Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Les étudiants chinois de Lyon

Les étudiants chinois de Lyon
Add this
    Les étudiants chinois de Lyon

    I. — La situation actuelle. — L’Institut Franco-Chinois, fondé à Lyon, en 1921, par M. Painlevé, ancien Président du Conseil, et par M. Ts’ai Yen P’ei, Recteur de l’Université Nationale de Pékin, abrite aujourd’hui environ 120 jeunes Chinois. La dépense annuelle est de 170.000 francs, dont 70.000 payés par le Gouvernement français et le reste par le Gouvernement chinois. Le Gouvernement provincial de Canton ne pouvant plus envoyer, ces temps-ci, les subsides promis, l’Institut est dans une situation financière fort précaire.

    En dehors de cet Institut on trouve encore une trentaine d’étudiants chinois disséminés soit dans la “Maison des Etudiants,” fondée et entretenue par le maire actuel de Lyon, soit dans des familles françaises. Un bon nombre de ces derniers prennent leurs repas à l’Institut même, moyennant une somme assez modique.

    On peut diviser ces étudiants en trois catégories, suivant leur éducation déjà reçue en Chine, et, en même temps, leurs ressources personnelles :

    1º Les étudiants de famille aisée, ayant suivi les cours universitaires sous le rectorat de M. Ts’ai Yen P’ei, à Pékin : une dizaine seulement sont actuellement à Lyon (une trentaine dans toute la France). Ces quelques étudiants sont fortement pénétrés de l’esprit de M. Ts’ai Yen P’ei et de leurs professeurs, qui, tous, sont pratiquement athées.

    2º Les étudiants de familles assez aisées, mais n’ayant suivi que les cours des grandes écoles professionnelles de Pékin, de Shanghai, de Canton : une quarantaine des étudiants de l’Institut sont de cette catégorie. La plupart d’entre eux sont intelligents et travailleurs acharnés, dédaignant plus ou moins les étudiants universitaires.

    3º Les étudiants de différentes provinces, moins fortunés, ayant seulement terminé leurs études secondaires. Le reste des étudiants de l’Institut appartient à cette catégorie : mais on peut encore les subdiviser en deux séries : les uns (une cinquantaine) sont envoyés par les Ecoles départementales, donc plus ou moins boursiers, mais toujours à la merci de leur pays troublé : les autres sont anciens étudiants-travailleurs (venus en France souvent avant les étudiants ci-dessus mentionnés) et payent eux-mêmes leurs frais de logement, de nourriture et quelquefois aussi d’enseignement. La plupart des étudiants habitant en dehors de l’Institut entrent dans cette dernière catégorie. On rencontre parmi eux des jeunes gens intelligents, travailleurs, et parfois aussi mûris par des souffrances physiques et morales.

    En somme, parmi les étudiants, les uns sont directement envoyés soit par le gouvernement central ou provincial, soit par les grandes écoles fondées et entretenues par des Chinois influents : les autres sont venus d’eux-mêmes en France pour s’instruire afin d’occuper, à leur retour en Chine, une position sociale au dessus du niveau commun. Ils seront tous, quoique à des degrés différents, les dirigeants de la Chine de demain. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ont déjà leur poste en Chine désigné d’avance. La majorité des étudiants se perfectionnent dans la branche industrielle : un bon nombre étudient le Droit, les Lettres, aux Facultés de l’Etat. Il est donc intéressant de voir de près leur esprit vis-à-vis des questions politiques, sociales et surtout religieuses.

    II. — L’esprit des Etudiants. — Ils sont tous démocrates et admirateurs de J.-J. Rousseau. Ce qui les aigrit et les rend susceptibles, c’est l’impuissance de la Chine, encerclée par les puissances étrangères. Fiers de leur pays vaste, peuplé, riche et, à son époque, civilisé, ils cherchent la civilisation occidentale avec avidité, il est vrai, mais aussi avec esprit critique. Choisir, dans la civilisation occidentale, ce qui convient le mieux à la Chine : voilà leur mot d’ordre.

    Patriotes parfois outrés, ils prétendent aussi faire du bien non seulement à leur pays, mais encore à l’humanité tout entière. De là un certain internationalisme qui se confond avec socialisme, communisme, anarchisme, voire même bolchevisme.

    Une quarantaine des étudiants de l’Institut sont anarchistes déclarés : quelques-uns sont même allés, l’an dernier pendant les vacances, en Russie pour s’entendre et entretenir des relations amicales, disent-ils, avec le gouvernement soviétique. Ce sont surtout les étudiants intelligents et travailleurs acharnés qui affichent l’anarchisme, et ce sont eux aussi qui se montrent franchement hostiles à la Religion catholique et aux missionnaires étrangers.

    Leur seule idole à tous, c’est la Science. Donc tout ce qui ne peut pas se démontrer par la Science, est ou bien superstitieux ou simplement et purement non-existant.

    Ils nient, par conséquent, l’existence de Dieu, de l’âme humaine de l’ordre surnaturel. La foi, les dogmes, les miracles, etc., sont, à leurs yeux, inventés par l’Eglise catholique, —qui est d’ailleurs l’ennemie de la Science et du Progrès, — pour tromper les gens ignorants et de bonne foi : “Nous, qui sommes les hommes éclairés par la science et qui prenons la responsabilité d’enseigner et d’éclairer le peuple chinois encore ignorant, nous devons combattre ces superstitions religieuses pour ne pas laisser séduire nos compatriotes par les missionnaires catholiques.” De là, de nombreux articles, écrits par eux et publiés par différents journaux chinois et revues, soit à l’étranger, soit à l’intérieur, sur les religions et la religion catholique notamment.

    Le chef des anarchistes de l’Institut a même fait imprimer à Lyon, en 1922, une petite brochure de propagande (collection d’une douzaine d’articles écrits par ces étudiants, 92 pages in-4) intitulée : Il n’y a pas de religion, dans laquelle tous les auteurs se montrent nettement anti-catholiques. On peut relever de cette brochure quelques sujets caractéristiques comme les suivants :

    Il n’y a pas de religion.
    Le Christianisme et les étudiants chinois...
    Pourquoi voulons-nous combattre le Catholicisme ?
    Les péchés du Christianisme (contre la personne de Jésus-Christ)
    Le Progrès et la Religion...
    La Science et la Religion (contre les dogmes catholiques)...
    Comment déraciner le Christianisme ? etc., etc...

    Il existe de plus, en France et en Belgique, 7 journaux hebdomadaires et 2 revues mensuelles en chinois, qui tous, sont défavorables au Catholicisme. L’un d’eux, intitulé La première Voix et édité à Paris, mène, depuis trois mois, une campagne acharnée contre les missionnaires catholiques de la Chine.

    Un comité pour “combattre la Religion catholique et défendre la Chine ” s’est formé, à la fin de février, à Paris : il est composé d’une dizaine d’étudiants chinois, dont les noms sont d’ailleurs publiés dans le journal ci-dessus nommé, daté du 1er mars 1924 (numéro 27, page 4).

    Ce qui les rend anti-catholiques, ce sont les attitudes et les intrigues de certains missionnaires (catholiques et protestants notamment), qui, souvent trop zélés pour protéger leurs ouailles à tort ou à raison, ont beaucoup choqué ces étudiants modernes.

    L’occupation de Tsingtao par les Allemands à la suite du massacre de deux missionnaires, la prise de Pékin par les Alliés à la suite de la crise des Boxers et la lourde indemnité qui pèse encore aujourd’hui sur la Chine, etc., sont autant de prétextes pour ces patriotes ombrageux. Aussi considèrent-ils les missionnaires comme les avant-coureurs de la conquête de la Chine. (Le journal ci dessus cité l’a dit expressément, Cf. les numéros 7, 24 et 28 surtout). Et le recteur de l’Université nationale de Pékin, M. Ts’ai Yen P’ei, dans son article La Renaissance de la Chine, paru dans la Revue Bleue (avril 1924), dit que le soulèvement des Boxers contre les étrangers n’était qu’une réaction naturelle contre les missionnaires. Pour couper court à cette sorte de lutte religieuse en Chine, il faut, déclarent-ils, travailler dès maintenant à empêcher la propagande religieuse des missionnaires étrangers, qui, sous prétexte de convertir les Chinois, les rendent en réalité traîtres, antipatriotes et ennemis de la nation tout entière.

    Quelles sont les opinions des étudiants chinois sur la France ?
    Ils apprécient hautement la science, la littérature, la philosophie françaises ; mais ce sont justement cette science, cette littérature cette philosophie, qui, disent-ils, remplacent en France la religion catholique et mettent en lumière toutes les superstitions religieuses (lisez dogmes catholiques). Ils admirent sincèrement l’énergie et le patriotisme des hommes politiques français : mais ce sont précisément ces politiciens, qui, répètent-ils, suppriment et rabaissent en France le pouvoir de l’Eglise catholique : et ces mêmes politiciens, qui persécutent à l’intérieur les prêtres et les religieux, protègent, au contraire, ces mêmes prêtres et religieux à l’étranger. Plusieurs étudiants avouent franchement que leurs parents, frères ou pères, sont révolutionnaires et anticatholiques, parce qu’ils ne voient dans les missionnaires que les agents cachés de la conquête étrangère.

    Voilà l’attitude et l’esprit des étudiants chinois vis-à-vis du Christianisme.
    Quelle est leur morale ?
    Il faut dire qu’ils ont une liberté complète pour leur conduite morale, puisqu’il n’y a personne qui s’occupe d’eux au point de vue disciplinaire... Ensuite tous étant jeunes, s’amusent plus ou moins dans les milieux mondains. La plupart ne sont venus en France chercher la science que pour gagner plus tard de l’argent plus facilement et ainsi se procurer une vie matérielle plus à l’aise.

    Un petit nombre, d’ailleurs travailleurs acharnés et désirant sincèrement faire du bien, non seulement à eux-mêmes, mais encore à la société, gardent une morale naturelle irréprochable. Voici ce qu’ils préconisent :

    “ Travailler à faire progresser notre pays et ainsi faire avancer d’un pas l’humanité tout entière vers son but idéal, qui est l’internationalisme.” C’est là la tâche qu’ils s’imposent pour cette vie terrestre. En dehors de là, rien. La norme unique de leur conduite morale, c’est de ne jamais chercher leurs intérêts propres au détriment des intérêts d’autrui ou de la société : “Si j’agis sciemment contre cette norme et volontairement, je pèche : à part cela il n’y a pas de péché. Et au jour du dernier jugement, s’il y en a un, comme le prétendent les catholiques, nous pourrons relever la tête et dire à ce juge inconnu : “Je n’ai jamais péché : vous n’avez pas le droit de me damner !” (Ces phrases sont tirées du journal de certains étudiants chinois).

    En résumé, parmi ces étudiants chinois en France on trouve de belles âmes généreuses, qui ont des aspirations hautes et des projets humanitaires, mais qui, en même temps, dédaignent et méprisent la religion catholique, ont des préjugés contre les missionnaires étrangers. Démocrates enthousiastes, rationalistes intransigeants, scientistes encore peu profonds, rêvant un internationalisme et une paix mondiale par les procédés des socialistes, des communistes, des anarchistes, des bolchevistes, ces jeunes étudiants n’ont rien de commun avec les lettrés d’antan, nourris des principes millénaires et sacrés de Confucius. Il est donc évident que, s’ils sont un jour les maîtres de la Chine, et ils le seront certainement, la Chine sera indubitablement athée et l’Eglise catholique trouvera en eux des persécuteurs, non sanglants certes, mais raffinés, comme il s’en trouve en Europe depuis ces dernières cinquante années.

    Mais, parce qu’ils sont encore en voie d’évolution et que leur esprit n’est pas encore tout à fait fixé et mûr, nous pouvons, nous, catholiques, et nous devons profiter de ce seul moment pour agir et réagir sur eux en faisant, au moins, tomber leurs préjugés antichrétiens et les remplaçant par des idées saines et solides, inspirées de l’Evangile, en vue du bien de l’Eglise catholique et de celui de la Chine aussi.

    III. — Les moyens de les atteindre. — Tous ces étudiants sont très désireux de s’instruire de la vie française, tant sociale que familiale : mais, en même temps, ils éprouvent un certain délaissement et une certaine méconnaissance, pour ne pas dire un certain mépris, de la part des Français qu’ils peuvent fréquenter, par exemple, les étudiants.

    Il est donc certain que, s’il y avait quelques Français dévoués, qui entrent en communication avec ces étudiants chinois, en leur rendant quelques petite services (par exemple, leçons de français), ils gagneraient sûrement leur sympathie et leur amitié et par là ils feraient tomber bien des préjugés faux sur la France, sur les missionnaires français en Chine, et en même temps leur inculqueraient, sans en avoir l’air, quelques principes catholiques. La Réunion amicale entre les Etudiants français et chinois, entreprise par quelques amis dévoués de Lyon, a déjà produit des fruits salutaires.

    Mais, pour obtenir la confiance de ces étudiants, l’action individuelle est préférable ; car c’est par des causeries amicales, par de longues conversations particulières, qu’on ouvre le cœur et qu’on peut connaître le fond des pensées. On dit que les Chinois sont naturellement méfiants et réservés à l’égard des étrangers. Cela tient à ce que les Chinois, prévenus par la lecture de livres écrits par les étrangers sur la Chine et plus ou moins favorables à leur sentiment national, croient que les étrangers sont incapables de comprendre leurs idées et, par suite, ne veulent pas se mettre en peine de parler de choses intimes. Mais si quelqu’un peut entrer vraiment dans l’intimité d’un Chinois, on peut être sûr qu’il obtiendra son entière confiance et qu’il exercera sur lui une influence profonde et durable.

    Il est aussi évident que, pour le moment, on ne peut exercer une action directement religieuse ou franchement catholique auprès de ces étudiants, précisément à cause de leurs préjugés contre la religion catholique et les prêtres.

    Aussi les étudiants disent-ils franchement qu’ils ne laisseront entrer dans l’Institut aucun prêtre catholique, à moins que celui-ci ne soit de leur nationalité. Pourquoi ? Parce qu’un prêtre, s’il est catholique et étranger, sera doublement suspect aux yeux des étudiants : le prêtre catholique est un homme savant et bien instruit, oui, mais aussi superstitieux ; il ne sait résoudre les problèmes scientifiques que par le mot Dieu, qui est son dernier et unique refuge. Le prêtre étranger est un colonisateur raffiné et, sous prétexte de religion, il pervertit le sentiment national des autres.

    Plusieurs étudiants de l’Institut ont hautement déclaré, après le passage d’un ancien missionnaire de Chine à Lyon, que s’il osait monter là-haut (au fort St-Irénée, dans lequel s’installe l’Institut franco-chinois), on lui ferait savoir la vraie pensée de l’Institut sur la religion catholique et ses missionnaires en Chine, afin, ajoutent-ils, qu’il ne se fasse plus l’avant-coureur de la conquête étrangère !…

    C’est ici qu’apparaît le rôle, sinon indispensable, du moins très utile, d’un prêtre chinois auprès de ces étudiants, pour les éclairer sur bien des sentiments faux et même injustes à l’égard de la religion catholique et des missionnaires en Chine. Et, en effet, précisément à cause de leur sentiment national ombrageux, ils n’osent ni ne veulent lui fermer la porte. Si ce prêtre chinois est en habits ordinaires (la soutane les choquerait et les éloignerait, à moins que les étudiants ne connaissent déjà ce prêtre chinois et ne lui accordent leur estime et leur confiance), il pourrait entrer librement et dans n’importe quelle chambre d’étudiant.

    Au début d’avril 1924, il y eut un nouveau règlement interdisant l’entrée à toute personne étrangère à l’Institut, à moins qu’elle ne remplisse une foule de prescriptions requises pour les visites individuelles. Or, juste à ce moment, il se trouvait un ecclésiastique chinois au milieu des étudiants ; il leur demanda s’il pourrait entrer librement. malgré ce nouveau règlement. — “Oh ! pour vous, répondirent-ils, vous pouvez toujours venir nous voir : au cas où l’on ferait des difficultés, vous n’avez qu’à nous indiquer d’avance l’heure exacte de votre visite et nous descendrons à la porte d’entrée pour vous introduire chez nous.” Or ceux qui parlaient ainsi étaient les plus anti-chrétiens.

    Ce petit trait montre clairement que l’accès chez les étudiants est toujours donné aux prêtres chinois parce qu’ils sont de leur nationalité. De plus le prêtre chinois, comprenant la langue et la mentalité de ses compatriotes, peut parler de choses dont aucun étranger ne peut parler sans éveiller tout de suite des susceptibilités, rendre des services qu’un étranger ne peut pas ou ne veut pas rendre, et surtout gagner leur amitié confiante et franche, ce qu’un étranger, psychologiquement parlant, ne saura jamais obtenir.

    On a vu, d’ailleurs, par ce qui précède, comment les étudiants, même les plus anti-catholiques, manifestent à ce même ecclésiastique chinois leurs vraies pensées, soit politiques, soit sociales, soit surtout religieuses.

    On peut encore ajouter qu’un bon nombre d’étudiants lui ont ouvert leur cœur pour tout ce qui touche à leurs projets, leurs aspirations et même leurs souffrances morales. Le besoin de parler de choses intimes est naturel à l’homme. Ce qui manque à ces étudiants, ce n’est pas la franchise, c’est l’homme à qui ils puissent parler, et cet homme ils n’ont pas encore pu le trouver en pays étranger... Aussi l’impression générale causée par le suicide d’un étudiant âgé de 21 ans au milieu des étudiants était-elle celle-ci : On ne trouve aucun confident sûr pour lui ouvrir librement son cœur et parler de ses peines. (Cet étudiant, nommé Sio, s’est suicidé, le 2 avril 1924, à cause de chagrin, laissant sa sœur aînée, étudiante des Beaux-Arts, toute seule à Lyon).

    Pour avoir influence sur ces étudiants, il faut que le prêtre chinois qui s’occuperait d’eux soit supérieur d’intelligence, de culture et de cœur. Pour obtenir leur estime, il faut de la science ; pour gagner leur cœur, il faut du cœur ; pour s’imposer à eux, il faut une morale haute et irréprochable. Discuter sur les questions politiques ou sociales, aussi bien que sur les choses scientifiques et religieuses, connaître à fond l’histoire et la littérature chinoises, pouvoir parler de la littérature et de l’histoire occidentales avec compétence : voilà ce que doit savoir un prêtre chinois, s’il veut exercer une influence réelle, salutaire et durable sur ces étudiants. A part cela, qu’il ait aussi des relations nombreuses et vastes avec le milieu intellectuel et dirigeant du pays où il habite, afin qu’il puisse rendre des services ou donner des renseignements aux étudiants : car c’est en leur rendant de menus services, souvent d’ordre matériel, qu’on peut tirer quelques fruits surnaturels.

    Il ne faut pourtant pas croire qu’il ferait des conversions nombreuses ou retentissantes. Loin de là ! Son rôle principal consiste à faire tomber les préjugés religieux et semer quelques grains. Prier et laisser travailler la grâce divine : voilà son unique force et aussi sa seule consolation. Même après d’interminables discussions serrées et convaincantes, les étudiants rationalistes ne deviendront peut-être pas plus religieux ; souvent leur foi en la science et leur incroyance aux dogmes catholiques resteront 1es mêmes : mais, croyons-le bien, si l’on a semé, le grain lèvera un jour ou l’autre...

    Un mot sur les étudiantes chinoises à Lyon.
    Il y a actuellement 13 étudiantes chinoises habitant l’Institut, qui toutes ont suivi en Chine des cours universitaires ou ceux des grandes Ecoles normales ou professionnelles. Elles étaient plus nombreuses autrefois (une trentaine), mais plusieurs s’en sont allées ailleurs (en différentes villes de France, Paris, Grenoble ; en Angleterre, Allemagne, etc.). ‘

    Il y en a encore une douzaine qui habitent dans des familles françaises de Lyon, venues en France sur la promesse de l’aide pécuniaire de leurs provinces. Ces dernières n’appartiennent donc pas à proprement parler à l’Institut Franco-Chinois.

    Isolées comme elles le sont, elles sont exposées aux dangers de leur âge : tandis que, dans l’Institut, elles sont au moins maintenues par la présence mutuelle.

    Toutes ces étudiantes ont absolument les mêmes préjugés contre le christianisme que les étudiants. Le socialisme, le communisme, l’anarchisme et le bolchevisme obtiennent aussi leur sympathie. Très indépendantes dans leurs idées et leur conduite, elles réclament l’égalité, non seulement scolaire et intellectuelle, mais encore sociale et civique. Aussi nombreuses sont celles qui étudient le droit. La religion catholique, à leurs yeux, perd de sa valeur de jour en jour et elle est périmée à tel point qu’une femme éclairée perdrait sa dignité humaine, si elle voulait l’embrasser.

    Un jour, au début d’avril 1924, une des étudiantes de l’Institut parla de la supériorité de la morale catholique : ses compagnes l’accablèrent de moqueries et de sarcasmes, disant qu’elle voulait se faire catholique et ainsi rabaissait sa dignité humaine, parce que croire à des dogmes superstitieux et non scientifiques, c’est abdiquer la raison !

    Un certain nombre de dames françaises zélées commencent à s’occuper de ces étudiantes, qui ont d’ailleurs été très travaillées par une dame protestante anglaise et par une dame russe (?) bolcheviste. Ces deux propagandistes ont fait plusieurs conférences — secrètement — à l’Institut.

    Il est donc nécessaire de faire connaître à ces étudiantes émancipées la vraie vie catholique et de leur inculquer quelques principes sains et solides, qui leur seront assurément plus utiles que n’importe quelle science.


    Encore un petit mot sur les ouvriers chinois à Lyon.
    Une cinquantaine de jeunes gens, ouvriers chinois venus en France pendant la guerre, travaillent maintenant à Lyon, notamment à Saint-Fons. Ce sont des âmes simples, la plupart du moins. Il y aurait un apostolat fécond à faire parmi ces ouvriers, s’il pouvait se trouver un prêtre zélé et dévoué qui, sachant, parler leur langue, — la plupart connaissant très peu le français, — s’occuperait d’eux avec patience et persévérance, en commençant d’abord par quelques moyens matériels pour en arriver ensuite à la fin surnaturelle.

    ( Lyon, avril 1924 )

    P.-S. — Depuis lors un prêtre chinois, le P. Kang, a été envoyé de Shanghai pour répondre aux desiderata exprimés ci-dessus.

    (N. D. L. R.)

    1925/91-100
    91-100
    Anonyme
    Chine
    1925
    Aucune image