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Les origines de la civilisation japonaise

SOMMAIRE du No 35 Novembre 1924 Les Origines de la Civilisation japonaise (J.-M. MARTIN)685 LEtablissement du Christianisme dans lInde (Suite) (J.-B. CROZE)696 La Maison de Nazareth (Hongkong)711 La Fête du Bx Théophane Vénard à S.-Loup-sur-Thouet721 Chronique des Missions et des Etablissements communs. ― Néocrologe724 BULLETIN de la Société des MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS hhhhhhhh 3e ANNÉENº 35 NOVEMBRE 1924
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    SOMMAIRE
    du No 35 Novembre 1924

    Les Origines de la Civilisation japonaise (J.-M. MARTIN) 685
    LEtablissement du Christianisme dans lInde (Suite)
    (J.-B. CROZE) 696
    La Maison de Nazareth (Hongkong) 711
    La Fête du Bx Théophane Vénard à S.-Loup-sur-Thouet 721
    Chronique des Missions et des Etablissements communs.
    ― Néocrologe 724



    BULLETIN
    de la Société des
    MISSIONS-ÉTRANGÈRES DE PARIS

    hhhhhhhh

    3e ANNÉE Nº 35 NOVEMBRE 1924
    ___________________________________________________________________________

    Les origines
    de la civilisation japonaise


    La Chine, dans le passé, fut de tout temps la grande institutrice des peuples de lExtrême-Orient ; cest delle que ceux-ci ont appris toute industrie, tout art et toute science. Le Japon préhistorique, comme celui des VIIe, VIIIe et IXe siècles, sest mis à lécole de la civilisation chinoise. Ce point une fois posé, il ne reste plus quà déterminer lépoque et les modalités des emprunts quil lui a faits.

    Disons, en premier lieu, que les Sino-malais émigrés dans larchipel aux environs du Ve siècle, outre ce quils possédaient en propre et qui était un produit de leur génie natif, étaient assez pénétrés de culture chinoise. Leurs chefs héréditaires, issus des grandes dynasties In et Tcheou, étaient officiellement les vassaux de lempereur ; à ce titre, de loin en loin, du moins, ils allaient à la Cour, en personne ou par lintermédiaire dambassadeurs, rendre hommage de vassalité ; ils sy faisaient précéder de tributs et en rapportaient des cadeaux. Leurs sujets également nétaient pas sans relations commerciales ou autres avec les Chinois du bassin du Hoang-ho ou de la Leao. Il va sans dire que ce va-et-vient continuel de princes, de soldats et de commerçants na pas été sans résultats an point de vue des progrès de la civilisation matérielle. Sil sagit du domaine des idées et de la culture intellectuelle, les barbares du Yang-tse ont retiré également quelque avantage de leurs relations avec un peuple qui, dès lavènement de la dynastie Tcheou (1122 av. J.-C.), était déjà en possession dun système décriture compliqué, dune littérature abondante et dune organisation politique et sociale très complète.

    Lorsque les riverains du Yang-tse-kiang, vers le milieu du premier millénaire avant lère chrétienne, sexpatrièrent dans le Kyûshû, ils étaient donc déjà frottés dun léger vernis de culture chinoise. On la dit plus haut, ils étaient dhabiles agriculteurs ; ils possédaient quelques notions dart et de métallurgie, ainsi quun certain nombre de procédés pour la teinture et le tissage des étoffes.

    Il est juste de reconnaître cependant quils nétaient en possession que dune infime partie de la culture chinoise, prise à une époque assez ancienne ; après leur départ, leur patrie dorigine poursuivit son évolution ascendante avec des alternatives de haut et de bas correspondant aux changements de dynastie et aux guerres civiles qui en étaient la suite.

    Les immigrés du Kyûshû devaient, reprendre contact en Corée avec la Chine et sa civilisation.

    Lorsque, vers lan 1050, Kitse, appartenant à la dynastie déchue des In, se tailla un fief dans le Leaotong et le nord de la Corée, ses vassaux, ses hommes darmes formèrent une colonie chinoise prolifère, qui assimila les aborigènes mongols. Ceux qui ne purent se résoudre à accepter le joug chinois se retranchèrent dans les cantons montagneux du sud et de lest de la presquîle, où ils étaient distribués en soixante-dix-huit pays gouvernés par autant de petits roitelets, dit la chronique de Wei. Vu lespace restreint quils occupaient, ces pays devaient correspondre en réalité à autant de villages, bourgs ou bourgades. Il est intéressant de remarquer quà la même date le Japon se trouvait dans un état politique identique, sauf que la population y était plus au large, les pays étant plus étendus.

    Les Chinois de la plaine continuant leur pression, les montagnards, fatigués à la longue, consentirent finalement à reconnaître la suzeraineté du prince de Hpien-yang et de loin en loin payèrent tribut. Conscients de la supériorité des Chinois, dans le domaine économique principalement, ils apprirent deux des formes plus perfectionnées dart et dindustrie et achetèrent ce quils étaient incapables de fabriquer eux-mêmes. Ces acquisitions nouvelles, ils les communiquèrent ensuite à leurs congénères établis au Japon.

    Vers lan 109 av. J.-C., Hiao-ou, empereur de la première dynastie Han, annexe la Corée, qui devient une simple province chinoise administrée par des gouverneurs. Cette révolution politique, sajoutant à lafflux incessant des Chinois qui fuyaient massacres et pillages, conséquences ordinaires des changements de dynastie, hâta lassimilation de la Corée. Vers lépoque de la première dynastie Han, les marchands du Kyûshû vinrent régulièrement trafiquer dans les provinces de Taihô et de Yakurô pour le compte des roitelets leurs maîtres ; car, dans les temps anciens, la société japonaise était fortement hiérarchisée ; les individus, parqués en castes, avant de sappartenir à eux-mêmes, devaient tout, temps, travail, argent, à leur seigneur et maître. Conformément à limmuable coutume japonaise, les dits roitelets chargeaient leurs envoyés de cadeaux à ladresse des gouverneurs chinois, afin dobtenir deux toutes facilités pour trafiquer. Ceux-ci, rusés compères, qui connaissaient sur le bout du doigt lart dêtre bien en cour et de se pousser dans la faveur impériale, cultivèrent avec soin ces nouveaux amis, et ils réussirent enfin à acheminer des troupes de Japonais vers la capitale Lao-yang. Les lettres dintroduction représentaient les voyageurs comme des ambassadeurs délégués par les rois de Wo, qui, subjugués par le seul prestige de la majesté impériale, venaient spontanément faire hommage de vassalité et payer tribut. Cest, en effet, le sens que les annales des Han donnent à ces démarches. Il ny a pas de doute que, si les gouverneurs chinois avaient brutalement dévoilé aux Japonais la signification des ambassades, ceux-ci, blessés dans cet orgueil national qui ne les a jamais abandonnés au cours des âges, se seraient cabrés, et nos politiques en auraient été pour leurs frais dintrigue. Lorsque la première ambassade fut de retour dans son pays avec les multiples cadeaux dont lavait gratifiée lorgueil ostentatoire de lempereur, ce dut être un long cri dadmiration à la vue des merveilles de tout sorte dont nos paysans navaient même pas idée jusqualors. Parmi les autres roitelets dévorés par la jalousie, ce fut à qui dépêcheraIt ambassadeurs et marchands en Chine et en Corée. Les daimyô du XVIIe siècle ne montrèrent pas plus dempressement pour attirer les Portugais dans leurs ports. Lhistoire de la dynastie des Han dit que, parmi les cent royaumes que compte le pays de Wo, trente entretiennent des relations suivies avec la Corée. Nous savons par dautres passages des livres chinois que ces trente royaumes se trouvaient tous dans le nord-ouest du Kyûshû.

    Les ambassadeurs rapportaient de leurs voyages, outre les cadeaux, quantité de produits de lindustrie chinoise et coréenne.

    Les artisans dont ils se faisaient suivre, durant leur séjour plus ou moins long à létranger sinitiaient à la pratique des différents métiers et rentraient ensuite dans leur pays avec des outils, des recettes, des procédés de fabrication, des modèles, quils reproduisaient ensuite plus ou moins habilement. La civilisation chinoise pénétrait au Japon lentement, par pièces et morceaux.

    Cest ainsi que prit naissance au Japon une civilisation originale, que lon peut désigner sous le nom de civilisation de lâge des tumulus, parce que les produits de lindustrie et de lart qui la caractérisent ont été retrouvés dans des tombes anciennes répandues un peu partout, mais particulièrement nombreuses dans les régions qui jouèrent de bonne heure un rôle politique important : Chikugo caractères chinois, Hyûga caractères chinois, Yamato caractères chinois, Owari caractères chinois, Musashi caractères chinois.

    Origine et forme des tumulus. Les tumulus japonais sont une réplique et une imitation des tertres funéraires chinois.

    En Chine (1), lorsquil sagissait denterrer un empereur, après avoir creusé la fosse et déposé le cadavre, on brûlait des chevaux, un char, des mannequins de paille ou de papier. Par ce moyen on dépêchait dans le monde éthéré où les mânes étaient censés languir, lombre de diverses choses qui pouvaient leur être utiles. Plus tard on imagina que des figurines en bois ou en terre remplace-raient avantageusement la fumée des autodafés. Certains Chinois trouvèrent que ce symbolisme nétait pas encore suffisamment expressif. En 678, aux funérailles du roi de Tsin, pour la première fois dans lhistoire on fit suivre le mort par des vivants, cest-à-dire quon enterra ou immola des hommes, (2) soixante-six environ. En 62 ! Nouvelle hécatombe qui fait 177 victimes. (3) En 589 le royaume de Song adopte cette coutume barbare : on ensevelit avec le roi défunt nombre de chars, de chevaux et dhommes.(4)

    (1) Wieger, Textes philosophiques, p. 79. (2) Wieger, Textes historiques, p. 140. (3) id, T. H., p. 155. (4) id, T. P., D. 109.


    Mais le record des sépultures fastueuses et des hécatombes sanglantes qui les accompagnaient est détenu incontestablement par le premier empereur Tcheng de la dynastie des Tsin. (1) Dès son avènement (326), on avait commencé à travailler à sa sépulture. Plus de 70.000 forçats y furent employés. On creusa jusquà leau, puis on coula sur place, dans le caveau, un pavé de bronze dune seule pièce, afin dintercepter les vents et les flux souterrains (géomancie) ; sur cette base, on installa le sarcophage, puis tout un empire en petit, un palais, des villas, les bureaux des ministères, des objets curieux, des joyaux rares, de sorte que le caveau en fut rempli. On établit des arbalètes automatiques, qui devaient percer dun trait quiconque tenterait de dérober quelque chose de ces richesses... Le second Empereur dit : Il ne convient pas que celles des femmes de lEmpereur mon père qui nont pas eu denfants sortent du harem ; il ordonna que toutes suivraient le défunt dans la mort. Outre ces femmes, un très grand nombre dhommes se suicidèrent ou furent mis à mort durant les funérailles. Lensevelissement étant achevé, quelquun dit : Les ouvriers qui ont disposé les machines et ceux qui ont caché les objets précieux pourraient ben divulguer les secrets quils savent... Lors donc que les cérémonies furent entièrement terminées et quon eut muré la porte par laquelle, du long tunnel dentrée, on pénétrait dans le caveau, tandis que les ouvriers et leurs aides étaient encore occupés dans ce tunnel, on en ferma la porte extérieure, de sorte que tous y périrent misérablement. On planta sur la tombe des herbes et des arbres, pour quelle ne se distinguât pas du reste de la montagne.

    Le tumulus japonais, par sa forme extérieure, son aménagement intérieur, relève du tertre funéraire chinois ; si lon tient compte en outre de ce fait que beaucoup des objets mais ainsi à la disposition du mort en vue de son existence doutre-tombe nont certainement pas été fabriqués au Japon, mais importés de Chine ou de Corée, il faudra conclure ici aussi à un emprunt fait aux coutumes chinoises. Larchipel étant divisé en une poussière détats, chaque roitelet fit son petit empereur de Chine, et non pas seulement lui, mais encore les principaux membres de sa parenté, et les grandes familles vassales étaient toutes plus ou moins parentes entre elles. Cest ce qui explique que lon en découvre tant en certaines régions du Yamato, du Hyûga et de Tôkyô : toute la région de Tôkyô appelée Takadai caractères chinois était convertie en nécropole. Les nécessités agricoles ou autres en ont fait disparaître la plus grande partie.


    (1) id., T. H., p. 278.

    Ce serait sortir de notre sujet que détablir ici une statistique des tumulus actuellement connus ou de les décrire en détail. Disons toutefois que les tertres funéraires japonais couronnés dun bouquet darbres sont de forme entièrement ronde (maruzuka caractères chinois) ou comprennent deux élévations, lune plus haute que lautre, doù leur nom de collines-calebasses (hisagozuka caractères chinois). La tombe conservée dans le parc de Shiba caractères chinois à Tôkyô appartient à la première catégorie, tandis que celle dUeno caractères chinois relève de la seconde.

    A lintérieur du tertre se trouve une chambre sépulcrale ; un corridor, dont lentrée est généralement orientée vers le midi, donne accès à un, deux ou même trois loculi qui se font suite. Les parois et le plafond sont formés de grosses pierres posées telles quelles, sans aucun travail de maçonnerie ; très souvent elles portent des dessins : signes symboliques, simples lignes et bandes rouges irrégulièrement tracées.

    Lorsque le tertre nétait pas très considérable, que la terre était mal tassée et non retenue par des arbres, les pluies torrentielles en avaient vite raison ; les pierres mises à nu formaient dolmen. On trouve encore de ces dolmens dans quelques provinces. Il y a quelques cas de tombeaux creusés à flanc de montagne (yoko-ana caractères chinois). Certaines chambres sépulcrales atteignent de grandes dimensions ; il y en a une dans le village de Takashi caractères chinois, district de Yamato ; qui mesure 13m 50 de long sur 2m 40 de large et 3m de haut.

    Contenu des tumulus. Le cadavre était déposé dans un sarcophage en pierre ou en terre cuite. Tout autour étaient disposées des figurines (haniwa caractères chinois) représentant des guerriers, des serviteurs, des femmes, des chevaux. Les tumulus renferment également des coutelas, des épées plus ou moins longues à lame effilée et dont la poignée présente différentes formes, des fers de lance de toutes grandeurs, des flèches résonantes (nari kabura ya caractères chinois) ; des cuirasses, des casques, des étriers, des mors, des miroirs, des grelots, des pendants doreilles, des anneaux portant une échancrure ; des joyaux surtout (tama caractères chinois, perle, dans un sens large) : maga tama caractères chinois, perles recourbées, en jade vert, jaspe, agate, chalcédoine, serpentine, quartz, cristal de roche ; des perles rondes (maru tama (caractères chinois) ; des perles cylindriques (kuda tama caractères chinois) ; dautres hexagonales, octogonales, ou en forme de prisme tronqué. Tous ces tama sont dispersés en vrac ou montés en colliers et bracelets. Sauf les magatama, la plupart de ces perles ne sont en réalité que de la verroterie grossière coloriée en noir ou en violet.

    Les tumulus nous livrent également des vases en terre cuite de forme dite iwaibe caractères chinois, parce quils servent, les jours de fête (iwai caractères chinois), à contenir le sake caractères chinois et le riz offerts à la divinité. Ces poteries sont semblables à celles des tumulus coréens, et les autres ne sont quune réplique un peu plus artistique des poteries de lâge néolithique précédent, aussi bien coréen que japonais. Bon nombre de vases actuellement employés dans les campagnes en Corée ont un air de famille avec ceux retrouvés au Japon dan6 les dépôts de lâge néolithique. En un mot, il y a liaison entre poteries des divers âges dans les deux pays.

    Les Japonais ont-ils poussé limitation servile des murs chinoises jusquà forcer des individus à se suicider sur les tombes impériales, et, en cas de refus de leur part, à les mettre à mort ? Le Nihon skoki le suppose, car, pour expliquer lorigine des statuettes (haniwa caractères chinois) et le pourquoi de leur emploi, il raconte que le frère de lempereur Suinin Tennô caractères chinois (IIe empereur, 29 av. J.-C. 70 ap. J.-C.) étant mort, ses serviteurs furent enterrés vivants avec lui ; or plusieurs jours après cette barbare exécution, on voyait encore la terre soulevée par les convulsions des malheureuses victimes. LEmpereur sémut et, sur les conseils du favori Nomi no Sukune caractères chinois, il ordonna de substituer désormais des haniwa caractères chinois, aux victimes humaines et nomma son conseiller chef de cette nouvelle corporation de potiers. La fait raconté par le Nihon-shoki est-il exact ? ou nest-ce là quune histoire imaginée de foutes pièces pour expliquer lorigine des haniwa en même temps que pour mettre en relief lhumanité dun souverain ? Ceût été dune pierre faire deux coups ; mais cétait aussi charger gravement la mémoire des empereurs ancêtres de Suinin. Il est vrai quon ne peut songer à tout. Le Kojiki ne parle pas de cette initiative de Suinin : il se borne à signaler que sons le règne de cet empereur fut fondée la corporation des pierriers faiseurs de tombeaux et celle des potiers fabricants de haniwa. Par exemple, dans la chronique consacrée à Kaikwa Tennô caractères chinois, (9e empereur, 157-98 av. JVC.), prédécesseur de Suinin, il dit explicitement quà la mort de ce souverain, pour la première fois on éleva une haie dhommes dans les tombeaux impériaux. Kono miko no toki ni hajimete mi haka ni hitogaki wo iatetariki.

    Ces assertions du Kojiki sont aussi suspectes que celles du Nihon-shoki. Il y a tout lieu de croire que chambres sépulcrales en pierre, sarcophages, haniwa, datent de lorigine des tumulus et que le tout a été emprunté à la Chine, ce qui nempêche nullement quune fois ou lautre il ny ait eu sacrifice de victimes humaines.

    Les objets en métal et les joyaux que renferment les tumulus nont pu être fabriqués au Japon ; car, à supposer que lindustrie dit fer et du verre, lart du joaillier, y aient été connus dans les temps préhistoriques, la matière première faisait presque complètement défaut. De nos jours, malgré les méthodes scientifiques de prospection, on na guère trouvé que des gisements de cuivre ; ceux détain et dor sont peu importants et leur exploitation nest possible que grâce à un outillage puissant. Le minerai de fer, qui ne suffit pas, est importé de létranger, de Chine surtout. Dautre part, ni larchéologie, ni lhistoire ne nous fournissent aucun indice sur lexistence en quelque endroit du Japon dun centre de fabrication aux temps préhistoriques. Nous croyons que, poteries mises à part, la plus grande partie des pièces archéologiques découvertes dans les tumulus ont été apportées de Corée, de Mandchourie et de Chine par les ambassadeurs et les marchands.

    On a supposé plus haut que les Ouraliens en étaient encore à lâge de la pierre polie lorsquils émigrèrent de la Corée après sa conquête par Ki tse. Cette opinion peut se fonder sur le fait que les kjm-melding de lâge néolithique ne présentent aucune trace de fer, alors quabondent haches, grattoirs, poinçons, couteaux, pointes de lances et de flèches en pierre taillée ou polie. Il nest pas impossible cependant quils aient déjà possédé à cette époque un certain nombre doutils, darmes et dinstruments de fer grossièrement fabriqués : épées, fers de lances et de flèches, pointes de piques, haches, coins, marmites.

    Il est remarquable que M. Torii, dans ses campagnes archéologiques en Corée, ait trouvé dans les kjmmelding, pêle-mêle avec des pièces de lâge néolithique, des scories de fer, preuve quà lépoque où la pierre taillée et polie était encore dusage courant, on commençait déjà à fondre le fer et à le forger. En réalité il ny a pas de démarcation bien nette entre les âges de la pierre et du fer. Il ne faut pas oublier, en outre, que les kjmmelding étaient des dépôts dobjets jetés au rebut ; or les objets en fer sont susceptibles dune conservation illimitée et, même endommagés, ils peuvent servir pour une nouvelle fonte.

    Les hommes anciens ont pris un soin tout à fait spécial des premiers instruments en fer venus en leur possession. En fait, la pique, la lance, le sabre, la marmite, ont donné naissance à autant desprits divins, de kami caractères chinois, désignés sous le nom de lobjet où ils étaient censés résider. Cette croyance superstitieuse est la preuve du respect que les Japonais primitifs portaient à leurs outils et armes de métal ; elle a dû contribuer singulièrement à leur conservation.

    Le Dr Ishizuka caractères chinois, (1) signale que les annales chinoises parlent des Tonghouses Ukwan caractères chinois comme de forgerons habiles à travailler le fer et lor ; dautres Tonghouses, les Kitan caractères chinois, qui devaient faire parler deux plus tard, forgeaient cuirasses et casques. Or les statuettes haniwa représentent des guerriers cuirasses et casqués ; cuirasses (yoroi caractères chinois) et casques (kabuto caractères chinois) se trouvent également dans les tumulus. Ces cuirasses, dites yoroi no shikoro caractères chinois, ont ceci de particulier que la face dorsale remonte très haut et protège le cou et la nuque. Parfois ce dernier genre de protection était rempli par le casque lui-même, ses pièces cervicales étant alors suffisamment prolongées. Casques et cuirasses sont constitués par un assemblage de plaques de métal (mekki caractères chinois).


    (1) Nihon minzoku ron caractères chinois, p. 292.

    Le même savant remarque que quantité de villages tonghouses et tartares de la région du Chara-Mouren (cours supérieur du fleuve Liao-ho, qui se jette dans le golfe du Petchili), de celle située à lest et à louest de la chaîne Hing-ngan-ling caractères chinois (qui sépare la Mandchourie de la Mongolie), de celle encore du Haut Soungari, présentent aux yeux du voyageur de nombreux amas de scories de fer, preuve évidente que lindustrie a été autrefois florissante dans tons ces pays.

    Chose également digne de remarque, ces scories sont mélangées déclats de verre, de débris de verroterie. Ne serait-ce pas de Mandchourie quauraient été importés les joyaux (tama caractères chinois) de tonte forme qui se retrouvent dans les tumulus, de même que la coupe en verre qui fut découverte dans le tombeau de Nintoku Tennô caractères chinois (16e empereur, 313-399) ?

    Quant aux magatama caractères chinois en jade vert et autre matière précieuse, ne sont-elles pas venues des rives du Baïkal, qui abondent en roches de cette sorte, tandis que le Japon en est dépourvu ?

    Les miroirs métalliques, polis sur une face tandis que lautre est surchargée de motifs dornementation, sont venus de Chine.

    Concluons que, sauf les poteries et haniwa, à peu près toutes les pièces rares renfermées dans les tumulus furent importées de Corée, à lépoque où marchands et ambassadeurs sy rendaient par groupes. Lors de la conquête de la péninsule par les Japonais, ceux-ci durent également opérer une rafle générale. Avec le temps, ils sinitièrent eux-mêmes aux opérations que nécessite la fabrication des divers objets dart et se contentèrent daller chercher à létranger la matière première.

    Les Annales chinoises, dans leur description du pays des Wo, disent : (1) Le sol est propre à la culture du riz, du chanvre et des mûriers qui servent à nourrir les vers à soie. Les habitants savent filer et tisser ; ils fabriquent des étoffes de soie... Le climat est tempéré. Lhiver comme lété on récolte des légumes. Les ambassadeurs venus à Yabadai vers le milieu du IIIe siècle de notre ère remarquent que la reine habite un palais fortifié avec des tours à plusieurs étages. La chronique de Wei signale parmi les présents envoyés par les rois de Wo des esclaves, des pierres précieuses, diverses étoffes de soie rayée de plusieurs couleurs, et dautres produits du pays. LEmpereur de Chine, de son côté, pour nêtre pas en reste, faisait remettre aux envoyés des objets dor, de beaux tissus de soie, de gros tapis fabriqués avec des poils danimaux, des épées, des miroirs et autres menus objets dun travail délicat. (2)

    (1) Matoualin, p. 51. (2) id., p. 67

    Le nord du Kyûshû, de par son peuplement et ses relations avec la Corée et la Chine, a vu la première ébauche de civilisation qui ait été élaborée au Japon : les autres pays de larchipel y ont participé dans la mesure où ils ont été en contact avec lui. Cette conclusion, qui sappuie sur les données de lhistoire chinoise non moins que sur larchéologie préhistorique et lethnologie, contredit singulièrement la version officielle fournie par les Chroniques. Celles-ci ramènent à une époque beaucoup plus récente lintroduction au Japon de lagriculture, de lélevage des vers à soie, du tissage, de lindustrie du fer, etc. A les en croire, ces divers progrès ne se produisirent quaprès lexpédition en Corée sous les règnes dOjin Tennô caractères chinois (201-310) et de Yûryaku Tennô caractères chinois (457-479). Est-il besoin de répéter que cette partie des Chroniques qui concerne les temps anciens ne mérite aucune espèce de créance ? Nous sommes en présence dun écrit apologétique destiné à affermir dans lesprit de tout bon Japonais la reconnaissance et le respect, disons plus, la vénération religieuse envers la dynastie. En partant de ce point de vue, il est évident que toute science, tout art, toute civilisation, sont nés dans le Yamato, et ce, sur linitiative des Empereurs. Cependant, comme tout le monde savait que la Corée avait été auprès du Japon le truchement du progrès, les scribes officiels placèrent cette initiation dans les années qui suivirent lexpédition de Corée. Avant la dite expédition les Chroniques ignorent, absolument quil y ait eu nue Corée et une Chine ; lImpératrice Jingô Kôgô caractères chinois (170-269) apprit la première lexistence du pays aux trésors par une révélation des kami.

    Croyances religieuses. Les croyances, les usages, les superstitions, les idées de la Chine, pénétrèrent au Japon par la même voie que les pièces de soie, tapis, miroirs, bijoux, etc.

    Les races primitives du Japon appartenaient à la catégorie des peuples dits de culture inférieure et en avaient la mentalité ; elles étaient donc animistes. Toutes elles croyaient à lexistence desprits maîtres souverains des rivières, des montagnes, des bois, des plaines, et régissant tout ce qui se passait dans les limites de leur domaine. Ce nest pas seulement toute étendue du sol, géographiquement ou politiquement délimitée, qui possédait son esprit-maître, chaque champ, chaque lambeau de terrain, une simple pierre de forme bizarre, un arbre isolé lui-même, du moment que, pour une raison ou une autre il était considéré à part du terrain environnant, était susceptible dêtre la chose spéciale dun kami. En partant de ce point de vue les Japonais primitifs navaient aucune raison de limiter le nombre des kami ; en fait ils en inventèrent sans relâche, si bien que le Kojiki les désigne collectivement par lexpression yao yorozu no kanti-gami caractères chinois, les huit millions de dieux.

    Ils croyaient également que la maladie, la mort, les diverses calamités, étaient un effet de la colère des kami à, qui on pouvait avoir manqué dégards en quelque chose ; ces maux pouvaient être également luvre desprits mauvais répandus un peu partout dans la nature.

    Ainsi donc, Ainu, Negritos, Proto-malais, Sino-malais, Mongols, pouvaient différer quant à la langue aux murs, à la manière de vivre ; ils sentendaient., du moins, sur le point commun des croyances, et il nest pas douteux que cette identité de vues nait contribué singulièrement à favoriser leurs relations. Par exemple, les jours où lon fêtait tel kami, considéré comme le maître souverain dune région, tous les clans faisaient trêve à leurs discordes habituelles et se rendaient en masse à son sanctuaire ; et, quand on avait fait ripaille et dansé en chur pendant plusieurs jours, comment aurait-on pu reprendre les armes le lendemain ? Le souvenir de ces kami locaux a traversé les siècles ; ils sont connus et honorés aujourdhui sous le nom de Ubusuna kami (caractères chinois) (littéralement : kami qui ont enfanté le sol).

    (Extrait de : Le Shintoïsme, J.-M. MARTIN,
    religion nationale du Japon) Miss. de Nagasaki.

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    1924/685-696
    685-696
    Martin
    Japon
    1924
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