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Les écoles au Japon 1

Les écoles au Japon Ce travail a été rédigé en vue de présenter aux lecteurs du Bulletin un modeste aperçu des uvres scolaires catholiques dans nos Missions du Japon. Pour plus de clarté dans lexposition, il a semblé nécessaire de dire dabord quel est, dans ses grandes lignes, le régime de lInstruction publique au japon. I. LINSTRUCTION PUBLIQUE
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    Les écoles au Japon

    Ce travail a été rédigé en vue de présenter aux lecteurs du Bulletin un modeste aperçu des uvres scolaires catholiques dans nos Missions du Japon. Pour plus de clarté dans lexposition, il a semblé nécessaire de dire dabord quel est, dans ses grandes lignes, le régime de lInstruction publique au japon.

    I. LINSTRUCTION PUBLIQUE

    Pendant des siècles, même après lintroduction au Japon de la civilisation et des lettrés chinoises, le savoir resta à peu près le monopole des nobles de la Cour impériale et des bonzes. Linstruction ne commença à se répandre quau XVIIe siècle avec lavènement au pouvoir des Shôgun Tokugawa, Après avoir mis fin aux guerres civiles, ils aiguillèrent lactivité des samurai (caste des guerriers) vers létude des sciences alors en honneur en Chine. Les Tokugawa ouvrirent à Yedo (actuel Tôkyô), leur capitale, des écoles pour les jeunes samurai. Plusieurs daimyô (seigneurs) en ouvrirent de semblables sur leurs domaines. Linstruction du menu peuple fut abandonnée aux bonzes, qui la donnèrent dans leurs temples, doù le nom générique de terakoya, (caractères chinois), que reçurent ces écoles populaires. Cétait une instruction rudimentaire qui ne comprenait guère que la lecture, lécriture et le cul. Nombre denfants ne recevaient aucune instruction. Entre les mains des bonzes linstruction populaire ne causait aucun souci au pouvoir. Il nen était pas de même des écoles fréquentées par les jeunes samurai. La science se résumait alors dans le confucianisme ; mais les savants confucianistes étaient divisés en sectes ennemies, se combattant avec acharnement. Les Shôgun, non contents de surveiller écoles de très près, fixèrent une doctrine confucéenne orthodoxe, dont ni écoles ni particuliers ne pouvaient sécarter sans sattirer la malveillance du pouvoir. Et il en fut ainsi jusquà la Restauration (1868). Doù il est aisé de conclure que lancien Japon na jamais connu la liberté de penser.

    Après la Restauration, les hommes dEtat qui entreprirent de construire le Japon moderne neurent pas davantage la pensée dinscrire cet article dans leur programme. Formés dans les écoles confucéennes ancien régime, ils en gardaient lesprit : pour eux lEtat absorbe tous les droits ; leur idéal est lunification absolue de tous les esprits et de toutes les volontés. La solution du problème de léducation populaire devait se ressentir de ces idées.

    Avec le nouveau régime tout était à édifier. Cinq ans à peine après que lEmpereur, rentré dans ses droits séculaires, eut pris en main les rênes du gouvernement, un rescrit impérial inaugurait le nouveau système dinstruction publique. Il ne faut plus, y était-il dit, quil y ait une seule famille ignorante dans le moindre village, ni un seul illettré dans la plus pauvre famille . Cétait lépoque où une intense fièvre de savoir secouait la jeunesse dans tout lEmpire. Limpulsion donnée par le nouveau gouvernement fut suivie avec une ferveur extraordinaire. Chaque commune simposa pour élever les écoles prescrites par la loi, des maîtres furent trouvés et les classes se remplirent.

    Le système dinstruction publique inauguré par le Rescrit impérial était imité du système français. Tout le corps enseignant de lEtat était dirigé par le Ministre, assisté du Conseil supérieur de lInstruction Publique. Il y avait trois ordres denseignement : lenseignement primaire, lenseignement secondaire et lenseignement supérieur. LEmpire était divisé en 8 circonscriptions académiques ; chaque circonscription devait avoir dans son ressort une Université, 32 lycées ou écoles secondaires et 6.720 écoles primaires. Les écoles primaires comprenaient deux degrés : cours élémentaire pour les enfants de 6 à 9 ans, et cours supérieur pour ceux de 10 à 12 ans. Ce programme ne put jamais être appliqué en entier. Il fut révisé en 1886 par le Vicomte Mori, Ministre de lInstruction publique. Il avait auprès de lui comme conseiller un Américain, le Dr. David Murray, qui resta au ministère jusquen 1897. Le système français, dabord adopté, fut modifié en partie, mais non radicalement aboli. Depuis cette réforme le régime de linstruction publique au Japon est le système franco-américain toujours en vigueur. Il comprend actuellement 4 classes : lenseignement primaire, lenseignement secondaire, lenseignement professionnel et lenseignement supérieur. Presque chaque année de nouveaux décrets paraissent sur la matière, mais ne font que compléter au fur et à mesure luvre commencée ; ils napportent aucun changement radical.

    Comme lespace mest mesuré, je ne parlerai ici que des trois premières classes de lenseignement, laissant de côté lenseignement supérieur, qui comprend les écoles appelées, suivant le cas, écoles supérieures ou Universités ;

    Enseignement primaire

    Lenseignement primaire est donné dans les écoles primaires comprenant les deux degrés, élémentaire et supérieur. Quelques-unes nont que degré élémentaire, mais le plus souvent les deux sont réunis. Depuis 1908 les études du degré élémentaire durent 6 ans et retiennent les enfants de 6 à 12 ans. Cest 1enseignement obligatoire proprement dit. Le degré supérieur est facultatif et comprend 2 années. Les matières de lenseignement primaire sont : la langue japonaise, larithmétique, lhistoire, la géographie, le dessin, les éléments des sciences physiques, le chant et la gymnastique ; depuis 1911 on y ajoute, suivant les lieux, un travail manuel ou des leçons de commerce ou dagriculture. Aux dires de la presse japonaise, il serait question de porter de 6 à 8 le nombre des années de lécole obligatoire et de retenir par conséquent les enfants de 6 à 14 ans. Cette mesure commencerait à être appliquée en 1926. On prévoit à ce sujet la construction de 4.000 nouvelles écoles et une augmentation de 8.000 instituteurs ou institutrices dans le personnel enseignant. On compte 80 millions de yen pour la première installation de ces nouveaux cours et 12 millions annuellement par suite de cette prolongation de lécole obligatoire.

    On voit par là quel effort fait le peuple japonais pour procurer à ses enfants le bienfait de linstruction. Il est donc tout nature! que le chiffre des illettrés soit minime dans une population si avide de sinstruire et à laquelle on en prodigue les moyens.

    La même école réunit garçons et filles ; ils ont la même cour pour prendre leurs ébats, mais, pour les plus âgés, les salles de classe sont en général différentes. Une école primaire au Japon est, même dans les campagnes, un établissement considérable, avec un Directeur assisté dun nombre respectable de maîtres et de maîtresses, et souvent visité par des inspecteurs régionaux. Les frais détablissement et dentretien des écoles primaires, les traitements des instituteurs et institutrices, sont à la charge exclusive des communes ; et une commune, entité administrative, comprend un certain nombre de villages et de hameaux qui, réunis ensemble, peuvent plus facilement supporter les charges municipales, les dépenses de lécole primaire étant prélevées en premier lieu. Le traitement des maîtres décole, assez maigre jusquà ces dernières années, a dû être augmenté en raison de la vie chère. Il varie actuellement de 40 à 180 yen, suivant le grade des intéressés. Depuis 1918, lEtat fournit une somme annuelle de 10 millions de yen pour venir au secours de lenseignement primaire. Sur ce chiffre, 9 millions sont partagés entre les départements au prorata du nombre des élèves et des instituteurs. Le million qui reste est destiné à venir en aide aux villes ou communes trop pauvres, à raison de 10.000 yen au minimum et 40.000 au maximum à chacune. Enfin, pour bien montrer à quel point le peuple japonais estime lenseignement primaire, quil suffise de dire que, pour lexercice 1918-19, les départements et communes de lEmpire y ont consacré une somme totale de 90.542.229 yen.

    Du fait de la réduction des armements à laquelle sest engagé le gouvernement japonais à la conférence de Washington, lEtat va réaliser des économies. Il est déjà décidé en principe que lenseignement public en sera le bénéficiaire, et lenseignement primaire viendra au tout premier rang. Le choix des instituteurs ou institutrices appartient aux municipalités, mais elles doivent obtenir le placet de la préfecture, qui garde toujours la haute main sur toutes les branches de lenseignement.

    Lenseignement primaire est obligatoire. Dès quun enfant arrive à lâge scolaire, la mairie de la commune avertit les parents davoir à lenvoyer à lécole communale, et les autorités veillent à ce que les enfants fréquentent lécole pendant la période prescrite par la loi. Ceux-ci, dailleurs, aiment leur école dun amour un peu superstitieux. Lécole buissonnière est ici à peu près inconnue.

    En principe, lenseignement primaire est gratuit. Pour exiger une rétribution scolaire, il faut se munir dune permission spéciale ; on ne peut demander plus de 10 sen par mois à la campagne et plus de 20 sen dans les villes pendant les 6 années du degré élémentaire. Pour les 2 années du degré élémentaire supérieur, on peut exiger 30 ou 40 sen respectivement par mois. Actuellement la très grande majorité des écoles primaires exige cette rétribution scolaire en tout ou en partie, mais le gouvernement central pousse de plus en plus à faire appliquer le principe de la gratuité.

    Dans tout le Japon proprement dit, on compte :
    25.457 écoles primaires publiques, avec 172.057 maîtres et 8.102.033 enfants ;
    164 écoles primaires privées, avec 849 maîtres et 32.708 enfants.

    Le principe de la liberté de lenseignement primaire est inscrit dans la loi. Un décret de 1890 en a réglé lapplication. Les conditions en sont plutôt draconiennes. Une école privée ne peut être établie que pour venir au secours des écoles publiques, quand celles-ci sont insuffisantes ; il faut en faire approuver par lEtat lemplacement, les locaux, les maîtres, et justifier dun capital qui en assure le fonctionnement. En fait, les 164 écoles privées marquées dans les statistiques, ont toutes, à peu dexceptions près, des écoles établies par des compagnies industrielles pour la plus grande commodité des enfants de leurs ouvriers, ou encore par des philanthropes ou des millionnaires pour venir en aide aux villes ou villages dont la population scolaire se trouve trop à létroit dans les locaux municipaux.

    Enseignement religieux dans les écoles primaires. Officiellement la neutralité doit être un principe rigoureusement appliqué dans toutes les écoles publiques ou privées, à tous les degrés de lenseignement. Eussions-nous des écoles primaires catholiques, lenseignement du catéchisme y serait impossible, sinon en dehors des heures de classe. Cette neutralité est-elle une gêne pour les vieilles religions du pays ?

    Pendant les premières années qui ont suivi la Restauration, les hommes détat japonais ont fait fi du sentiment religieux. Plus tard, spécialement ces dernières années, ils ont découvert que ce nétait pas là une chose négligeable pour un peuple qui veut être fort. Ils se sont donc mis à le cultiver. Ils trouvaient au Japon deux religions : le Shintoïsme et le Bouddhisme. Héritiers des traditions confucéennes, ils n avaient que mépris pour ce dernier, religion exotique, dailleurs, tandis quils se sentaient une tendresse inexprimable pour la vieille religion nationale, le Shintoïsme. Pour ne froisser personne, ils ont commencé par déclarer en toute occasion que le Shintoïsme nest pas proprement une religion, mais uniquement la quintessence des traditions et des coutumes, apanage de la race japonaise. Suivant en cela les traces des anciens confucianistes, et pour ne pas faire trop crier au paradoxe, ils ont donné à la vieille religion une toilette neuve. Cest dans ce sens quon a pu écrire quils ont presque réussi à fonder une nouvelle religion.

    Cette religion se résume à ceci : LEmpire du Japon repose sur le culte des dieux fondateurs de la nation et sur le culte traditionnel rendu aux ancêtres. La morale est toute dans la fidélité au Souverain et lobéissance aux parents. Et le but de lune et de lautre, cest le maintien de la dignité nationale et la prospérité de la famille et de la nation.

    Les livres scolaires présentent tout en premier lieu les origines du pays et du monde par lexposition des fables mythologiques du Shintoïsme, enseignées comme histoire véridique et au sujet desquelles le moindre doute est un sacrilège. Pour graver, autrement que par des théories, tout cet enseignement dans les jeunes âmes, on les conduit au moins une fois par mois aux temples officiels, et là, bien en rangs, sur un signal du maître, toutes les têtes se baissent, les mains se joignent en un geste de profonde révérence. De temps en temps le gouvernement, dans ses instructions aux préfets, leur recommande de veiller à entretenir parmi leurs administrés le culte des dieux nationaux. Les préfets, à leur tour, rappellent aux maîtres décole leur devoir à ce sujet, et, comme chacun se pique de bien faire, cest, dans le monde de lenseignement, à qui se montrera plus fervent envers les vieilles divinités.

    Le but de linstruction, est-il dit dans le compte-rendu annuel du Ministère de lInstruction Publique, est de cultiver dans la jeune génération les idées nationales. On a vu ce que les Ministres entendent par idées nationales. Les preuves que lécole primaire nest quun instrument aux mains du pouvoir pour se rendre maître des esprits et quen fait cest la religion shintoïste quon inculque aux enfants, ces preuves, dis-je, rempliraient des pages. Mais il faut se borner.

    Voyons maintenant le Bouddhisme. Cette religion est trop intimement mêlée à lhistoire du pays, elle a eu une trop grande part à la formation de la civilisation japonaise pour que les livres décoles la puissent ignorer. Ils ne lessaient dailleurs pas. Les principaux gestes historiques de ses sectes au Japon y sont narrés tout au long. Ces livres sont tout imprégnés didées bouddhiques. Quelles idées le bouddhisme a-t-il inoculées à lesprit japonais ? En premier lieu, lidée de réincarnation, lidée dune récompense à recevoir dans une nouvelle incarnation a été gravée profondément dans limagination populaire. Une autre idée bouddhique qui sest emparée de lesprit populaire : cest celle de limpermanence des êtres, de lillusion, du rien des choses. Le peuple connaît très peu des thèses philosophiques ou religieuses du Bouddhisme et nen a cure. Ce qui lui tient à cur et le fait spécifiquement bouddhiste, ce sont les pratiques extérieures, les actes de piété ou dascétisme accomplis pour sattirer les faveurs des dieux ou des Bouddhas et auxquels la langue réserve proprement lappellation dactes vertueux. Ce sont les prières dans les temples, la répétition des formules sacrées, les offrandes jetées dans les énormes troncs des temples, les donations aux bonzes, laudition des sermons, labstinence de viandes et par dessus tout, les pèlerinages aux temples célèbres.

    Les livres en usage dans les écoles nenseignent ex professo aucune théorie proprement bouddhique ; mais ils sont imprégnés de lesprit bouddhique et les divers récits quils contiennent insinuent toujours dans les jeunes âmes quelques-unes des idées du bouddhisme populaire que je viens de résumer.

    Depuis 1889 surtout, des voix autorisées se sont élevées en maintes circonstances pour rappeler quil fallait conserver à tout prix les caractéristiques de lâme japonaise. Le bouddhisme, jusque là plutôt en défaveur, a gagné à ce recul et en a profité pour enraciner encore davantage ses idées dans lesprit public. Les idées shintoïstes ne, contredisent pas les idées bouddhiques et la foi bouddhique nexclut pas non plus la foi shintoïste. Ces deux religions se partagent non pas lesprit ou le cur, mais les actes des individus. De purs bouddhistes, de purs shintoïstes, il ny en a guère, ni dans le monde des maîtres décole, ni ailleurs. Les Japonais sont à la fois shintoïstes par loyauté envers lempereur et bouddhistes par tradition de famille ; ou plutôt ils sont lun ou lautre ou les deux ensemble suivant lheure et loccasion. Aussi ni lune ni lautre de ces deux vieilles religions japonaises na trop à se plaindre des résultats de linstruction publique. En revancher lenseignement des écoles est, par sa nature même, anti-chrétien, et. cest dans les écoles quil faut chercher la cause première du peu de résultats de la propagande chrétienne auprès du peuple japonais. La neutralité imposée par la loi ne gêne en fait que le christianisme.

    Livres ou manuels scolaires. LEtat, se considérant comme le grand dispensateur de la vérité, devait en arriver à se réserver le monopole des manuels scolaires. Depuis 1903, le Ministère de lInstruction Publique assume seul la charge de la composition des livres de morale, de langue japonaise, dhistoire, de géographie et même de dessin, en usage dans toutes les écoles de lEmpire. Pour les autres matières, les auteurs sont libres, mais leurs ouvrages ne sauraient pénétrer dans nimporte quelle école, sils nont obtenu au préalable le visa du Ministère de lInstruction Publique. Les préfets sont alors autorisés à faire parmi ces auteurs un choix pour les écoles de leur département. Rien donc nest abandonné à la liberté individuelle.

    Education morale proprement dite. Le fameux Rescrit impérial (Chokugo caractères chinois) de 1890 est au Japon la base de léducation morale donnée dans les écoles. On le lit solennellement en maintes circonstances, et même les tout petits sont tenus den apprendre le texte par cur, quoiquils ne puissent rien y comprendre, écrit quil est en style sino-japonais ancien. Les livres de lecture avec les vies de personnages fameux sont censés être une illustration par lexemple des maximes du Rescrit. Pour les maîtres eux-mêmes leur idée de morale est basée sur une agglomération de sentences non raisonnées. Lenseignement moral quils donnent à la jeunesse nest quune série daphorismes, de lieux communs, sans preuves ni raisons. On devine combien piètres doivent être les résultats dune telle éducation au point de vue de la moralité, et rien nest plus risible que dentendre les mêmes graves personnages vanter léducation morale donnée dans les écoles et se lamenter ensuite sur la décadence des murs publiques.
    J.-B. DUTHU,
    (A suivre) Miss. dOsaka.



    1923/15-22
    15-22
    Duthu
    Japon
    1923
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