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Les écoles en Chine et en Indochine

Les écoles en Chine et en Indochine Sulor, ne supra... ungulam ! Les Burro nont pas accoutumé de faire entendre au sein des doctes assemblées leur voix cependant harmonieuse. Mais, quils parlent ou se taisent, si nous en devons croire le bon La Fontaine, un psychologue, celui-là, cest toujours sur le baudet que crient haro les aréopages, doctes ou non. Alors pourquoi les membres de ma famille se condamneraient-ils à un silence éternel ?
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    Les écoles en Chine et en Indochine

    Sulor, ne supra... ungulam ! Les Burro nont pas accoutumé de faire entendre au sein des doctes assemblées leur voix cependant harmonieuse. Mais, quils parlent ou se taisent, si nous en devons croire le bon La Fontaine, un psychologue, celui-là, cest toujours sur le baudet que crient haro les aréopages, doctes ou non. Alors pourquoi les membres de ma famille se condamneraient-ils à un silence éternel ?

    Quoique Burro, je crois avoir trouvé quelque chose à dire ; je le dirai donc, puisque, de quelque côté que se tournent mes longues oreilles, la chose en question ne leur est apportée par aucun des vents de notre ciel.

    A vrai dire, de lOuest et du Nord, une fois ou lautre, le cher Bulletin a paru enregistrer des souffles prometteurs, et lon a pu espérer quelque bon vent porteur de bruit et de lumière. Hélas ! Chaque fois ces zéphirs ont flanqué de force, ces brises trop timides sont tombées à plat.

    Cest pour provoquer les grands vents du large, capables de bousculer des nuées tenaces, que, faisant violence à la craintive modestie universellement reconnue a ceux de ma famille, je me lance au galop dans la carrière. Honni soit qui mal y pense ! Si je napporte pas de lumières éclatantes à la question peut-être mon initiative trop osée aura-t-elle le bon résultat démouvoir les docteurs en la matière et dobtenir deux les éclaircissements, les campagnes, au besoin, qui emporteront les décisions pratiques et nécessaires. Ce résultat vaudrait, à lui seul, tous les coups de trique, dailleurs mérités, que mattirera sans doute mon outrecuidante incartade.

    Cest pour la question des écoles en Chine et en Indochine que Burro embouche la trompette.

    Doctus iter melius. Pauvre Burro, je lai maintes fois constaté dexpérience, dans les 25 ou 26 années pendant lesquelles jai trottiné, avec force faux-pas, sur les sentiers ardus de ma vie de missionnaire. Ah ! Certes, oui : la science ni eût fait des routes plus sûres et meilleures! Et jose croire que ce qui est ici vérité pour un pauvre prêtre lest aussi pour lensemble des animaux intelligents, donc pour nos chrétiens. Mais il y a mieux, et les vieux auteurs de nos jeunes études mapportent une formule encore plus précise ; Ipse gubernaclo rector subit, ipse magister. Lombre du poète me pardonne ! Je ne puis arriver à traduire autrement que: le vrai pilote, celui qui tient le gouvernail dune main plus sûre, celui qui conduit sa barque à bon port, cest le magister Alors pourquoi, dans nos Missions de Chine et dIndochine, navons-nous pas plus décoles ? Pourquoi nen avons-nous pas assez ? Pourquoi même nen avons-nous presque pas ? Personne, dans les temps dinstruction à outrance que nous traversons, nosera prétendre que le poète avait tort. Cependant le fait indéniable est là ; il crève les yeux même les plus obstinément fermés : nous manquons décoles. Va-t-on me dire que le poète na pas prononcé le mot ?... Qui dit magister dit école.

    Parole de Burro ! Nos adversaires ont bien raison de nous regarder de haut. Ils peuvent nous prendre en pitié, nous, notre zèle et notre dévoûment ! Les malintentionnés, protestants ou lit-kao de tout acabit, peuvent rire. Ils sont largement autorisés à penser et à dire que nous nous sommes contentés de construire nos barques et de les remplir de passagers toujours plus nombreux, nous tenant pour satisfaits de ce résultat souvent précaire et ne songeant même pas aux moyens de conduire ces pauvres barques à bon port. Les mers sur lesquelles naviguent ces esquifs ne sont pourtant pas des plus calmes. Les vagues de fond du paganisme, du matérialisme, du bolchevisme moderne, de toutes les erreurs philosophiques et religieuses, ny manquent pas.

    Cependant, disons-le bien vite, lironie, la pitié de nos adversaires seraient, par certains côtés, souverainement injustes. Nos Evêques, nos chefs de Missions, ont depuis longtemps déjà compris limportance des écoles. Certains semblent bien sêtre rendu compte que la plupart des clefs capables douvrir les consciences asiatiques étaient déjà et seraient de plus en plus aux mains de linstruction, cest-à-dire dans les écoles, et que là aussi était lantidote (non pas lunique, sans doute, mais lun des plus actifs,) aux dangereuses et fausses idées répandues de plus en plus par la presse et la librairie. Le Bulletin nous a apporté plusieurs fois les échos de leur sollicitude. On la constate plus ou moins un peu partout, et la Corée, les Setchoan (en particulier le Méridional) paraissent avoir fait un effort sérieux, digne dêtre proposé en exemple. Je ne puis mempêcher particulièrement de rappeler à lattention de nos confrères un article plein didées excellentes et de parfait à-propos, signé du P. de Jonghe (Bulletin, avril 1923). Oui, la vérité et la nécessité sont apparues à lensemble des yeux ouverts sur le mouvement des esprits ; des cris dalarme ont empli nos cieux, resonat magnis clamoribus ther ; des essais ont été tentés. On la dit. On la publié. Nos comptes-rendus annuels ont accusé cette grande préoccupation. Mais alors pourquoi, encore une fois, pourquoi sommes-nous tant en retard ?

    Ici, je dois lavouer, ma gêne est profonde. Ma compétence en la matière est-elle suffisante pour mautoriser à me donner lapparence de... à avoir lair de... à faire le... Grand Dieu! Quil est difficile de tourner cela honnêtement pour les autres et pour moi-même ! Sûrement les nombreux amis du vieux fabuliste vont dire que je mets un bien lourd sabot sur la table. Ils auront raison. Cependant la question est posée : il y faut répondre. Essayons, du moins, de le faire en toute douceur et le plus brièvement possible.

    Eh bien ! À mon sens, voici quelles sont les causes de notre demi-échec et du retard constaté.

    Si tous les efforts dont les comptes-rendus ont gardé la trace nont pas donné les résultats désirables, ne serait-ce pas tout simplement quils étaient insuffisants ? Plus une tâche est ardue, plus il y faut mettre dénergie et de savoir-faire. Or, avouons-le, lénergie, le sens pratique, la persévérance, ont manqué en plus dun point. Les efforts nont pas abouti, et ils ne pouvaient peut-être pas aboutir, parce que trop timides. Ils ont été je parle en général, et des exceptions honorables ne valent pas contre la règle, ils ont été insuffisants, et en profondeur, et en durée, et en coordination. Parfois ils nont pas été faits à temps. De plus, ils nont pas été tentés dune façon assez générale. Enfin ils ont été trop souvent décousus, hasardés, peu pratiques. Je najoute pas ce qui est, hélas ! Trop vrai, quen quelques endroits ils ont été tout à fait inexistants, si ce nest dans les conversations.

    Attention, Burro ! Nous arrivons à un tournant dangereux pour notre échine. Là nous attendent sans doute tous les esprits craintifs, tons les graves augures assis sur les confortables fauteuils de la tradition (?), de la route connue, des habitudes prises, du trop facile : Je ne suis pas plus malin que mes devanciers. Gare à Martin-bâton, Burro !... Mais, mon ami, il y a peut-être un moyen de nous en tirer sans perdre trop de poils : prenons les devants et fonçons droit sur les objections où lon nous guette.

    Des objections, il nen manque pas, certes. Au cours de ma carrière dhumble comparse devant lequel on ne se gêne pas pour parler la bouche ouverte, jen ai entendu plusieurs. Jen soupçonne quelques autres. Il y en a enfin très probablement qui méchappent. A mes chers confrères de dévoiler ces dernières, sils le jugent bon, et de les réfuter. Pour moi, afin de ne pas mettre à trop rude épreuve la patience du Directeur du Bulletin et sentant bien que mon sujet traîne déjà en longueur, je nen veux examiner ici que quelques-unes, soit les plus courantes, soit les plus fondées.

    1re objection. Trop lancer nos jeunes gens, nos jeunes filles surtout, dans la voie des écoles, ce serait les jeter à la perdition.

    Eh ! Oui, on la entendue celle-là. On la entendue surtout dans la passé ; on lentend encore parfois, même aujourdhui ! Ma foi, jai bien envie de ne pas répondre. Comment dire, en effet, tout en gardant la correction voulue, à cette malheureuse opinion quelle est dépourvue de sens commun et peut-être même coupable ? Gribouille devait avoir de ces idées-là, et nous voilà partisans de la religion des ignorantins, de la religion-éteignoir ! Il ny a quune réponse possible. Ayons nos écoles. Quelles soient sérieusement organisées, pas trop modern-style, bien disciplinées, bourrées denseignement religieux ; et le savoir quy puiseront nos enfants leur sera une sauvegarde et non pas un danger.

    2me objection. Les maîtres décole manquent : nous navons pas de professeurs formés.

    Fort bien ! Sur ce point-là prend toute sa force le vieil adage : fabricando fit faber. Vous navez pas le personnel suffisant ? Les lettrés chrétiens capables denseigner dans des écoles modernes et daprès les méthodes partout en honneur manquent ?... Cherchez; demandez ; ingéniez-vous. Surtout formez vous-mêmes des professeurs. La Chine officielle la fait ; les Protestants lont fait : pourquoi pas vous ? Fabricando fit faber : que le missionnaire lui-même sy mette ; quil se forme à la direction des écoles ; quil noublie jamais que, dans nos Missions surtout, le vrai directeur de lécole catholique, cest lui, le prêtre. Missionnaires des Missions-Étrangères, nous avons en trop grand nombre (moi autant que les autres.) eu peur du professorat. Ce fut une faute : ergo erravimus. Quand Jésus donna leur mission aux apôtres, les premiers missi ad exteros, Il ne leur dit pas seulement de baptiser ; Il leur avait déjà commandé auparavant : Ite, docete. Cest une fonction de professeur, cela !

    3me objection. Nos catholiques sont souvent très dispersés ; leurs enfants, trop peu nombreux dans les agglomérations où sont nos résidences ou nos postes secondaires, ne donneraient, la plupart du temps, pas un personnel étudiant assez nombreux pour alimenter une école régulière. Faudra-t-il donc en venir aux écoles mixtes et accepter des élèves païens avec nos jeunes chrétiens ? Le danger de perversion ne serait pas imaginaire.

    Il faut bien reconnaître là une objection plus sérieuse. Elle nest cependant pas insoluble. Oui, sans doute, les écoles mixtes comportent de vrais dangers. Mais remarquons tout dabord que mixte na jamais voulu dire neutre. Peut-être, à bien examiner les choses sur place, trouverait-on que les écoles de ce genre tentées dans certaines de nos Missions nont pas toujours réussi, précisément parce que, dans la pratique de lenseignement, lon navait pas assez tenu compte de cette distinction et que lon avait trop versé dans une attitude neutre. Beaucoup dentre nous connaissent un exemple ou deux de cette erreur et de ses mauvaises conséquences. Mais nexiste-t-il pas dexemples du contraire ?... Jhésite à le croire. Il faudrait, en ce cas, admettre que les rapports et compte-rendus sont camouflés.

    Une seconde remarque à faire, cest que le nombre des élèves na pas besoin dêtre tellement élevé pour quune école puisse fonctionner. Il y a école et école. Dans un nombre x dannées, quand les ressources le permettront, nous penserons à multiplier les Universités, les Ecoles de hautes études, les Ecoles supérieures ou normales (nallez pas me faire dire quil faut remettre à plus tard la préparation de ce mouvement !) et les Ecoles secondaires. Pour le moment, dans létat actuel de nos Missions, il sagit surtout, et je veux parler ici, décoles primaires nombreuses et de quelques écoles secondaires, une ou deux par Vicariat pour commencer. Eh bien ! Pour ces deux catégories, je reconnais que lobjection soulevée a une certaine valeur, au moins apparente. Voici maintenant, me semble t-il, ce que les amis de lenfance (nos confrères des Indes me pardonneront dusurper ce titre !) et les partisans de linstruction développée pourraient répondre.

    Les écoles primaires de 15 à 20 élèves peuvent fonctionner normalement avec un magister. Il faut les multiplier autant que possible. Il faut aussi viser à avoir des écoles uniquement pour catholiques. Là où les circonstances, les avantages locaux, lintérêt manifeste de la religion conseilleraient vraiment ladmission denfants païens, ouvrons des écoles mixtes, à la condition que lélément non chrétien ne soit pas admis au bénéfice de linternat, quune surveillance active, incessante, efficace, soit pleinement assurée et que lenseignement religieux soit général.

    Pour les écoles secondaires, qui exigent un personnel enseignant assez important et un plus grand nombre délèves, il serait très difficile de mettre de côté lélément païen. Dici un temps peut-être encore long, ces établissemem4ts devront être mixtes. De plus, il ne semble pas aisé de refuser linternat aux non-catholiques. Que ceci ne nous arrête pas. Prenons toutes les précautions voulues de discipline et de surveillance ; conservons à lenseignement de la doctrine catholique sa place dhonneur en adaptation à lâge et aux conditions de vie des élèves ; séparons les dortoirs ou chambres des païens de ceux des chrétiens ; et... ouvrons, ouvrons ces écoles !

    4me objection. Les parents chrétiens trop souvent nenverront pas leurs enfants.

    Infandum !... Saint Paul nous crie : Haec loquere, et exhortare, et argue cum omni imperio, sans vous décourager, en usant de tous les moyens de lautorité et dune charitable industrie. Peu à peu le résultat viendra.

    5me objection. Cest la plus grosse et je lai gardée pour la bonne bouche. Ce plan est trop fort pour notre pauvreté. Où trouver les ressources ?

    Où ? Mais dites-moi donc, mes chers confrères, avons-nous cherché sérieusement et pratiquement ?... Ah ! Certes, largent est difficile à trouver. Est-ce une raison pour sabstenir et attendre, bouche bée, les alouettes rôties ? On ne la que trop fait jusquici, et il serait grand temps que cette inertie cesse. On ne la que trop fait : depuis vingt ans, au moins, la question a été agitée ; nous en avons maintes fois entendu parler et reparler, et toujours nous avons vu les discussions et les projets aboutir à cette formule décevante : Pas dargent ; impossible de rien tenter ! Ah ! Si depuis vingt ans on avait cherché consciencieusement et avec persévérance, les fonds seraient réunis maintenant, du moins dans plus dun Vicariat. A louvrage donc ! Cherchons, mais cherchons avec méthode et ensemble. Bien que la France ait été saignée aux quatre veines, la France, même non catholique, est encore susceptible de sintéresser à cette grande question de lenseignement à létranger, dans laquelle elle voit avec raison une des hases de son influence. Quêtons donc auprès de nos compatriotes. Pourquoi ne provoquerions-nous pas la création à Paris, à Lyon, à Marseille, dune uvre analogue à celle des Ecoles dOrient, chargée de recevoir des dons pour les écoles dExtrême-Orient ? Quêtons en France. Quêtons aussi dans les autres pays ; quêtons parmi les chrétiens de nos Missions. Ces derniers devraient depuis longtemps coopérer à la vie matérielle de leur Eglise. Lon peut-prévoir à coup sûr que les dons ne seront dabord ni très nombreux, ni très considérables. Il faudra les ménager, ne pas les dépenser totalement au fur et à mesure de leur arrivée, mais les capitaliser au moins en partie et les faire fructifier jusquau moment où capital, intérêts et afflux nouveaux auront enfin composé une base suffisante, soit en numéraire, soit en biens-fonds. Il faut savoir quêter en mendiants patients et tenaces ; il faut aussi savoir administrer avec prévoyance.

    Si nous avions commencé il y a vingt ans, je puis affirmer, sans prétendre calculer avec mon sabot, que la majeure partie de nos Missions en Chine et en Indochine posséderait actuellement des fonds capables de permettre la création et lentretien dune vingtaine décoles primaires. Lobjection que lon a entendue si souvent aurait alors beaucoup perdu de sa portée.

    Jajouterai que lexpérience la déjà prouvé en quelques endroits, les écoles secondaires sont coûteuses pendant les trois ou quatre premières années seulement. Dès que la clientèle est acquise, elles paient leurs frais. Le tout est de les placer judicieusement et de leur assurer un fonctionnement normal.

    A luvre donc ! Daigne chaque Vicaire Apostolique prendre énergiquement en main cette uvre, lune des plus urgentes ! Que les missionnaires ne fassent pas dobstruction ! (Le mot ma échappé : laissons-le sans vergogne à sa place). Si le Vicaire Apostolique, trop occupé, ne peut suivre par lui-même le bon fonctionnement de ces écoles et leur multiplication si désirable, quil nomme un Directeur des uvres, avec lordre formel dapporter la plus grande activité à ce chapitre spécial de ses fonctions.

    Il y a nécessité. Il y a péril en la demeure ; car nos adversaires et concurrents ne sont pas inactifs. Tout le monde le sait : et dailleurs la plus grande, la plus auguste des voix sest élevée de Rome pour appeler à ce labeur.

    Des écoles ! Beaucoup décoles !

    En terminant, bien chers Confrères, Burro sexcuse auprès de vous tous de sa grande outrecuidance et supplie ceux qui seraient plus que lui autorisés à le faire délever la voix à leur tour et de nous faire entendre des appels, des conseils, des critiques.

    PALAVRA DA BURRO.

    1924/33-41
    33-41
    Anonyme
    Chine
    1924
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