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Les origines de lécriture chinoise

Les origines de lécriture chinoise
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    Les origines de lécriture chinoise


    Les origines de lécriture chinoise sont à peu près inconnues. Certains ouvrages en langues européennes ont bien traité cette question, mais dune manière superficielle et parfois fantaisiste. Les Chinois, très attachés à leur écriture, ont disserté beaucoup sur ce sujet depuis vingt siècles, mais leurs ouvrages demeurent ignorés du public et malheureusement, dailleurs, trop souvent labsence de culture générale et de critique les induit à admettre, au même titre que les faits historiques, ce qui nest que le produit de légendes ou de traditions incertaines. Leurs enseignements cependant restent précieux, indispensables même, pour létude des anciennes formes de lécriture chinoise, que nous connaissons aujourdhui par des inscriptions très authentiques et parfois dune haute antiquité. Grâce aux patientes recherches des collectionneurs et des érudits chinois, il existe en effet, sur les origines et les développements de lécriture, une mine précieuse de renseignements qui na pas encore été exploitée : cest létude des antiques caractères chinois dont la forme rappelle celle des hiéroglyphes.

    On sait que lécriture chinoise est, depuis les temps les plus reculés, essentiellement idéo-phonétique : certains caractères idéographiques nous indiquent eux-mêmes leur sens ; dautres, appelés phonétiques, indiquent seulement la prononciation ; le plus grand nombre enfin est composé dun signe idéographique, qui nous fait connaître dune manière générale lidée sous laquelle le terme doit être classé, et dun signe phonétique, qui nous révèle sa prononciation. Mais la langue chinoise a évolué au cours des siècles et lécriture elle-même a subi bien des transformations ; aussi, certains caractères antiques nont plus la même signification quautrefois ; dautres restent indéchiffrables. En dépit de ces lacunes, que les savants cherchent à combler, on peut dire que lécriture chinoise, telle que nous la révèlent les plus anciennes inscriptions actuellement connues, est une écriture parlante, capable de nous révéler son histoire, mieux que ne le font les légendes recueillies par les plus anciens écrivains chinois.

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    Daprès les lettrés du Céleste Empire, professant presque tous une foi inébranlable aux légendes rapportées par Hu chen caractères chinois, dans la préface de son célèbre dictionnaire (caractères chinois) 1, et scrupuleusement consignées dans les Annales chinoises 2 lécriture a pris naissance sous le règne de Houang-ti caractères chinois, 26 siècles avant lère chrétienne. Cest à Tsang kie caractères chinois, premier ministre de lempereur, quon attribue lhonneur davoir inventé les caractères. Il aurait eu pour collaborateur Tsu song caractères chinois, auquel la légende décerne le titre de second ministre. Tsang kie, ayant, dit-on, observé laspect des astres et la forme des animaux qui vivent sur la terre, en dessina limage et fit un choix des plus beaux types 3 pour servir de modèles décriture. Cest donc un peintre qui a inventé lécriture chinoise et nul ne sen étonnera de ceux qui ont admiré les belles inscriptions brodées sur la soie ou dessinées sur la porcelaine et la laque. Les philologues eux-mêmes, qui savent que toute écriture a commencé par être figurative et symbolique avant de devenir phonétique, ne voudront point sinscrire en faux contre ce point de la légende.

    Daprès les auteurs chinois, Tsang kie naurait, dailleurs, inventé que des caractères fort simples, images dobjets et symboles didées. Quelques écrivains, il est vrai, se basant sur un texte très ancien, ont prétendu quau temps de Fou hi caractères chinois, premier empereur de Chine, (29 siècles avant J.-C.) existaient déjà les six classes de caractères que nous avons actuellement 4. Malheureusement le livre doù est tiré ce texte est reconnu apocryphe et la thèse admise aujourdhui, sinon incontestablement, du moins sans conteste par tous les Chinois, déclare que Tsang kie est bien le véritable inventeur des caractères.


    1. Publié au début du IIe siècle de lère chrétienne.
    2. Notamment dans lHistoire générale (caractères chinois), publiée au Ve siècle ap. J.-C.
    3. (caractères chinois)
    4. En réalité ces six classes peuvent se réduire à trois : 1o images et symboles primitifs ; 2o complexes symboliques, 3o complexes idéo-phonétiques.

    Est-ce à dire quavant lui on ne connaissait en Chine aucun système décriture ? Tous les Chinois diront quon connaissait déjà les Pa koua caractères chinois, imaginés par Fou hi. Quest-ce donc que ces fameux Pa koua, encore en vogue de nos jours et quon trouve à lorigine de lécriture ?

    La légende raconte que Fou hi vit un jour un monstre, moitié cheval moitié dragon, sortir du Fleuve Jaune : sur son dos des points blancs, dautres noirs, disposés en lignes, formaient un dessin bizarre que Fou hi se hâta de reproduire. Ce dessin lui donna lidée de créer une série de huit diagrammes, composés de lignes longues et de lignes courtes assez semblables aux signes de lalphabet morse :

    Diagrammes

    Ces diagrammes combinés deux à deux, donnèrent naissance à soixante-quatre hexagrammes :

    Diagrammes

    Les huit diagrammes ou symboles fondamentaux, appelés Pa koua caractères chinois, signifiaient : diagrammes le ciel, diagrammes la terre, diagrammes le tonnerre, diagrammes les montagnes, diagrammes le feu, diagrammes leau, diagrammes les lacs, diagrammes le vent. Or, le ciel étant regardé comme le symbole de la puissance, le feu celui de la splendeur, etc... bientôt on attacha toutes sortes de sens plus ou moins dérivés et subtils non seulement aux Pa koua, mais aux 64 hexagrammes. Et Confucius lui-même simmortalisa en écrivant tout un livre pour les expliquer 1. Faut-il sétonner que les Pa koua aient été de tout temps et soient encore de nos jours une mine féconde pour tous les diseurs de bonne aventure ?


    1. Le I-kin caractères chinois contient les Pa koua de Fou hi, les définitions caractères chinois, de Ouên ouâng, les explications symboliques caractères chinois, du prince Tcheou et enfin les commentaires de Confucius.

    Les Pa koua ne sont en somme quun jeu desprit, très en honneur dans lancien temps et qui constituait alors le fonds de lenseignement donné dans les écoles ; ce nest pas un système décriture. Quils aient été parfois employés dans lécriture, le fait est indéniable et na dailleurs rien de surprenant, quand on considère dune part leur vogue immense et leur tracé facile, dautre part les difficultés quavaient les hommes primitifs à traduire leurs pensées par écrit. On trouve en effet, sur des inscriptions anciennes, le caractère caractères chinois, ciel, écrit caractères chinois, 67 ou caractères chinois 66 (trois lignes continues) ; le caractère caractères chinois, terre, écrit caractères chinois 68 (trois lignes interrompues) : ce sont, à peine modifiés par la fantaisie des scribes, les signes diagrammes et diagrammes que nous venons de voir. Daprès les philologues chinois, le caractère caractères chinois, eau, qui sécrivait jadis suivant la commodité tantôt diagrammes et tantôt diagrammes devenu ensuite caractères chinois 1, puis caractères chinois, nest même pas autre chose, malgré les transformations que lui a fait subir lécriture moderne, que le sixième des huit symboles décrits plus haut, et cela prouve bien la haute antiquité des Pa koua. Ainsi les légendes renferment souvent une part de vérité ; mais, en attribuant au légendaire Fou hi linvention des Pa koua, ou aurait tort den faire linventeur dun système décriture.

    Veut-on chercher plus haut encore les origines de lécriture chinoise ? La légende nous avertit quavant la merveilleuse invention des caractères, les Chinois se servaient uniquement de la corde à nuds pour garder le souvenir des événements mémorables1, et un commentateur ajoute gravement que la grosseur des nuds était en proportion de limportance des événements.2 Il y avait pourtant, sans doute, dautres moyens aussi faciles que celui-là pour remplacer lécriture et létude des caractères antiques nous en révèle un très simple et très commun chez tous les peuples primitifs. Le caractère caractères chinois, koua, inscrire, employé dans caractères chinois, inscrire une dette, sécrivait anciennement caractères chinois ,2 ou caractères chinois 3, quon prononçait indifféremment koua ou kie. Ce sont deux variantes dun même signe idéographique, représentant un morceau de bois sur lequel on a fait des encoches, procédé mnémonique très usité partout.

    Tout en affirmant ta haute antiquité de leur écriture, les Chinois nont jamais prétendu quelle fût la première connue dans le monde. Bien au contraire, une autre légende affirme quaux Indes, deux personnages, Fan tien caractères chinois, et Ku lou caractères chinois, avaient déjà avant Tsang kie inventé dautres systèmes décriture. Le premier écrivait de gauche à droite ; le second de droite à gauche, et Tsang kie de haut en bas. Nest-elle pas curieuse cette légende qui place aux Indes le berceau de lécriture et par conséquent de la civilisation ? On sait dailleurs le sens large quil faut attribuer au mot Indes caractères chinois, ce pays étant pour les anciens Chinois le bout du monde occident.


    1. ― (caractères chinois)
    2. ― (caractères chinois)

    Après avoir recueilli dans les légendes chinoises ce quelles ont dintéressant pour notre curiosité, laissons-les maintenant de côté pour examiner, à la lumière des vestiges que nous a légués le passé et des enseignements que nous fournit la paléographie, les origines et le développement de lécriture chinoise.

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    La pensée se traduit au dehors par des signes : paroles, gestes ou dessins. Parmi ces signes les uns nont quune durée éphémère, tels le son de la voix ou le geste de la main. Aussi de tout temps lhomme a cherché le moyen de fixer sa pensée dune manière plus durable par le dessin et lécriture, et lenfant qui dessine sur le sable un animal informe agit à lexemple des hommes primitifs, qui expriment leurs pensées à laide de dessins plus ou moins bizarres ; sans sen douter il invente une écriture idéographique, cest-à-dire une écriture où les idées sont représentées par des peintures dobjets réels ou des figures symboliques. Tous les systèmes décritures, dit Maspéro, ont commencé par peindre des idées avant darriver à la peinture des sons. 1 et M. Vigouroux dit avec raison que les peintures danimaux représentés sur les grossiers instruments de travail de lère primitive sont comme les commencements de lécriture hiéroglyphique 2. Je dirais simplement, de lécriture. En effet, les plus anciens systèmes décriture connus, quil sagisse des hiéroglyphes, des signes cunéiformes ou des caractères chinois, ont tous commencé par représenter des objets matériels : le soleil, la lune, les montagnes, les arbres, les plantes, les animaux, lhomme, les instruments de travail, etc... et ces objets concrets, les Egyptiens de lépoque préhistorique ou les Chinois primitifs les représentaient plus ou moins habilement, sans doute, mais pas autrement que ne le font encore aujourdhui les peuplades arriérées de lOcéanie ou lenfant qui dessine sur le sable. De là lorigine, je ne dis pas commune, mais semblable, de tous les systèmes décriture qui se sont, à travers les âges et suivant les pays, plus ou moins transformés, développés, perfectionnés. Celui qui le premier eut lidée dexprimer sa pensée à laide de figures dessinées ou gravées sur le bois, la pierre ou le métal, est donc vraiment linventeur de lécriture ; mais on chercherait vainement son nom dans lhistoire. Autant vaudrait chercher le nom du premier enfant qui sest amusé à dessiner des bonshommes !

    Sil faut renoncer à décerner au légendaire Tsang kie lhonneur davoir inventé lécriture symbolique, peut-être pourrait-on avec quelque raison lattribuer au très authentique, père Adam ou à ses premiers descendants. Mais ninsistons pas ; la question est insoluble.


    1. Histoire ancienne des peuples de lOrient, p. 807.
    2. Dictionnaire de la Bible, art. Alphabet hébreu.

    Il est assurément plus intéressant de chercher comment, à laide de figures ou images dobjets, on est arrivé en Chine à créer un véritable système décriture. A défaut de documents historiques, qui évidemment nexistent pas, lantique, écriture chinoise, qui, mieux que toute autre écriture hiéroglyphique ou cunéiforme, a gardé des traces nombreuses de son état primitif, pourra nous fournir des jalons précieux pour lexamen de ses divers développements. Mais résumer en quelques pages ce qui fut luvre de multiples générations paraîtra trop simple à bien des gens. En effet, lécriture chinoise, même sous sa forme la plus ancienne, est le fruit dune lente et confuse élaboration, comparable en quelque sorte au travail des siècles dans la création des immenses forêts du Nouveau Monde. Sans doute il est impossible de connaître tous les secrets de la forêt, mais nest-il pas permis, après avoir étudié les principales essences darbres qui lont formée, la constitution du sol, les influences climatiques et bien dautres faits dexpérience, de fixer, au moins approximativement, les étapes de sa formation ? Ce sont les principales étapes de cette lente élaboration des anciens caractères chinois que nous voudrions sommairement indiquer ici, groupant dans un ordre logique, et rien de plus, les enseignements puisés dans létude des anciennes inscriptions et dans les travaux des philologues chinois.

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    Lécriture chinoise compte environ 200 caractères primitifs simples, ainsi appelés parce quils sont les éléments constitutifs de tous les autres. La plupart sont des images grossières dobjets réels : caractères chinois 4 représente le soleil, caractères chinois 5 la lune, caractères chinois 6 des montagnes, caractères chinois 7 un arbre, caractères chinois 8 des bambous, caractères chinois 9 une branche, caractères chinois 10 une maison, caractères chinois 11 ou caractères chinois 12 un chien, caractères chinois 13 ou caractères chinois 14 une empreinte de pas, caractères chinois 15 un homme, caractères chinois 73 un oeil, caractères chinois 16 un couvercle, parfois un couvre-chef, caractères chinois 17 les plis de lhabit croisé sur la poitrine, caractères chinois 59 trois paires de côtes, caractères chinois 18 un homme à genoux, les bras tendus pour offrir ou tenir quelque chose, de là vient le signe caractères chinois 19 main, caractères chinois 20 ou caractères chinois 21 représente une natte, caractères chinois 22 une porte à deux battants, caractères chinois 23 une charrue, caractères chinois 24 un fer de lance, caractères chinois 25 un dévidoir ou rouet, etc... Presque toutes ces images ont aussi un sens symbolique : le soleil indique le temps ; la lune les mois, la nuit ; lil signifie voir ; le fer de lance, couper ; lempreinte du pied, marcher ; la charrue, la force, le labeur, etc... Nous ne connaissons quun signe purement conventionnel encore usité de nos jours : cest (1) eau, qui vient des Pa koua. Les signes caractères chinois dessus, dessous, caractères chinois 70 rond, caractères chinois 71 carré, caractères chinois 69 spirale, tourner, etc., et les chiffres : un, (caractères chinois) deux, (caractères chinois) trois, (caractères chinois) quatre, (caractères chinois) dix, (caractères chinois) vingt, etc., sont à la fois figuratifs et conventionnels. La plupart de ces hiéroglyphes sont restés dans lécriture chinoise, mais combien méconnaissables sous leur tracé moderne !

    En imaginant ces dessins primitifs, lhomme navait dautre but que de rendre sa pensée intelligible aux autres hommes. De là beaucoup de variantes dans le dessin. Quelques-unes ont été consacrées par lusage, dautres abandonnées. Luvre de ces premiers artistes nétait dailleurs limitée que par leurs aptitudes et leurs connaissances ; mais il faut de grandes aptitudes pour raconter un fait par le dessin. Aussi ne faut-il pas sétonner du petit nombre de caractères simples quon trouve à lorigine de lécriture chinoiser surtout quand cette écriture nest point, comme en Egypte, lapanage dune classe cultivée, niais appartient à tout le monde. Est-il besoin dajouter que tous ces caractères primitifs ne datent point de la même époque, que leur invention ne peut être attribuée à un seul homme, ni même à une seule région, mais quils ont été créés à mesure que sétendaient les besoins de lécriture et lingéniosité des scribes. Cette remarque sapplique également aux autres séries de caractères dont il va être parlé, de sorte quon aurait tort de donner à ces classifications, qui ne sont quun groupement logique de faits présentant les mêmes caractères, une signification trop large quelles nont pas. Sans doute ici lordre historique a dû souvent se confondre avec lordre logique ; mais, dans un problème aussi confus que celui des origines de lécriture chinoise, il faut se garder des conclusions trop hâtives ou trop absolues. Linvention de lécriture est un fait que nous essayons dexpliquer, mais dont nous ne prétendons point raconter lhistoire.

    Parmi les signes primitifs on a déjà constaté quun grand nombre sont employés aussi dans, un sens symbolique. Cet usage se développant donna naissance à une importante série de caractères appelés composés symboliques, caractères chinois, houi-i. Peu à peu, en effet, on songea à combiner ensemble deux ou plusieurs signes déjà connus, de manière à pouvoir exprimer dautres idées. Ainsi deux arbres suffirent pour représenter une forêt, caractères chinois lin ; deux ailes éployées caractères chinois 26, (aujourdhui caractères chinois fei) pour laction de voler ; caractères chinois chan, montagne et caractères chinois kieou, tertre (jadis caractères chinois 27 formèrent caractères chinois (autrefois caractères chinois 28) ; caractères chinois tchong, ver et caractères chinois mao, poil, servirent à désigner une chenille velue caractères chinois tse. Le caractère caractères chinois,29 qui sécrit maintenant caractères chinois, vêtements qui couvrent le haut du corps, est composé lui-même de deux autres primitifs : chapeau caractères chinois 16 et toge caractères chinois 17. Pour indiquer laction de marcher on se contenta souvent de représenter lempreinte du pied, caractères chinois 14 ; parfois le signe caractères chinois 14 est surmonté dun homme, la tête penchée en avant, les bras ballants, dans lattitude de la marche caractères chinois 30, ce qui a donné le caractère plus récent caractères chinois 32 et enfin caractères chinois, tseou, marcher. Quand le signe caractères chinois 14 est répété trois fois, le caractère signifie courir à toutes jambes, fuir, caractères chinois 31 (aujourdhui caractères chinois pen). Cet exemple montre la façon très simple de représenter le superlatif : ordinairement le même signe répété plusieurs fois indique pluralité, très grand nombre : ex. caractères chinois mou, arbre, forme caractères chinois lin, bois et caractères chinois chen, épaisse forêt ; caractères chinois kuen, chien, forme caractères chinois in, altercation (deux chiens aboyant lun contre lautre), et caractères chinois piao, bande de chiens se poursuivant, doù le sens de véhément ; caractères chinois trois hommes (aujourdhui caractères chinois tchong) signifient : beaucoup, tous ; deux tentes caractères chinois 33 un camp, (aujourdhui caractères chinois in), trois pierres caractères chinois (jadis caractères chinois 72 parfois caractères chinois 34 ou caractères chinois 35) un grand tas de cailloux etc..,

    Parfois cest la disposition des signes qui fait connaître le sens : deux hommes placés lun derrière lautre caractères chinois 36 (aujourdhui caractères chinois ou caractères chinois tsong) signifient suivre, en face lun de lautre, cest caractères chinois 37 hiang, vis à vis, se tournant le dos, cest caractères chinois 38 pei, opposé 1. De même pour expliquer les deux mots suivants : caractères chinois et caractères chinois qui sous leur forme ancienne caractères chinois 39 et caractères chinois 40 représentent une double empreinte du pied caractères chinois 41 nest autre que caractères chinois 14 interverti), il suffit dexaminer la direction des pieds : dans le premier les deux empreintes du pied gauche et du pied droit sont placées lune en avant, lautre en arrière : les deux réunies forment un pas ; donc caractères chinois pou, pas ; dans le second, les pieds sont sur la même ligne, mais dirigés en sens contraire : donc caractères chinois po, marcher dans une direction opposée, se séparer, diviser.

    Un caractère composé symbolique peut encore servir à créer dautres composés du même genre. Ainsi (39) pas et caractères chinois eau forment caractères chinois 42 che 2, marcher dans leau, passer à gué ; caractères chinois 43 représente deux mains jointes pour saluer (auj. caractères chinois kong) ou pour offrir ou tenir un objet, et, dans ce dernier cas, lobjet est représenté : cest tantôt du feu, chose précieuse dans lantiquité, on a alors caractères chinois 44 écrit aujourdhui caractères chinois et caractères chinois ; tantôt une arme : caractères chinois 45 hallebarde ou caractères chinois 46 hache ; tantôt un pilon placé sur un mortier contenant du grain, caractères chinois 47 auj. caractères chinois tchong, piler.


    1. Pourquoi des caractères si expressifs ont-ils disparu de lusage ? Aujourdhui caractères chinois 37 nexiste plus et a été remplacé par caractères chinois 38 sécrit maintenant caractères chinois et signifienord
    2. Le caractère actuel caractères chinois a gardé sa forme ancienne, sauf que le signe caractères chinois eau a été placé devant caractères chinois, au lieu dêtre, comme autrefois, intercalé au milieu.

    On voit que les Chinois, de tout temps amateurs de jeux desprit, ont ici donné libre cours à leur imagination ; mais lécriture, qui est lexpression de la pensée, doit être avant tout intelligible et la création de nouveaux caractères symboliques se trouve bientôt limitée par la nécessité déviter lemploi de signes trop compliqués ou trop énigmatiques. Aussi cette série ne compte guère plus de 600 caractères1 dont un assez grand nombre ne sont plus usités depuis longtemps. Il fallait donc trouver autre chose pour arriver à représenter un nombre moins restreint didées. Où y réussit par un moyen très simple déjà employé sans doute depuis longtemps en Egypte.

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    Nous avons constaté que tous les signes usités jusqualors dans lécriture représentaient des idées ; à cause de cela on les appelle signes idéographiques. Quand on écrivait le signe caractères chinois 1, tout le monde savait quil désignait le soleil ; cet autre caractères chinois 5 la lune ; celui-ci caractères chinois 7 un arbre ; celui-là caractères chinois48 une maison. Peu importe le nom quon donnait, à ces objets et qui variait le plus souvent selon les pays : chacun les lisait à sa manière suivant sa langue ou son dialecte : ex. caractères chinois, prononcé je dans le nord de la Chine, i ou iat dans les provinces du sud, nhut en Annam et râ en Egypte. Quelquefois le même objet a plusieurs noms dans le même pays : ainsi maison se dit en Chine : jâng, ou, che, et encore tâng, kông, miên ; ces trois derniers mots désignant, il est vrai, différents genres de maisons, comme nous disons en français : temple, palais, chaumière. Actuellement chacune de ces appellations sexprime en chinois par un caractère différent. Autrefois il nen était pas de même et lon se contentait souvent de figurer le toit et les murs dune maison caractères chinois 10, ou caractères chinois49 pour désigner nimporte quel genre dhabitation.


    1. Daprès certains auteurs chinois le nombre dépasserait 1200, mais en réalité beaucoup de caractères groupés par eux dans cette série appartiennent à. la série des caractères idéo-phonétiques. Et cela doit nous mettre en garde contre certaines gens qui flairent des rébus partout, même là où il ny en a pas. Langlois et Seignobos, Introduction aux Etudes historiques.

    Au bout dun certain temps, dit Maspéro, parlant des hiéroglyphes, ces signes idéographiques éveillèrent dans lesprit qui les voyait tracés, en même temps quune idée, le mot ou les mots de cette idée, partant une prononciation : on shabitua à retrouver sous chaque figure et sous chaque symbole une ou plusieurs prononciations fixes et habituelles, qui firent oublier au lecteur la valeur purement idéographique des signes pour ne produire sur lui que limpression dun ou de plusieurs sons. Le premier essai de phonétisme se fit par rébus : on se servit des images sans tenir compte des idées pour représenter le son propre à leur sens premier. On en vint à peindre de la même manière des mots semblables de son, mais divers de sens dans la langue parlée.1

    On ne saurait exprimer en termes plus précis le progrès qui s accomplit de même dans lécriture chinoise : non seulement le caractère caractères chinois 4 je (auj. caractères chinois soleil, servit à écrire le mot je, jour et caractères chinois 5 (auj. caractères chinois iue, lune, le mot iue mois, ce qui paraît assez naturel ; mais le signe caractères chinois 19 ieou, mais droite (auj. caractères chinois ou caractères chinois, fut employé pour ieou, avoir ; caractères chinois50 tchong, cible (auj. caractères chinois pour tchong, milieu, atteindre au but ; caractères chinois 26 fei, voler (auj. caractères chinois, pour fei, adverbe de négation, mal ; caractères chinois 28 io, pic (auj. caractères chinois, pour io, beau-père, etc., etc...

    Comme le remarque excellemment Maspéro, on shabitua même si bien à ce nouvel emploi des signes, quou en vint parfois en Chine, je ne dis pas toujours, à oublier la signification idéographique primitive de certains dentre eux, pour ne garder que la seconde qui est plutôt abusive. Qui donc encore connaît le sens primitif de caractères chinois tchong, cible ; caractères chinois oui, éléphant ; caractères chinois hin ou hang, carrefour ; caractères chinois hia ou plutôt ia, bourgeon ; caractères chinois tchou, bouton entrouvert des plantes, etc... ? La plupart de ces signes ont été depuis longtemps remplacés par des variantes ou par dautres caractères plus complexes, que nous étudierons plus loin ; ils nont plus aujourdhui, dans lécriture chinoise, quune valeur phonétique. Cependant beaucoup de caractères primitifs, simples ou complexes, images ou symboles, servent encore à représenter tantôt une idée, tantôt un son. A lorigine il en était toujours ainsi et sans doute pour tous les caractères.

    Il nexiste assurément aucune inscription datant de lépoque très reculée où ce système décriture était seul en usage ; mais il est facile, à laide de textes authentiques plus récents, den reconstituer les procédés, Le caractères chinois len yu, ouvrage composé au Ve siècle avant J.-C. par les disciples de Confucius, nous en offre un exemple remarquable dans ce passage : Il présenta ses deux fils et le lendemain... ; en chinois :

    (caractères chinois)..
    hien ki eul tse, min je...


    1. ― Histoire ancienne des peuples de lOrient, p. 809.

    Il faut six caractères ; or lécriture ne possède que deux signes idéographiques utilisables : caractères chinois eul, deux et caractères chinois tse, fils (autrefois caractères chinois 52 image dun enfant emmailloté). Comment écrire les quatre autres? Nous savons déjà que caractères chinois 4 je, soleil, était couramment employé pour je, jour ; il servit donc à écrire le mot je dans lexpression min-je, lendemain. Restent les mots: hien, ki et min. Pour hien il y avait un complexe symbolique très connu caractères chinois 53 (auj. caractères chinois, prononcé kien et hien, voir, de caractères chinois 73 il et caractères chinois 15 homme. Pour ki on pouvait employer les signes caractères chinois 54 table, caractères chinois 55 céréale, caractères chinois 51 crible, etc.., qui tous représentent le son ki ; de même pour min, les signes caractères chinois 56 vase, caractères chinois 57 crapaud, caractères chinois 58 brillant (formé de caractères chinois 4 soleil et caractères chinois 5 lune,) etc..., étaient au choix du scribe. Si ce dernier employa les caractères suivants:

    (53) (51) (52) (58) (4)
    écrits aujourdhui : (caractères chinois) (caractères chinois) (caractères chinois)

    cest, sans doute, parce quil lui plut de choisir des signes faciles à tracer, connus de tout le monde et, au Ve siècle, certainement déjà consacrés par lusage.

    On voit par ces exemples comment les Chinois arrivèrent peu à peu à inventer les premiers éléments dune écriture phonétique, ou plutôt idéo-phonétique, puisque les mêmes signes eurent une valeur tantôt idéographique et tantôt phonétique. Ce double emploi des caractères pouvait bien occasionner parfois quelque, confusion dans leur interprétation ; mais comme le chinois sécrivait alors tel quon le parlait, il suffisait de lire la phrase à haute voix pour en comprendre le sens. Dailleurs, si le système présentait quelques...inconvénients, il permettait décrire, dune manière très simple et à la portée de tout le monde, une foule de termes auparavant intraduisibles.

    Malgré ces développements successifs, lécriture chinoise demeurait néanmoins encore bien rudimentaire. Comment avec quelques centaines de signes représenter les milliers de mots que contient la langue dun peuple ? La solution paraît bien simple, maintenant que presque tous les peuples ont adopté lécriture alphabétique. Mais combien de siècles a-t-il fallu aux Egyptiens pour trouver les principaux éléments dun alphabet ? Aux Phéniciens, pour perfectionner cette invention et la porter, à peu de chose près, à son dernier degré de perfection, 1 avant de la transmettre aux peuples indo-européens ? Avant davoir une écriture alphabétique, tous sétaient heurtés aux mêmes difficultés que les Chinois et chacun les avait résolues, suivant son génie et sa langue, à peu près de la même manière que ceux-ci.

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    Comme il était impossible daugmenter beaucoup le nombre des signes idéographiques, ce qui neût produit que des rébus indéchiffrables, il ne resta quun moyen de perfectionner lécriture, cétait de développer, en laméliorant, lemploi phonétique de ces mêmes signes, qui était encore bien défectueux. Le chinois est une langue monosyllabique ; elle compte environ 400 syllabes ou sons différents. Il sensuit quen chinois, plus quen toute autre langue, les mêmes sons, les mêmes mots servent à exprimer un grand nombre didées comment avec un signe phonétique désigner clairement vingt ou trente choses différentes ? Il est absolument nécessaire, pour éviter lamphibologie, de distinguer les uns des autres les nombreux termes homonymes représentés par un même signe.

    On le fit, en Chine comme en Egypte, à laide dun signe idéographique placé à côté du mot. Ce signe, qui ne se prononce point, a pour but dindiquer aux yeux le genre ou lespèce à laquelle appartient le mot 2 ; en dautres termes, il sert à eu déterminer le sens général ; aussi est-il appelé communément signe déterminatif. Veut-on désigner, par exemple, un liquide, un neuve, une action de leau ? Au caractère phonétique convenable on ajoutera le signe déterminatif caractères chinois eau (souvent simplifié en caractères chinois ; ex. caractères chinois tai ou ta, laver, battu par les flots ; caractères chinois han, sueur ; caractères chinois mou, humecter ; caractères chinois lin, arroser ; caractères chinois tsieou, vin ; caractères chinois kiang, fleuve, etc... Le signe caractères chinois détermine ici le sens général et les signes caractères chinois ta, caractères chinois kan, caractères chinois mou, caractères chinois lin, caractères chinois ieou, caractères chinois kong, la prononciation de chaque mot. Sil sagit dagit dun arbre, dun objet en bois, etc., on emploiera le signe déterminatif arbre, ex. caractères chinois kan, perche, caractères chinois tou, sorbier ; caractères chinois kang, escabeau, etc. Le signe caractères chinois bouche ; désignera une action de la bouche ; caractères chinois soleil, une action du soleil ou bien le temps ; caractères chinois montagne, les pays montagneux ; caractères chinois herbe, les plantes et tout ce qui sy rapporte : feuilles, fleurs, etc,


    1. Dictionnaire de la Bible, art. cité.
    2. Id...

    Lemploi dun signe déterminatif à côté du signe phonétique marque un développement très important de lécriture chinoise. Le procédé était facile et devait être fertile en combinaisons nouvelles, puisque chaque caractère déjà connu pouvait, soit comme phonétique, soit comme déterminatif, sallier à nimporte quel autre suffisamment connu. Lhabitude de joindre un déterminatif à chaque phonétique finit même par faire considérer ces deux signes, primitivement distincts, comme un seul caractère. Telle fut lorigine des caractères idéo-phonétiques caractères chinois hin chen. Pour les créer, on ne se contenta point dutiliser les images et symboles déjà usités ; les nouveaux caractères idéo-phonétiques servirent eux-mêmes à en composer un grand nombre dautres. Ainsi caractères chinois kiang, fleuve, caractère idéo-phonétique forma caractères chinois kiang, herbe ; caractères chinois kiang, bambou ; caractères chinois kiang, oiseau. De même caractères chinois han, sécheresse caractères chinois temps et caractères chinois kan), fut employé dans caractères chinois kan, perche ; caractères chinois kan, paille ; caractères chinois kan, souder... Parfois il est nécessaire de varier le signe phonétique pour distinguer des choses différentes ayant le même nom et appartenant à la même classe didées. Ainsi fei, signifie : mollet, poumon, gras : trois mots auxquels convient parfaitement le déterminatif caractères chinois chair. Pour éviter lamphibologie, on choisira donc trois signes phonétiques différents et on écrira caractères chinois mollet, caractères chinois poumon, caractères chinois gras. Si les phonétiques caractères chinois fou et caractères chinois pa ne paraissent pas heureusement choisies pour représenter le son fei, cest que les caractères caractères chinois et caractères chinois nont certainement pas la même origine que caractères chinois. Grâce à linvention des caractères idéo-phonétiques, il était devenu facile décrire toutes sortes de mots appartenant à nimporte quel dialecte : il suffisait de choisir des signes suffisamment connus et conformes à la prononciation usitée dans chaque pays. Or la prononciation varie beaucoup du nord au sud de la Chine. Faut-il sétonner que les caractères idéo-phonétiques forgés, en partie, daprès le. son, varient également suivant leur provenance chantonnaise, shanghaienne, fokiennoise ou cantonnaise ? Les caractères caractères chinois, appartiennent originairement à trois dialectes différents : de là leur composition différente, bizarre à première vue, fort légitime cependant, si lon considère leur lieu dorigine.

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    1. (caractères chinois) eau
    2. (caractères chinois) inscrire
    3. (caractères chinois) id
    4. (caractères chinois) soleil
    5. (caractères chinois) lune
    6. (caractères chinois) montagne
    7. (caractères chinois) arbre
    8. (caractères chinois) bambous
    9. (caractères chinois) branche
    10. (caractères chinois) maison
    11. (caractères chinois) chien
    12. (caractères chinois) id
    13. (caractères chinois) pas
    14. (caractères chinois) id
    15. (caractères chinois) homme
    16. (caractères chinois) chapeau
    17. (caractères chinois) toge
    18. (caractères chinois) homme agenouillé
    19. (caractères chinois) main
    20. (caractères chinois) natte
    21. (caractères chinois) id
    22. (caractères chinois) porte à 2 battants
    23. (caractères chinois) charrue
    24. (caractères chinois) fer de lance
    25. (caractères chinois) rouet, dévidoir
    26. (caractères chinois) ailes, voler
    27. (caractères chinois) tertre
    28. (caractères chinois) pic
    29. (caractères chinois) vêtement
    30. (caractères chinois) marcher
    31. (caractères chinois) fuir
    32. (caractères chinois) marcher
    33. (caractères chinois) 2 tentes, camps
    34. (caractères chinois) 3 pierres, tas
    35. (caractères chinois) id
    36. (caractères chinois) suivre
    37. (caractères chinois) vis-à-vis
    38. (caractères chinois) opposé
    39. (caractères chinois) 2 pas
    40. (caractères chinois) id
    41. (caractères chinois) pas
    42. (caractères chinois) passé à gué
    43. (caractères chinois) saluer, offrir
    44. (caractères chinois) offrir du feu
    45. (caractères chinois) hallebarde
    46. (caractères chinois) hache
    47. (caractères chinois) piler
    48. (caractères chinois) maison
    49. (caractères chinois) id
    50. (caractères chinois) cibble
    51. (caractères chinois) crible
    52. (caractères chinois) enfants, fils
    53. (caractères chinois) regarder
    54. (caractères chinois) table
    55. (caractères chinois) céréales
    56. (caractères chinois) vvase
    57. (caractères chinois) crapaud
    58. (caractères chinois) brillant
    59. (caractères chinois) côtes
    60. (caractères chinois) avancer
    61. (caractères chinois) couper
    62. (caractères chinois) id
    63. (caractères chinois) sillon
    64. (caractères chinois) oiseau
    65. (caractères chinois) faute
    66. (caractères chinois) ciel
    67. (caractères chinois) id
    68. (caractères chinois) terre
    69. (caractères chinois) spirale
    70. (caractères chinois) rond
    71. (caractères chinois) carré
    72. (caractères chinois) 3 pierres
    73. (caractères chinois) il

    Cette facilité de créer des caractères idéo-phonétiques en nombre presque illimité occasionna bien quelques abus. Pourquoi écrire par exemple le mot kan, perche, de quatre manières différentes : caractères chinois, caractères chinois ? Et cette manie nest pas récente, puisquil y a près de vingt siècles ou écrivait déjà le mot tse, chenille velue, de huit façons : caractères chinois. On peut très bien expliquer lorigine de ces variantes par la fantaisie des scribes et la diversité des dialectes ; mais cela nen légitime pas lusage actuel dans lécriture chinoise. Que dirait-on dun écrivain français qui émaillerait chaque page de ses livres de termes picards, bretons, normands, limousins, gascons ou provençaux ? Une vie dhomme suffirait-elle à déchiffrer un tel langage des contemporains de la tour de Babel ? Et cest cela pourtant quest devenue la langue écrite chinoise, grâce au culte des lettrés pour Confucius et les sages antiques ! Si on se plaint aujourdhui, et non sans raison, de la multiplicité des caractères, la faute en est aux lettrés, qui, recueillant avec un zèle, excessif toutes les locutions, tous les termes, même fautifs, hé-las ! Employés par les écrivains en renom, ont fait de cette langue un amalgame touffu de tous les dialectes, de toutes les fantaisies. Pourquoi caractères chinois 60 tsien, composé symbolique qui signifiait avancer (de caractères chinois barque, véhicule qui caractères chinois avance 1), a-t-il été abandonné depuis plus de quinze siècles et remplacé par (caractères chinois)61 auj. caractères chinois caractères chinois caractère idéo-phonétique qui signifie couper caractères chinois couteau, déterminatif et (60) phonétique) ? Ce qui a occasionné la naissance dun nouveau monstre, (caractères chinois) 62, auj. caractères chinois (il y a deux couteaux, un de trop) pour écrire le mot tsien, couper. Pourquoi tao, île, sécrit-il aujourdhui caractères chinois et non pas caractères chinois comme autrefois ? 2 Parce que très anciennement on a confondu caractères chinois 63 (auj. caractères chinois), sillon, phonétique dans caractères chinois caractères chinois etc., avec caractères chinois 64 (auj. caractères chinois), oiseau, ce qui a donné un caractère inexplicable ! Pourquoi caractères chinois a-t-il parfois le même sens et la même prononciation que caractères chinois ? Parce que Confucius la employé ainsi dans ses ouvrages et que le culte de lantiquité veut que tout bon lettré imite Confucius ! Pourquoi enfin caractères chinois 65 changé en caractères chinois, et caractères chinois mutilé en caractères chinois ? Parce que ces caractère ont été déclarés tabou par quelque fantaisie dempereur !


    1. Originairement, nous lavons vu, (14) ou caractères chinois signifie empreinte du pied, marcher, et non comme aujourdhui sarrêter.
    2. Aujourdhui on trouve encore dans les dictionnaires le mot île écrit caractères chinois, caractère très ancien et très régulier. Est-ce à cause de cela quon ne lemploie plus ?


    Le temps, dit-on, finit par légitimer toutes les usurpations. Hélas ! Que derreurs dans lécriture chinoise ont été légitimées par lusage !

    Un jour Ly se caractères chinois, sur lordre du terrible et tout puissant empereur Tsin che houang caractères chinois, (246-209 av. J-C.), voulut régenter lusage : mal lui en prit. Pour mettre un terme aux fantaisies des scribes, dont Confucius se plaignait déjà près de trois siècles auparavant, il entreprit de donner, comme nous dirions aujourdhui, une version officielle de lécriture. Son recueil, Tsang kie pien caractères chinois, qui compte 3300 caractères, contient sans doute des erreurs, mais comme il reproduit presque toujours, en les adaptant à lécriture de lépoque, des caractères en usage depuis longtemps, ou peut dire que ces erreurs sont moins imputables à Ly se quaux scribes des âges précédents. Et cependant les lettrés, depuis des siècles, ont voué son nom à lexécration publique, non pas tant, comme on le lui reproche un peu injustement, pour avoir modifié le tracé des caractères, que pour avoir supprimé environ 6000 variantes inutiles, quon sest hâté plus tard de restituer à lécriture et de multiplier ! Qui donc oserait encore porter une main sacrilège sur ces broussailles vétustes, réputées aujourdhui parure incomparable de la plus belle langue du monde ?

    Débarrassée de ces superfétations, lécriture chinoise apparaît réellement pauvre, surtout quand on létudie dans chaque dialecte en particulier. De là vient la difficulté décrire des ouvrages en langue vulgaire : lécriture manque de caractères. Même le dialecte mandarin, qui est de beaucoup le plus riche, car il a fait de nombreux emprunts aux dialectes shanghaien, fokiennois et cantonnais, nemploie guère plus de 3000 caractères ; aussi ne faut-il pas sétonner de voir souvent des sens multiples et hétéroclites attachés à un même-caractère.

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    Linvention des caractères idéo-phonétiques marque le dernier perfectionnement apporté à lécriture chinoise. On voudrait savoir à quelle époque celle-ci trouva ainsi sa forme définitive. Malheureusement il est impossible de fixer une date même approximative. Les plus anciennes inscriptions connues jusquà ce jour datent de la dynastie des Chang caractères chinois (XVIIIe-XIIe siècle av. J.-C.) ou tout au plus, quelques-unes peut-être, des derniers temps de la dynastie précédente. Ces inscriptions une centaine environ, sont ordinairement fort brèves : le plus souvent elles se réduisent à ceci : Un tel a fait 1 tel vase à lusage dun tel et de sa famille. Le tracé maladroit des caractères surchargés parfois dornements compliqués et labus des signes purement phonétiques en rendent quelquefois linterprétation difficile sinon obscure ; cependant il est facile dy reconnaître un véritable système décriture, composé comme aujourdhui de caractères ayant une valeur soit idéographique, soit phonétique, soit idéo-phonétique. Depuis combien de temps existait-il ? Où avait-il pris naissance ? Combien de temps avait duré son évolution ? Seules les légendes chinoises pourraient répondre à ces questions ; mais que valent des légendes recueillies au premier siècle avant J.-C. cest-à-dire vingt ou trente siècles plus tard ?

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    Une autre question se présente naturellement à lesprit : pourquoi lécriture chinoise, après linvention des caractères idéo-phonétiques, sest-elle arrêtée dans son évolution ? Pourquoi, à lexemple dautres écritures primitives, assyrienne ou égyptienne, nest-elle pas devenue syllabique on même alphabétique ?

    On oublie souvent que lévolution dans le monde nest point affaire de goûts ni de sentiments : elle est réglée par lès nécessités de la vie. Lécriture évolue, comme les langues, comme les peuples, poussée par des nécessités dadaptation. Dans une langue, dit Maspéro, où tous les mots nont quune seule syllabe, en chinois, par exemple, lemploi du rébus ne pouvait manquer de produire une écriture où chaque signe idéographique, pris dans son acception phonétique, représentait une syllabe isolée. Dans les autres langues, le système de rébus ne donnait pas encore un moyen facile2 de décomposer les mots en leurs syllabes constitutives et de représenter chacune delles séparément par un signe fixe et invariable. On choisit un certain nombre de caractères auxquels on attribua non plus la valeur phonétique qui résultait du son de toutes les syllabés, mais celle qui résultait du son de la syllabe initiale3. Ce sont ces caractères, en nombre relativement restreint et choisis parmi les plus simples et les plus connus, qui constituèrent les éléments dun alphabet. Ainsi, poussée par la nécessité, lécriture égyptienne sétait acheminée lentement vers la forme alphabétique quelle ne sut, pourtant jamais atteindre. Faute davoir pu, comme dit M. Vigouroux, se dégager des langes de son enfance, elle mourut sans avoir achevé son évolution.


    1. Je souligne ce mot qui a été parfois traduit dans un sens symbolique, et... fantaisiste, contraire à linterprétation très simple et très naturelle quen donnent tous les auteurs chinois.
    2. Cest moi qui souligne.
    3. Histoire ancienne des peuples de lOrient, p. 809.

    Si les langues polysyllabiques saccommodent mal de lécriture idéo-phonétique, la langue chinoise, au contraire, se prête admirablement, comme nous lavons vu, à ses multiples combinaisons. Aussi de tout temps les Chinois ont-ils été fiers de leur écriture, qui satisfaisait à tous leurs besoins et qui, disent-ils encore, na pas sa pareille dans le monde entier ! Qui donc aurait pensé à la changer ? Ont-ils eux-mêmes beaucoup évolué en 3000 ans ? Cela ne veut pas dire quils naient point songé à la simplifier. On constate, en effet, que beaucoup de caractères composés emploient les mêmes signes phonétiques. Ainsi une soixantaine de mots prononcés fei sont représentés par le signe caractères chinois accompagné du déterminatif convenable. Ce signe eût donc pu devenir signe syllabique, et il neût pas été bien difficile den trouver 399 autres pour écrire tous les sons de la langue chinoise, qui, de ce fait, eût été dotée dune écriture syllabique grandement simplifiée. Malheureusement ici on se heurte à une double difficulté qui nexistait pas, ou du moins pas au même point, dans les langues égyptienne ou assyrienne : cest labondance des termes homonymes et la variété des dialectes.

    Le dictionnaire de Kang hi, caractères chinois cite plus de 150 mots prononcés fei. En employant pour tous le signe syllabique caractères chinois, il était nécessaire pour distinguer les mots les uns des autres, de trouver 150 signes déterminatifs différents, ce qui, avouons-le, ne simplifie guère lécriture et nest, dailleurs, pas possible quand plusieurs mots, par exemple caractères chinois, appartiennent à la même classe didées. Si les Chinois ont trouvé bon de varier les signes phonétiques en même temps que les déterminatifs, sacrifiant ainsi les avantages dune écriture syllabique, qui oserait dire quils ont eu tort ? Se seraient-ils mieux compris autrement ? Il est permis den douter, surtout, quand on considère le grand nombre et la diversité des dialectes. En Egypte, dit Loret, les différences dialectales, sil y eu eut, devaient être presque inappréciables 1. En Chine, au contraire, elles sont considérables dune province à lautre et souvent dans la même province. Et cest bien là que réside encore la grosse difficulté qui empêche aujourdhui ladoption dune écriture alphabétique. En labsence dune langue véritablement nationale (le dialecte mandarin pourrait le devenir, mais ne lest pas encore,) chaque province devrait avoir son alphabet, son orthographe, sa langue écrite même, conforme au langage parlé dans le pays ; mais alors toute la littérature deviendrait inintelligible, comme lest aujourdhui la Chanson de Roland aux jeunes écoliers de France. Quel Chinois voudrait sy résoudre ?


    1. Manuel de la langue égyptienne, p. 19.

    Cependant les évolutions dun peuple senchaînent. Qui sait si les luttes intestines, qui ont déjà scindé limmense République en plusieurs Etats à peu près autonomes, naboutiront point un jour à ce résultat, qui nest plus chimérique : ladoption par ces Etats, devenus complètement indépendants, dune écriture alphabétique, créée de toutes pièces ou empruntée à dautres pays ?

    Seule survivante de toutes les écritures primitives, lécriture chinoise est encore une de celles qui on le moins évolué. Ne nous en plaignons pas trop, puisque cela permet de soulever un coin du voile qui couvre les origines mystérieuses des peuples.

    P. ROCHETTE,
    miss. du Setchoan Méridional

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    1924/272-289
    272-289
    Rochette
    Chine
    1924
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