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Les Clarisses en Asie

Les Clarisses en Asie.
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    Les Clarisses en Asie.
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    Nous commençons cette relation par un titre suggestif et un peu surprenant, et pourquoi ? Pour la bonne raison que le monastère des Clarisses qui vient de sétablir à Pegu (Birmanie) est la première fondation de cet Ordre dans toute lAsie, exception faite des couvents de Jérusalem et de Nazareth. Les Carmélites les ont précédées dans lAsie depuis assez longtemps : une de leurs premières fondations fut celle dHanoi (Tonkin), là où Ste Thérèse de lEnfant-Jésus désirait beaucoup être envoyée.. Elles sont maintenant établies à Canton, à Shanghai, à Bangkok, dans lîle de Bornéo, à Mangalore, à Bangalore, dans plusieurs autres villes de Chine, du sud de lInde et sous peu le seront au Japon.

    Linstallation actuelle des Clarisses à Pegu est tout à fait providentielle, comme nous allons le voir. En effet, après la consécration épiscopale de Mgr Provost, Coadjuteur du Vicaire Apostolique de la Birmanie Méridionale, le 21 novembre 1929, Mgr Perroy fit appeler lauteur de cette narration et lui dit : Mon bien cher Père, depuis des années, je caresse un plan tout à fait en harmonie avec les directions du Saint-Père et de Mgr de Guébriant, notre vénéré Supérieur Général, touchant limplantation dans les missions des Ordres contemplatifs. Dans notre Birmanie Méridionale, Ordres actifs, enseignants, hospitaliers, etc., sont établis et travaillent avec beaucoup de succès dans leurs sphères respectives ; mais jusquici les Ordres contemplatifs nont pas trouvé place dans notre mission ; cest une lacune que je voudrais combler, en appelant des Carmélites, avant de passer les rênes du gouvernement de la mission à mon successeur. Jai pensé que Pegu serait lendroit idéal pour une fondation de ce genre ; et telle propriété que je connais bien et qui se trouve près de léglise, conviendrait parfaitement, étant bien située : tâchez de vous mettre en rapport avec la propriétaire pour en faire lacquisition. Monseigneur, répondis-je, vos vues correspondent tout à fait aux miennes ; je vais immédiatement entamer les négociations et je vous promets mon concours le plus dévoué.

    De fait, le 3 ou 4 décembre suivant, jeus une entrevue avec la propriétaire ; mais malheureusement, mon offre, quoique libérale, ne fut pas acceptée alors. Jattendis patiemment. (Mais hélas ! Mgr Perroy, neut pas le bonheur de voir son beau plan se réaliser). Dix-huit mois se passèrent, et je me trouvai à même de faire lacquisition de cette propriété dans de très bonnes conditions, en faveur des Surs du Bon Pasteur de Rangoon qui eussent désiré ouvrir une école anglaise et un Refuge à Pegu. Pour létablissement du Refuge, un vaste jardin denviron 25 hectares, situé hors de la ville, fut mis à leur disposition. Cétait un beau rêve, qui, hélas ! ayant rencontré beaucoup dobstacles inattendus et regrettables, ne put se réaliser. Sans doute, le Bon Dieu avait dautres desseins qui ne métaient pas connus alors. En attendant, je priais. Dans le courant de septembre 1931, la lecture de la Voice, organe mensuel de la mission, mouvrit un nouvel horizon. Jy voyais, en effet, que les Clarisses de Besançon, dont un de mes confrères, également bisontin, mavait déjà parlé, étaient très désireuses de suivre les directives du Souverain Pontife en établissant une maison de leur Ordre en pays de mission. Sans tarder, je rédigeai une lettre pour la Rde Mère Abbesse du couvent de Besançon, en linvitant à envoyer un certain nombre de ses filles à Pegu dont je suis depuis 40 ans le missionnaire en charge. Cette lettre était plutôt un ballon dessai dont je prenais toute la responsabilité. La réponse, qui arriva sans retard, dépassa mon attente ; sa lecture me remplit dune joie légitime et sainte en me faisant prévoir une acceptation définitive et prochaine.

    Sur ces entrefaites, Mgr de Guébriant, en tournée de visite dans les missions de notre Société, passa à Rangoon et à Pegu. De là jeus lhonneur et le plaisir de voyager avec lui en chemin de fer jusquà Nyaunglebin, ma résidence habituelle, et pendant le trajet, je lui communiquai la réponse favorable arrivée de Besançon ; il en fut très heureux et mencouragea dans mon dessein quil bénit de tout son cur. En même temps, il tira de son porte-feuille une lettre quil avait reçue quelques mois auparavant, venant du même monastère de Besançon et exprimant le désir des Clarisses daller travailler dans quelquune des missions confiées à notre Société ; il mabandonna cette lettre, me conseillant den faire part à Mgr Provost ; cest ce que je fis sans retard, en y joignant les deux missives que javais déjà reçues de Besançon.

    Encouragé par la haute protection de notre Supérieur Général, je vis enfin luire à lhorizon la réalisation de mon rêve. Mgr Provost, très désireux, lui aussi, davoir un couvent de contemplatives, se mit immédiatement en relations avec la Communauté de Besançon et fit toutes les démarches nécessaires pour mener à bonne fin létablissement des Clarisses dans notre mission. Je fis de suite, personnellement, lacquisition de la propriété dont jai déjà parlé, et daprès les instructions venues de Son Excellence et de la Rde Mère Abbesse, la maison fut tant bien que mal adaptée à sa future destination. Monseigneur envoya son appel définitif en exprimant le désir de voir les Clarisses arriver en Birmanie vers la fin de mai 1932, époque à laquelle leur résidence serait suffisamment prête à les recevoir. La réponse fut quen effet, les Clarisses quitteraient la France le 14 mai, par le Bhamo, bateau de la Cie Henderson, et arriveraient à Rangoon vers le 8 juin.

    Les détails qui suivent touchant cette fondation et les difficultés qui sy présentèrent, me furent communiqués par les religieuses elles-mêmes.

    Celles-ci, depuis de longues années souhaitaient ardemment, par esprit de zèle, fonder un monastère de leur Ordre, cest-à-dire de Clarisses-Colettines, en pays infidèle. La publication, en 1926, de lEncyclique Rerum Ecclesi de S. S. Pie XI, ne fit quexciter leur désir en leur apportant de plus la joie de se sentir en communion de pensée avec le vénéré Pontife si bien nommé le Pape des Missions. Pourtant, ce ne fut que le 6 mars 1929, en la fête de leur glorieuse Réformatrice, Ste Colette quelles obtinrent de leur Archevêque, S. Em. le Cardinal Binet, lautorisation dessayer de réaliser leur projet en commençant dans ce but une quête dont le résultat leur permit de faire face aux dépenses initiales du voyage et ensuite aux frais, au moins partiels, de construction du futur couvent.

    Cette permission, si longtemps attendue, combla leurs vux intimes, mais elle devint aussi le point de départ de maintes difficultés. La plus grande de ces difficultés, celle qui paraissait humainement insurmontable, leur vint précisément de leur très grande pauvreté. En effet, lentreprise quelles osaient commencer demandait des sommes considérables, et les Pauvres filles de Ste Claire navaient à leur disposition aucune ressource financière. En conséquence, elles durent humblement, assidûment et sans relâche tendre la main, comme jadis leur Séraphique Père St François, aux âmes capables de comprendre leur dessein apostolique et de coopérer à sa réalisation. Quelques milliers de lettres furent écrites dans ce but ; les réponses arrivèrent nombreuses, manifestant souvent une touchante sympathie pour le cher projet et fournissant, partiellement du moins, les moyens de le mettre à exécution.

    Les obstacles cependant se pressaient nombreux sous les pas des humbles religieuses, les déceptions également. Appelées dans deux missions africaines et poursuivant quelque temps leurs efforts pour répondre à ces invitations, elles se virent pourtant obligées de les décliner tour à tour à cause de leur pauvreté. Des ouvertures leur furent faites successivement de la Chine, des Indes (Bangalore), de Java, mais rien ne put aboutir, toujours un obstacle insurmontable sinterposait : troubles politiques, révolutions, manque de ressources, etc.. Malgré tout, les futures missionnaires gardaient au cur une invincible confiance se fortifiant par lépreuve.

    Enfin, après un an et demi defforts persévérants dont le résultat semblait nul, elles reçurent de la Birmanie Méridionale une proposition qui les remplit dun joyeux espoir : le missionnaire qui la leur faisait ( un prêtre aveugle, un vétéran des missions), mettait à leur disposition avec un grand zèle apostolique, des ressources matérielles inespérées et se montrait extrêmement désireux de voir son offre prise en considération. Les Clarisses ne demandaient pas mieux ! A cet appel si inattendu et venu de si loin, elles ne pouvaient toutefois donner quune réponse incertaine, avec lespoir dune acceptation définitive.

    Telle quelle, cette réponse, ainsi quil a été dit plus haut, causa beaucoup de joie. Les négociations se poursuivirent activement pendant plusieurs mois et lentente complète se fit. Les Supérieurs ecclésiastiques, daccord sur les conditions du transfert, accordèrent les autorisations nécessaires, Rome informée envoya le Rescrit permettant ce transfert, et le petit essaim de Clarisses, bénissant Dieu, prépara son départ. Que de choses ne fallait-il pas prévoir pour cette longue traversée de sept personnes et en vue dune installation définitive en Birmanie !

    Une difficulté imprévue devait encore se présenter ! Presque par hasard, les Clarisses apprirent quelles nobtiendraient pour leurs passeports le visa du consul anglais quà la condition dêtre autorisées par S. E. le Cardinal Bourne, Primat dAngleterre, à sétablir en Birmanie. Or, ce dernier, auquel elles sempressèrent de sadresser, ne pouvait, à son tour, accorder cette autorisation quà une Congrégation reconnue par le Gouvernement britannique : il fallait donc entreprendre de nouvelles démarches, trouver un représentant officiel en Angleterre, etc., pour obtenir cette recognition.

    Tout cela traîna en longueur et les pauvres Surs qui pensaient être à la veille de leur départ, en vinrent à se demander avec anxiété, non seulement si elles pourraient partir à la date prévue, mais même si elles partiraient jamais. On leur disait que le Gouvernement anglais ne semblait pas favorable à létablissement des communautés contemplatives dans ses colonies. En conséquence, les Clarisses seraient-elles jamais reconnues? Assurément, elles accomplirent un acte de confiance vraiment aveugle, encouragé dailleurs par lobéissance , en expédiant, malgré tout, leurs caisses à Marseille. Enfin, leurs instantes prières furent exaucées et leur angoisse prit fin : la pièce convoitée arriva de Londres le soir du 8 mai, quatre jours avant leur départ.

    Le 12 au matin, les heureuses élues quittaient le cher nid où sétait écoulée la première partie de leur vie religieuse ; ce ne fut pas sans déchirement de part et dautre que saccomplit cette sortie de clôture, mais les sacrifices peuvent-ils compter quand il sagit de répondre à lappel si puissant de Jésus et des âmes ? Touchante fut la messe dadieu, célébrée par Son Eminence, en présence des partantes quentouraient familles et amis ; le souvenir en demeurera inoubliable dans la mémoire de celles qui, pour lamour du Christ, sexilaient volontairement, abandonnant pour la vie, leurs parents et leur patrie.

    Avant de prendre la mer à Marseille, le petit groupe composé de six religieuses et dune postulante, montait à N.D. de la Garde et mettait sous sa protection ces longues semaines de bateau ainsi que lavenir de la petite communauté birmane.

    Le 14 mai, à midi, le Bhamo leva lancre lentement, presque majestueusement ; on eût dit quil voulait permettre aux êtres chers venus jusquà Marseille daccompagner longtemps du regard celles qui séloignaient le cur à la fois heureux et brisé.... Silencieusement toutes dirent un adieu ému à ce quelles aimaient, à cette terre de France qui allait disparaître à leurs yeux. Bientôt, en effet, lhorizon bleu sélargit, et ce fut fini plus rien que la mer et le ciel. Jusquà Port-Soudan, les flots furent si calmes que cette première partie du voyage fut délicieuse : les passagers purent admirer à leur aise les magnifiques panoramas se déroulant devant eux. La seconde partie de la traversée fut plus pénible, le vent imprimant au bateau, allégé de sa cargaison, les mouvements simultanés du roulis et du tangage ; il fallut payer un dur tribut au mal de mer. Mais la chère petite Sainte Thérèse de lEnfant-Jésus vint, selon son habitude, au secours de ses petites surs missionnaires : celles-ci lui ayant promis de faire célébrer une neuvaine de messes en son honneur si la mer se calmait et si tout le groupe arrivait à Rangoon sain et sauf, elles eurent la joie dêtre exaucées.

    Au matin du 8 juin, le Bhamo entrait dans le port de Rangoon bordé de charmantes oasis de verdure : au loin, les tours de la cathédrale se détachaient sur le ciel, semblant placer la grande ville sous le rayonnement de la croix.... Hélas ! les pagodes aussi frappent le regard et lon sent son âme de baptisé remplie de tristesse à la pensée de ces milliers dâmes, qui non seulement ne connaissent pas notre doux Rédempteur, mais qui forment, on peut le dire, le royaume de Satan.

    A peine leur bateau était-il amarré que nos voyageuses eurent lagréable surprise de rencontrer sur le pont le Rév. Père Saint-Guily, Provicaire et curé de la cathédrale, venu aimablement au-devant delles. Quil leur fut doux, ce souhait de bienvenue sur la terre birmane, sexhalant dun cur de prêtre et de prêtre français ! Elles furent très touchées dune si délicate attention, heureuses aussi de sentir à leurs côtés un protecteur pour les aider dans les embarras du débarquement.

    Presque à la même heure arrivaient sur le Bhamo la Rde Mère Supérieure du Bon Pasteur et son aimable Assistante, religieuses irlandaises qui devaient pendant une longue semaine leur accorder la plus cordiale, la plus fraternelle hospitalité. Trois autos conduisirent les nouvelles venues au couvent où religieuses et pensionnaires les attendaient impatiemment. A la chapelle, un vibrant Te Deum fut chanté, et ce fut dans les sentiments de la reconnaissance quelles eurent la douce consolation de recevoir Jésus-Hostie, ineffable bienfait dont elles étaient privées depuis plus de vingt jours.

    Leur séjour dans la ville de Rangoon fut des plus agréables : accompagnées des si bonnes et aimables Supérieures du Bon Pasteur, elles visitèrent successivement les églises de cette cité birmane qui ressemble par plus dun côté aux villes modernes dEurope, puis la léproserie de Kemmendine où elles furent joyeusement accueillies par leurs surs en St François, les Franciscaines Missionnaires de Marie, qui se dévouent au soin des pauvres lépreux et des incurables. Elles passèrent, émues, dans les salles de ces privilégiés du Poverello dAssise qui, tant de fois jadis, au pays de lOmbrie, les fit bénéficier de son ardente charité et même de son pouvoir de thaumaturge.

    Déjà, les filles de Ste Claire sétaient inclinées sous la bénédiction de Monseigneur le Vicaire Apostolique qui daigna les visiter à deux reprises et se montra très paternel à leur égard.

    Enfin, le 15 juin, conduit par le Rd Père Saint-Guily, le petit essaim se dirigeait par le train sur Nyaunglebin, distance de trois heures. Cest la résidence du missionnaire aveugle qui se constituait le fondateur du couvent et le père dévoué des pauvrettes du Christ.

    Reçues au son du joyeux carillon des cloches, elles assistèrent ensuite à la bénédiction solennelle du St Sacrement. Elles firent connaissance avec le couvent des Surs Karianes qui tiennent là une école et un orphelinat. Sans pouvoir se comprendre, on sentendit pourtant à merveille et la cordialité fut parfaite. Bien plus, les bonnes Surs indigènes navaient-elles pas pris soin de préparer une séance récréative où leurs mignonnes élèves déployèrent toute leur grâce Kariane. Les petites Pauvrettes, humbles filles du mendiant dAssise, venues de France étaient accueillies comme des reines, ou mieux comme des messagères du Bon Dieu.

    Avant de rentrer dans leur nouveau nid, à Pegu, les petites Clarisses ne manquèrent pas de consacrer leur nouvelle vie de missionnaires à N.D. de Lourdes à qui est consacrée la belle église de Nyaunglebin. A genoux devant la grotte, émues et heureuses, elles se consacraient à la Reine des Apôtres, la priant de bénir leur nouvelle fondation. Heureuses, très heureuses furent-elles de cette visite à Nyaunglebin, le centre dune mission Kariane très florissante et aussi dun pèlerinage célèbre en lhonneur de N. D. de Lourdes.

    Cette visite leur donna une première idée dune vraie mission Kariane et de ses établissements.

    La mission de Nyaunglebin sera en effet la seule mission Kariane que les Pauvres Clarisses auront eu le bonheur de visiter et de connaître, avant dentrer dans leur monastère et dy être clôturées pour la vie.

    Ayant hâte de se trouver enfin chez elles, elles prirent, le 17 juin au matin, le train pour Pegu en compagnie des RR. PP. Saint-Guily et Mignot qui leur ouvrirent les portes de leur nouvelle demeure, maison modeste, mais de gracieux aspect, au milieu des manguiers, palmiers, cocotiers et autres arbres fruitiers. Avant de les enfermer dans ce petit couvent provisoire, le P. Mignot tint à faire visiter rapidement aux Poor Clares la petite ville de Pegu, ancienne capitale, qui garde encore quelques vestiges de son ancienne gloire, le célèbre Bouddha couché, renommé au loin par ses proportions gigantesques (100 mètres de long). Cette vue, de même que celle de la grande pagode en ruine, attira à peine leur attention et ne les retint guère. Le soir enfin, la communauté naissante se trouvait dans son petit nid, se demandant encore si cétait rêve ou réalité. Dès le lendemain, Jésus-Hostie prit possession de son nouveau tabernacle doù il continue maintenant à rayonner sur cette ville païenne pour en faire dans lavenir, nous en avons lespoir, un ardent foyer de vie chrétienne.

    Dès larrivée des Clarisses au milieu deux, les trop rares catholiques de Pegu (160) se montrèrent extrêmement sympathiques et généreux, apportant, au premier signe du missionnaire, meubles utiles, repas, provisions, etc.. (Une mention spéciale, en signe de gratitude, est due au tout dévoué Dr. Maken Singh et à sa dame, Rosa). Et depuis ce moment, le nombre saccroît sans cesse des personnes qui se plaisent à visiter lhumble couvent en se recommandant aux prières de ses habitantes. Celles-ci sont heureuses daccueillir ces demandes et leur désir est dattirer sur leurs bienfaiteurs, sur leurs amis de la première heure particulièrement, dabondantes bénédictions du Ciel. Une ambition plus vaste encore, assurément, remplit leur cur : lambition damener au Christ, par leurs supplications et leurs immolations, limmense foule des pauvres âmes qui, dans les ténèbres, marchent aveuglément vers labîme... Et nous avons confiance que leur céleste Epoux, se laissant toucher par leurs ardents désirs, cueillera désormais des gerbes plus nombreuses et plus belles dans le champ de notre bien-aimée mission.

    Cette fondation a été établie à Pegu et non à Rangoon qui est la ville principale de la Birmanie et le troisième port des Indes comme importance. En voici les raisons :

    1. Pegu est une ville historique qui, comme le mentionnent les vieilles géographies, était autrefois, avec Ava, une des capitales de la Birmanie.

    2. Comme cest une petite ville de 16.000 habitants avec une population catholique de 160 âmes seulement, on a cru que linfluence des Religieuses sy ferait davantage sentir et porterait des fruits de conversion plus immédiats et plus abondants.

    3. Mais la raison principale, dominant toutes les autres, qui a porté à choisir Pegu comme résidence des Clarisses, et en cela Mgr Perroy partageait nos vues, est que dans cette ville les deux premiers Martyrs de notre Société subirent la mort pour la foi. Ce sont les Vénérables Genoud et Joret. Ceux-ci, après avoir évangélisé Pegu avec beaucoup de succès, furent, sur laccusation des bonzes, attachés nus à des arbres où ils furent laissés pendant trois jours sans nourriture, exposés aux piqûres de moustiques : durant ces trois jours, ils ne cessèrent de prêcher et dencourager les chrétiens ; après quoi, le roi pégouan, apprenant quils nétaient pas encore morts, les fit mettre dans des sacs, avec de lourdes pierres, quon jeta dans la rivière de Pegu, ce qui arriva vers la mi-octobre de lannée 1693. Cette mort glorieuse pour la foi ne fut que le couronnement dune vie très sainte dont le souvenir a été conservé jusquà nos jours par les vieux habitants de la ville, cependant bouddhistes.

    Il était donc bien juste que la ville honorée par le martyre de ces saints missionnaires ne restât pas sans un foyer de prière destiné à raviver dans lesprit des Pégouans le souvenir et lestime de la religion prêchée à la fin du XVIIème siècle par ces vaillants apôtres de la Société des Missions-Étrangères. Ceux-ci, du haut du ciel, béniront, nous nen doutons pas, la nouvelle fondation et obtiendront par leur puissante intercession, des grâces efficaces de conversion pour ces Pégouans dont le salut leur était si cher. Ce sera, dailleurs, le rôle spécial des Pauvres Clarisses de continuer par leur vie de prière et de sacrifice, ce que nos vénérés Martyrs avaient commencé et dattirer sur les missions de Birmanie, en particulier celle de la Basse Birmanie, les grâces puissantes qui toucheront les curs des païens, hélas ! trop nombreux, et les transformeront en enfants de lumière, en brebis fidèles du Divin Pasteur.

    M. MIGNOT,
    Miss. de Rangoon.


    1933/422-431
    422-431
    Mignot
    France et Asie
    1933
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