On nous parle souvent dun immense empire khmer, qui occupait seulement le Siam actuel, mais encore le Cambodge et une partie de la Malaisie. Dans les grandes villes de cet empire, de temples magnifiques abritent la multitude des dieux du ciel brahmanique ; dans de somptueux palais des rois de race hiudou-brahme étalent leur faste oriental. On ne nous dit pas que les multitudes douvriers employés à ces constructions étaient des gens amenés dautres pays et que des populations entières moururent à la tâche. On voudrait savoir si les grands espaces qui séparaient ces villes étaient couverts ou non de rizières, de jardins, et occupés par de robustes travailleurs, ou si, comme aujourdhui, quelques rares villages seulement sespaçaient sur la lisière de forêts impénétrables. Cela ne se saura jamais, car la jungle a étendu son voile épais sur tout ce que ceux qui sont venus après ces constructeurs ont oublié de détruire.


    1. Lauteur de ces notes a mis à contribution les travaux antérieurs du P. Schmitt ( 1904), missionnaire de Siam, et ceux, plus récents, de S. A. R. Prince Damrong, oncle du roi de Siam, très versé dans lhistoire de son pays.


    Quels étaient ces Khmers, qui devaient plus tard céder la place aux Siamois ? Il est probable, dit le Père Schmitt, dont les travaux font autorité en cette matière, quils étaient originaires du Sud de lInde, comme les peuples Mon et Annam. La presquîle malaise et la vallée du Ménam étaient, sans doute, occupées primitivement par des peuplades de race négrito. Celles-ci furent refoulées vers le Sud et rejetées vers la mer par les Khmers ; quelques tribus seulement purent se réfugier dans les montagnes de la presquîle. De rares individus y vivent encore misérablement sous le nom de Semangs.

    Que les Khôm Khmers aient remplacé les Négritos, ou quils soient considérés comme les aborigènes du Siam, peu importe ; ce qui est certain, cest que les contrées du Nord étaient déjà occupées par la race laotienne, quon croit être la race aborigène. Ils peuplaient la vallée du Mékhong jusquà Oudone, Oubone et Khôrat.

    Le P. Schmitt nous dit que la langue khmer a laissé des traces chez les peuplades que nous appelons aujourdhui Kha, Mon, Meng ; elles furent donc dorigine khmer ou furent absorbées par les Khmers.

    Quoiquil en soit, cet empire devint bientôt formidable, et un jour vint où les rois hindo-brahmines qui régnaient sur le Cambodge étendirent encore leur puissance. Elle était à son apogée lorsque se fonda le petit royaume siamois de Sukhôthai.

    Religion des Khmers. Quelle fut la religion primitive des Khmers et des Laotiens ? Il est très probable que ces peuplades furent purement animistes. Aujourdhui encore, alors que Siamois, Laotiens et Cambodgiens se disent bouddhistes, les pratiques culturelles qui se font en dehors des pagodes ont pour objet le culte des esprits. Ce nest quensuite que la religion et la civilisation hindoue pénétrèrent chez les Khmers. Les provinces de lOuest adoptèrent un Bouddhisme à peu près exempt de tout mélange de religion brahmanique. Le Bouddhisme des provinces de lEst eu fut, au contraire, fortement imprégné. Voici comment le prince Damrong nous explique cette anomalie : Le Bouddhisme aurait été prêché dans les provinces de lOuest sous le règne de lempereur Asoka (250 ans avant J.-C. ). De nombreux Indiens avaient émigré dans ces provinces par suite des guerres de ce même empereur ; les prédicateurs du Bouddhisme les y suivirent et leur firent adopter le Bouddhisme primitif, qui nadmettait point encore la reproduction de limage de Bouddha. Quelques temples sans ornementation et de forme ronde sélevèrent. Cest exactement, dit le prince Damrong, le style des monuments dont les ruines se trouvent dans la province de Nakhon Pathom. Ceci toutefois ne prouverait point que le Bouddhisme resta complètement dégagé de toute pratique cultuelle brahmanique, car, quelle que fût la pureté de doctrine des prédicateurs bouddhistes, il faut croire que les émigrants hindous, comme aujourdhui les Chinois qui sétablissent au Siam, ne perdaient point contact avec leur mère-patrie. Les vicissitudes du Bouddhisme dans les Indes, ses luttes contre le Brahmanisme, les scissions parmi les bouddhistes eux-mêmes, tout cela dut avoir une répercussion dans les provinces de lOuest, et la religion dut y subir des transformations.

    Dans les provinces de lEst, on peut supposer quun Bouddhisme fortement mitigé de Brahmanisme avait été prêché par la secte des Mahâyâna ; mais il est bien inutile de recourir à cette hypothèse lorsquon sait que, entre les années 400 et 503 de lère bouddhique, de nombreux émigrants indiens, partis de Sithamarat (Ligor) traversèrent le golfe et vinrent sétablir sur la côte Est du Siam. Suivant une tradition des Khmers, les Brahmes qui fondèrent Angkor arrivèrent à Kémarat au nombre de 1.000 individus. Ligor, où ils sembarquaient, était peuplé de descendants des Argyakas et on y conservait toutes les pratiques brahmaniques. Linfluence de ces étrangers fut bientôt assez considérable pour imposer une dynastie brahmane-hindoue au peuple khmer. Ces rois hindous favorisèrent la religion brahmanique et ce furent leurs ouvriers et leurs architectes qui bâtirent ces temples de style gréco-hindou dont on admire les ruines à Angkor, etc... On y sent linfluence de deux religions, dont lune emprunte à lautre ce qui lui manque pour satisfaire à la fois le sens religieux, le sens artistique et aussi les propensions à la volupté dun peuple corrompu.

    La race khmer, eut effet, soumise à linfluence politique et religieuse dune autre race, marche vers son déclin, et bientôt, comme la race laotienne, elle devra reculer devant dautres peuplades plus vigoureuses qui lentement descendent du Nord.

    Ainsi les Khmers étaient bouddhistes, mais ils gardèrent les innombrables divinités brahmaniques. Ils neurent garde non plus de congédier les démons, génies et lutins quavaient honorés leurs ancêtres et qui peuplaient les eaux, lair et les forêts.

    Lorsque les Siamois descendirent du Yunnan avec un bagage religieux probablement assez considérable, les Khmers leur léguèrent leurs croyances et leur culte. Cest de tout cela quest faite la religion des Siamois, sans compter tout ce que lafflux de limmigration chinoise a pu y apporter depuis près de 100 ans.

    Les Siamois. Daprès le P. Schmitt, à lorigine des temps, les Thaï 1 ( Siamois) sont signalés sur les bords du Brahmapoutra. Avant lère chrétienne, sous le nom de Ahous, ils fondent le royaume dAssam, puis celui de Manipoura. Dès leur conversion au Bouddhisme, ils gagnent le bassin de lIraouaddy et de la Salouen et fondent Tongou.

    Avec dautres masses thaï un grand empire se forme dans le Yunnan caractères chinois, absorbant peu à peu les territoires actuels du Kouytcheou caractères chinois, Kouangsi caractères chinois, Kouangtong caractères chinois, jusquaux montagnes de Hainan caractères chinois. Il est à peu près certain que les Ho caractères chinois et les peuplades désignées par les Chinois sous le nom de Miao caractères chinois Ouan-tou-yan caractères chinois, relèvent du même groupe ethnique que les Siamois.

    Sur le séjour des Siamois dans les provinces sud de la Chine, voici ce que dit le prince Damrong, après des recherches minutieuses faites par un sinologue distingué.

    Les Chinois désignaient les Siamois sous le nom de Lan-tchou caractères chinois, nom qui signifie rois du Sud. Ces Lan-tchou étaient dès le début divisés en tribus nombreuses et subirent loppression des Chinois ; mais vers 647, un de leurs rois, que les Chinois désignent sous le nom de Si-nou lo caractères chinois, finit par réunir sous son sceptre les 6 ou 7 principautés siamoises et par se soustraire à la domination chinoise.


    1. Thai ou Sayam (Siam) signifie libre ; pour plus de clarté je les désignerai toujours sous le nom de Siamois.


    La famille royale de Sinoulo gouverna le royaume jusquen 744, époque où règne Kolofong caractères chinois, roi guerrier qui étend sa puissance et porte ses armées victorieuses jusquau Thibet. Cest à cette époque que les Siamois fondent Mongtse caractères chinois. Salliant tantôt le Setchoan caractères chinois contre le Thibet, tantôt avec le Thibet le Setchoan, ils maintiennent leur indépendance jusquà lépoque de la domination mongole en Chine. Le prince Koubilai Khan caractères chinois finit par les soumettre. Il serait peut-être possible aux missionnaires du Yunnan de nous renseigner sur lhistoire de la domination des Siamois. Il existe un ouvrage chinois, Lan tchao ye che caractères chinois, qui raconte lhistoire des régions du Sud de la Chine. Aujourdhui encore, dit le P. Maire, la plaine de Taly caractères chinois est habitée en grande partie par les Min kia caractères chinois, peuplade à part qui ne fraie pas avec les Chinois et qui est probablement de race siamoise. Dans la ville de Tongtchouan caractères chinois, il existe une rue que les Chinois appellent Man-tse kai caractères chinois, dont les habitants disent que leurs ancêtres ont guerroyé dans le pays. Les Mong caractères chinois au Nord du Tonkin sont vraisemblablement les arrière-neveux de Mong Sinoulo caractères chinois, qui régna en 649 au sud du Yunnan.

    Laissons maintenant les Siamois du Yunnan et autres lieux pou ne nous occuper que de ceux qui émigrèrent vers les plaines du Sud.

    Emigration des Siamois du Yunnan. Quon nimagine pas une invasion avec lallure de masses qui se répandent comme un torrent. Soit à la suite de guerres intestines, soit à cause de loppression des Chinois, nous voyons de temps à autre des bandes siamoises quitter le Yunnan et descendre vers le Sud. Cette émigration commença dès le premier siècle de lère chrétienne. Les émigrants suivirent deux routes différentes, lune vers le Sud-Ouest, lautre directement vers le Sud.

    Les Siamois qui suivirent la première atteignirent la vallée de la Salonen, et en 257 il est fait mention dun petit royaume appelé Phong, dont on ignore dailleurs la position exacte. Ces Siamois qui pénétrèrent jusquà lIraouaddy, restèrent toujours séparés de leurs frères, qui les désignait sous le nom de Thai yaï, grands Siamois. Les Ngiu font partie de cette branche de la famille siamoise.

    Les Siamois qui descendirent vers le Sud atteignirent le Mékong et fondèrent un petit royaume appelé Sib song chu thai, les douze maîtres siamois. Ces douze principautés restèrent longtemps indépendantes les unes des autres, et, soit que leur population fût fort clairsemée, soit quelles fussent en guerre entre elles, elles ne purent étendre leur puissance. Enfin un de leurs chefs, dont les annales ont retenu le nom, Phraborum, devint assez influent pour réunir ces divers petits états en un seul faisceau ; peut-être aussi reçut-il des renforts par un nouvel afflux démigrants, toujours est-il quil réussit à fonder un nouvel état, Muang Kheng. Dès lors la marche des Siamois devient plus rapide, linvasion sétend en largeur dans les provinces désignées sous le nom de Sibsong phanna, et en profondeur vers le Sud, où elle atteint Muang-Xang (Louang Prabang), et bientôt les Siamois bordent les frontières de lempire khmer.

    Cette marche envahissante se continue jusquen 857, époque où un de leurs rois, Phrachao phrom, chef de la race royale doù sortit plus tard le fondateur de Juthia, pénètre dans le territoire khmer jusquau Muang Xalieng, cest-à-dire quil occupe les provinces de Phyab et de Xieng Rai. Ce nouvel état était appelé Muang-Fang (Fang nest plus aujourdhui quun petit village dans la province de Xien Rai).

    On ne sait rien des guerres que les Siamois eurent à soutenir, on constate seulement que de 1057 à 1250 les Siamois se sont rendus maîtres de presque toute la vallée du Ménam et dune partie de la presquîle malaise. Ils occupent 9 provinces khmères : Savankalok, Sukhothai, Kampeng Phet, Uthong, Muang Pathom, Muang Ratburi, Muang Phetxaburi, Xaya, Sithamarat (Ligor). Une question se pose : comment sest écroulé une partie de lempire khmer devant les bandes sans cohésion et sans discipline ?

    Lexplication est fort simple ; les Siamois neurent quà enfoncer des portes déjà ouvertes. Une race nouvelle venant des provinces hindoues limitrophes du Thibet, les Birmans, avait fait son apparition. Vers 1057, un de leurs premiers rois, Onuruth, après avoir fondé Phukam, entreprit de conquérir un royaume. Non seulement il sempara des provinces occupées par les Thaï Yai sur la Salouen et lIraouaddy, mais il déborda les provinces du Siam occidental appartenant aux Khmers. Le Muang Saluey 1 fut ruiné de fond en comble et ses habitants emmenés en captivité. Les Birmans ne se retirèrent des provinces quils avaient ruinées et vidées de leurs habitants que lorsque le nouveau royaume quils venaient de fonder fut détruit à son tour par les Mongols (1284).

    Les Thaï Yai purent alors récupérer les provinces quils avaient perdues, et les Siamois restèrent paisibles possesseurs des provinces khmères abandonnées par les Birmans.


    1. Le Muang Saluey, nous dit S. A. R. le prince Damrong, nest autre que la province actuelle de Phrapathom. Daprès lui, le roi birman aurait doté ses nouveaux états des institutions civiles et religieuses empruntées à ce vieil état khmer. Les édifices religieux du Phukham, nous dit-il, sont de même style que ceux de Phrapathom, et les pièces de monnaies trouvées dans le Phukham sont identiques à celles découvertes à Phrapathom.


    Royaume de Sukhothai (1250-1357). Jusquici nous, avons suivi confusément les bandes siamoises dans leur marche lente vers la vallée du Ménam. Bénévolement nous avons donné le nom de rois à ces chefs de bandes, et le nom de royaumes aux rares lieux détapes que les annales nous ont fait connaître. Que devinrent les races aborigènes qui se trouvèrent sur la route dinvasion ? Furent-elles absorbées par le vainqueur ou anéanties par lui ? Autant de questions qui demeureront toujours sans réponse.

    Nous trouvons maintenant les Siamois en contact avec une vieille civilisation et il nest pas douteux quune transformation profonde va sopérer.

    Cest, en effet, pendant le règne des rois de Sukhothai que les Siamois, pour la première fois, nous apparaissent comme un peuple organisé et doté dinstitutions civiles et religieuses.

    La capitale du nouveau royaume était située sur une branche du Ménam entre le 17e et le 18e degré de latitude. Un peu plus bas, Phitsanuloke, bâtie sur la branche orientale du même fleuve, appartenait encore aux Khmers.

    Sukhothai devint bientôt une ville considérable. Dans ses murs se coudoyaient les Pégouans, les Birmans et les Khmers. Des Ariyakas hindous brahmes, venus de Ligor, y recevaient lhospitalité. Le culte bouddhique dut y subir leur influence, et aussi celle des Khmers, et se nuancer fortement de Brahmanisme.

    Ce furent ces mêmes Ariyakas qui, sous le règne de Ramakhamheng, dotèrent la langue siamoise dune écriture. Les inscriptions de Ramakhamheng nous apprennent aussi que le commerce était prospère et lagriculture en honneur dans son royaume. Voici les noms des rois qui régnèrent pendant toute la durée du royaume de Sukhothai, cest-à-dire de 1250 à 1357 :

    1) Indradithya (Khunsi Intharadit).
    2) Ban.
    3) Ramakhamheng.
    4) Süa Thai.
    5) Ri Thai.
    6) Rama maha Dharmika Raxathirah (Maha tham raxa thirat).

    Tous ces noms, les faits et gestes des rois de Sukhothai, les limites du royaume, nous sont révélés par les inscriptions et surtout par celle de Ramakhamheng, la plus ancienne et la plus importante 1.


    1. Ces inscriptions, traduites par le P. Schmitt, ont été recueillies par M. Aug. Pavie.


    On acquiert la conviction, en les lisant, que les Siamois rencontrèrent une résistance opiniâtre du côté du Cambodge et dans le Sud, où se trouvent les forteresses de Naphaburi et Davaravadi, la future Juthia ou Ajuthia. Ils furent donc obligés de diriger leurs conquêtes vers le sud-ouest, dans lancien Pégou et dans la presquîle malaise. Ils étendirent leur frontière jusquà Hangavadi et Ligor.

    Il nest point question ici du fameux roi légendaire des Siamois Phra Rüang. Il nest pas étonnant que cette période si extraordinaire de lhistoire du Siam ait donné lieu à une foule de légendes. Les démêlés des rois de Siam avec leurs voisins de lEst, leurs rapports avec leurs parents ou alliés de Xieng Rai, leurs expéditions lointaines, tout cela était de nature à frapper limagination du peuple.

    Daprès le prince Damrong, Phra Rüang ne serait autre que le roi Indradithya, dont le nom brahme signifie maître brillant, Chao Rüang. Il se peut aussi que le nom de Rüang ait été donné à toute la série des rois de Sukhothai.

    Daprès les inscriptions nous constatons que la monarchie siamoise de Sukhothai atteint son apogée sous le règne de Ramakhamheng, puis décline peu à peu sous ses successeurs. Non point que la puissance des Siamois ait faibli, puisquils ont complété lenvahissement de la vallée du Ménam, mais la grandeur de leur capitale du Nord est obscurcie par une nouvelle capitale qui se fonde plus au Sud. Sukhothai et la principauté du Nord devront bien tôt se soumettre à la suprématie des rois dAjuthia.

    Voici, daprès linscription de Ramakhamheng, quelles étaient les limites du royaume après les conquêtes de ce roi :

    AU NORD : Muang Prë.
    Muang Nan jusquau Muang Xava (Luang Prabang).
    Muang Sara Luang, cest-à-dire une partie du territoire actuel de Phitsanulok.

    A LEST : Muang Song Keo.
    Muang Lom.
    Muang Bachai Muang Sithep (dans la vallée du Ménam Sak).
    Muang Sara Kha, (aujourdhui Muang Han ou Sakhon Lakhon).

    AU SUD : Muang Pichit.
    Muang Phra Bang (Nakhon-Savan actuel).
    Muang Prek (Sanburi).
    Muang Suphan Phumi (Muang Uthong).
    Muang Ratburi.
    Muang Phetxaburi.
    Mung Si thamarat (Ligor).

    A LOUEST : Hangsavadi, jusquau golfe du Bengale.
    Le Muang Phayab et les états environnants de Lanna Thai ne sont pas mentionnés. Ces petits états, qui avaient été autrefois une terre laotienne, demeurèrent-ils indépendants jusquà larrivée des Siamois ? On lignore. Vers 1238 il est fait mention dun Khun-Ngam Muang, gouverneur de Muang Phayab, et dun Khun Meng Rai, gouverneur de Muang Ngon. Ce dernier fonde Xien Mai. Le roi de Sukhothai est invité à inaugurer la nouvelle capitale.

    Ces états, habités par des peuples en majeure partie siamois, gouvernés par des Siamois (le prince Damrong nous affirme que Khun Ngam Muang et Khun Meng Rai étaient Siamois), qui étaient peut-être apparentés aux rois de Sukhothai, devaient être leurs alliés, mais non leurs tributaires : voilà ce qui expliquerait pourquoi ils ne sont pas mentionnés. Quant aux provinces de Lopburi et de Juthia, sil nen est point parlé, cest quapparemment elles étaient désertées ou remontaient déjà au Muang Uthong.

    Les annales du Cambodge disent que Banat était fils du roi Uthong et quil mourut après trois ans de règne. Sous son fils les Cambodgiens se révoltèrent : lancien roi chassa les Siamois, mais ceux-ci, en se retirant, emmenèrent 90.000 Cambodgiens, qui leur furent dailleurs repris près de Khorat par larmée cambodgienne qui les avait poursuivis.

    A propos du Cambodge, remarquons quil ne faut ajouter quun crédit limité aux annales des deux pays relatant les guerres impitoyables quils se firent.

    Il nen reste pas moins certain que ces guerres eurent lieu et que les provinces limitrophes des deux pays ont été razziées, dévastées pendant 500 ans. Les villes khmères bâties dans les province Pachim et Muang Phanat étaient considérables, comme lattestent les fossés qui les entouraient, les étangs magnifiques creusés près des pagodes, les canalisations qui amenaient leau potable ; de ces villes il ne reste pas même un pan de muraille debout.

    De temps à autre, le Chinois qui cultive un jardin sur la lisière de la forêt met à jour une statuette, une monnaie, un bijou, quil fait prudemment disparaître. Le Laotien qui erre dans la forêt rencontre une statue de Vishnou, dIndra, un linga en pierre : cela le laisse indifférent, pour lui ce nest quun caillou inutile.

    Les belligérants ayant fait le désert entre leurs deux pays, les expéditions militaires devenaient difficiles et coûteuses. Les Siamois usèrent alors dun système moins dispendieux en hommes et en argent. Profitant des révolutions qui fréquemment ensanglantaient au Cambodge les marches du trône, ils donnaient dans leur capitale refuge à un prince mécontent ou à un roi détrôné. Ils avaient ainsi toujours sous la main un candidat au trône de leurs voisins et attendaient loccasion propice pour intervenir en sa faveur, en les rendant tributaires ou les soumettant à leur influence politique.

    Lhistoire des rois dAjuthia jusquà Phra Naraï est encore fort obscure ; les annales sont remplies des récits de guerre avec les Pégouans, les Birmans, les Cambodgiens et les habitants des provinces du Nord ; elles nous font assister aux fêtes sans nombre données à loccasion de linauguration des pagodes, des palais, mais il ny est point question de létat des provinces. Des intrigues de cour, des compétitions pour le trône, des assassinats de princes massacrés à coups de bâton, assassinats qui deviennent légaux si le bâton est en bois de santal : voilà ce quon trouve, mais rien qui nous renseigne sur les progrès du commerce, de lindustrie et des arts.

    Le prince Damrong, assisté de quelques savants européens, travaille à mettre un peu dordre dans cette confusion de noms et de dates.

    Avant de terminer ce petit travail, je crois quil serait intéressant de répondre à cette question : les Siamois possesseurs de la vallée du Ménam sont-ils les descendants de ceux qui, sortis du Yunnan, envahirent le nord du Siam actuel ? Si oui, pendant les 500 ans que dura le royaume de Juthia ont-ils réussi à conserver les caractères ethniques de leur race ?

    La riche vallée du Ménam attire les peuples, comme autrefois en Europe la France et lItalie attirèrent les Barbares que ne pouvaient plus nourrir leurs steppes stériles. En Europe toutefois, ceux quon appela Barbares, sauf les hordes venues de lAsie (Huns et Avares), ne se signalèrent point uniquement par les meurtres et les dévastations. Ils débordèrent peu à peu lEmpire roumain, qui dailleurs avait déjà incorporés dans ses légions et en avait rempli ses villes et ses palais comme esclaves. Ici rien de semblable : Mongol, Thibétain, Khmer, Mon, Laotien, Chinois et Siamois se sont si bien amalgamés quil serait difficile de déterminer à quelle race appartiennent ceux qui peuplent aujourdhui le Siam.

    A ceux qui seraient tentés de trouver exagérée cette affirmation il suffira de montrer comment les peuples de cette partie de lExtrême-Orient se faisaient la guerre.

    Cest un drame qui dure 4 à 5 siècles et quon peut diviser en 4 ou 5 actes.

    Premier acte : Les rois dAva et de Birmanie envahissent le Siam viâ Xieng Mai ; vainqueurs ou vaincus ils sen retournent chez eux, dévastant les provinces qui sont sur leur passage et emmenant les habitants en captivité.

    Deuxième acte : Les rois dAjuthia, pour repeupler leurs provinces dévastées, vont razzier les villes du Pégou et fout ce quils appellent The Khrua (verser des familles) : ils déversent ces familles étrangères dans le pays de Siam.

    Troisième acte : Pendant que les Siamois sont occupés avec leurs ennemis de lOuest, les Cambodgiens viennent sapprovisionner dans les provinces de lEst de Siam.

    Quatrième acte : Lorsque les Birmans les laissent en repos, les Siamois envahissent le Cambodge et en ramènent du monde en nombre suffisant pour cultiver leurs rizières de lEst.

    Quant aux provinces du Nord ; Xien Mai, Phitsanulok et autres, qui se trouvent sur le passage des deux adversaires, cest-à-dire entre lenclume et le marteau, elles se donnent tantôt à lun, tantôt à lautre, selon les circonstances. Si elles sallient au Birman, le Siamois les razzie, et les rois et les princes sapprovisionnent chez elles desclaves et de concubines. Si elles sallient au Siamois, le Birman agit de la même façon.

    Voici dailleurs un fait dhistoire contemporaine qui montrera comment la population siamoise a dû se transformer par suite de cette petite opération appelée The Khrua.

    Lorsque les Birmans eurent détruit la ville de Juthia en 1761 et emmené les habitants en captivité, des détachements de leur armée se répandirent dans les provinces. Celles de lEst furent entièrement vidées de leurs habitants. Elles restèrent dans un état lamentable jusquen 1827. A cette époque larmée siamoise reconstituée détruisit Vienchane et en ramena prisonnières les populations quelle répartit dans les provinces de Muang Phanat, Pachim et Xaxöngsao. Mais le Laotien vit de peu et un coin de la forêt suffit. En 1835 larmée siamoise commandée par le général Phaya Bodin envahit le Cambodge, mais elle est obligée de se retirer devant les Annamites qui viennent au secours des Cambodgiens ; elle opère tranquillement sa retraite, poussant devant elle les populations de Melon Prey, Pursat et Siemrab. Voilà recrutés des cultivateurs pour les provinces de lEst ; mais les rives du fleuve de Bangpakong sont encore désertes. Vers 1840 des Chinois jardiniers viennent sy établir, et des jardins de canne à sucre y remplacent bientôt la brousse. Cest cette immigration chinoise qui peu à peu peuplera le pays.

    Le Siam est comme un vase qui garde encore létiquette de la liqueur quil contint primitivement, mais cest un nouveau liquide qui le remplit.

    HONORAT JUGLAR,
    Missionnaire du Siam.

    1923/550-561
    550-561
    Juglar
    Thaïlande
    1923
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