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Les écoles au Japon 2 (Suite )

Les écoles au Japon Enseignement Secondaire
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    Les écoles au Japon

    Enseignement Secondaire

    Lenseignement secondaire est donné dans les lycées ou collèges appelés chûgakkô caractères chinois pour les garçons et kôtô jogakkô caractères chinois pour les filles. Comme lenseignement primaire est une charge proprement municipale, ainsi lenseignement secondaire et lenseignement professionnel ordinaire, qui est du même degré, dailleurs, sont des charges départementales. La nomination des professeurs dans les écoles secondaires, quelles soient publiques ou privées, doit toujours être soumise au visa de la préfecture. Chaque département est obligé par la loi dentretenir au moins un établissement secondaire pour les garçons et un pour les filles, sans compter les écoles normales les et autres écoles professionnelles.

    En fait chaque département entretient plusieurs de ces écoles et dautres du même genre. Un enfant qui a fini son stage de 6 ans à lécole primaire élémentaire peut entrer dans lune ou lautre de ces écoles du cycle secondaire ; cela pourtant nest vrai quen théorie, car en pratique les candidats pour lenseignement secondaire sont si nombreux que, pour faire un choix, on leur impose un examen dentrée. Dans la ville dOsaka, par exemple, cest à peine si 10 pour 100 peuvent être reçus dans les établissements publics. Le reste forme la clientèle des collèges libres.

    Le Japonais est rempli dune révérence quasi religieuse pour les écoles établies par le gouvernement : là sont les professeurs les plus capables et linstruction la plus sérieuse ; là est la moralité la plus sévère. Voyez la jeunesse qui sy presse aux examens dentrée : être admis les comble de fierté, et beaucoup ne se résignent à entrer dans un établissement libre quaprès avoir échoué à lexamen des écoles du gouvernement. Doù il résulte que généralement les meilleurs élèves des écoles primaires entrent tout naturellement dans les écoles secondaires publiques. Mais comme ces écoles officielles ne peuvent suffire à la demande, le nombre des lycées ou collèges libres, tant pour les garçons que pour les filles, est considérable.

    Chûgakkô caractères chinois : Lycées ou collèges de garçons :
    Publics : 256. Professeurs : 5.294. Elèves : 121.939.
    Privés : 81. 1.687. 37.037.
    Kitô jogakhô caractères chinois : Lycées de filles :
    Publics : 330. Professeurs : 3.917. Elèves : 92.136.
    Privés : 90. 1.370. 26.392.

    Cmme on peut le constater par les chiffres ci dessus, linitiative privée dans le domaine de lenseignement primaire .par lomnipotence de lEtat, a trouvé dans lenseignement secondaire un terrain pour exercer plus librement son activité. Les pouvoirs publics, incapables de suffire aux demandes décoles du cycle secondaire, ont été heureux de voir les particuliers leur venir en aide et ont toujours facilité louverture de ces écoles. Dans lenseignement privé, ces écoles secondaires, quels que soient leur nom et leur spécialité, ont toutes été fondées et sont entretenues soit par des sectes religieuses, soit par des philanthropes, des sociétés déducation ou même par certains districts ruraux.

    Les frais des établissements dinstruction secondaire pour les lycées ou collèges publics sont à la charge des départements. Laide financière de lEtat à ces lycées ou collèges nest pas considérable. Il est juste dajouter que les frais décolage exigés des élèves sont relativement élevés, ce qui permet aux établissements de ce cycle de couvrir facilement leurs dépenses. La durée des cours est de 5 ans. Les lycées ou collèges libres peuvent obtenir les mêmes privilèges que les écoles similaires de lenseignement public, comme, par exemple : le droit de prendre le nom de chûgakkô caractères chinois pour les lycées de garçons, et de kôtô jogakkô caractères chinois pour les lycées de filles ; dans les collèges de garçons, un délai jusquà la fin des études pour les élèves que la loi de la conscription atteint au cours de leur stage scolaire ; la validité diplôme délivré par létablissement à ceux qui désirent continuer dans lenseignement supérieur ou concourir pour une des multiples places qui requièrent ce diplôme, etc. Mais pour cela il faut obtenir le visa du Ministère de lInstruction publique. Ce visa comporte de réels avantages, et un établissement secondaire, sil veut réussir à avoir des élèves, ne peut sen passer. Pour ce qui est de nos établissements catholiques, ce visa entraîne linconvénient de ne pouvoir comprendre la religion dans le programme et dêtre obligés den renvoyer létude en dehors des heures de classe, ce qui en diminue limportance dans lesprit de la jeunesse. Tout cela se fait en vertu du soi-disant principe de neutralité, souverain ici aussi bien que dans lenseignement primaire.

    Matières denseignement. Dans les lycées ou collèges secondaires les matières denseignement sont les mêmes que dans les établissements similaires dEurope ou dAmérique ; seulement la littérature chinoise (kambun caractères chinois) y remplace le grec et le latin, sans dailleurs en avoir toute limportance. Lhistoire universelle, la géographie, les diverses sciences naturelles et, comme langue vivante, langlais, complètent les matières enseignées dans les lycées du Japon.

    La littérature chinoise enseignée dans les lycées est en fait un ample résumé du vieux confucianisme. Les esprits progressistes en demandent la suppression pure et simple, mais cela ne marche pas tout seul. Lan dernier, à la Chambre, un député a fait le panégyrique des livres confucianistes quon devrait, disait-il, faire étudier davantage à la jeunesse : La civilisation est divisée dans le monde en deux, ajoutait-il, la civilisation matérialiste, propre à lOccident, et la civilisation spiritualiste, apanage de lOrient. Cest au Japon quincombe la tâche dunifier cette dualité et dédifier la grande et unique civilisation mondiale. A la même séance un autre député avait demandé quon débarrassât les écoles de toutes ces vieilleries. Et dernièrement un très grand nombre de directeurs de lycées ont fait la même pétition. Lidée est donc en marche et, du point de vue de lévangélisation, il faut en espérer la réussite. Ces confucianistes sont des gens pleins de mépris pour les religions et denthousiasme pour les systèmes : à les fréquenter la jeunesse japonaise devient inconvertissable.

    M. Gérard, ancien ambassadeur, écrivait naguère : Non seulement le Japon admet et reconnaît la puissance intellectuelle et matérielle de lOccident, mais il sy adapte au assimile ce qui est nécessaire à ses propres besoins, à son évolution. En même temps il garde la conviction que la conception et la pratique de lOrient, en tout ce qui touche à la vie intérieure, la morale, le but de la vie, la recherche et possession du bonheur, sont supérieures à la conception et à la pratique de lOccident.

    Ces quelques lignes me semblent dépeindre à merveille la dualité quon ne peut sempêcher dobserver dans les deux enseignements secondaire et supérieur Pour men tenir au premier, on y voit comme matières de classe les sciences exactes, qui semblent devoir donner des habitudes de penser telles que les idées rétrogrades inoculées à lécole primaire en scient balayées des cerveaux de cette jeunesse. Pour mettre les points sur les i, on ne peut sempêcher de se dire que ces jeunes gens, à qui lon enseigne ex professo au lycée que lhomme descend du singe, ne pourront plus jamais se croire fils des dieux au sens shintoïste. Hélas ! je ne jurerais pas que la moitié de la jeunesse à qui ce dogme est enseigné ne retienne lidée de lorigine simiesque pour les autres, mais garde pour sa race le privilège de pouvoir toujours se dire et se croire fils des dieux.

    En fait la jeunesse des lycées ou collèges semble navoir pas de religion. La curiosité de la question religieuse ne séveil1e que dans le petit nombre, et seulement vers la fin des études. La moralité, se ressent de ce phénomène Ce nest pas quon ny enseigne pas de morale, mais ce nest que la continuation de lenseignement primaire à peine un peu plus développé, tout en aphorismes et nullement fondé en raison. Le fameux Chokugo caractères chinois sur léducation y tient lieu de résumé de tous les devoirs, et les maximes confucéennes y dispensent de raisonnements. La loyauté envers le souverain et le respect des antiques coutumes, apanage exclusif de la race japonaise, sont les deux leitmotivs de cet enseignement amorphe.

    Le monde officiel nest pas sans avoir remarqué le scepticisme de cette jeunesse, et des voix autorisées se plaignent de sa froideur à lendroit des divinités nationales. Cela ne présage-t-il pas quen haut lieu on se prépare à y renforcer les idées shintoïstes, comme dans les écoles primaires ? Car, dans les écoles secondaires officielles, on ne conduit que rarement les élèves aux temples nationaux. Lassistance au Shûkonsai caractères chinois (fête annuelle en lhonneur des âmes des soldats morts pour la patrie) et un pèlerinage au temple dIse (dédié à Amaterasu, déesse du soleil, ancêtre de la famille impériale) sont les deux actes proprement religieux auxquels soient astreintes toutes les écoles secondaires publiques. De plus, deux fois par an, la jeunesse des lycées ou collèges de garçons ou de filles part pour une excursion qui ne doit pas durer plus dune semaine. Sous la conduite des professeurs, on lui fait visiter les lieux célèbres au point de vue historique, cest-à-dire, en réalité, les grands sanctuaires shintoïstes ou bouddhiques.

    Dans lenseignement secondaire, lesprit nest pas différent de celui de lenseignement primaire. Les professeurs y sont tout autant imbus des idées shintoïstes ou bouddhiques ; la littérature japonaise, dont létude est une des matières du programme, est un compendium de confucianisme mêlé aux deux vieilles religions nationales, dont les légendes ou les hauts faits se gravent dans les jeunes cerveaux. La neutralité religieuse affichée au programme nest en fait quun vulgaire trompe-lil.

    Mais où lenseignement est franchement anti-catholique, cest dans le domaine de lhistoire. La plupart des manuels approuvés pour les écoles ne sont quune traduction des livres du même genre en usage dans les pays protestants dEurope et dAmérique et ressassent toutes les calomnies historiques contre le catholicisme. On peut conjecturer ce quelles deviennent enseignées par des païens à des jeunes gens païens. Lidée, si répandue au Japon, que le catholicisme est une religion arriérée, est née dans ces leçons dhistoire.

    Pas plus que dans lenseignement primaire, la liberté des manuels scolaires nexiste pour lenseignement secondaire public ou privé. On est obligé dadopter uniquement les auteurs qui ont obtenu le visa du Ministère de lInstruction publique.

    Le résultat le plus clair est que la jeunesse des lycées ou collèges y devient plutôt agnostique et areligieuse. Si ces jeunes gens poursuivent leurs études dans lenseignement supérieur, ils le deviendront davantage encore. Mais laissez-les faire : une fois lancés dans la vie, les traditions familiales et les usages traditionnels les reprendront ; les places et les honneurs leur feront apprécier les vieilleries dédaignées dans leur jeunesse et, latavisme païen aidant, passé lâge de trente ans, ils seront redevenus pratiquement shintoïstes et bouddhistes comme le commun du peuple. Ce quen revanche ils garderont toute leur vie, cest le lourd bagage de préjugés anti-chrétiens et anti-catholiques dont on les aura chargés pendant leur passage dans les écoles.

    Lycées de filles. Les études secondaires pour les garçons ont été organisées en tout premier lieu ; lenseignement secondaire pour les filles est resté longtemps à létat rudimentaire, les finances du pays permettant pas de tout faire à la fois. Ce fut en février 1899 quont lieu la réorganisation de lenseignement secondaire, et les filles ny furent pas oubliées. Surtout pendant la période de prospérité économique qui suivit la guerre russo-japonaise, les lycées et collèges de filles se multiplièrent. Aujourdhui, dans la petite bourgeoisie comme dans les hautes classes, une jeune fille ne saurait sans déchoir se passer de son certificat détudes secondaires.

    Pour les filles, les études durent 4 ans, mais les établissements qui désirent peuvent les astreindre à un stage de 5 ans et, à la fin des études, on peut y ajouter des cours facultatifs de 2 à 3 ans au plus pour les jeunes personnes qui désirent se perfectionner encore.

    Les matières denseignement sont les mêmes que dans les lycées de garçons, mais plus élémentaires. Les arts dagrément comme la musique, la broderie, la couture et des cours pratiques de cuisine, y remplacent certaines matières, comme la géométrie ou lalgèbre, dont la connaissance est inutile au sexe faible. Une des curiosités des lycées de filles, ce sont les leçons de gymnastique, qui prennent 3 heures par semaine. La culture physique nest pas chose facile dans les lycées de filles, non seulement parce que les sports violents ne plaisent guère aux mamans conservatrices, mais aussi parce que le costume féminin japonais y est fort peu approprié. Depuis quelques années les autorités scolaires sefforcent de mettre à la mode parmi cette jeunesse une imitation du costume européen pour y promouvoir la culture physique.

    Enseignement professionnel. Il y a en troisième lieu lenseignement professionnel, qui prépare immédiatement aux arts, aux métiers et aux professions industrielles, commerciales et autres. Cet enseignement se divise en deux parties : lenseignement ordinaire et lenseignement supérieur. Lenseignement professionnel ordinaire appartient en réalité au cycle de lenseignement secondaire, car pour y entrer il faut subir un examen de tous points semblable à celui qui ouvre les portes des lycées ou collèges ; mais lenseignement y est plus spécialisé, cela va sans dire. Il comprend dinnombrables écoles répondant à toutes les branches de lactivité chez un peuple civilisé. Il y a des écoles normales de garçons et de filles, toutes entre les mains de lEtat. Chaque département est obligé den entretenir une pour préparer des instituteurs et institutrices pour ses écoles primaires. Il y a les écoles de commerce, dagriculture, dindustrie, des écoles forestières, des écoles maritimes, etc. pour les garçons ; des écoles professionnelles pour les filles, sous le nom de Jikkwa-jogakkô (caractères chinois), sont aussi légion. Dans chaque département on peut voir ces diverses écoles professionnelles en nombre plus ou moins grand, les unes publiques, les autres privées, et aucune ne manque délèves. Dans toutes ces écoles lenseignement moral est le même que dans les écoles similaires du cycle secondaire. La jeunesse en sort aussi agnostique et areligieuse, et la moralité ny est pas meilleure. On peut encore reprocher à tout ce système denseignement professionnel de cultiver le professionnalisme à outrance, système qui rend lhomme étranger aux grands problèmes de la vie en lemprisonnant dans son milieu, entre les cloisons étanches détudes spéciales. Dans les écoles professionnelles la durée des cours est de 3 à 5 ans, suivant la spécialité.

    Ecoles des Missions chrétiennes. Toutes les Missions chrétiennes ont dû renoncer à aborder lenseignement primaire. Les premières années de lévangélisation du Japon, il y eut de nombreux essais douverture décoles primaires par les missionnaires des différentes sectes chrétiennes. Aujourdhui ces écoles ont à peu près disparu.

    Chez les catholiques il en reste encore 6, qui sont toutes en pleine prospérité ; mais, pour les conserver, les Frères et les Surs en ont fait, sous le nom de primary department (fuzoku-jinjo.shôgakkô) caractères chinois, des écoles préparatoires annexes de leurs lycées ou collèges. Les sectes protestantes nont pas agi différemment : leurs statistiques donnent 10 écoles primaires pour tout le Japon, également annexes de leurs collèges.

    Depuis quelques années les sectes protestantes se sont mises à établir un peu partout des salles dasile ou écoles maternelles, pour les tout petits, écoles appelées au Japon yochien. (caractères chinois). LEtat a été le premier à faire installer ce genre décoles. Dans les grandes villes tous les établissements denseignement primaire en ont généralement une, et beaucoup de petites villes les ont imités. Ces salles dasile sont pour les tout petits de 4 à 6 ans et, à cause du bas âge de ces enfants, nexercent sur eux quune influence minime. Ce nest en somme quune garderie, par laquelle on peut espérer tout au plus entrer en relation avec les parents. Je nai pas sous la main la statistique catholique complète de ce genre décoles pour tout le Japon ; la mission de Tôkyô en compte 5 avec 400 enfants ; Osaka, 2 avec 225 enfants ; Nagasaki, 2 avec 350 enfants. Les statistiques protestantes pour tout le pays donnent 174 salles dasile avec 7.957 enfants.

    En dehors et à côté de lenseignement public, il y a ce quon appelle les écoles du dimanche (nichiyô-gakkô, caractères chinois) : ce sont les sundays schools des pays anglo-saxons et au Japon les protestants en ont eu linitiative. Cest plutôt ce que nous, Français, appellerions des patronages. Leur but est de réunir, pendant une ou deux heures de laprès-midi du dimanche, les enfants des écoles primaires, qui ont congé ce jour-là. Les temples servent généralement pour ces réunions enfantines, et il y en a presque autant que de temples, avec les uns une dizaine et dautres une centaine ou deux denfants. Des personnes formées ad hoc leur racontent des histoires tirées de la Bible, leur font chanter des hymnes et leur procurent quelques jeux. Je naurais pas eu lidée den parler ici, nétait que, dans les villes et les villages, les bonzes se sont mis, non sans succès, à imiter cette uvre protestante. Et voici que, dans certaines grandes villes, les municipalités à leur tour se mettent à organiser aussi des écoles du dimanche dans les locaux scolaires. Si cet essai se poursuit en grand, on peut prévoir que les uvres protestantes auront vite vécu ; car le programme des municipalités est autrement attrayant pour nos petits Japonais : musique, jeux, dessin, dialogues, répétition des matières de classe, etc. Mais je plains les pauvres petits, à qui on finira par ne plus laisser le temps de respirer.

    Gênées pour lenseignement primaire, les missions chrétiennes ont fait porter tout leur effort principalement sur lenseignement secondaire ou professionnel.

    Lycées ou collèges de garçons (catholiques) : 2 ; 1.260 élèves.
    (protestants) : 17 ; 7.268
    Ecoles de commerce (catholiques) : 2 ; 1.300 élèves.
    Lycées de filles, ( catholiques) : 11 ; 3.572
    ( protestants ) : 35 ; 7.667
    Enseignement professionnel féminin (catholique) : 6 écoles.
    ( protestant ) : 21
    Ecoles spéciales danglais ou autres ( protestantes) : 51

    J.-B. DUTHU,
    (A suivre) Miss. dOsaka.

    1923/84-91
    84-91
    Duthu
    Japon
    1923
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