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Les descendants d'anciens Chrétiens 2 (Suite et Fin)

Les descendants danciens Chrétiens dans le Diocèse dOsaka. (Japon) II. Epilogue. Le Bulletin de décembre 1924 a raconté comment la découverte, en 1919, dans le village de Sendaiji, ayant fait partie autrefois du domaine de Takatsuki, de pierres tombales chrétiennes datant du XVIIe siècle, attira lattention des archéologues de lUniversité Impériale de Kyoto. Ce modeste événement fut le signe de la Providence, qui montra au P. Birraux le chemin de ces hameaux perdus dans les montagnes, loin des grandes routes.
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    Les descendants danciens Chrétiens dans le Diocèse dOsaka. (Japon)

    II. Epilogue.

    Le Bulletin de décembre 1924 a raconté comment la découverte, en 1919, dans le village de Sendaiji, ayant fait partie autrefois du domaine de Takatsuki, de pierres tombales chrétiennes datant du XVIIe siècle, attira lattention des archéologues de lUniversité Impériale de Kyoto. Ce modeste événement fut le signe de la Providence, qui montra au P. Birraux le chemin de ces hameaux perdus dans les montagnes, loin des grandes routes.

    Depuis lors, le missionnaire na cessé de se dévouer à la tâche de ramener ces descendants danciens chrétiens à la foi de leurs ancêtres. Malheureusement, de notion de dogmes chrétiens, il nen reste aucune parmi eux. Ils ont bien conservé quelques livres de religion, mais privés dun magistère vivant pour les leur expliquer, comment ces braves paysans auraient-ils pu en comprendre le sens ?

    Beaucoup même parmi eux ne savaient pas quils descendaient de chrétiens. La crainte continuelle dêtre dénoncés et condamnés avait fini par faire introduire chez eux une sorte de loi du secret. Le plus souvent le chef de la famille était seul à connaître le fait de la descendance chrétienne. Ce secret, il lavait reçu au moment de la mort de son père, et il le tenait caché aux autres membres de la famille, surtout aux femmes, paraît-il, pour ne le livrer lui-même, au moment venu, quà son héritier.

    Cette loi, sans doute, nétait pas générale, puisque la vieille Nakatani Ito nous apprend quil y a soixante-dix ans, on voyait encore huit ou dix familles se réunir pour sanctifier le Dimanche, et elle a naturellement été abandonnée lorsque, la liberté de religion existant en fait, disparut la crainte de la persécution. Mais un fait assez récent montre avec quelle rigueur parfois ce secret était observé. On sait combien ladoption légale a cours au Japon. Un chef de famille, à défaut de descendant mâle, ou pour toute autre raison, adopte facilement un parent quelconque, et même un étranger qui lui succède avec tous les droits de chef de famille. Or, quand ce se produisait chez ces descendants de chrétiens, le secret en question passait parfois ignoré dune génération. Un de ces paysans, dont le père avait été adopté dans une famille, raconta dernièrement ce fait : lorsque son grandpère fut sur le point de mourir, il y a 20 ans, il lappela à son chevet, lui révéla que les ancêtres la famille avaient été chrétiens, et ajouta : Je nai pas parlé de cela à ton père, parce quil nétait que mon fils adoptif.

    On conçoit que dans ces conditions, les dernières notions de vérités chrétiennes aient fini par disparaître totalement chez ces paysans.

    Faudrait-il conclure de tout cela, que la découverte de Sendaiji plus quun intérêt purement historique, et que ces gens-là sont aussi éloignés de la foi catholique que leurs voisins, les païens des villages environnants ? Dieu nous garde de tirer une pareille conclusion. M. Birraux surtout sest interdit toute pensée de ce genre, et sest dévoué tout entier à luvre que lui a confiée son évêque. Seulement, il a compris que ramener ces gens-là à la foi leurs ancêtres était une uvre demandant surtout de la patience du temps. Il avait pour léclairer là-dessus lexpérience faite pendant de longues années à Nagasaki. On sait quil existe encore là-bas quelques milliers de descendants des anciens chrétiens des XVIme et XVIIme siècles, qui refusent toujours, depuis 1865, de suivre leurs frères et dentrer avec eux dans lEglise catholique. On les appelle les Séparés.1 Ils ont gardé le baptême, quelques vérités et quelques pratiques chrétiennes. De temps en temps, le zèle des missionnaires parvient à détacher quelque fraction de ce bloc des Séparés, à opérer la conversion dune famille, parfois dun hameau. Mais lexpérience montre que ces gens-là ne reviennent guère quen corps, et que, pour avoir parfois voulu trop presser des conversions individuelles, on a malheureusement retardé sinon compromis à jamais la conversion de tout un village, Dun autre côté, lorsque des Séparés sont revenus, cest un fait que dès le lendemain de leur conversion, ils ne le cèdent guère, comme esprit chrétien, à leurs frères, les fervents catholiques de vieille souche.

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    1. V. Nº de juillet 1926 : Japon. Souvenirs chrétiens. Les Séparés. p. 397 et suiv.


    Dès lété de 1924, le P. Birraux rappela à Osaka son chrétien Pierre, dont il sétait servi pour sintroduire parmi ces paysans, mais dont la présence entretenait plutôt la défiance. Grâces à Dieu, le missionnaire avait à son service là personne quil fallait pour le remplacer : une catéchiste femme, veuve déjà, expérimentée et dévouée. Munie dun diplôme officiel dinfirmière, elle pouvait, dans ces montagnes où le médecin nest appelé généralement que dans les cas extrêmes, rendre beaucoup de services : soigner les corps pour arriver aux âmes. Elle avait avec elle sa fille, formée jadis à lécole des Religieuses, où elle avait appris ce que peut souhaiter de savoir une jeune fille de la campagne, qui a fini ses études primaires : travaux de ménage, travaux de couture japonaise, couture européenne, quelques arts dagrément estimés des japonais, comme la façon de servir le thé, dapprêter les fleurs, etc. Pendant que la mère sinsinuerait dans les familles, en soignant les malades, la fille soccuperait des jeunes villageoises.

    Cétait un projet. Pour le réaliser, il fallait dabord une installation convenable ; la pauvre maison louée primitivement ne pouvait plus suffire. Cest encore Kami, lancien militaire 1, qui rendit au P. Birraux le service de négocier lachat dun terrain. Il prit laffaire en mains, et, nonobstant quelques oppositions, la mena si rondement quen janvier 1925, le missionnaire avait fait lacquisition dun modeste emplacement, pour la somme de trois cents yen. Dès le mois de mars, il commençait la construction dune maison, qui put servir et doratoire et décole de couture.

    Déjà le Père avait lestime et la sympathie de tous les habitants. Pour construire la maison, tous les gens du village prêtèrent bénévolement leur aide. Linauguration se fit le 4 août 1925. Ce jour-là, le maire et son adjoint, le directeur de lécole, le chef de la police, les principaux notables du village, invités par M. Birraux, répondirent tous à son appel. Aux modestes agapes, qui, selon lusage japonais, suivirent la cérémonie, la plus franche cordialité ne cessa de régner. Ce fut vraiment une fête de famille. Le lendemain, 5 août, fête de N. D. des Neiges, une vingtaine de personnes vinrent assister à la messe.

    Depuis lors, la catéchiste femme, par son dévouement, ses soins intelligents donnés aux malades, sest attiré la confiance et la reconnaissance de tous ces braves gens. Elle a pu commencer à administrer le baptême aux enfants moribonds. Le 30 août, elle en baptisait un, un encore le 14 septembre, et 3 autres en octobre. Ce sont de petits anges qui vont au ciel prier pour la conversion de leurs parents.

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    1 V. Bulletin, décembre 1924, 1924, Page 756.


    Lécole de couture a commencé avec dix élèves, mais dautres sannoncent, le succès est assuré. La maîtresse, pour le dévouement, ne le cède guère à sa vieille mère. Aussi elle a vite gagné la confiance de ses élèves et des familles. Un fait tout récent le prouve. Même dans ces campagnes retirées, la vogue est aux sociétés : patronages de jeunes gens, sociétés de jeunes filles, etc.. Une société de jeunes filles venait de se fonder dans le village. Or, au bout de quelques mois, ce fut notre jeune maîtresse, étrangère à la région pourtant et nouvelle venue, qui fut, du vu unanime de la population, priée de devenir la présidente de cette société.

    Ainsi, peu à peu, ces braves paysans se rapprochent de nous. La célébrité mondiale, que leur origine chrétienne a attirée sur leur village, nest pas sans y être pour quelque chose, en flattant un peu leur petite vanité. Mais qui donc ignore que le Bon Dieu se sert de tout pour arriver à ses fins ?

    Au mois de mai 1925, Son Altesse le Prince Régent ayant daigné répondre à linvitation de lUniversité Impériale de Kyoto, on pensa à mettre sous les yeux de lillustre Visiteur la collection des souvenirs chrétiens découverts dans les montagnes de Takatsuki. On devine lempressement avec lequel nos bons villageois consentirent à mettre leurs trésors à la disposition de lUniversité, et lintérêt sympathique, que le Prince mit à les examiner, acheva de les convaincre que, désormais, il ny avait plus de persécution à craindre.

    Sa Grandeur Mgr Castanier, Evêque dOsaka, a déjà, fait plusieurs visites à Sendaiji. Son Excellence Mgr Giardini, Délégué Apostolique du Japon, y est venu lui-même le 22 avril dernier (1926), et a tenu à examiner à loisir tous les souvenirs chrétiens. Ces visites, pleines de simplicité et de cordialité, ont laissé aux habitants une excellente impression. Non seulement Evêques et Missionnaires, mais même de simples chrétiens, vont assez souvent, mus par une sorte de pieuse curiosité, faire le pèlerinage de Sendaiji. On y voit même parfois des schismatiques et des protestants. Cest à tel point que les journaux semblent avoir pris lhabitude de lappeler la terre sainte (Sei-chi) des chrétiens.

    Et vraiment, quand on visite ce petit coin de terre privilégié, où, malgré tous les efforts des persécuteurs, les noms sacrés de Jésus et de Sa Sainte Mère nont cessé dêtre invoqués pendant tant de générations, on a comme limpression de nêtre plus en pays païen. En parcourant ces sentiers, on se reporte, par la pensée, à lépoque pas encore éloignée, où de braves gens les suivaient pour se rendre à la réunion du jour de thé (dimanche) ou à la prière pour les morts. Quand, au détour dun chemin, il rencontre quelque paysan, portant ses outils ou courbé sous un fardeau, quelques enfants en train de samuser, lair de sympathie quil lit sur les figures, le salut simple et cordial quil reçoit, montre au missionnaire, même inconnu, quil nest déjà plus un étranger.

    Un détail encore qui a bien son prix : au Japon, pendant les durs travaux des champs des mois de juillet et daoût, nos paysans, les hommes du moins, ont coutume de se contenter de quelque chose de par trop sommaire en fait de vêtement. Lusage est universel. Or, Sendaiji fait exception. Ici, même au moment des plus fortes chaleurs, nos paysans sont toujours vêtus. Ces habitudes de modestie, contrastant si fort avec les habitudes des païens des villages environnants, sont, à nen pas douter, un legs de leurs ancêtres chrétiens.

    Concluons : à défaut de souvenirs précis de nos dogmes, il reste, chez les paysans de Sendaiji, un fonds de moralité, sorte datavisme chrétien, qui, nous en sommes sûrs, facilitera beaucoup leur conversion.

    Les prémices de la future chrétienté sont les petits moribonds, que la catéchiste a déjà envoyés au ciel. La bonne vieille Nakatani 1 vient daller les rejoindre. Elle sest éteinte doucement le 5 juillet 1926. Depuis 1924 déjà, sur les exhortations du missionnaire, elle avait renoncé à toutes les superstitions, pour ne plus invoquer que Dieu et la Ste Vierge. Au mois de juin 1926, elle tomba malade. La catéchiste, sur la demande de la famille, alla passer plusieurs jours auprès delle pour la soigner, et en profita pour achever de la préparer à la réception du baptême. Elle y reçut le nom de celle quelle navait cessé dinvoquer depuis son enfance et quelle doit contempler aujourdhui au ciel.

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    1 V. Bulletin décembre 1924, pages 753, 754.


    Le 5 août suivant, un service funèbre, aussi solennel que possible, fut célébré pour elle à loratoire de Sendaiji. Tous les membres de la famille et au moins un représentant de chaque famille du voisinage vinrent y assister.

    Nous en avons le ferme espoir, la conversion de ce village nest quune affaire de temps. A une date, que Dieu est encore seul à connaître, mais que hâteront sûrement lintercession de Marie Immaculée, les prières de Juste Takayama et des anciens confesseurs, le zèle du missionnaire, de ses aides, et de tous ceux qui sintéressent à luvre, Sendaiji redeviendra la chrétienté de jadis. Et le mot de Résurrection que nous navons pu donner comme titre à ce chapitre, nous pourrons le mettre en tête du nouvel épilogue, quil faudra y ajouter un jour.
    J.-B. DUTHU,
    Missionnaire dOsaka.


    AUX FUTURS PARTANTS

    Pars ! Laisse ta famille et la terre de France !
    Aux tiens cache tes pleurs ; dun calme et doux regard
    Apaise leur chagrin. Dieu seul de ta souffrance
    Doit rester le témoin ; pars donc et sans retard !

    Là-bas, en Orient, va montrer ta vaillance !
    Ambassadeur du Christ, porte au loin létendard
    De la Foi, du salut ; donne à tous lespérance
    Quau grand festin dAmour, au Ciel, ils auront part !

    Sur le champ de combat souvent la lutte est grave,
    Sans souci de la mort, jusquau bout sois un brave !
    Nes-tu pas le soldat du Seigneur Tout-Puissant

    Qui fut de lunivers la rançon rédemptrice ?
    A toi de compléter ce divin Sacrifice,
    Car pour sauver telle âme il lui faut de ton sang !

    P. L. M.

    1927/397-405
    397-405
    Duthu
    Japon
    1927
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