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Les Séminaires dans nos Missions : Au Kouytcheou 1

Les Séminaires dans nos Missions Au Kouytcheou
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    Les Séminaires dans nos Missions

    Au Kouytcheou

    Lorsque, en 1847, celui qui devait en être le premier Vicaire Apostolique, le Père Etienne-Raymond Albrand, arriva au Kouytcheou caractères chinois, cette Mission venait dêtre détachée de celle du Setchoan caractères chinois et érigée en Vicariat Apostolique depuis un an à peine. Jusque là le Vicaire Apostolique du Setchoan sétait fait un devoir denvoyer dans la province voisine, à peu près chaque année, soit un missionnaire, soit un prêtre indigène, soit quelques catéchistes. Mais, à cause des troubles de ces temps-là, de léloignement et des difficultés daccès, les divers ouvriers apostoliques désignés, ou bien navaient pas pu se rendre chaque fois à leur poste, ou bien leur action sétait seulement fait sentir sur les confins des deux provinces. Cest dire que lorsque le Père Albrand prit en main la direction du Vicariat, non seulement il ny trouva quun nombre restreint de néophytes, très pauvres pour la plupart et trop souvent traqués par les persécuteurs, mais encore que pas nue uvre n existait : tout était à créer. Le Père Albrand nattendit pas dêtre sacré évêque pour se mettre à luvre. Dans le courant de 1848, il envoya, deux élèves au Collège, général de Pinang, et quelque temps après trois autres les suivirent. Mais Pinang est bien loin ; de plus, il ne lui parut pas pratique dy envoyer des enfants qui ont absolument tout à apprendre depuis le B, A, Ba. Il nétait pas possible non plus dy envoyer beaucoup denfants, car le nombre que le Collège peut recevoir est nécessairement limité. Aussi, sacré Evêque de Sura et Vicaire Apostolique du Kouytcheou, Monseigneur Albrand envisagea-t-il aussitôt la création dune petite école cléricale, qui serait la cellule-mère dun séminaire à fonder plus tard, si Dieu le permettait. LEvêque réunit autour de lui quelques enfants et se fit lui-même leur professeur.

    Dès lannée suivante, à la première réunion à Kouiyaug des missionnaires, ils étaient quatre : le Vicaire Apostolique, les Pères Perny, Lyons et Mihières, on envisagea la manière de mettre en pratique les conseils quune Instruction de la Propagande venait de donner sur le clergé indigène. Le P. Perny qui voyait grand et beau, proposa un vaste plan dassociation qui engloberait les séminaristes, les catéchistes, les maîtres décole, les vierges même. Hélas ! Pour mettre à exécution ce plan grandiose, de par ailleurs sujet à caution, la Mission manquait de ressources : il fallut se contenter de la modeste école due au zèle de 1 Evêque et qui fut confiée aux soins du P. Mihières. Le succès ne couronna point ses efforts, car moins de deux ans après les élèves de cet embryon de petit-séminaire durent être licenciés.

    LEvêque ne se laissa pas décourager par ce premier insuccès : de nouveau il réunit auprès de lui quelques enfants et, à défaut de maison spacieuse et de terrain pour en construire une, il les logea au grenier de son palais épiscopal, vieille bicoque chinoise en torchis, nayant pour tout étage quun rez-de-chaussée et pour parquet le sol plus ou moins battu. Dans ce grenier on gelait, lhiver ; la chaleur y était insupportable, lété ; comme élèves, 6 enfants recueillis par les baptiseurs de la Sainte-Enfance, sauvés par miracle, groupés autour dun catéchiste nommé Yang caractères chinois : tels étaient, en 1852, le local de lécole et le noyau doù le pieux évêque espérait, contre toute espérance, voir un jour sortir un séminaire.

    Il en confia la direction au P. Louis Faurie, qui venait darriver de France et qui, faute de place dans le palais épiscopal, dut loger avec ses élèves au grenier, servant à la fois de salle détude, de réfectoire et de dortoir.

    Premières difficultés. Tout eu se livrant à létude de la langue, le P. Faurie consacra tous ses efforts, son zèle et son intelligence, à lorganisation de cette école : mais quelles difficultés, qui sopposaient à la réalisation de ses desseins, navait-il pas à vaincre !

    A cette époque, la révolte des Taipin caractères chinois, qui vers 1850 avait pris naissance au Kouangsi, faisait de rapides progrès. Ces rebelles, daprès un livre de doctrine quon trouva sur eux, connaissaient lunité de Dieu et les principaux points du dogme chrétien, mais avec quelques différences cependant et exprimés en dautres termes que chez les catholiques : cela sentait le protestantisme. En terminant ce livre donnait des conseils pour bien se battre et essayait de démontrer que les chrétiens seuls faisaient de bons soldats. Le bruit public ajoutait que les rebelles détruisaient les idoles et que parmi eux se trouvaient des cheveux rouges, que daucuns ont voulu identifier avec des prédicants anglo-saxons.

    Confinée dabord dans le Kouangsi, la révolte ne tarda pas à contaminer la province voisine du Kouytcheou et à y recruter dés partisans parmi les Chinois du Nord, les Miao de lEst et les Dioï ou Tchongkia du Sud-Ouest.

    Les autorités impériales, soupçonneuses et inquiètes, confondant volontiers avec les rebelles les chrétiens aux allures si différentes des païens, surveillaient non seulement les tavernes, les lieux de réunions publiques, les pagodes, mais encore léglise catholique : doù des alertes incessantes, surtout pour les missionnaires, toujours proscrits et toujours en danger dêtre reconnus.

    Un jour du mois de mai, un mandarin nommé Ho Chen, accompagné de deux satellites, se présenta pour visiter léglise. Un chrétien, Mathias Ou, lintroduisit. Limportun visiteur, son inspection terminée, voulut encore monter au grenier. Ly autoriser, cétait tout compromettre : il allait trouver les tables chargées de livres latins et surprendre le P. Faurie. Les précieux hôtes ne montent point là-haut, dit Mathias. Alors Ho Chen, lui frappant amicalement sur lépaule, lui dit à loreille : Envoyé par le préfet (Fou-tai caractères chinois) pour tout examiner, je veux tout voir ; mais sois sans crainte, jai été chrétien dans mon jeune âge.

    Le mandarin exhibant lordre du préfet, Mathias navait quà sincliner. I1 le fit, donc monter. Mais pendant ce temps, Mgr Albrand et le P. Faurie fuyaient par une porte dérobée et allaient se cacher sous le toit de la maison dun teinturier chrétien, où ils durent rester quelques jours, en attendant les événements.

    Au grenier épiscopal les élèves étaient en classe dans une salle quune cloison de fortune séparait du reste de lappartement.

    A la vue du visiteur, leur maître Yâng courut fermer la porte en disant froidement : Voyons, Mathias, tu sais bien que ce nest pas le moment dentrer ici.

    Mathias invita lhôte importun à sasseoir, lui mit entre les mains une quantité de livres chinois, et, tandis que le mandarin y jetait un coup dil, le fidèle domestique fit adroitement disparaître les ouvrages européens et les papiers couverts dexercices latins. Ensuite il invita le grand homme à visiter le dortoir, lécole, le fit circuler en tous sens à travers lhumble établissement pour le ramener enfin devant la porte de sortie.

    Ho Chen, qui nétait pas dupe, descendit sans hésiter, accepta de fumer une pipe et de boire une tasse de thé que Mathias lui offrit, et se retira. Il se rendit dans une pagode voisine, où il se montra moins débonnaire.

    Quelque temps après, un dimanche soir, Ho Chen, qui avait eu soin davertir, revint accompagné dun mandarin envoyé par le préfet afin de contrôler le rapport de son premier délégué.

    On leur servit, à dessein, du thé bouillant. Laissant son collègue se brûler les lèvres à loisir, ho Chen fit un signe à Mathias et sortit avec lui : Vous navez rien de commun avec les rebelles, lui dit-il, je le sais ; mais vous avez parmi vous des maîtres étrangers : quils fuient ! Des étrangers, répondit Mathias, le grand homme veut sans doute parler des deux maîtres ( sien-sen caractères chinois) qui sont venus cette année du Foulan ? Du Foulan ou dailleurs, peu importe, répéta Ho Chen avec un sourire entendu, mais croyez-moi.

    A ce moment le second grand homme, qui, sans doute, avait fini de déguster son thé, sortit : Eh ! bien, dit-il sadressant à son compagnon, allons-nous voir cette chambre mystérieuse dont on nous a parlé ? Jen viens, et il ny a absolument rien de suspect; cependant, si vous le désirez, retournons-y ensemble. Oh ! Puisque vous en venez... Et ils allèrent visiter léglise. Tandis que son collègue admirait les images pieuses, Ho Chen pénétra dans la chambre de Mgr Albrand, située derrière lautel, et où provisoirement on avait installé un Père chinois.

    Cest ici la chambre mystérieuse, dit-il. Il lexamina sommairement et, ne trouvant rien de suspect, il appela son collègue. Tous deux admirèrent longuement certains vases à fleurs, puis se retirèrent en emportant quelques livres de doctrine pour montrer au préfet.

    Le lendemain Mathias rendit sa visite à Ho Chen. Celui-ci lui dit : Je voudrais vous donner quelques conseils, mais ici il y a trop dyeux et trop doreilles ! Et tirant le serviteur de léglise à part, il lui montra, sous ses habits, une croix et des médailles. Je reviendrai samedi soir, ajouta-t-il, je coucherai chez vous, et le lendemain jassisterai à la messe.

    Il revint, en effet, accepta le repas quon lui servit, mais refusa duser de viande, car, dit-il, on ne peut manger de cela aujourdhui. Le lendemain il assista à la messe et entendit linstruction donnée par le père Lo. Il prit part ensuite au repas que lui offrirent les chrétiens, parmi lesquels le plus riche dentre eux était son ami personnel. Il leur découvrit alors sa véritable origine : Né au Setchoan, et non au Houpe, comme il le laissait croire, son père avait été décapité peu après pour la foi, et il avait perdu sa mère vers lâge de 4 ans. Ayant pris ses grades, il négligea ses devoirs de chrétien pour suivre la carrière mandarinale, mais continua à porter sur lui une croix et des médailles que sa sur mourante lui avait fait parvenir. Il termina en donnant à ses frères chrétiens les plus graves avis et les plus judicieux conseils.

    Mgr Albrand et son missionnaire osèrent dès lors sortir de leur cachette. Sur les conseils de Ho Chen ils firent afficher sur les murs de léglise lédit impérial qui favorisait le christianisme ; mais ils ne purent se résoudre à interdire lentrée de leur oratoire aux nombreux payens qui venaient soit le visiter, soit écouter les instructions du soir.

    Cependant, comme ce mouvement leur attirait souvent les visites des mandarins, lévêque, après plusieurs alertes, se résolut à transporter ailleurs son école cléricale. Il allait mettre son projet à exécution quand une fièvre typhoïde, appelée Hanki caractères chinois spéciale à ces pays du Sud. Ouest de la Chine, lenleva, âgé de 48 ans, à sa jeune mission, à laffection de ses néophytes et de ses missionnaires, le 22 avril 1853.

    La vie au Séminaire. Autres difficultés. Usant des pouvoirs reçus de Rome, Mgr Albrand, dans son testament, avait désigné comme devant lui être donné pour successeur, le P. Louis Faurie. Celui-ci refusa dassumer une telle responsabilité, et, en attendant lélection dun nouveau Vicaire Apostolique, le P. Perny devint Supérieur de la Mission, tandis que le P. Faurie continuait de soccuper de son école.

    A la mort de Mgr Albrand, le séminaire comptait 14 élèves de toutes classes, depuis la théologie et la philosophie jusquaux premiers éléments du latin.

    Seul désormais pour diriger cette uvre capitale, le missionnaire vit la situation se compliquer et ses charges saggraver. Il lui fallut de plus en plus sappliquer à transcrire les livres indispensables. Les ouvrages apportés dEurope, exclusivement écrits en latin ou en français, ne pouvaient être daucune utilité pour des élèves chinois. Il dut donc dabord faire des extraits dauteurs latins de dictionnaires et de grammaires, les traduire ensuite, lui, jeune apôtre de moins de deux ans dapostolat, les transcrire, en multiplier les exemplaires, renouveler enfin les prodiges de patience des anciens moines.

    En attendant il dut enseigner sans livres. Mais la nécessité rend ingénieux : pour trouver plus de temps à consacrer à son écrasant labeur de copiste, il organisa lenseignement mutuel. Trois ou quatre élèves plus anciens, initiés au latin, vraisemblablement revenus de Pinang, tinrent lieu de répétiteurs, ou mieux, de dictionnaires vivants, et lusage exclusif du latin, dans lintérieur de lécole, fut décrété même pour les tout jeunes élèves. Il y avait une sanction portée contre les délinquants, et elle était jugée sévère, puisquelle atteignait lorgane le plus précieux aux yeux dun Céleste, le ventre. Quiconque était pris prononçant un mot chinois en temps prohibé devenait reus et était impitoyablement soumis, à une table spéciale, au fade régime du riz sec. Et il restait reus jusquà ce quil eût pris en flagrant délit de sinologisme un de ses camarades, qui devenait reus à son tour et le remplaçait à la table pénitentiaire. Forcément cette terrible loi existante nétait nullement favorable à la grammaire ni à la syntaxe et faisait sépanouir une magnifique floraison de barbarismes et de solécismes ; heureusement ils nétaient pas punis du riz sec : seul le rire des savants et du maître servait de correction aux ignorants.

    En deux ou trois ans de ce régime, disait plus tard le P. Faurie, nos élèves apprennent à parler le latin aussi bien que leur langue maternelle et plus dun bachelier en France, après avoir pâli six ou sept ans sur Cicéron, nen saurait pas autant Cependant ce système avait bien ses inconvénients et, comme on le verra plus loin, le P. Faurie, devenu évêque, devait en convenir. En attendant, il ne laissait pas que davoir un autre avantage, tout au profit du Supérieur : pressé de libérer son estomac condamné au fade régime du riz sec, le reus devenait un surveillant attentif, et toute infraction à la règle avait chance de ne pas échapper à son oreille vigilante.

    Ces inventions permettaient au P. Faurie de consacrer plus de temps aux mille détails dune fondation humainement impossible et daller encore, quand il le fallait, porter les secours de la religion aux malades à 10 ou 15 lieues de Kouiyang.

    Tout en donnant ses soins à lorganisation matérielle dit séminaire, le Supérieur navait garde den négliger le recrutement. En ces temps-là, sil y avait beaucoup dappelés, il y avait fort peu délus : ne dit-on pas quentre 1852, vraie date de la fondation, jusquà lordination de Pierre Tsiang, en 1869, près de 260 élèves étaient passés au séminaire. A lépoque qui nous occupe, le recrutement était heureusement facile : par ces temps de troubles et de disette, les enfants abandonnés nétaient pas rares ; il faut bien avouer cependant que, si la crainte davoir pénurie délèves nétait pas à envisager, la qualité laissait fort à désirer : la plupart des aspirants, pour ne pas dire tous, venaient directement du paganisme. Les ressources, du reste, étaient modestes et, jusquà ces dernières années, le nombre des étudiants, enfants mis à lépreuve, petits et grands séminaristes, dépassa rarement le chiffre de 40.

    Transfert de IEcole cléricale à Lou-tchong-kouan caractères chinois. Malgré de vives alertes, qui obligeaient les missionnaires à se tenir sur le qui-vive, le Kouytcheou jouissait encore à cette époque de la paix et luvre des séminaires se développait dans lombre et lhumilité, taudis que le Supérieur préparait lavenir.

    Au mois daoût 1855, dans une propriété de la Mission sise à une dizaine de lì de Kouiyang, à lombre de la colline où reposaient les restes mortels de Mgr Albrand, au pied de la montagne où, quelques années plus tard, devait sélever le sanctuaire de Notre-Dame de Liesse, il construisit dabord un réduit, dont lunique pièce devait servir, aux jours de congé, de chapelle le matin, de réfectoire pendant la journée et dabri en temps de pluie. Désormais, tous les jeudis, les séminaristes se rendirent à leur maison de campagne, où, sous la direction de leur maître universel, ils se livraient aux travaux les plus divers. Cette propriété, située sur un assez large plateau ondulé où se rejoignent, venant des gorges environnantes, six vallées profondes, doù son nom de Lou-tchong.-kouan, devait plus tard donner asile, non plus à une simple maison de campagne mais à un vrai séminaire.

    En attendant, le P. Faurie, que le départ pour France du Supérieur de la Mission surchargeait encore, non content de développer son atelier de xylographie pour la reproduction des livres détudes de ses élèves, créait une petite imprimerie avec des caractères mobiles venus de France, poussait activement les travaux entrepris à sa maison de campagne, où il comptait installer son séminaire depuis longtemps trop à létroit au grenier épiscopal, et préparait dans une ferme de la Mission, sise à trois lì de la ville de Tsingai, à une assez. forte étape à lest de Kouiyang, un autre établissement où les élèves plus avancés iraient étudier la philosophie et la théologie avant de recevoir les ordres.

    La translation à Lou-tchong-kouan eut lieu dans le courant de 1857. Mais les faits et gestes des rebelles, qui devenaient de jour en jour plus audacieux, avaient nécessité une disposition spéciale des lieux. Presque en bordure de la faille descendant vers la ville on construisit plusieurs corps de bâtiments assez vastes, entourés de bolides murailles en pierre, uvre du Supérieur et de ses élèves. A gauche de ces constructions fut élevée une petite tour en bois, où lon montait par un ingénieux système déchelles établies à lintérieur et du sommet de laquelle on pouvait surveiller assez loin les mouvements des rebelles. Autour de létablissement sétendaient des jardins et des rizières, et un long aqueduc amenait, et amène encore, les eaux dune source jaillissant assez loin sur le flanc dune des montagnes environnantes. En face de la grande porte dentrée, une abrupte montagne, couverte de magnifiques arbres aux essences diverses, borne lhorizon. Dédiée à la Vénus chinoise, Kouan-in caractères chinois, les missionnaires en firent, cette année même 1857, un Chen-Mou-chan caractères chinois, Mont Notre-Dame, où un pèlerinage ne tarda pas à sétablir et à devenir célèbre dans toute la Mission sous le vocable de Notre-Dame de Liesse.

    A peine installé à Lou-tchong-kouan, le P. Faurie étudie les moyens de pousser plus activement les travaux de son futur Grand-Séminaire de Tsingai, en souffrance de par le mauvais vouloir dun voisin récalcitrant. Ce voisin, qui sétait plus ou moins engagé à lui vendre les matériaux nécessaires aux constructions, se faisait tirer loreille au moment de mettre le contrat à exécution. Le P. Faurie ne savait guère plus à quel saint se vouer, lorsque lintervention inopinée du chef de la garde nationale de Tsingai, nommé Tchao, un monstre pourtant, vint aplanir toutes les difficultés. Une maison déducation, dit-il à lopposant, est un ornement pour le pays, tu dois céder tes arbres pour ce quils valent. Lui-même en fixa le prix et les adjugea au missionnaire Dès lors les travaux furent conduits avec la plus grande activité, et tout était prêt lorsque le Supérieur intérimaire, le P. Perny, revint de France avec cinq nouveaux missionnaires, mais sans rapporter de Rome la décision qui ferait cesser le veuvage de la jeune Eglise du Kouytcheou, privée de Pasteur depuis bientôt huit ans. A Pâques 1860 le P. Faurie fut relevé de ses fonctions de supérieur et remplacé par le P. Fourcy.

    Le P. Faurie évêque. Ouverture du Grand-Séminaire de Tsingai. Mais voici que la réponse tant attendue de Rome arriva enfin sous la forme dun ordre rapporté de la Ville Eternelle par Mgr Desflèches, Vicaire Apostolique du Setchoan. Pie IX ordonnait au Prélat de mettre fin à la triste situation du Kouytcheou en sacrant évêque dApollonie et Vicaire Apostolique celui que Mgr Albrand avait désigné dans son testament, le Père Louis Faurie.

    A cette date le séminaire comptait 12 élèves, dont 2 théologiens et 3 philosophes.

    Un des premiers actes de ladministration du jeune évêque fut louverture de son Grand-Séminaire. Elle eut lieu le jour de la Toussaint 1860, à Vao-kia-kouan caractères chinois, à trois lì de Tsingai caractères chinois, dans la maison quil préparait déjà depuis quelques années. Là devaient vivre sous lautorité du P. Payan, outre une dizaine daspirants au sacerdoce, le fermier Jean-Baptiste Lo, de race dioï, et la veuve Marthe Ouang, qui se chargea, pour le service de la maison, des travaux propres à son sexe.

    A Lou-tchong-kouan, trente latinistes sapprêtaient, sous la direction du P. Fourcy, à les rejoindre dans un avenir plus ou moins prochain.

    (A suivre) J. CHAMPEYROL

    1924/356-364
    356-364
    Champeyrol
    Chine
    1924
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