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Les débuts du catholicisme dans le Royaume de Siam 2 (Suite et Fin)

Les débuts du catholicisme dans le Royaume de Siam. (Suite) Arrivée de nouveaux Missionnaires. Daprès un document portugais, dautres missionnaires évangélisaient encore à cette époque le Siam. En 1606, y lit-on, le nouveau roi du Siam, Eka Thotsarot envoya une ambassade au vice-roi de Goa pour demander aux marchands portugais de venir faire du commerce dans son royaume. Lun deux, Tristan Golayo, qui avait connu le prince dans sa jeunesse, emmena avec lui un P. Jésuite, Balthasar de Sequeira.
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    Les débuts du catholicisme dans le Royaume de Siam.
    (Suite)

    Arrivée de nouveaux Missionnaires. Daprès un document portugais, dautres missionnaires évangélisaient encore à cette époque le Siam. En 1606, y lit-on, le nouveau roi du Siam, Eka Thotsarot envoya une ambassade au vice-roi de Goa pour demander aux marchands portugais de venir faire du commerce dans son royaume. Lun deux, Tristan Golayo, qui avait connu le prince dans sa jeunesse, emmena avec lui un P. Jésuite, Balthasar de Sequeira.

    Le nouveau missionnaire arriva au Siam durant la Semaine Sainte. Ayant reçu les pouvoirs nécessaires de lEvêque de Malacca, il commença aussitôt à administrer les sacrements aux Portugais qui se trouvaient dans la capitale.

    Cest vers la même époque que le Siam reçut la visite dun missionnaire qui se distingua bientôt par la direction quil donna aux affaires tant religieuses que politiques du royaume. Cest le P. Francisco de Annunciaçao, Dominicain, qui avait accompagné Filippo de Britto nommé vice-roi de lîle de Siriao, au sud de Rangoon, où les Portugais avaient une forteresse.

    Le missionnaire se mit aussitôt à louvrage à Siriao et bientôt les convertis furent tellement nombreux quil fallut leur bâtir une église, un monastère et plusieurs autres établissements pieux. De Britto le chargea de plusieurs missions diplomatiques près du vice- roi de Goa, du roi de Tangkou, etc., missions quil remplit toutes avec succès. Il visita aussi le Siam en 1609 : il y fut très-bien reçu par le roi et eut la consolation de délivrer plusieurs Portugais détenus dans les prisons royales. Son zèle apostolique fut également récompensé par la conversion de beaucoup de Japonais et de Siamois, quil baptisa lui-même.

    A son retour à Siriao, il trouva toute la Communauté dans la désolation. Pégu et Ava se faisaient la guerre et la plupart des établissements religieux avaient été détruits. Devant de telles calamités, de Britto lenvoya de nouveau à Goa pour demander du secours. Hélas ! il ne retourna dans sa mission que pour trouver toute la concession en ruines et ses défenseurs massacrés : parmi eux se trouvait son compagnon dapostolat, le P. Manoele Pirez.

    Daprès le Baron Henrion, ce P. Pirez était un Jésuite qui était venu à Siriao sur la demande de Britto : il aurait été accompagné par un autre Jésuite, Noel Salermo, qui mourut en mer. Juan de Maria aurait été envoyé pour prendre sa place.

    Le P. Francisco se retira pendant un certain temps à Malacca. Il y était encore en 1616 lorsque des ambassadeurs siamois vinrent dAyuthia pour demander laide du vice-roi Dom Jeronymo de Azevedo contre le roi dAva et lui offrir en retour de son secours le port de Martaban.

    Privé de la forteresse de Siriao, le vice-roi prisa fort cette offre, et, en conséquence, il chargea le P. Francisco, qui était déjà connu du roi de Siam, dêtre son représentant. Le roi reçut le Père avec faveur et, après la signature du traité, lui demanda de rester au Siam. Le missionnaire, considérant quil trouverait ample matière pour son zèle, accepta et se dévoua entièrement à la propagation de la foi.

    En 1618 le roi de Siam envoyait des ambassadeurs au roi du Portugal et les faisait accompagner par le P. Francisco. Le vice-roi de Goa les retint dans cette ville, sous prétexte quil était obligé dinformer le roi de leur visite, et les ambassadeurs, après une attente de quelques mois, retournèrent au Siam, laissant le P. Francisco attendre le résultat de la lettre du vice-roi. Deux nouveaux noms de missionnaires sont cités dans cette lettre : ce sont ceux des PP. André Pereira, de la Compagnie de Jésus, le plus ancien des résidents au Siam, et Costantino Falcan, visiteur de lEvêché de Méliapor. Le vice-roi y disait quil les chargeait de négocier le traité avec le roi et dobtenir les conditions les plus avantageuses pour la couronne du Portugal.

    Dautres documents mentionnent quen 1620 le nouveau roi du Siam, Somdetch Borom Bopit (Phare Chao Sont Tham), envoya une ambassade à Goa pour informer le vice-roi de son accession au trône et lui demander lenvoi de nouveaux missionnaires. A la suite de cette lettre, plusieurs Franciscains accompagnèrent lambassade que le vice-roi de Goa envoya au Siam en 1621 : le roi, pour montrer sa bienveillance envers ces nouveaux apôtres, leur bâtit une église et leur accorda liberté entière pour prêcher au peuple leur religion.

    Ainsi donc de nouveaux apôtres pénétraient constamment au Siam : bien quappartenant à des ordres différents, ils travaillaient ensemble avec dévouement dans la vigne du Seigneur. Chacun des trois ordres, Dominicain, Jésuite, Franciscain, était à la tête de lune des trois paroisses qui avaient été établies à Ayuthia. Nous navons pu savoir quel était le nom de léglise des PP. Franciscains : les Dominicains avaient pris le nom de leur fondateur, saint Dominique et celle des PP. Jésuites était sous le vocable de saint Paul.1

    Parmi les PP. Jésuites nous avons déjà mentionné le P. Balthasar de Sequeira, arrivé en 1606. Le P. Pereira, que nous venons de citer, doit lavoir suivi de très près. Une lettre du P. de Rhodes mentionne également un autre Jésuite, le P. Jules-César Margico, qui devait être arrivé au Siam vers 1622. Quelque temps après, écrit-il, ce brave Père Margico alla au royaume de Siam prescher nostre saincte foy : ce quil fist avec tant de succez, quil gagna le cur du roy, se rendit amis les principaux du royaume, et fonda une belle église. Quelques soldats espagnols, qui se trouvaient lors en cette cour, troublèrent les progrès du saint Evangile et irritèrent le roy par une grande trahison quils firent ; mais elle leur réussit fort mal : on les surprit et punit selon leur mérite. Mais le roy, qui jusques alors avait favorisé les chrestiens, devint leur ennemy, encore quil reconnust bien linnocence du P. Margico, qui ne quitta pas son entreprise de publier toujours Jésus Christ, jusques à ce que un mauvais chrétien, que le Père avoit souvent repris de sa meschante vie, laccusa vers les paiens ; et, après lavoir fait mettre en prison, les fers aux pieds, lui donna du poison qui le fit mourir dans peu de jours (lan 1630), ruinant en un coup cette nouvelle chrestienté que ce grand serviteur de Dieu avoit commencée.

    LEcho de lAssomption cite une version de ce fait, assez peu différente, du reste, daprès Crétineau-Joly. Jusquen lan 1630 les Jésuites navaient fait que de rapides apparitions au Siam. Mais à cette époque, trois Jésuites, les PP. Morejonio, Cardin 2 et Ninscio, y vinrent comme ambassadeurs du gouverneur des Philippines pour négocier le rachat de chrétiens captifs. Le roi les accueillit favorablement, leur accorda leur requête sans rien exiger et voulut les garder près de lui. Ils se servirent des bonnes dispositions du prince pour prêcher la religion. Le P. Margico vint bientôt à leur secours. De nombreuses personnes reçurent le baptême : des églises furent bâties, et ils commencèrent à se dévouer à léducation de la jeunesse. Mais un corsaire espagnol, qui venait des Philippines, ayant détruit lun des vasseaux du roi, les missionnaires furent accusés de complicité et le P. Margico fut jeté en prison, où il fut bientôt empoisonné.
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    1. Une lettre du P. Emmanuel Carvalho (janvier 1599) nous apprend que les PP. Jésuites étaient à cette époque communément désignés sous le nom de Pères de St-Paul. Patres S. Pauli, quo nomine in toto fere Oriente nostri ab omnibus nuncupantur.

    2. Antoine-François Cardin, né à Viana, près dEvora, en 1595, partit de Lisbonne avec trente-trois autres missionnaires (1618). Il porta tour à tour lEvangile à Canton, à Siam, au Tonkin et dans les montagnes du Laos, où nul apôtre de Jésus-Christ navait encore tenté de pénétrer. Rappelé à Macao, le P. Cardin se vit chargé du soin de former les novices ; ce fut alors quil réunit les éléments de ses Fleurs du Japon, toutes ruisselantes du sang des martyrs. Puis il alla faire valoir à Rome la cause de ces martyrs. Le trentième jour davril 1659, il mourut à Macao (De Guilhermy, Ménologe de lAssistance du Portugal, p. 398.)

    Son uvre fut reprise quelques années plus tard par lun de ses confrères, le P. Suarez, qui doit être entré au Siam vers 1645. Celui-ci reçut bientôt un compagnon en la personne du P. Thomas Maldonat, que nous supposons être le P. Thomas qui jouera un rôle si important dans la vie de Constance Faulcon. Nous trouvons aussi le nom de deux autres Jésuites missionnaires au Siam, dans louvrage de la Loubère intitulé : Du Royaume de Siam :
    ce sont les PP. Jérôme Xavier et Philippe Guadagnot.

    Daprès le Récit du Voyage de Siam par les PP. Jésuites (1684-86), il y aurait eu non pas un Père Thomas Maldonat, mais deux Pères, les PP. Thomas et Maldonat. Voici du reste, le passage : il a rapport à Constance ou Constantin Phaulcon, dont le rôle fut si grand au Siam vers la fin du XVIIe siècle. Etant sorti jeune de son pays, et par conséquent peu instruit dans la religion catholique dans laquelle il avait été élevé, il ne fut pas difficile aux Anglois de luy faire embrasser la religion protestante, qui lui paroissoit peu différente de la sienne. Mais depuis, ayant eu quelques conférences avec les Pères Thomas et Maldonat de notre Compagnie, pour qui il conserve toujours une tendre amitié, et reconnoissant par ses propres lumières le mauvais party quon lui avoit fait prendre, il le quitta quand il fut pleinement convaincu et abjura son hérésie entre les mains du P. Thomas.1
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    1. Dans un rapport à la Propagande en date du 20 octobre 1675, Mgr Laneau donne les noms suivants des Pères de la Compagnie de Jésus résidant alors au Siam : Thomas Valgarneira, Siculus, superior ; Emmanuel Suarez, Lusitanus, et Joannes Maldonat, Belga. Il nest donc pas douteux que le P. Thomas et le P. Maldonat ne fussent deux personnages différents. (N. D. L. R)


    Une Relation de ce qui sest passé dans les Indes Orientales en ses trois provinces de Goa, de Malabar, du Japon, de la Chine et autres païs nouvellement découverts, par les Pères de la Compagnie de Jésus, relation qui fut présentée à la Sacrée Congrégation de la Foi par le P. Jean Marucci, procureur de la province de Goa, ne cite même pas la mission du Siam. On y trouve mentionnées les missions du Tunchin, de la Cochinchine, de Camboia, du Laos, qui confine avec le Siam, mais sur la mission de Siam elle-même, pas un mot : omission étrange si les Jésuites avaient alors quelques-uns de leurs Pères en ce pays.

    Au reste, même à lépoque du voyage de 1685-86, la mission des PP. Jésuites au Siam ne semble pas avoir été très développée. De là, continue la relation, nous allâmes à la maison du P. Suarez, le seul Jésuite qui fust alors à Siam, le P. Maldonat étant allé depuis quelque temps à Macao, doù il devait revenir vers le mois de mars prochain. Et, plus loin, elle mentionne encore quils sont obligés daller loger ailleurs, la maison du P. Suarez étant trop petite pour nous loger.

    Il nest pas étonnant, dailleurs, que le Siam ait été un peu négligé. Les PP. Jésuites avaient tout à côté les missions du Tonkin et de Cochinchine, qui leur donnaient beaucoup plus de consolations spirituelles, et leurs principaux efforts se portaient alors vers les missions des Indes et de la Chine.

    La mission des PP. Franciscains ne semble pas non plus sêtre beaucoup développée. Leurs noms ne sont pas mentionnés dans lHistoire du Voyage de Siam par les PP. Jésuites en 1685-86 ; ils passent inaperçus dans les cérémonies officielles. Quelques jours après que nous fûmes arrivés au Siam, y est-il dit, lon fit dans léglise que nous avons au camp des Portugais deux services solennels, le premier pour la feue Reyne du Portugal et le second pour le feu Roy Don Alphonse. Le Père Suarez et un Père de Saint-Dominique firent les oraisons funèbres. Ensuite la feste du couronnement de Dom Pedro, Roy du Portugal à present regnant, se fit dans léglise des Pères dominicains, où un de leurs Pères prêcha. Leur mission cependant existait, puisquon mentionne deux Pères Franciscains résidant à Ayuthia au moment de larrivée de Mgr la Motte-Lambert en 1662.

    Lannée 1630, continue lEcho de lAssomption, fut une année de troubles et de révolutions au Siam. A la mort de Phra Chao Song Tham, son fils Phra Chetha lui succéda : mais il avait à peine passé un an sur le trône quil fut assassiné par lun de ses ministres, qui donna la couronne à lun des frères de lancien monarque : ce ne fut, dailleurs, que pour lui enlever le trône quelques mois après et usurper lui-même la puissance royale. Cétait Chao Prasat Thong (1631).

    Durant les premières années du règne de ce nouveau monarque, les relations furent très tendues entre le Siam et le Portugal, probablement par suite de la conspiration, que nous avons mentionnée précédemment des Portugais à la Cour ; par suite aussi des intrigues des Hollandais, qui, dans lespoir de supplanter leurs rivaux commerciaux, avaient aidé le nouveau monarque à monter sur le trône. Sur ces entrefaites un navire appartenant à une Compagnie privée hollandaise attaqua, du côté de Mergui, un bateau siamois : de nouveau les sentiments furent changés (1633) : le roi, dans sa colère, menaça non seulement denvoyer un ambassadeur spécial à Manille, mais encore de saisir le bateau Velden.

    Cette ambassade du Siam à Manille eut-elle lieu ? En tous cas, une ambassade portugaise arrivait à Ayuthia en 1633 pour arranger les difficultés pendantes : elle fut très favorable au Portugal, car, non seulement, dit Joost Schouten, les Siamois se plaignaient de lacte inamical mentionné plus haut, mais ils commençaient à salarmer de la puissance toujours croissante de la Compagnie hollandaise.

    Un nouveau fait allait encore tendre les relations entre les Siamois et les Hollandais ; en 1636 une jonque royale fut abordée par un bateau hollandais, le Roode Hert.

    A la nouvelle de ce second affront, le roi résolut de chasser les Hollandais de ses Etats et se détermina à renouer les relations avec le Portugal. Il envoya donc une ambassade à Malacca en 1639, et, pour mieux arriver à ses fins, il ordonna aux ambassadeurs de demander également des missionnaires.

    Deux Dominicains, les PP. Antonio de San Domingo et Jacintho Ximenes, accompagnèrent les ambassadeurs à Ayuthia. Leur apostolat fut très fructueux parmi la communauté chrétienne. Cette impulsion fut le résultat de deux nouvelles dévotions quils établirent chez leurs paroissiens : la dévotion du Rosaire et celle du Saint Nom de Jésus.

    Les Dominicains, de par leur entrée dans lOrdre, sont les protégés spéciaux de la Mère de Dieu et les apôtres de la dévotion au Rosaire : mais nos deux missionnaires avaient des raisons spéciales de montrer leur dévotion à la Vierge Immaculée.

    Le P. André Meynard raconte, dans ses Missions dominicaines, quun de leurs frères en religion, le P. André du Rosaire, missionnaire à Java, avait été massacré par les Mahométans, alors quil priait devant une statue de la Bienheureuse Vierge Marie (1638). Quelque temps après, deux de ses successeurs, les PP. Pierre de St-Joseph et Emmanuel de Ste-Marie, reçurent la visite dun Chinois, qui leur annonça quil était le possesseur de la statue devant laquelle le P. André avait lhabitude de prier : il leur offrait sa précieuse relique et en même temps leur demandait le baptême. Cest la Bienheureuse Vierge elle-même qui menvoie, dit-il : ne me refusez pas cette faveur. Dès que vous avez pénétré dans notre île, jai entendu distinctement la Mère bénie me dire : Prends-moi et confie cette statue à mes chers enfants les Frères Prêcheurs, qui fondent des églises en ce pays : ils tapprendront à mhonorer.

    Les deux missionnaires accordèrent la faveur qui leur était demandée : admirant la bonté infinie de Dieu et les faveurs inestimables de la Mère de miséricorde, ils reçurent limage sacrée avec les plus grands sentiments de joie, de respect et de gratitude. Cette marque damour et de vénération envers la Reine du Saint-Rosaire amena de nombreuses conversions dans toutes ces régions et fut la cause dune grande joie chez les enfants de saint Dominique.

    Nos deux missionnaires au Siam instituèrent la Confrérie du Rosaire durant les premières années de leur apostolat et nous possédons une copie, richement illustrée, des statuts de cette Confrérie. Il serait sans doute risqué de lattribuer à ces missionnaires, car le document ne porte aucune date, mais il montre toutefois de réelles marques dantiquité. Ce qui est certain, cest que cette dévotion à la Sainte-Vierge se répandit très rapidement parmi les chrétiens du Siam et elle est encore aujourdhui lune de leurs caractéristiques.

    La dévotion au Saint Nom de Jésus produisit aussi des fruits extraordinaires de salut.
    Le nouveau roi nétait pas encore bien assuré sur son trône. Toujours sur le qui-vive pour prévenir des conspirations, il avait déjà fait mettre à mort les quatre fils de son prédécesseur : mais ces crimes abominables ne firent que susciter de nouvelles rébellions et de nouveau, quil fût innocent ou coupable, le sang fut répandu par le soupçonneux monarque. Daprès Turpin, 3.000 personnes périrent dans les tourments sur le moindre soupçon. Le roi fut également un persécuteur de la religion chrétienne, quil semble avoir dabord favorisée ; en 1614, un édit défendit aux Siamois dentrer dans la religion papiste et dassister à la messe sous peine de mort, dit un document hollandais.

    La mort du monarque ne mit pas fin à ces calamités. Son frère, Phra Sri Sutham, était ambitieux : il résolut de détrôner son neveu Phra Narai : il excita contre lui une révolte à la suite de laquelle le jeune roi dut senfuir, et le remplaca par lun de ses frères, Chao Fa Chai. Celui-ci fut assassiné en 1656 et son successeur Phra Sri Sutham eut le même sort.

    Phra Narai avait, en effet, réuni autour de lui une petite armée dans laquelle se trouvaient environ un millier de Portugais. Il résolut de reconquérir le royaume de son père. Lusurpateur fut tué et Phra Narai commença un règne qui allait être fameux dans les annales du royaume.

    Les historiens ne saccordent pas sur le caractère de ce prince : certains le décrivent comme le souverain le plus achevé et le plus aimé qui ait jamais gouverné le Siam ; dautres, comme un tyran despotique. Au début, en tout cas, il fit répandre bien du sang et de nombreuses victimes subirent des mois et même des années demprisonnement dans les prisons de lEtat.

    Touchés de compassion pour ces malheureux, les missionnaires obtinrent la permission de les visiter dans leur prison et de les accompagner au lieu de leur exécution. Une charité si tendre toucha même les plus endurcis et bien des prisonniers prêtèrent une oreille attentive et un cur docile aux enseignements de ces hommes qui, purs de tout motif humain, consacraient la plus grande partie de leur temps au bien-être physique et moral de leur prochain. Plusieurs embrassèrent la religion catholique et moururent en invoquant le saint Nom de Jésus. Chose étrange : les geôliers eux-mêmes aidèrent à cette uvre de salut. Lorsque les missionnaires narrivaient pas à temps au moment de lexécution, peut-être par moquerie, ils criaient aux victimes mourantes : Jésus ! Jésus ! Quelles que fussent leurs intentions, ils réconfortaient effectivement les condamnés en leur rappelant le nom de Celui qui allait les reconnaître comme ils lavaient reconnu devant les hommes.

    A peu près à la même époque, plusieurs autres missionnaires vinrent au Siam pour y partager les travaux de leurs confrères. Les relations des Missions ont gardé le nom des PP. Joseph de Sainte-Marie, qui sen alla ensuite au Bengale, où il mourut ; Simon des Anges, Juan de San Gonzalez, Manoele de Fonseca et Jordan de San Domingo. On rencontre aussi le nom de deux autres Pères Dominicains : Denis du Rosaire et Louis du Rosaire, qui furent envoyés au Siam par le P. Augustin de Mangalanes, Vicaire Apostolique de leur Ordre à Santa-Cruz des Indes ; mais on na aucun renseignement sur les travaux de ces missionnaires dans le pays.

    Nous avons vu, écrit lEcho de lAssomption en terminant cette première partie de son récit, comment pendant plus dun siècle la couronne du Portugal avait denvoyé au Siam des missionnaires en vue de procurer le bien spirituel de ses sujets. Nous avons vu comment ces missionnaires, Jésuites, Dominicains, Franciscains, sétaient, dans leur zèle, occupés aussi bien de la population indigène. A cette période de notre narration, il y avait, à Ayuthia seulement, environ 2000 chrétiens, répartis en deux paroisses : lune sous la direction des PP. Jésuites, lautre sous celle des Fils de saint Dominique. Il ny avait toutefois pas encore au Siam, comme, du reste, dans les Missions voisines, une Eglise organisée. Nous allons maintenant entrer dans la période dorganisation et le saint missionnaire, le P. de Rhodes, qui va procurer plus rapidement au Siam cette plénitude de vie chrétienne, est maintenant au plus fort se ses travaux en Cochinchine.

    LEcho de lAssomption aborde ensuite la vie du P. de Rhodes, la fondation de la Société des Missions-Étrangères et larrivée au Siam de ses premiers missionnaires et Vicaires apostoliques.

    Nos lecteurs connaissent tous cette histoire, magistralement retracée par notre historien, le P. Launay, soit dans son Histoire de la Mission du Siam, soit dans son Histoire générale de la Société des Missions-Étrangères.

    Notre rôle est donc terminé. Il ne nous reste plus quà remercier le rédacteur de lEcho de lAssomption, en souhaitant que la découverte de nouveaux documents vienne compléter certains détails et éclairer nombre de points encore obscurs dans lhistoire de cette première évangélisation du royaume de Siam.

    F. S.
    1926/85-94
    85-94
    Anonyme
    Thaïlande
    1926
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