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Les écoles en Chine

Les Ecoles en Chine Léducation de la jeunesse est une uvre de bienfaisance, et lon petit dire luvre de bienfaisance par excellence, car elle sadresse tant au corps quà lâme ; elle développe et perfectionne lactivité physique, intellectuelle, morale et surnaturelle du jeune homme ; sans elle celui que les philosophes appellent un animal raisonnable se rapproche des bêtes et se trouve incapable de répondre au but pour lequel il a été créé.
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    Les Ecoles en Chine



    Léducation de la jeunesse est une uvre de bienfaisance, et lon petit dire luvre de bienfaisance par excellence, car elle sadresse tant au corps quà lâme ; elle développe et perfectionne lactivité physique, intellectuelle, morale et surnaturelle du jeune homme ; sans elle celui que les philosophes appellent un animal raisonnable se rapproche des bêtes et se trouve incapable de répondre au but pour lequel il a été créé.

    Si léducation sadresse aux payens, elle répond encore au mot e-ducere. Oui ; sortir, au moins pour un temps ; les jeunes gens de la brousse du paganisme et les conduire dans des pâturages plus sains, où la lumière de la foi pénètre plus facilement et où le corps et lâme rencontrent moins dennemis.

    La bonne éducation, a dit Platon, est celle qui donne à lâme et au corps toute la perfection possible.

    Depuis plus de dix ans les Missions catholiques se sont vivement préoccupées de léducation de la jeunesse en Chine. Tout le monde est daccord pour reconnaître quil nous faut une organisation scolaire sérieuse. Certaines Missions ont fait des efforts très louables ; mais combien nont quune ou deux écoles primaires supérieures ? Beaucoup nont pas encore décole secondaire, et cependant la très florissante Université lAurore attend que les Missions lui envoient des sujets diplômés de lenseignement secondaire pour former une élite intellectuelle catholique.

    Pourquoi navons-nous quun nombre restreint décoles en Chine ? Cest parce que luvre de léducation y rencontre de nombreuses difficultés. Peut-être les lecteurs du Bulletin trouveront-ils quelque intérêt à connaître ces difficultés. Il est à souhaiter que tous ceux qui désirent voir grandir la Chine catholique sefforcent de seconder les efforts de ceux qui se consacrent à léducation de la jeunesse chinoise, car, pour le moment, cest une uvre non seulement difficile, mais je crois ne pas me tromper en disant que cest luvre ingrate par excellence.

    Les difficultés viennent : 1o des élèves ; 2o des maîtres ; 3o des programmes ; 4o de lambiance.

    Je passe sous silence les difficultés dordre pécuniaire, du manque de personnel, qui existent toujours et ne demandent aucun commentaire.

    Les Elèves. Ils sont Chinois, et ce mot en dira long à ceux qui ont travaillé plusieurs années dans le Céleste Empire !

    Les jeunes gens que nous recevons dans nos écoles doù viennent-ils ? Les chrétiens viennent la plupart du temps des écoles paroissiales, où ils ont passé trois ou quatre ans à étudier le texte du catéchisme et des prières, mais sans le comprendre ; les payens ont été à lécole de Confucius, ils nont rien compris de sa doctrine, le mal nest pas grand ; eux aussi ont passé quelques heures chaque jour à apprendre des textes ; mais, ce qui est plus grave, les uns et les autres nont jamais appris à réfléchir.

    Les élèves nous viennent de leurs familles, où léducation a été nulle ou trop souvent funeste ; les moins fortunés ont grandi sans aucune surveillance, samusant avec leurs camarades des deux sexes en pleine promiscuité ; les riches ont grandi dans une atmosphère plus saine, mais jamais il na été question de la formation du caractère, de la volonté ; de bonne heure ils ont été initiés aux secrets de la passion et dès lors leurs corps et leurs âmes sont déjà débilités. Inutile de dire que dès lâge de 6 ans ces enfants ont entendu les plus immondes conversations et connaissent parfaitement toutes les imprécations et malédictions, qui se ramènent toujours au même sujet.

    Les élèves que nous recevons dans nos écoles ont de 11 à 20 ans. Certains, après avoir moisi pendant des années dans des écoles privées, se décident très tard à entrer dans une école primaire supérieure pour obtenir un diplôme : on a donc affaire à des intelligences bien différentes au point de vue du développement intellectuel.

    Si lintelligence consiste dans la faculté par laquelle lâme saisit les choses immatérielles, nous devons reconnaître ou que le Créateur a été moins généreux en distribuant ses dons ou que ce don est testé à létat latent et na pas été développé comme il le faut ; mais je crois quil serait plus juste de dire avec le Prophète : Ambulabunt ut cci quia Domino peccaverunt.

    Pour la mémoire nos jeunes gens sont en général bien doués et apprennent assez facilement de longues leçons : cela vient sans doute de ce que dans les écoles privées on ne sest occupé que de cette faculté.

    Dans nos collèges dEurope, dans une classe de 30 à 40 élèves, être dans les 10 premiers est une bonne note ; or en Chine dans une classe de 40 élèves il est parfois difficile de trouver 5 bons élèves.

    Les étudiants chinois sont de jour en jour plus disposés à la rébellion sous toutes ses formes. Dans les écoles du gouvernement on entend souvent parler de grèves ; dans nos écoles catholiques le fait est rare, sans doute parce que la discipline y est plus stricte et que les directeurs agissent au moment opportun, suaviter, si vous voulez, mais aussi fortiter quand il le faut.

    Nombre de jeunes gens commencent leurs études, peu les achèvent ; dans une école catholique 75 élèves entrent en primaire supérieur : à la fin du second semestre il en reste 56, à la fin de la 3e année il nen reste plus que 18.

    Confucius a prononcé une sentence qui sapplique bien à nos chers-étudiants : Tchong táo eul fei, sarrêter à mi-route . Le manque, de volonté et, par conséquent, le manque de persévérance est le principal défaut des étudiants.

    Les jeunes gens de la Chine moderne ne pensent quà occuper le plus tôt possible une charge, sans même se demander sils ont la science et les aptitudes requises et si la position est stable. Un galon de caporal ou de sergent, même dans une armée où les unités sont recrutées parmi les bandits et dont les chefs sont danciens brigands plus ou moins convertis, leur fera abandonner les études, parfois à la veille dobtenir un brevet ou un certificat détudes.

    Actuellement peu de parents ont passé par les écoles modernes ; ils ne comprennent donc rien aux notes que le directeur leur envoie chaque semestre. Cest lamentable de voir comment les enfants trompent leurs parents ; un élève est expulsé dune école, il expliquera toujours que le directeur a tort et se servira parfois des journaux pour exposer sa défense, défense qui ne trompe pas les gens de métier, mais trop souvent finit par convaincre les ignorants.

    Les Maîtres. Voilà le cauchemar de ceux qui ont mission de fonder ou de diriger une école : où trouver de bons maîtres ? Le gouvernement en a formé et en forme tous les jours dans ses écoles-normales ; les plus capables se lancent dans le mandarinat ou dans larmée, positions plus lucratives et moins fatigantes ; ceux qui restent dans lenseignement, cest parce quils nont pu trouver autre chose, ils se résignent à leur sort et exercent le professorat, mais restent toujours aux aguets et, dès quils auront trouvé une place, ils quittent leur chaire, même au milieu dun semestre : le fait est fréquent.

    Que valent les maîtres que lon peut trouver ? A part de rares exceptions, on nen trouve guère qui suivent une méthode ; ils parleront pendant une heure, mais ce quils ont dit est généralement flou et, en sortant de la classe, la grande majorité des élèves nest guère plus avancée quen y entrant : le fait est patent pour le cours de mathématiques. Ce qui est encore plus grave, très peu obtiennent le silence et la discipline dans leur classe, à moins que le Directeur ne fasse la police.

    Quand on fait des remarques aux professeurs, cest presque toujours la même réponse que lon reçoit : Il ne faut pas blesser les élèves.... Dans les écoles vieux système linstruction consistait surtout en des récitations de mémoire ; les professeurs sortant des écoles modernes ne veulent plus ou presque plus de récitations, car cest alors quapparaissent les paresseux, qui perdent à chaque instant la face et parfois se vengent. Les professeurs de langues éprouvent de grosses difficultés, car, la mémoire nétant pas assez exercée, les élèves retiennent difficilement les vocabulaires et les règles de grammaire.

    Les Programmes. Les écoles reconnues doivent adopter les manuels du gouvernement : que de lacunes au point de vue chrétien ! Le manuel de littérature chinoise dira un mot de Notre-Seigneur, mais sarrêtera au crucifiement, pas un mot de sa résurrection, de ses miracles. Darwin sera porté aux nues comme ayant résolu le problème de lorigine de lhomme.

    Le Maître vit toujours dans les livres de morale, partout lon y retrouve lesprit et même les textes de Confucius.

    Tirés de lanalyse des relations humaines, les rites déterminent le haut et le bas, le droit et le tort. Sans eux les hommes retomberaient au niveau des animaux, tout ordre et toute paix en ce monde dépendent de lobservation des rites (Moralisme officiel, p. 152).

    Confucius eut la tête très grosse, il eut donc un très gros cerveau. Les hommes de cette espèce ont les qualités naturelles les plus abondantes. Confucius sut tout. De son temps on lappela le Sage et depuis vingt-cinq siècles ce titre lui a toujours été conservé. (Id., p. 250).

    Lhomme diffère des bêtes en ce quil a des relations, tandis que les bêtes nen ont pas ; or que lhomme ait des relations, tandis que les bêtes nen ont pas, cela vient de ce que les hommes ont des rites et que les bêtes nen ont pas (Id., p. 123). Que dabsurdités !

    La discipline dans un établissement scolaire est, je dirai, une question de vie ou de mort : là où règne la discipline, on trouve instruction, éducation, travail, piété. Un auteur expérimenté na-t-il pas dit : La maison de lindiscipline devient non seulement la maison de lennui, mais la maison de la paresse ; en tout cas la maison la plus défavorable à toute formation morale ?

    Un directeur décole a donc besoin daides pour faire observer la discipline ; les professeurs capables denseigner refusent le métier de surveillant, les incapables nauront aucune autorité, ceux qui à prix dargent acceptent la charge ne sen acquittent que superficiellement, car, si le professorat demande de la science, la surveillance réclame un dévoûment et une abnégation peu ordinaires.

    LAmbiance des écoles du gouvernement nous est préjudiciable ; léducateur catholique voudrait remonter le courant, mais que de fois on lui répondra quà lécole de la ville cela ne se passe pas de la sorte ; en voulant réformer il passera pour un original, un phénomène : il nest pas compris, et ses collaborateurs sobstineront à suivre leurs idées.

    Dans les écoles modernes, pourrions-nous dire avec Mgr Dupanloup, on ne pense quà instruire, on nélève pas.

    Le programme des écoles est surchargé. Daprès les règlements il faudrait 6 heures de classe par jour : dans les écoles primaires supérieures il y a des élèves de 11 ans, comment les faire rester sur des bancs 6 heures par jour, sans parler des études, et surtout soutenir leur attention pendant tant dheures ? Une trop grande part également a été faite à des matières secondaires : travaux manuels, dessin, gymnastique.

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    Voilà un résumé bien succinct des difficultés que rencontrent ceux qui dirigent des uvres scolaires en Chine. Ne vous embarquez pas, dit le Cardinal Newman, si vous ne voulez pas courir les risques dune mer houleuse, affronter des courants contraires, braver vents et marées ; dormez en paix dans linaction.

    Des écoles ! Des écoles ! Ce cri a déjà retenti bien des fois en Chine depuis 10 ans. Son Excellence le Délégué Apostolique a insisté plusieurs fois sur la nécessité des uvres scolaires en Chine : il faut donc sembarquer à tout prix malgré les difficultés.

    Quelles seraient les remèdes pour atténuer ces difficultés ?

    Nos élèves sont Chinois : prenons-les avec leurs qualités ; ils en ont. Tâchons de corriger leurs défauts ; formons-leur caractère et efforçons-nous de leur donner de la volonté, mais gardons-nous bien de les mener comme des enfants européens : cette manière dagir engagerait le Directeur dans une guerre dusure et a déjà ruiné plus dune uvre scolaire. Réformons nos écoles paroissiales, tout en conservant les livres chrétiens, catéchisme, livre de prières, etc... Exigeons de nos pedissèques quils expliquent aux enfants le sens des caractères, quils apprennent à les écrire de mémoire ; insistons dans nos prêches sur la nécessité de linstruction ; encourageons les écoliers par des récompenses.

    Que de fois jai entendu dire : Jai une école, personne ny vient ; les parents nenvoient pas leurs enfants à lécole. Ayez une école vivante ; allez-y souvent ; ayez vous même le feu sacré : votre pédissèque finira, lui aussi, par sintéresser à sa classe et les enfants viendront nombreux.

    Les maîtres, nous nen avons pas ; il faut donc en former, créer des écoles normales, et dans quelques années nous aurons des maîtres et des surveillants pour nos écoles et nos collèges.

    Pour le moment nous ne pouvons songer à fonder dans tous les vicariats des écoles normales supérieures. Le Gouvernement chinois a également des écoles normales où les élèves ayant achevé leurs études primaires peuvent continuer leurs études et obtenir un brevet de professeur ; le programme correspond à peu près à celui des écoles moyennes. Nous pourrions, nous aussi, fonder de ces écoles et, tout en suivant le programme du gouvernement, donner une large part à létude de lapologétique. En somme la fondation décoles normales est le remède aux difficultés et je dirai le remède sine qua non. Quand nous aurons des maîtres formés par nous, nos petites écoles auront de vrais maîtres, et non plus de ces maîtres de fortune incapables dexpliquer la première leçon du catéchisme, les élèves que nous recevrons dans nos collèges auront déjà reçu une certaine formation intellectuelle. Avec de bons maîtres et des élèves ayant reçu une formation sérieuse nous pourrons lutter contre lambiance, qui naura presque plus de prise sur nos établissements.

    Le programme est surchargé ; il est parfois défectueux: suivons-le dans ses grandes lignes ; confions toujours le cours de morale à un professeur chrétien, qui pourra au besoin corriger les erreurs ; les inspecteurs dacadémie ne se montrent pas très exigeants, et une certaine latitude est laissée au directeur. Ici se pose cependant un problème : dans une Mission vaut-il mieux fonder une école normale ou une école secondaire ? Lidéal serait davoir dans chaque Vicariat école normale et école secondaire ; mais où trouver les sujets chrétiens pour ces deux écoles ? Les écoles normales sont généralement peu prisées des élèves et les bons sujets préféreront toujours entrer dans les écoles secondaires. Le cours de lécole normale dure 6 ans, tandis quau bout de 3 ans décole secondaire les élèves reçoivent un diplôme de lenseignement secondaire et sont assez instruits pour faire les cours de lenseignement primaire : le gouvernement se contente dans ses écoles primaires de maîtres ne possédant que ce diplôme.

    Pourquoi ne pas fonder des écoles normales catholiques non enregistrées, où les élèves chrétiens se prépareraient à lenseignement pendant 2 ou 3 ans ? Une école de ce genre paraît bien alléchante de prime abord ; en théorie, cest merveilleux, mais en pratique une telle école ne donnera que des déboires. Ces écoles normales végéteront, parce que les bons élèves diplômés de lenseignement primaire supérieur refuseront dy entrer, même si lenseignement y est gratuit ; ensuite parce que, sil ny a pas un diplôme officiel de fin détudes pour retenir les élèves, Le plus grand nombre abandonneront leurs études au bout dun ou deux ans ; en tout cas ces étudiants ne travailleront guère et, le nombre des étudiants étant forcément restreint, il ny aura pas démulation. Mieux vaut donc, jusquà nouvel ordre, fonder des écoles secondaires. Quand on a déjà une école primaire supérieure, il suffit dès la rentrée de bien choisir ses élèves, décarter dès le début les indésirables, et de bien se mettre dans la tête quon na plus affaire à des enfants, mais à des jeunes gens ; une certaine largeur desprit est donc nécessaire.

    Dans luvre de léducation il y a de grosses difficultés, mais les remèdes efficaces sont à notre portée et la grâce ne manquera jamais à ceux qui se dévouent à léducation de la jeunesse, car cette jeunesse, cest lespoir de lEglise.

    Les consolations nabondent pas : elles sont rares, mais dautant plus goûtées. Lisons et méditons souvent les paroles du Prophète, elles seront pour nous une source de force et un gage despérance : Ceux qui auront été intelligents brilleront comme la splendeur du firmament, et ceux qui en auront instruit plusieurs dans les voies de la justice resplendiront comme des étoiles dans toute léternité (Dan. XII, 3).

    Les difficultés, elles passeront avec le temps ; le bien réalisé demeurera. Les difficultés, elles sont la source du sacrifice, et du sacrifice jaillit la lumière. Nous aurons semé dans les larmes ; dautres récolteront dans la joie.

    G. DE JONGHE,
    Miss. du Setchoan Occidental.

    hhhhhh

    1924/576-583
    576-583
    Jonghe
    Chine
    1924
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