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Lencyclique Rerum Ecclesiæ et les missionnaires étrangers

Lencyclique Rerum Ecclesiæ et les missionnaires étrangers. Dans notre dernier numéro nous avons donné une sorte de commentaire de lEncyclique sur les Missions, extrait du Bulletin Salésien. Nous publions aujourdhui un article, signé dun ancien missionnaire de Chine, où la question est traitée à un point de vue intéressant pour nos lecteurs. Il est traduit de lOsservatore Romano, ce qui lui confrère une autorité toute particulière.
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    Lencyclique Rerum Ecclesiæ et les missionnaires étrangers.
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    Dans notre dernier numéro nous avons donné une sorte de commentaire de lEncyclique sur les Missions, extrait du Bulletin Salésien. Nous publions aujourdhui un article, signé dun ancien missionnaire de Chine, où la question est traitée à un point de vue intéressant pour nos lecteurs. Il est traduit de lOsservatore Romano, ce qui lui confrère une autorité toute particulière.
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    La perfection et lélan de la charité, la science et le feu dun zèle prudent et cependant intrépide, tout cela est transparent dans lEncyclique de S.S. Pie XI.

    Il exhorte tout le monde à la prière privée et collective, afin que le maître de la moisson envoie des ouvriers à sa vigne ; et il commence tout de suite par exhorter et stimuler les vocations pour les missions lointaines, avant même de parler de la nécessité dinscrire les indigènes parmi le clergé.

    Beaucoup de jeunes gens, pleins dardeur pour les missions, chez lesquels limmolation pour leurs frères lointains, encore assis à lombre de la mort, est un ressort de vie, un idéal quils veulent atteindre à tout prix, auraient pu se demander, un peu déconcertés :
    Si on favorise ainsi le clergé indigène, si on chante tant sa louange, nous autres, étrangers, à quoi bon partir pour les missions ?

    De même ces admirables missionnaires étrangers qui se trouvent sur la brèche, au milieu de difficultés de tout genre, auraient pu aussi se demander : Pourquoi rester ? Et pourtant, non : ils doivent rester à leurs postes obscurs, héros merveilleux. Et les jeunes qui sentent lappel divin doivent partir confiants, sûrs que leur immolation est nécessaire pour la plus sublime des missions, pour cet idéal divin, le plus beau auquel puisse aspirer lhomme sur la terre.

    Le clergé indigène est une nécessité très urgente, qui ressort des raisons savamment exposées par S. S. Pie XI ; mais comment bien former le clergé indigène si les missionnaires étrangers ne se rendent pas dans le poste davant-garde de lEglise, gardiens jaloux et sentinelles vigilantes de la vraie civilisation qui vient de lEglise de Jésus-Christ ?

    LIllustrissime et Révérendissime Mgr Celse Costantini, Délégué Apostolique en Chine, dans une lettre du 20 octobre 1924, appelle les missionnaires étrangers : conducteurs, mobilisateurs, seminatores verbi, apôtres qui plantent lEglise. Or de ceux-là les missions ont encore un besoin très étroit.

    Il ne suffit pas que les missionnaires étrangers enseignent, forment le clergé indigène dans les séminaires ; mais il est nécessaire quau sortir des séminaires et au delà, les missionnaires étrangers soient lexemple et la forme du clergé indigène.

    Pour ne parler que de la Chine, les indigènes sont encore trop sous le joug et souvent esclaves de trois choses : la face, la sapèque et lautorité paternelle.

    Le missionnaire étranger leur donne un exemple de détachement de la famille, quil a laissée si loin, malgré toutes les oppositions, avec toutes les personnes chères, avec tout un brillant avenir, avec patrie, la langue, les propres usages et coutumes. Il donne un exemple de renoncement à largent, se contentant seulement de la nourriture, de lhabillement et de lhumble habitation des indigènes, alors que dans sa patrie il aurait pu avoir toutes sortes daise et de bien-être. Il donne un exemple dhumilité, en montrant que, si lEglise dans sa marche en avant, a des défaites (dans un certain sens) et des victoires, les défaites bien supportées souvent méritent la victoire qui arrive ensuite. Le missionnaire étranger peut avoir une culture supérieure, une mûre formation doctrinale et scientifique, et cependant il ne le montre pas, il se réduit volontairement au a a a nescio loqui, avec tous les sacrifices, avec toutes les humiliations quil comporte.

    Cela dit pour la formation individuelle des prêtres indigènes.
    Pour la formation collective, les missionnaires étrangers, unis à leurs évêques, montrent en petit lEglise, qui est faite de hiérarchie, de soumission, dobéissance...

    La Sainte Eglise de Jésus-Christ doit être propagée et répandue telle quelle est, et ainsi nous faisons uvre de vraie civilisation. Et ce sont surtout les missionnaires étrangers qui ont le vrai et complet sensum Ecclesi et qui en sentent la pleine responsabilité, fruit de la vie chrétienne quils ont toujours vécue, de lambiance et de lair même chrétien quils ont toujours respiré, de la doctrine philosophique et théologique dans laquelle ils ont été formés ; fruit de la précieuse hérédité chrétienne, provenant, non dune, de deux, de dix générations, mais de centaines de générations.

    Le missionnaire étranger enseigne et prouve aux prêtres indigènes que, dans les avant-postes de lEglise, est requis parfois le vrai et sincère héroïsme : il faut affronter les situations les plus critiques et les plus périlleuses, et cependant il faut être prudent pour ne pas se laisser duper et compromettre ainsi des chrétientés entières...

    Je nai pas voulu faire les applications de tout ce que jai dit parce que je ne veux pas mettre en lumière certains contrastes mais chaque missionnaire ma compris et pourrait citer des faits qui confirmeraient mes dires.

    Une autre question. Est-il vrai que le missionnaire étranger soit mal vu dans ces régions, quil soit plus ou moins incompétent, quil ny soit pas à sa place ? Non. Jusquà maintenant ce qui existe en Chine je ne parle que de ce que je connais, a été fondé et fait par les missionnaires étrangers, à commencer par le premiers héros, le Père Matthieu Ricci, vrai génie de la propagation de la foi, jusquau dernier missionnaire étranger qui y travaille encore.

    Si tout cela existe, cest la preuve que les missionnaires étrangers ont su et pu le faire, nonobstant la difficulté de la langue, usages, des coutumes, etc. etc. Et les missionnaires étrangers iront la-bas dans lavenir sauront et pourront en faire autant.

    Pendant mes neuf ans de Chine, jai constaté que les missionnaires étrangers, malgré les difficultés de langue, etc., font le plus grand bien et sont aimés par les chrétiens. Les chrétiens et pourquoi ne pas le dire ? les prêtres indigènes eux-mêmes sappuient sur les missionnaires étrangers, lesquels sont ceux qui sauvent la situation.

    Le gouvernement chinois ne reconnaît pas la hiérarchie ecclésiastique des indigènes. Que ferait le prêtre indigène sans le missionnaire étranger ?

    Il serait toujours contrarié en tout et partout, méprisé, persécuté. Nimporte qui pourrait laccuser faussement au tribunal, par dépit, par envie, par vengeance, par malveillance, et lindigène, même revêtu du caractère épiscopal, devrait comme un sujet quelconque qui na pas même le privilège qua le dernier des lettrés, sagenouiller devant son mandarin et recevoir lhumiliante bastonnade et le reste. Celui seul qui connaît la valeur de la face en Chine peut savoir combien les chrétientés en seraient endommagées.

    Si le prêtre indigène est respecté, il le doit jusquà maintenant au missionnaire étranger, lequel, grâce à Dieu, jouit encore du privilège de limmunité, de lextraterritorialité et peut faire entendre sa voix. Qui ne sait que, grâce à un tel privilège, dans ces derniers temps de brigandage et de guerre civile, les missionnaires étrangers ont sauvé des populations entières ?

    Enfin les missions reçoivent des secours de létranger. Et Dieu sait combien de trésors ces braves missionnaires étrangers, avec leur influence, avec leurs relations en Europe et en Amérique, ont fait affluer et font encore affluer à ces missions. Dans quelle pauvreté tomberaient les missions sans le missionnaire étranger !

    Pour toutes ces raisons, le S. P. Pie XI, parfaitement au courant de la situation, exhorte ainsi les évêques : Si dans vos diocèses il y a des jeunes gens, soit clercs, soit prêtres, qui ont les signes de lappel divin à un si sublime apostolat, au lieu de les contrarier tant soit peu, vous devez, avec votre bienveillance et votre autorité, seconder leurs inclinations et leurs désirs. Ce que le Saint Père dit aux évêques, il est bien entendu quil le dit aussi à tous les supérieurs dinstituts, qui parfois retiennent leurs sujets, prétextant den avoir besoin dans leurs provinces.

    Afin que la conquête de ces pauvres âmes qui sont encore dans les ténèbres soit plus rapide, il veut que les régiments soient bien organisés, bien fournis et multipliés. Et, voulant faire disparaître le peu de féodalisme qui, par raison de politique ou de jalousie, entachait encore certains instituts, le Saint Père inculque : Vous ne devez pas hésiter à inviter et à accueillir comme compagnons de travail des religieux et missionnaires, quoique dun autre institut... Ce qui est le plus nécessaire, cest que ces instituts envoient dans les régions qui leur sont confiées des missionnaires assez nombreux et assez bons pour y suffire...

    Le Saint Père est donc le premier à faire comprendre la nécessité des missionnaires étrangers pour les missions lointaines. Et je crois même que ceux-ci lui sont chers comme la prunelle de ses yeux, comme aussi ils furent chers à son illustre prédécesseur Benoît XV, lequel, dans lencyclique Maximum illud, en père plein daffection et rempli de prévenance, avertissait les supérieurs de missions de traiter avec une charité prévoyante les missionnaires étrangers, afin quils ne se découragent pas.

    Le cur dun missionnaire étranger est un vrai sanctuaire, où saccomplit peu à peu limmolation complète, lholocauste dune vie entièrement consumée pour les âmes qui ignorent Dieu.

    Les missionnaires étrangers méritent donc tout respect, toute déférence, tout honneur.
    Digne de ces héros, digne de ces apôtres est la cérémonie quon a coutume de faire à la Maison-Mère des Missions-Étrangères de Paris pour le départ des missionnaires. Dans la chapelle du Séminaire, devant le tabernacle, les nouveaux apôtres se tiennent debout, le regard tourné vers leurs parents, vers leurs amis, dont ils doivent se séparer. A un signal donné, le père et la mère, les parents, les amis, tous les assistants savancent en ordre et viennent sagenouiller devant les héroïques partants ; avec une immense vénération ils leurs baisent les pieds, pendant que le cur chante : Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona !

    DON AUGUSTE MOGLIONI.
    ancien Missionnaire de Chine.

    ( Osservatore Romano, 14 mars 1926 )

    1926/528-533
    528-533
    Moglioni
    Chine
    1926
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