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Les derniers jours, la mort et les funérailles de Mgr Mauricie Ducœur

Les derniers jours, la mort et les funérailles de Mgr Mauricie Ducœur, Evêque titulaire de Barbalisse, Vicaire Apostolique de Nanning (Kouangsi-Chine)
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    Les derniers jours, la mort et les funérailles de Mgr Mauricie Ducœur,
    Evêque titulaire de Barbalisse, Vicaire Apostolique de Nanning (Kouangsi-Chine)
    Souffrant depuis longtemps d’une maladie de cœur, aggravée par les épreuves qu’eut à subir sa Mission durant ces dernières années, Mgr Ducœur ne pouvait se décider à un retour en France, qui seul cependant permettait d’espérer une amélioration dans une santé délabrée par 28 années de laborieux ministère dans une région difficile entre toutes. Il s’y résigna enfin après le retour d’Europe de son provicaire, le P. Costenoble, mais il était déjà trop tard.

    Embarqué à Hongkong le 7 mai avec un de ses missionnaires, le P. Héraud, Monseigneur parut d’abord pouvoir supporter sans trop de fatigue la longue traversée, mais à partir de Colombo (Ceylan) il dut s’aliter et ne devait pas se relever. Son état s’aggrava même au point que le docteur du bord parla de le débarquer à Port-Saïd ; mais le malade protesta qu’il voulait mourir sur la terre de France, et l’on n’insista pas. Dans la Méditerranée, le P. Héraud jugea prudent de lui administrer le saint Viatique et l’extrême-onction. Il put cependant arriver à Marseille dans la matinée du samedi 8 juin et fut aussitôt transporté à l’hôpital, où il pouvait recevoir les soins nécessaires. Hélas ! tout fut inutile et, le lundi 10, Monseigneur s’éteignait doucement, ayant gardé jusqu’à la fin toute sa connaissance et offrant son sacrifice à Dieu pour le salut de ses chers Chinois du Kouangsi. Il avait eu la consolation de voir, le dimanche, veille de sa mort, sa sœur et son beau-frère, avertis par télégramme et arrivés au plus vite pour assister à ses derniers moments. Mgr l’Evêque de Marseille daigna venir deux fois le visiter et voulut présider lui-même le service qui fut célébré le mercredi matin dans la chapelle de l’hôpital : à la messe, chantée par le P. Sibers, assistaient le P. Robert, premier Assistant de Mgr le Supérieur, les PP. Bibollet, Masseron, Demanse, Héraud, Cadière. Mgr de Marseille donna l’absoute ; puis le corps fut conduit à la gare pour être transporté au Petit Séminaire de Rimont 1 (Saône-et-Loire), où selon le désir du vénéré défunt, devait avoir lieu l’inhumation.

    Le jeudi 13, à 7 h. du soir, fut faite, en gare de Buxy, la levée du corps, conduit ensuite au Séminaire, où la veillée funèbre fut partagée par les professeurs et les élèves.

    Le vendredi 14, à 10 heures, une grand’messe solennelle fut célébrée par un ancien condisciple et ami de Mgr Ducœur, assisté d’un diacre et d’un sous-diacre du même cours. Mgr de Guébriant et Mgr Chassagnon, évêque d’Autun, tous deux alors à Rome, ne pouvaient assister à la cérémonie, mais l’office fut présidé par Mgr Larue, des Pères Blancs, originaire du diocèse. Un Vicaire Général d’Autun, le Doyen du Chapitre 2, plusieurs chanoines et plus de 50 prêtres étaient venus apporter au vénéré défunt leur souvenir avec leurs prières. La Société des Missions-Étrangères était représentée par les PP. Bibollet et Papinot. Les chants furent exécutés avec cette perfection empreinte de piété qui est de tradition à Rimont.

    Après la messe, M. le Chanoine Merle, Supérieur du Petit Séminaire, prononça l’allocution suivante, que nous sommes heureux de pouvoir mettre sous les yeux de nos lecteurs.

    MONSEIGNEUR, 3
    Monseigneur le Vicaire Général, 4
    Messieurs, — Mes chers enfants,

    Il eût appartenu à des voix beaucoup plus autorisées que la mienne de prendre la parole aujourd’hui, pour tirer la leçon de cette vie d’Evêque missionnaire si brusquement interrompue, de la vie de cet Evêque missionnaire qui, après avoir donné 28 ans de sa vie au travail ardu des Missions de Chine, vient de mourir en touchant le sol du pays qu’il n’avait pas revu depuis son premier départ.

    ___________________________________________________________________________
    1. — Rimont, hameau de la commune de Fley, canton de Buxy, arrondissement de Chalon-sur Saône. Le Petit Séminaire, fondé en 1871, est réservé exclusivement aux aspirants au sacerdoce. La plupart des missionnaires de la Société originaires du diocèse d’Autun y ont fait leurs études : Mgr Ducœur était de ce nombre, et c’est l’attachement qu’il avait gardé à cette maison qui l’a fait choisir pour le lieu de sa sépulture. De plus, depuis le temps du P. Compagnon, ancien élève lui aussi, Rimont a toujours accepté quelques-uns de nos “postulants” pour les préparer à entrer à Bièvres.
    2.— M. le Chanoine Piffaut, Vicaire Général, oncle du P. Piffaut, directeur au Collège de Pinang.
    3. — Mgr Larue, des Pères Blancs, Evêque titulaire de Thuburbo, Vicaire Apostolique de Bangueolo (British South Africa ).
    4. — Mgr Tuloup, Protonotaire Apostolique, Vicaire Général d’Autun, Archidiacre d’Autun, Chalon et Louhans.


    Cependant, puisque c’est sur moi qu’en retombe le soin, je ne laisserai pas se terminer, sans y avoir apporté le “mot de Rimont”, les funérailles de

    Sa Grandeur Monseigneur Maurice-François Ducœur
    Evêque titulaire de Barbalisse
    Vicaire Apostolique de Nanning, au Kouangsi.

    Et, avant toute autre chose, ce mot de Rimont, je veux qu’il, soit pour dire combien grande a été notre peine. Nous nous faisions une telle joie de recevoir Mgr Ducœur après une si longue absence. Dans les lettres qu’il nous écrivait de temps en temps, nous sentions une si persévérante affection pour le Rimont de son enfance cléricale que nous nous réjouissions de sa venue pour lui montrer combien, nous aussi, nous gardions fidèlement le souvenir de nos Anciens. Mais comme nous étions loin de penser que nous le recevrions dans d’aussi douloureuses circonstances ! Du moins puis-je dire que nous l’avons reçu avec une affection respectueuse qui s’est accrue de toute la vivacité de nos regrets.

    Permettez-moi, MM. des Missions-Étrangères, de remercier votre Société d’avoir déféré au vœu qui vous a été exprimé et d’avoir ramené à Rimont ce corps usé dans les travaux d’un rude apostolat. Le désir qui nous en a été transmis à nous-mêmes nous a profondément touchés. Il est le meilleur témoignage de ce que Rimont reste pour les meilleurs de ses fils. Il nous vaut à la fois le symbole visible et le gage d’une protection aimante dans le ciel et la présence permanente au milieu de nous d’une haute leçon.

    C’est cette haute leçon qu’il importe maintenant de tirer en fixant quelques traits de la vie et de la physionomie de l’Evêque du Kouangsi.

    Maurice-François Ducœur naquit à Nanton, au diocèse d’Autun, le 30 octobre 1878, d’une famille profondément chrétienne, dans laquelle la pensée de Dieu, les devoirs de la vie chrétienne, la soumission à la divine Providence, étaient les pensées directrices de la vie quotidienne. Plus tard, dans son sermon de Première Messe à La Chapelle-de-Bragny (où sa famille était alors fixée), il a rendu lui-même à son père et à sa mère ce magnifique témoignage :

    “Je crois qu’il m’est permis de le dire devant vous, au premier réveil de ma raison, j’ai vu autour de mon berceau les virils exemples de foi de mon père, j’ai grandi entouré de l’héroïque et pieux amour de ma mère”.

    Le voyant gravement malade, à l’âge de quatre ans, et condamné par les médecins, ses parents avaient supplié Dieu de le leur conserver, promettant de l’élever pour son service. En fait, ils l’élevèrent dès lors avec la pensée de le donner à Dieu et le présentèrent à Rimont à la rentrée de 1890.

    Maurice Ducœur y fut un séminariste très pieux, dévot à la Sainte Vierge, à qui il demandait la grâce du martyre. Ses maîtres ont gardé de lui le souvenir d’un élève extrêmement consciencieux et travailleur, régulier dans son effort et ses progrès. Ses camarades se rappellent en lui un condisciple plein d’énergie et d’entrain, très aimé de tous, marquant du reste sa charité par le dévouement et les services plutôt que par les démonstrations affectives.

    Et n’y a-t-il pas déjà là les traits fondamentaux d’une âme de missionnaire ?

    En fait, à la fin de sa rhétorique pendant laquelle il avait mûri son projet de vie missionnaire, Maurice Ducœur pria son curé d’avertir ses parents et d’obtenir leur autorisation, que ces bons chrétiens donnèrent en ces termes touchants :

    “Monsieur le Curé, c’est un grand sacrifice : quand nous l’avons donné au Bon Dieu, nous pensions que ce serait seulement pour être prêtre ; il nous le prend beaucoup plus que nous ne l’avions pensé ; mais enfin nous le lui avons donné, il est à lui ; nous ne songeons pas à le lui reprendre. Que sa sainte volonté soit faite !”

    Il partit donc au Séminaire des Missions-Étrangères en 1896 et, ordonné en 1901, il fut envoyé au Kouangsi. Il y travailla d’abord pendant une première série de 9 années, et cela avec tant d’activité et de sagesse que ses confrères le demandèrent quand il fallut donner un successeur à Mgr Lavest. Il fut sacré à Nanning, siège de la résidence épiscopale, le jour de la Pentecôte 1911, le 4 juin. Et voici, à cette date, l’impression que donne de ce sacre et de cet Evêque le Petit Messager du Kouangsi :

    “Je dirai seulement combien je fus ému, quand je vis se prosterner devant l’autel ce jeune homme de 33 ans, acceptant dans l’abnégation de son âme la lourde charge que lui imposait la confiance de tous ses confrères. Au Kouangsi, l’honneur est un vain mot, mais le fardeau est une terrible réalité. Nos trois premiers Vicaires Apostoliques n’ont pu le supporter plus de dix ans. Je regrettais presque pour Mgr Ducœur ces éminentes qualités qui l’ont déjà rendu avant l’âge plus vertueux, plus sage que ses vieux compagnons. Mais j’ai tort de lui prêter ma faiblesse ; il n’a que faire de ma pitié. Il est le fort, le vaillant qui ne redoute pas la lutte, qui se plaît même au milieu des obstacles et des difficultés. Souhaitons-lui tout de même que le poids de sa charge lui soit léger et qu’à lui seul il le porte aussi longtemps qu’ensemble le portèrent ses trois prédécesseurs” .

    Hélas ! le vœu final ne s’est pas réalisé. Dix-huit années de rudes travaux ont eu raison non pas de son courage, mais de sa santé.

    Le secteur confié à ses soins était pauvre, et très souvent dans ses lettres il nous parlait de la piraterie et du brigandage qui désolaient son diocèse.

    Une lettre à Monseigneur d’Autun, en 1923, nous le montre dans l’humilité de cœur, comme aussi dans les difficultés de son apostolat :

    “Je suis, Monseigneur, un de ces pauvres ouvriers dont la tâche est bien trop grande pour leurs moyens, que les échecs laissent assez étourdis et découragés et qui regardent l’avenir avec une grande crainte. Je vous assure, Monseigneur, que mon portrait moral est tout à fait cela. Ce n’est pas celui d’un héros. Donc, Monseigneur, au secours et sans tarder ! J’ai besoin des prières de Votre Grandeur ; je ne puis vous dire combien, mais je suis sûr que votre cœur vous le dira. La Chine traverse une crise bien dangereuse, et des provinces, comme le Kouangsi, qui depuis bien des années ont connu bien des misères, sont naturellement des plus atteintes. Notre pauvre Mission est bien secouée par la tempête contre laquelle nous restons impuissants” .

    Nous lui laisserons pour compte le portrait moral dont il prétend nous faire admettre la vraisemblance.

    Ce n’était pas une âme pusillanime, celle du missionnaire qui à 33 ans recevait de ses confrères dans l’Apostolat la marque d’estime et de confiance qui le désignait pour gérer ce difficile Vicariat. Ce n’était pas une âme pusillanime, celle de ce missionnaire qui pendant 28 ans resta obstinément attaché à sa terre de Chine et ne consentit à songer à revenir qu’absolument contraint par une santé malheureusement trop compromise.

    Tellement compromise, qu’il ne toucha la terre de France que pour y mourir.

    Arrivé à Marseille le samedi 8 juin, après un voyage qui lui avait été infiniment pénible à cause de l’état du cœur gravement atteint, il dut être aussitôt transporté à l’hôpital.

    Rejoint dans la matinée du dimanche par sa famille, et trop fatigué pour parler longuement, son premier geste fut pour montrer le ciel, indiquant par là que toutes ses espérances y étaient désormais fixées. En fait, il ne parla plus d’aucune chose naturelle et matérielle, mais de Dieu seulement, des âmes, et surtout des pécheurs.

    Il était, du reste, tout préparé, ayant au cours du voyage, vu s’approcher en même temps que les côtes de France les rivages de l’Eternité. Au missionnaire qui l’accompagnait et qui, effrayé de son état, parlait de l’arrêter et de le faire transporter à terre, il répondait : “Non, non ! je veux mourir sur la terre de France !”

    Il y mourut, le surlendemain de son arrivée, en pleine connaissance, ayant accompli jusqu’au bout en toute conscience son grand sacrifice.

    Telle est cette vie. J’avais raison de me réjouir dans notre deuil, de me réjouir pour Rimont. Que la présence des restes de Mgr Ducœur à St-Joseph-des-Champs, au milieu de nos morts, en perpétue pour nous tous, et spécialement pour vous, mes chers enfants, la grande leçon.

    Leçon d’abnégation et d’énergie, leçon de magnificence dans le don de soi, qui ne recule pas devant l’effort, qui ne calcule pas devant les renoncements, comme ceux qui semblent toujours avoir peur de trop donner ou de trop se laisser prendre.

    Et je ne parle pas seulement ici du sacrifice initial de ce jeune séminariste de 18 ans qui, au sortir de sa rhétorique, s’arrache à sa famille et impose à ses parents une séparation dont la souffrance vient s’ajouter à celle de sa propre immolation.

    Mais que de renoncements suppose cette carrière de 28 années, passées soit — et ce sont les débuts, — à fonder des stations nouvelles dans de difficiles régions de Missions ; soit — à partir de son sacre, — dans le gouvernement d’une Mission pauvre et rude, à tout moment désolée par le brigandage et la piraterie.

    Il avait demandé à la Sainte Vierge de lui accorder le martyre. Elle lui a donné de livrer goutte à goutte les forces de son corps, les énergies de son âme, l’amour de son cœur . Et, pour que le martyre fût bien complet et bien couronné, elle lui a fait faire le rude sacrifice des consolations, bien méritées pourtant, qu’il eût pu trouver à vivre quelque temps au milieu de ceux qu’il aimait et qui se préparaient à l’entourer de tant de respectueuse affection.

    Sur le socle de la statue de saint Symphorien qui se dresse dans votre cour de récréation, vous pouvez lire, mes chers enfants, ce testament superbe :


    “ADOLESCENTIBUS EXEMPLUM FORTE RELINQUAM.”

    Ce sera aussi le souvenir que vous rappellera désormais, au milieu des tombes de Rimont, celle de Mgr Ducœur. Ce souvenir vous aidera à mieux comprendre que l’on n’a pas le droit de demeurer médiocre quand on rêve d’être l’apôtre du Christ, Il vous rappellera qu’aujourd’hui aussi il faut, même au prêtre de chez nous, pour faire face aux rudes efforts d’une tâche souvent ingrate, l’esprit de sacrifice et de renoncement, la passion des âmes à sauver, la sainte hardiesse et la ténacité dans le traVail, qui ont fait de tout temps les vrais missionnaires.

    Vous prierez pour lui, mes chers enfants : il l’a tant demandé ! Mais aussi vous le prierez, nous le prierons, de nous obtenir de Dieu les fortes vertus de son âme si profondément sacerdotale, la richesse et la fécondité de sa carrière apostolique, la sainte piété de sa mort, afin de nous retrouver tous ensuite avec lui, auprès de Celui pour qui nous aurons dépensé notre vie et dont l’Eglise, à l’Office des Martyrs, interprète ainsi la prière et la magnifique promesse :

    “Je veux, mon Père, que là où je serai, là soit aussi celui qui m’aura bien servi” .

    Après ce touchant discours qui impressionna vivement l’assistance, Mgr Larue donna l’absoute ; puis le long cortège s’organisa pour se diriger vers le cimetière de Saint-joseph-des-Champs, où reposent les fondateurs et les anciens Supérieurs et professeurs du Séminaire. C’est au milieu d’eux, dans cet enclos où tout respire le calme et la paix, que le Vicaire Apostolique de Nanning dort son dernier sommeil en attendant la suprême résurrection.

    Dans son émouvante allocution, M. le Supérieur a cru devoir remercier les Missions-Étrangères d’avoir autorisé le transfert à Rimont des restes de Mgr Ducœur. La Société, à son tour, lui doit des remerciements pour la solennité dont il a entouré les obsèques de notre regretté Vicaire Apostolique, pour l’hospitalité si consolante accordée à son cercueil, pour les prières qui ont été et qui seront répandues sur sa tombe. De ce jour un nouveau lien de fraternelle charité unit Rimont au Séminaire de la rue du Bac.
    TESTIS.


    1929/470-477
    470-477
    Anonyme
    Chine
    1929
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