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Les Séminaires dans nos Missions : Au Kouytcheou 3 (Suite et Fin)

Les Séminaires dans nos Missions Au Kouytcheou (Fin)
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    Les Séminaires dans nos Missions

    Au Kouytcheou
    (Fin)

    Le P. Lyons Supérieur. Mort de Mgr Faurie. Cependant les progrès dans la conduite et la piété des élèves paraissaient à tous de plus en plus réels et ils étaient dûs, de toute évidence, à la direction du P. Lions. En conséquence, le Supérieur, le P. Bodinier, nayant eut vue que le bien de la maison, demanda et obtint dêtre relevé de sa charge. Au mois de janvier 1868 le P. Lions était nommé Supérieur. Dès lors il exposa plus fortement ses projets de réformes. Entre autres choses il exprimait le regret que lon neût pas la facilité détudier le caractère et les aptitudes des élèves avant leur entrée au Petit-Séminaire. Mgr Faurie, qui sentait très bien les inconvénients du système actuellement en vigueur, ne trouva rien de mieux que denvisager la fondation dune école préparatoire ; mais, pour mettre ce projet à exécution, comme pour subvenir à lentretien des futurs élèves, les ressources manquaient. Lécole préparatoire se vit donc ajournée à des temps meilleurs. Elle ne fut ouverte quen décembre 1870.

    A cette époque Mgr Faurie sétait rendu au Concile du Vatican : il ne devait plus revoir sa chère Mission ; il mourut, en effet, au Foulan, sur le chemin du retour, le 21 juin 1871.

    Avant son départ pour la Ville Eternelle, le 17 avril 1869, lEvêque avait ordonné prêtre le séminariste Pierre Tsiang : la cérémonie eut lieu dans léglise Saint-Louis, ancien palais du persécuteur Tien, à lissue de la retraite des missionnaires, à laquelle onze dentre eux avaient pris part. Et vraiment, dit le Journal de la Mission, rien encore daussi beau et daussi solennel navait été vu au Kouytcheou ; limposition des mains surtout a ému jusquaux larmes non seulement les chrétiens, mais les missionnaires eux-mêmes.

    Les Séminaires de 1870 à 1892. Le plan de Mgr Faurie de diviser les séminaires en trois établissements distincts, Grand-Séminaire, Petit-Séminaire et Ecole préparatoire, reçut un commencement dexécution dans le courant de lannée 1870. Le Probatorium fut établi tout près de léglise cathédrale S.-Joseph du Petang, en une maison appropriée et disposée pour recevoir de 20 à 30 enfants. Son premier Directeur fut le curé de la paroisse, le P. Guichard, et les premiers élèves furent au nombre dune vingtaine. Cet essai ne devait pas encore réussir : quelque temps après lécole préparatoire dut être provisoirement fermée.

    Le 22 décembre 1871, le Souverain Pontife nommait Evêque de Basilinopolis et Vicaire Apostolique du Kouytcheou le promoteur des réformes aux séminaires, le P. Eugène Lions, qui fut sacré à Tchongking (Setchoan) par Mgr Desflèches, le 29 juin 1872.

    A cette date les deux séminaires de Lou-tchong-kouan comptaient 51 élèves sous la direction du P. Antoine Largeteau.

    La réunion des élèves des deux séminaires dans une seule et même maison ne laissait pas que davoir pour les uns et les autres des inconvénients. Il devenait urgent de séparer complètement les deux établissements. Il aurait fallu que chaque séminaire eût sa maison à lui et assez éloignée de lautre. Ce projet, évidemment excellent, ne put être mis à exécution faute de ressources suffisantes. Mais, comme il fallait faire quelque chose, le P. Chemier fut chargé en 1874 de rebâtir une partie de létablissement existant sur un plan nouveau, de telle sorte que les élèves des deux séminaires, tout en habitant sous le même toit, fussent néanmoins séparés et eussent entre eux le moins possible de relations.

    Malgré tout le Séminaire obtenait moins de succès quon neût put lespérer du zèle et de lactivité du P. Largeteau, qui devait rester Supérieur jusquen 1888.

    Ce cher et zélé confrère, écrivait en 1878, Mgr Lions fait beaucoup plus quil ne doit, soit pour la science, soit pour la piété ; aucun autre missionnaire ne pourrait faire ce quil fait et je crains parfois quil ne succombe à la besogne.

    Debout tous les matins à trois heures et demie, le P. Largeteau se rendait à la chapelle pour faire le Chemin de la Croix. Il présidait ensuite la prière et la méditation des séminaristes, montait à lautel et célébrait pieusement la Messe. Travailleur acharné, sévère pour les autres aussi bien que pour lui-même, peut-être serait-on en droit de lui reprocher davoir voulu trop exiger de ses élèves, tous à peine sortis du paganisme. Ainsi plusieurs séminaristes assez avancés dans leurs études furent frappés de maladie et moururent. Dautres furent assez sérieusement atteints pour être obligés de rentrer dans leur famille et de renoncer à poursuivre le cours de leurs études. Pour comble dinfortune, en 1878 un souffle dindiscipline passa sur la maison. Ecoutons un instant le P. Largeteau. Il y a deux ou trois ans, écrivait-il, on a fait une grande faute, celle daccepter à titre délève de théologie un renvoyé du Setchoan, qui paraissait converti et qui a apporté dans nos séminaires (grand et petit) lesprit dinsubordination. Cela nous a forcés de faire des exécutions majeures et nous y avons perdu nos meilleurs élèves, qui sétaient mis en avant de la résistance, par la conviction quon tenait à eux et quon leur céderait tout. On na pas cédé, et plusieurs sont partis. Nous avons pu sauver le reste, qui pendant quelque temps ne laissait pas de nous donner des inquiétudes ; maintenant, par la grâce de Dieu, tout est rentré dans lordre ; nos élèves, moins nombreux, font beaucoup de progrès dans la piété, au moins dans la piété extérieure ; ils sont très friands des sacrements, très dociles et ont du zèle pour la règle. Trois vieux tonsurés, qui ont dû être éloignés ad tempus, méritent des confrères qui les dirigent dexcellentes notes qui leur permettront de rentrer, jespère, lan prochain avec de nouvelles idées ou plutôt avec les anciennes.

    Mes nouveaux tonsurés me donnent de la consolation ; et je serais étonné sils ne devenaient point prêtres et bons prêtres, sinon tous, du moins presque tous ; mes espérances sont partagées généralement par mes confrères. Pierre Yang, un enfant de la Sainte-Enfance, continue à me donner satisfaction et espoir.

    Lenseignement de ces jeunes gens nest pas si facile que celui des élèves de France, parce quils ont tout à apprendre, ne sont pas forts en latin et nont quun Père pour leur enseigner tout. Or qui trop embrasse mal étreint : surtout lorsque le Père nest pas seulement professeur, mais est encore obligé, comme moi, dadministrer un petit district. Du reste on ne peut, sans les tuer, pousser ces élèves aux études ; cest pour cela que jadis tous nos bons sujets sont morts avant la fin de leur séminaire. Nous tâchons donc à présent de diminuer leurs travaux par un plus grand nombre de fêtes et de plus longues vacances. Les voyages de vacances, depuis que la pacification du Kouytcheou permet de les accomplir, sont surtout ce qui les remet le mieux.

    Dun autre côté, le système denvoyer, leurs études finies, les séminaristes à lépreuve auprès de quelque missionnaire avant de recevoir les ordres, fut encore une autre source de déboires. Pendant assez longtemps on avait suivi la méthode des séminaires du Setchoan, où la règle, écrit Mgr Lions, est que les séminaristes, après avoir achevé leurs études, sont envoyés pendant plusieurs années à la suite dun missionnaire pour être éprouvés. Leur épreuve achevée, ils rentrent au séminaire et, au bout dun certain temps, on leur confère tous les ordres, ordinairement en huit jours. Mais lexpérience prouve que la plupart de nos jeunes gens perdent leur vocation pendant le temps de lépreuve, et que ceux qui la conservent perdent beaucoup de leur piété.

    Cest pourquoi, considérant létat des choses, on a commencé à essayer dune autre méthode. Dabord, afin de mieux observer les interstices et aussi pour encourager les séminaristes, on leur accorde la tonsure dès leur année de philosophie. On a envoyé les premiers à lépreuve à la suite du missionnaire avant de commencer leur théologie : tous, excepté un, y ont perdu leur vocation. Voyant encore cet insuccès, depuis deux ou trois ans on essaie de les garder au séminaire jusquà la prêtrise. Ainsi deux sont appelés au sous-diaconat, qui fort probablement ny seraient pas appelés sils avaient été à lépreuve à la suite du missionnaire ; deux vont être ordonnés prêtres à la Trinité, lun des deux nest jamais sorti du séminaire. Je ne saurais dire ce quils seront plus tard ; mais, pour le moment, je puis affirmer quils sont pieux et fervents. Jusquà présent je crois que cest le meilleur moyen dobtenir un petit clergé indigène, je dis petit, car il faudra des années avec une Mission toute de néophytes avant davoir un nombreux clergé indigène.

    Les deux séminaristes dont il est question, Paul Ouang et Pierre Yang, furent ordonnés sous-diacres en 1880 et prêtres en 1881. Deux ans plus tard André Siu et Thomas Lin les suivirent à lautel. Quelques années après Thomas Lin était massacré par les païens sur le marché de Pou-lao-tchang.

    En 1886 on fit de nouveau lessai dune école préparatoire. Celle-ci fut installée au faubourg de la porte sud de Kouiyang, dans lancien établissement de lorphelinat de la paroisse Saint-Etienne, et confiée au P. Ignace Esslinger. Malgré une éclipse momentanée vers 1892, luvre réussit assez bien et lon comptait alors que sur 25 à 30 élèves une dizaine entrait au séminaire.

    En 1888, le P. Largeteau, assez fatigué, quitta le Kouytcheou pendant quelques années, quil passa à la Maison de Nazareth à Hongkong. Il fut remplacé dans sa charge de Supérieur par le P. Alphonse Schotter dabord, par le Père Saby ensuite ; mais ce dernier, bien que nommé, nexerça jamais sa charge. Le P. Jean-Rollin Chaffanjon fut plus spécialement chargé du Petit-Séminaire.

    Dès lors luvre des séminaires comptait trois établissements bien distincts avec chacun un missionnaire européen à sa tête. Mais, de 1885 à 1892, à cause des persécutions qui sévissaient dans une grande partie de la province, tantôt dun côté, tantôt de lautre, le nombre des élèves dans les trois établissements demeura minime ; pendant quelque temps même le Grand-Séminaire ne put en avoir aucun. Cependant 1889 vit lordination de Gabriel Tcheou et 1891 celte de Jean Hiong.

    Les Séminaires de 1892 à 1923. En 1892 lorsque le P. Chanticlair fut nommé Supérieur de Lou-tchong-kouan, les séminaires comptaient une trentaine délèves, dont une douzaine de philosophes ou théologiens.

    Comme on avait dû, pour un temps, licencier lécole préparatoire de la paroisse Saint- Etienne hors-les-murs, on mit de nouveau à létude le projet, tant de fois caressé et toujours abandonné, de séparer le Grand-Séminaire du Petit, La division saccomplit, et cette fois définitive, en 1896 : le Petit-Séminaire restait à Saint-Paul de Lou-tchong-kouan, et le Grand, mis sous le patronage de lApôtre saint Pierre, alla occuper les locaux de lEcole préparatoire.

    A cette époque les progrès étaient lents et les résultats médiocres, pour ne pas dire nuls : en effet, il faudra attendre huit ans et arriver à launée 1900 pour voir lordination sacerdotale de François Tchen, Aloys Yang et Paul Tchen. 1901 verra celle de Pierre Hia et Jean Kin ; 1903 celle de Laurent Hou et André Ly. Dès lors le nombre des élèves augmente si bien que le rétablissement de lécole préparatoire est décidé.

    En 1905 le P. Fayet, Supérieur du Grand-Séminaire, construisit pour ses élèves un assez grand établissement de style chinois dans les vastes jardins de la paroisse Saint-Etienne, achetés morceau par morceau, soit par lui-même, soit par ses par les prédécesseurs, les Pères Chanticlair et Chasseur. Le Probatoire fut réintégré dans ses anciens locaux sous la direction du P. Germain Gros.

    Des lors le vu de Mgr Albrand, de Mgr Faurie et de leurs successeurs NN. SS. Lions, Guichard et Seguin, est réalisé : malgré les troubles et les persécutions qui nont cessé de sévir, tantôt sur un point, tantôt sur un autre de la Mission, depuis les origines jusquaprès lécrasement des Boxers en 1900, malgré les déboires et les difficultés de toute sorte, luvre vitale du Vicariat a été édifiée pièce par pièce, sans jamais cesser de croître et de se perfectionner. Sans doute elle nest point parfaite et peut être pourrait-on trouver que les résultats ne sont pas à la hauteur des sacrifices et des dévouements quelle a exigés, mais il faut considérer en quel temps et sur quelle matière les fondateurs ont été appelés à travailler.

    De 1900 jusque vers 1918, jouissant dun peu plus de paix et de liberté, les missionnaires, tout en se livrant assidûment à la prédication aux païens, ont surtout eu à cur dinstruire plus à fond de leurs devoirs les néophytes et de les amener à la pratique dune vie chrétienne plus intense en même temps que plus féconde. Ont-ils réussi ? Seul un avenir plus ou moins prochain pourra le dire, car il ne faut pas oublier que le Chinois est profondément réaliste et quil observe toujours doù vient le vent.

    Quoiquil en soit, le nombre des élèves dans les trois établissements des séminaires na plus cessé de croître et les résultats obtenus sont meilleurs. Car si la Sainte-Enfance qui, comme on le sait, ne reçoit régulièrement que des orphelins directement venus du paganisme, fournit encore aux séminaires un certain contingent, la grande majorité des élèves sont issus de parents chrétiens depuis une, deux générations, quelquefois davantage : la formation des clercs en est rendue plus facile et les chances de persévérance sont augmentées. Lordination de 1905 donna six prêtres, 1911, un, 1913, cinq, 1917, quatre, 1921, six ; à lheure présente neuf minorés ont terminé leurs études théologiques et leurs supérieurs ont un espoir fondé de les voir tous parvenir au sacerdoce dans le courant de 1924 ou 1925.

    Cette année il y a dans les trois établissements de la Mission du Kouytcheou 72 étudiants ecclésiastiques répartis comme il suit : 23 au Grand-Séminaire, 17 au Petit-Séminaire et 32 au Probatorium. Le plus grand nombre de ces derniers iront, en septembre prochain, continuer leurs études au collège Saint-Paul de Lou-tchong-kouan, tandis que les 17 petits-séminaristes entreront au Séminaire Saint Pierre pour y commencer leurs études de philosophie.

    Parmi ces derniers 10 appartiennent à la Préfecture Apostolique de Lanlong et sont, pour la plupart, de race dioï : ils sont tous sortis du Probatoire établi en 1909 à Lanlong, au cur du pays dioï, sous la paternelle direction du Père Williatte. Ce dernier établissement comte une trentaine délèves.

    Conclusion. Les deux Missions du Kouytcheou comptent, à lheure actuelle, 28 prêtres indigènes. Le Séminaire de Kouiyang, depuis les origines du Vicariat en 1848 jusquà nos jours, a fourni 33 prêtres, pas même un par an. Combien daspirants au sacerdoce ont passé dans les différents établissements, pendant ce même laps de temps ? Le dire nest pas facile, mais il est clair que le déchet fut et reste encore énorme.

    Les rentrées, dans les trois établissements, nont lieu que tous les trois ans ; le Probatorium reçoit une moyenne de trente à quarante élèves, et sur ce nombre trois ou quatre à peine jusquici sont arrivés au sacerdoce, et encore est-il assez souvent arrivé que les ordinands, à un moment de leurs études, ont fait partie de deux cours différends.

    Le Probatoire ne reçoit pas délèves ayant moins de 10 ou plus de 14 ans. Régulièrement ils doivent avoir appris le catéchisme, le livre de prières et le rituel chinois, et avoir fait leur première communion. Au probatoire, où le temps des études dure trois ans, outre les matières des écoles primaires chinoises on leur enseigne les premiers éléments du latin. Au bout de ce laps de temps, sils ont satisfait aux examens de sortie, ils sont envoyés au Petit-Séminaire Saint-Puni de Lou-tchong-kouan, où le cours des études, tant chinoises que latines, dure de six à sept ans et où, parmi les plus forts, quelques-uns, sils le désirent, peuvent apprendre un peu de français.

    Au Grand-Séminaire toutes les matières de lenseignement purement ecclésiastiques, philosophie, théologie, Ecriture-Sainte, histoire ecclésiastique, droit canon et liturgie, sont parcourues en six ou sept années, après quoi les séminaristes sont envoyés à lépreuve pendant un an auprès dun missionnaire en campagne.

    Leur année de probation révolue, ceux qui sont jugés dignes rentrent au séminaire, où ils restent encore au moins un an pour se préparer à recevoir les Saints-Ordres, étudier certaines parties plus spéciales et approfondir quelques questions plus pratiques de la théologie pastorale.

    *
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    Telle est présentement luvre des Séminaires au Kouytcheou. Lhumble école de six élèves, établie dans le grenier de son Palais épiscopal par Mgr Albrand, a prospéré contre toute espérance au milieu des difficultés et des épreuves de toutes sortes. Bien souvent elle a failli sombrer ; une fois même lenfer parut avoir réussi à lanéantir et lon put craindre quelle ne se relèverait pas. Mais sa haine avait fait deux Martyrs, aujourdhui sur les autels : leur sang a fécondé cette frêle plante aux trois quarts arrachée et elle est devenue un arbre, pas aussi beau, sans doute, que limpatience des ouvriers apostoliques le désirerait, mais assez fort néanmoins pour donner quelques beaux fruits à la jeune Eglise du Kouytcheou, et assez profondément enraciné pour autoriser le ferme espoir quavec la grâce de Dieu, il tiendra bon sous les rafales du vent persécuteur qui semble vouloir à nouveau souffler sur la malheureuse Chine.

    J. CHAMPEYROL.

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    1924/494-501
    494-501
    Champeyrol
    Chine
    1924
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