Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Les Séminaires dans nos Missions : Au Kouytcheou 2 (Suite)

Les Séminaires dans nos Missions Au Kouytcheou (Suite) Nouvelles persécutions. Les Martyrs de Tsingai. Les uvres aimées de Dieu naissent, croissent et prospèrent dans lépreuve. Lheure approchait où linfernal, ennemi allait lancer ses suppôts contre luvre de Mgr Faurie. A cette époque la situation religieuse, dans lOuest de la Chine, était loin dêtre brillante. Malgré tous les édits impériaux, les mandarins sobstinaient non seulement à méconnaître les ouvriers de lEvangile, mais encore à leur créer les pires embarras.
Add this
    Les Séminaires dans nos Missions

    Au Kouytcheou
    (Suite)

    Nouvelles persécutions. Les Martyrs de Tsingai. Les uvres aimées de Dieu naissent, croissent et prospèrent dans lépreuve. Lheure approchait où linfernal, ennemi allait lancer ses suppôts contre luvre de Mgr Faurie.

    A cette époque la situation religieuse, dans lOuest de la Chine, était loin dêtre brillante. Malgré tous les édits impériaux, les mandarins sobstinaient non seulement à méconnaître les ouvriers de lEvangile, mais encore à leur créer les pires embarras.

    Au Kouytcheou, par le moyen de son suppôt Tien-ta-jen, Satan allait essayer de bouleverser de fond en comble la jeune Eglise. Ce Tien-ta-jen était un jeune homme, originaire du Houpe, qui, par sa rare audace, avait non seulement conquis un grand prestige, mais encore obtenu le titre de généralissime. Son extraordinaire renommée lavait fait choisir par lEmpereur comme lhomme le plus capable de sopposer aux progrès incessants des rebelles au Kouytcheou et de les ramener dans le devoir. Accueilli par le peuple, qui voyait en lui un libérateur, avec toutes les manifestations dun enthousiasme délirant, le jeune général jugea superflu de dissimuler longtemps son véritable caractère et révéla bientôt le plus hideux composé de vices que puisse envelopper une forme humaine. Ivre dopium, dorgueil, dambition et de luxure, avec cela lâche et féroce, menteur comme le génie incarné de la Chine, on le vit contracter huit mariages en quelques jours, jongler avec les têtes humaines, décapiter ses soldats, même ses proches, pour le seul plaisir de voir jaillir le sang et den savourer le parfum ; il ravivait dans, un corps jeune les passions séniles dun empire barbare en décrépitude : lâme damnée de la vieille Chine semblait avoir trouvé en lui son refuge.

    Cet homme-là avait au cur la haine de lEglise. Ses audacieux mensonges et sa férocité terrorisaient les mandarins à quelque degré de la hiérarchie quils appartinssent ; aussi ne les craignait-il point. Mais il connaissait assez le courage et la loyauté des ouvriers apostoliques, le caractère de la doctrine quils prêchaient, pour être persuadé quils ne ploieraient pas devant lui et pour craindre que, par eux, ses honteux exploits ne fussent enfin connus en haut lieu.

    Les premiers mois de lannée 1861 furent assez tranquilles ; mais peu à peu le tyran se révèle : sans oser toutefois porter lui-même la main sur les missionnaires ou sur leurs fidèles, il les fait molester par ses sbires et ses satellites.

    Tandis quà Kouiyang le tyran cherche par tous les moyens à terroriser lEvêque et ceux qui lentourent, la nouvelle se répand que la persécution violente a éclaté à Tsingai et que luvre de prédilection de Mgr Faurie, ses prémices dans lapostolat, le grand-séminaire nexiste plus. Des bâtiments construits avec tant de peine il ne reste plus que les murs ; le Père Payan est en fuite avec une partie de ses élèves ; deux de ces derniers, Paul Tchen, lenfant de lEglise, et Joseph Tchang, qui, tandis quil servait le Père Müller, soupirait après le martyre, meurent de faim dans un cachot en compagnie du fermier Jean-Baptiste Lo. Le chef de la garde nationale de Tsingai, le même qui disait : Une maison dinstruction sera un ornement pour le pays, Tchao-oui San, devenu par ambition lâme damnée de Tien-ta-jen, a tout conduit.

    Arrêtés le 11 juin 1861, les deux séminaristes et le fermier Lo furent jetés dans le cachot infect de la pagode de Long-tsuen-se, caractères chinois (temple de la source du dragon) où, dans lintention nettement exprimée de les faire apostasier, leurs bourreaux les soumirent au épreuves les plus cruelles. Battus, ils ne le furent pas ; mais, mis au secret, la faim et la soif les tourmentaient, la vermine les dévorait, la fièvre les brûlait, la dysenterie les jetait dans une prostration profonde et lhumidité du cachot pourrissait leurs membres. LEvêque, les missionnaires et les chrétiens mirent tout eu uvre pour les sauver, ou tout au moins pour apporter quelque soulage ment à leurs souffrances : ils ne réussirent pas. Seule, lintrépide Marthe Ouang, au courage indomptable, put quelquefois leur porter secours, et encore dut-elle à plusieurs reprises en venir aux mains avec les gardes et les satellites. On ninstruisait pas leur procès, Tien-ta-jen nosait point encore en arriver à cette extrémité. Plusieurs fois cependant on les somma dapostasier : les vaillants héros restèrent inébranlables. Voici les dernières lettres que les confesseurs de la Foi réussirent à faire parvenir au Père Lions.

    Bien vénéré Père. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le persécuteur Ouan, ne pouvant, malgré toutes ses démarches auprès des mandarins de la métropole, obtenir notre mort, est revenu fort en colère. Il sest écrié en entrant : Si les mandarins ne veulent point les tuer, je trouverai bien moyen de men défaire. Je veux les faire mourir de gré ou de force. Alors il a fait fermer toutes les avenues et ne permet plus à personne de venir nous voir. Il y a peine de mort contre la sentinelle, si elle laisse parvenir un seul chrétien jusquà nous.

    Comme nous sommes encore en danger de mourir, nous voudrions bien nous confesser, mais le moment nest pas propice pour venir. Toutefois vous pouvez rester à Che-teou-tchai. Ils savent tous ici votre présence, mais ils noseraient mettre la main sur vous. Nous nous recommandons à vos ferventes prières. Par la grâce de Dieu nous jouissons dune grande tranquillité dâme, et nous sommes bien disposés à tout souffrir pour la gloire de Dieu et lexpiation de nos péchés. Si nous pouvions nous confesser, cela relèverait notre courage ; mais il ny a pas moyen. Il faut attendre que Marthe puisse revenir jusquà nous. Alors vous pourrez peut-être venir avec elle. Elle ne craint personne. Dailleurs le chef Ouan va encore monter à la capitale pour hâter notre mort; et, en son absence, les autres sont assez bons pour nous... Mais voici Marthe qui heurte à la porte avec de grandes clameurs. Il faudra bien quon ouvre. Elle se fera plutôt hacher sur le seuil que de reculer.

    Priez bien nous, vos enfants dévoués.

    J. B. Lo, Joseph, Paul.

    15 juillet. Aujourdhui un chef de quartier vint à nous avec bienveillance, et nous conjura de prononcer seulement ni mot dapostasie : à cette condition on nous relâcherait. Nous refusâmes, bien entendu. Après un moment de réflexion, il ajouta : Si je vous faisais sortir à linstant, voulez-vous? Nous refusâmes encore, parce que nous savions quil navait pas le droit de nous relâcher, et que si nous sortions, on nous ferait poursuivre et massacrer comme fugitifs, ce qui, aux yeux du peuple, serait pire quune exécution officielle. Nous répondîmes donc que nous attendrions en prison la décision du grand homme.

    Il nous interrogea ensuite sur le prix des objets volés, sur la quantité dargent qui était dans le séminaire lors de la débâcle, etc... Nous répondîmes que nous nen savions rien. Alors il se répandit en invectives contre les mandarins qui avaient commandé ce mauvais coup. Puis il nous fit de sensibles condoléances sur nos souffrances et notre captivité, etc... Mais tout cela nétait quune embûche. Il avait été envoyé par ceux-là mêmes quil avait lair de maudire. Ils auraient voulu que nous nous laissions prendre à lappât de la liberté pour avoir loccasion de nous tuer sans jugent, ce qui est tout leur désir. Cependant, pour rendre la scène plus vraisemblable on ouvrit la porte et on permit à Marthe de nous apporter à manger.

    Le 28 juillet, veille de leur supplice, ils écrivent les lignes suivantes :

    Les choses vont en empirant. On dit que le plénipotentiaire européen est déjà parvenu à Tchongkin caractères chinois. On dit quil vient avec des soldats. Depuis cette nouvelle, nous nentendons jour et nuit, autour de la prison, que des malédictions. Cette rumeur va toujours croissant. Ils ont pris la détestable résolution décrire à Tien-ta-jen de démolir léglise, danéantir tous les chrétiens de la province, pour effrayer le plénipotentiaire et lempêcher de venir tirer vengeance.

    Ils disent que les chrétiens ne sont antres que les rebelles Tchang-mao caractères chinois (longs cheveux), puisque ce sont des chrétiens qui ont pris Canton, Tientsin et Pékin. Ils débitent contre nous mille faux témoignages. Les chefs répandent partout le bruit que les chrétiens trament une révolte. Oh ! Que nous sommes malheureux ! Nous taire ?... Ces calomnies nous percent le cur ! Répondre ?... Ils ne nous croient pas. Maintenant aucun citoyen ne nous aime, tous nous détestent. Les soldats nous nuisent beaucoup par leurs mensonges. Cette fois-ci, nous allons beaucoup souffrir, et probablement mourir à cause de ces rumeurs.

    Quelques jours auparavant ils avaient écrit à leurs confrères du séminaire la lettre suivante.

    Bien chers Confrères. Quil est bon et quil est doux pour des frères dhabiter ensemble ! Dieu a permis, pour éprouver notre foi, que nous goûtions de la prison et des chaînes, et nous ne doutons point que ce ne soit pour notre plus grand bien. Notre-Seigneur a vaincu le monde, et nous espérons bien le vaincre aussi par la foi que nous avons en lui. Nous ne sommes ni étonnés ni effrayés de nous trouver dans cette prison. Nous avons la consolation de sentir que nous ne souffrons pour aucun crime, mais seulement pour Notre-Seigneur et le salut de notre âme. Tous ceux qui nous entourent nous traitent dinsensés, mais nous savons que cette folie est sagesse devant Dieu... Remarquez, chers frères, combien Dieu nous aime et nous protège. Dès notre tendre enfance la sainte Eglise nous a pris et nourris sur son sein, comme laigle qui réchauffe ses petits jusquà ce quils aient pris des ailes, et, maintenant quil nous faut essayer de voler seuls, elle veille encore sur nous pour nous soutenir et nous encourager.

    Soyez donc toujours contents du partage que Dieu vous fera. Acceptez sans vous plaindre tous les maux qui pourront vous arriver. Hélas ! Ceux qui nous les font endurer sont bien plus à plaindre que nous. Dieu les punit ordinairement en cette vie, et quel sera leur sort éternel ? Ce nest pas contre nous quils pèchent, cest contre Dieu. Ils emploient contre nous la ruse et les menaces, mais nous, enfants de Dieu, nous ne leur opposons que la simplicité de notre foi. Ils peuvent, il est vrai, nous enlever la vie du corps ; mais nous navons pas oublié les promesses de Notre-Seigneur : Réjouissez-vous et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux. Vous avez bien prié pour nous, mais nous avons besoin que vous priiez encore afin que nous puissions persévérer jusquà la fin.

    Paul Tchen, Joseph Tchang.

    Le Père Lions envoya une réponse à leur lettre du 28 juillet : elle ne devait pas leur être remise. A Kouiyang, en effet, le sinistre Tien sétait enfin décidé à signer leur arrêt de mort, et ses ordres venaient darriver à Tsingai : ils nallaient par tarder à être exécutés. Le 29 juillet 1861, à 11 heures du matin, les têtes des prisonniers et celle de Marthe Ouang tombaient sous le sabre du bourreau.

    On ignore ce qui précéda lexécution, les persécuteurs ayant tout préparé à huis clos sans même prononcer de sentence. On sait cependant que les Martyrs priaient à haute voix durant le trajet de la prison au lieu du supplice et que, ayant rencontré la veuve Marthe Ouang, qui revenait de laver les linges des prisonniers, les soldats la saisirent par les cheveux et lui dirent : Marche, toi aussi Bien volontiers, répondit-elle, et, prenant place aux côtés des condamnés, elle mêla sa voix à la leur. Quelques instants après, la terre de Tsingai buvait le sang de quatre nouveaux Martyrs. En 1909 lEglise, laissant unis dans la gloire ceux que la mort navait point séparés, leur décernait les honneurs de la Béatification. Quelques années plus tard, Benoît XV, le Pape des Missions, choisissait comme Patron de la Sainte-Enfance le Bienheureux Paul Tchen, le premier Séminariste-Martyr de cette pépinière qui en a donné tant dautres.

    Retour du Séminaire à Lou-tchong-kouan. Alertes et difficultés. Le Grand-Séminaire de Tsingai nexistait plus : il ne devait point renaître. Terrifiés, le Père Payan et ses élèves cherchèrent un refuge à Tang-eul-po, petit hameau chrétien situé à une vingtaine de kilomètres de Kouiyang, et tentèrent dy fonder un nouvel établissement. Lessai ne fut pas heureux, si bien que maître et élèves durent retenir au collège de Lou-tchong-kouan, doù ils étaient sortis moins dune année auparavant. La maison fut aménagée pour recevoir latinistes et théologiens, et les deux séminaires y vécurent côte à côte ; mais, si la fureur de Tien, qui avait affaire ailleurs, ne les poursuivit pas jusque là, les pirates qui dévastaient, alors comme aujourdhui, toute la province, ne les laissèrent point en repos. En 1863, des hordes sauvages savancèrent à plusieurs reprises non loin des murs du collège sans rencontrer grande résistance, si bien que le Père Payan et ses élèves jugèrent prudent de chercher un refuge à la résidence épiscopale, derrière les solides remparts de la métropole. A peine avaient-ils fui que, le 3 décembre 1863, les rebelles mirent le feu au séminaire, et la chapelle de 1Assomption fut entièrement dévorée par les flammes. Les élèves restèrent à lévêché jusquau mois daoût 1864, époque où lon jugea quils pouvaient réintégrer sans trop de crainte leur domicile.

    A ce moment, en effet, de graves événements venaient de se dérouler à Kouiyang. Les excès de Tien, auteur responsable encore des massacres de Kaitcheou caractères chinois, où le Bienheureux Jean-Pierre Néel cueillit la palme du martyre (1862), étaient enfin connus de Pékin. Le gouvernement impérial envoya dans la province le général Tchang Leang-ki avec ordre de dégrader Tien et de lenvoyer en exil au Setchoan. Dès son arrivée à Kouiyang, lenvoyé impérial proclama létat de siège, publia la destitution de Tien, intima à celui-ci lordre de licencier ses troupes et de se retirer au Setchoan. Un moment, le persécuteur songea à se mettre en révolté ouverte et à passer du côté des rebelles ; mais, abandonné de tous les siens, il se soumit enfin et sen alla.

    Cependant les épreuves à subir par le Séminaire nétaient point pour cela terminées. Le 7 novembre 1865, le Père Payan, supérieur, mourait des suites dune fièvre lente et tenace. Sou successeur, le Père Sabattier, fortement anémié, dut, quelques mois après, céder sa charge au Père Largeteau, qui venait darriver de France.

    Durant lannée scolaire 1865-1866, de terribles épidémies emportèrent un assez grand nombre délèves : de 44 étudiants de toutes classes, réunis et formés au prix de lourds sacrifices, il ne restait plus que deux théologiens, dont un presque aveugle, et 26 enfants, la plupart encore à leurs débuts.

    Au commencement de novembre 1856, Mgr Faurie, mettant à profit le semblant de paix extérieure qui régnait alors, entreprit la réorganisation de son uvre capitale. Il nomma supérieur de létablissement le P. Bodinier, auquel il adjoignit le P. Chemier comme procureur. Le P. Largeteau, envoyé à la campagne, où il devait rester deux ou trois ans à apprendre le chinois et se préparer au ministère apostolique, devait revenir ensuite remplacer au séminaire le P. Bodinier, pour que celui-ci pût, à son tour, aller se former à la vie de mission. Le 26 novembre une alerte vint troubler la repos de la communauté. Le soir de ce jour, une bande de pirates, revenant de piller le petit village de Tse-ki-pa, situé à 20 minutes à peine des remparts de Kouiyang, se présenta sous les murs du collège. Les pillards, voyant à chaque meurtrière le canon dun fusil ou le fer dune lance, sarrêtèrent à vingt pas et tentèrent dentrer par ruse dans la place.

    Nous sommes des émigrants chrétiens chassés par les rebelles, dirent-ils, nous demandons au Père de nous donner lhospitalité seulement pour une nuit.

    Le Père Chemier, armé dun fusil de chasse à deux canons, chargé à balle dun côté et de plomb à moineaux de lautre, leur fit signe ne pas insister et de se retirer au plus vite.

    Puisque le Père ne veut pas nous recevoir, dirent-ils, quil nous donne au moins sa bénédiction !

    La voilà, sécria le Père Chemier, en tirant dans le tas sa charge de cendrée.

    Surpris, les pillards senfuirent en désordre, jetant leurs armes et abandonnant leur butin. Les colons du collège les poursuivirent et ramenèrent deux prisonniers : lun, un pirate, fut livré à la justice et exécuté ; lautre, un buffle, fut rendu à son propriétaire. En cette circonstance les élèves, ayant vu de près les pirates et constaté leur couardise, ne se sentirent pas peu encouragés. Néanmoins, quelle que fût leur bravoure et celle des professeurs, on ne négligea point pour cela les moyens de défense, et le collège fut fortifié aussi solidement que possible. Quelques bons fusils à deux coups, quelques pistolets, quelques mauvais canons chinois et de méchants fusils à mèche complétèrent larmement, et bientôt Lou-tchong-kouan fut réputé imprenable, plus à labri dun coup de main que la ville même de Kouiyang. Aussi Mgr Faurie nhésita pas à offrir au Gouverneur un asile au collège, sil en était besoin, et le grand homme ne dit pas non.

    Réformes. La Révolution expirait : le coup de main tenté contre Lou-tchoug-kouan fut un de ses derniers exploits.

    Dès lors on crut le moment venu daccomplir certaines réformes dont le besoin se faisait sentir. De laveu de tous la formation des élèves nétait pas aussi sérieuse quon eût pu le désirer. Le P. Lions surtout, homme dune expérience consommée, poussait à ce quon y mît bon ordre.

    Le P. Bodinier fut nommé supérieur ; le P. Lions lui fut adjoint comme directeur spirituel et plus spécialement chargé de faire les réformes qui simposaient.

    Jadis le P. Perny avait préconisé le système de ne jamais renvoyer de séminariste : cétait un abus ; désormais le Supérieur eut le droit de faire les renvois jugés nécessaires. Lusage exclusif de la langue latine pour les prières, les exercices de piété, létude de la doctrine, fut supprimé et remplacé par le chinois. Les résultats de ces réformes furent excellents.

    Quand je suis arrivé ici, écrivait le P. Lions, sur plus de 40 élèves, 7 ou 8 à peine avaient fait leur Première-Communion. Il fallut plus dun an pour enseigner le nécessaire à ces enfants, avec une demi-heure de catéchisme par jour. Dailleurs, dès la première année, plus dun bon tiers fut éliminé, soit par suite de conduite insuffisamment édifiante et défaut évident, de vocation, soit pour manque de moyens. Le P. Lions fit ses instructions, ses catéchismes, ses lectures spirituelles en langue chinoise et bientôt on put lire dans le journal de la Mission :

    Nous avons constaté que les instructions données aux élèves dans leur langue et avec les tournures et le style du pays entrent plus facilement dans leur esprit et se gravent mieux que celles quon leur fait en latin. Dailleurs, il y a toujours une partie notable de la communauté qui ne connaît pas suffisamment le latin pour bien comprendre ces instructions. Quelques mois après que le P. Lions eut commencé son cours dinstruction religieuse en chinois, on remarqua une grande amélioration dans lesprit et la piété des élèves, ce qui nous confirme dans les observations précédemment faites.

    Les livres classiques dont on se servait alors étaient :

    LEpitome, Histori sacr de Lhomond, qui ne satisfais pas complètement le P. Bodiner, parce que, disait-il, cest du français en latin, ce qui est peut-être fort commode pour des élèves français, niais est un grave inconvénient pour des élèves chinois ; parce quil ny a pas assez des belles histoires de la Bible, et celles qui sy trouvent sont trop brièvement racontées, grand inconvénient pour des enfants qui doivent un jour être prêtres et qui napprennent le latin que pour cela. On ne tarda pas à remplacer cet ouvrage par la Biblia parvula de Gaume, livre suffisant pour les deux ou trois premières classes. Au fur et à mesure des études on mettait entre les mains des élèves S. Jérôme, S. Cyprien, Tertullien et autres auteurs ecclésiastiques. On se servait encore des Select e Novo Testamento Histori dErasme, mais après avoir corrigé ce qui aurait pu sinterpréter dans un sens hétérodoxe, et rétabli dans leur intégrité littérale tous les textes importants.

    Après ces premiers enseignements les élèves abordaient les éléments de la philosophie, mais on ne leur apprenait guère que la logique, la méthode et les notions facilitant le passage à la théologie, omettant les questions de panthéisme, de rationalisme et autres erreurs de la philosophie moderne, inconnues alors dans le milieu chinois du Kouytcheou. Après cela les élèves abordaient létude de la théologie, quils apprenaient dans un manuel composé par Mgr Pérocheau, mais entièrement revu et soigneusement corrigé par Mgr Faurie et deux de ses missionnaires.

    Chaque année les élèves devaient subir les épreuves de deux examens : lun pendant la Semaine-Sainte, lautre à la mi-septembre.

    Les grandes vacances avaient lieu depuis la mi-septembre jusquà la Toussaint ; les vacances de Pâques, du Mercredi-Saint au dimanche de Quasimodo. Les élèves nallaient pas dans leur famille, tous restaient au séminaire : cette coutume est encore en vigueur à lheure actuelle.

    A la rentrée des classes de 1867, Mgr Faurie inaugura un genre démulation alors inconnu dans les écoles de Chine. Déjà il était dusage de donner aux élèves des bons points, et, à la fin de chaque examen, une récompense proportionnée au nombre des bons points obtenus. Mais, écrit Mgr Faurie, lespoir dune chose inconnue est un stimulant moins efficace que la perspective de pouvoir atteindre un objet de son choix, que lon a sous les yeux et quil est permis de convoiter. Or donc, on fit tine exposition de tous les objets à distribuer à la fin du semestre qui commençait : images, en feuilles ou encadrées, fortement coloriées dans le goût chinois, crucifix et médailles de divers modules, couteaux, canifs, ciseaux venus dEurope, crayons, porte-plumes de luxe (!) etc. etc. Chaque objet était muni dune étiquette indiquant le nombre de bons points moyennant lequel on pouvait lobtenir. Les élèves examinèrent longuement cette exposition dun nouveau genre, chacun jetant son dévolu sur un objet de son goût et se promettant bien de tout faire pour lobtenir. Un des plus jeunes même se frottait les mains en sortant et, tout joyeux, sécriait : Cor saltat !

    En 1867 encore, Mgr Faurie fixa pour lépoque de la retraite des séminaristes les 4 jours qui séparent les deux fêtes de saint François Xavier et de lImmaculée-Conception : la retraite souvrait le soir de la fête de lApôtre des Indes et se terminait par la communion générale le matin de la fête de la Sainte-Vierge ; elle était prêchée par un prédicateur extraordinaire.

    Leurs études de latin achevées, ou même celles de théologie commencées, les élèves étaient envoyés auprès de quelques missionnaires pour y faire fonction de catéchistes, soit afin déprouver leur vocation, soit pour attendre lâge de trente ans fixé par lévêque pour la réception des saints Ordres.

    (A suivre) J. CHAMPEYROL.

    

    1924/419-429
    419-429
    Champeyrol
    Chine
    1924
    Aucune image