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Le triduum des martyrs Coréens à Saint-François-Xavier

Le triduum des martyrs Coréens à Saint-François-Xavier Les 4, 5 et 6 décembre 1925, le Séminaire des Missions-Étrangères de Paris a célébré un triduum solennel en mémoire des 79 Martyrs béatifiés cette année par Sa Sainteté Pie XI.
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    Le triduum des martyrs Coréens à Saint-François-Xavier

    Les 4, 5 et 6 décembre 1925, le Séminaire des Missions-Étrangères de Paris a célébré un triduum solennel en mémoire des 79 Martyrs béatifiés cette année par Sa Sainteté Pie XI.

    Trois dentre eux, les Bienheureux Laurent Imbert, Pierre Maubant et Jacques Chastan, étaient Français et membres de la Société des Missions-Étrangères. Les 76 autres étaient les dignes fils de cette glorieuse Eglise de Corée, objet de tant dinquiétudes et de tant de fierté au cours du dix-neuvième siècle. Cest le triomphe de ces héros que Paris catholique a fêté durant ces trois jours dans la belle église St-François-Xavier.

    Mis avec une amabilité exquise à la disposition du Séminaire de la rue du Bac, le vaste édifice était orné avec le goût le plus parfait. On y avait exposé quatre grands tableaux, revenus de St-Pierre de Rome et qui avaient figuré aux fêtes de la béatification, le 5 juillet. Leur vue seule eût suffi à créer latmosphère de foi et dardente charité dans laquelle ont vécu, durant ces trois jours, les fidèles de la pieuse et apostolique paroisse de St-François-Xavier des Missions-Étrangères et beaucoup de catholiques parisiens, venus de tous les points de la capitale.

    Derrière le maître-autel lune des toiles représentait le groupe densemble des Martyrs, où ressortaient les figures des trois missionnaires français et celle dAndré Kim, le premier prêtre coréen, le plus attachant des ces héros mis à mort en haine de la foi.

    Dans le transept, à gauche, était exposé le tableau représentant larrivée dun groupe de Martyrs au lieu dexécution. La plupart dentre eux sont attachés à des croix fixées sur des chariots. Seule la vaillante Columba Kim est déjà à genoux au pied du billot et présente au bourreau sa douce figure, qui, en cette minute suprême, resplendit de la joie et de la paix où elle va entrer pour léternité.

    En face, cest le tableau du supplice du Bienheureux Pierre Ryou, ce prodigieux enfant de treize ans, dont la vaillance lassera les bourreaux acharnés à le faire apostasier. A demi renversé sous les coups, il est représenté au moment où, nouveau saint Laurent, il brave la rage de son tortionnaire en lui lançant au visage un lambeau de chair que la verge a détaché de son corps.

    Enfin, au fond de léglise, sous le grand orgue, cest le tableau du martyre des trois missionnaires français. A genoux sur le sol, liés au même poteau, les oreilles percées par des fléchettes de bois destinées à les obliger à redresser la tête, les trois Martyrs, les yeux au ciel, attendent le coup de sabre qui leur ouvrira les portes de la patrie céleste.

    Les cérémonies qui se sont déroulées sous ces voûtes durant le tridumm laisseront à ceux qui ont eu le bonheur dy assister de réconfortants souvenirs.

    Durant les trois jours, les fidèles y ont pu voir, à côté de S. G. Mgr de Guébriant, Supérieur de la Société des M.-E., deux évêques missionnaires, sur les joues desquels, à maintes reprises, on voyait couler une larme démotion, de fierté et de joie. Cétaient les vénérables Vicaires Apostoliques de Séoul et de Taikou en Corée.

    Lun deux, Mgr Mutel, sacré évêque en 1890, a pris en main cette jeune Eglise encore toute palpitante et fumante du sang versé pour la foi par des milliers de ses enfants. Mgr Mutel touche lui-même, par ses années de jeune missionnaire, à lépoque des persécutions sanglantes. Le jour de son sacre il a inscrit sur son blason : Florete flores Martyrum, et aujourdhui, cest le cur brisé démotion quil voit le triomphe éclatant que Paris chrétien fait à ses vaillants aînés, dont il a eu le bonheur dinstruire la cause de béatification.

    Le second, Mgr Demange, enfant du diocèse de Paris, est en Corée depuis 1898 et a pris, lui aussi, une large part à lépanouissement de cette Eglise fécondée par le sang des Martyrs. Qui pourrait dire quelle est son émotion en voyant aujourdhui à lhonneur ses Coréens tant aimés ?

    Pendant ces jours du triduum on distinguait au premier rang de la nef les membres de la famille des Bienheureux. Cétaient une petite-nièce de Mgr Imbert, ainsi que des petits-neveux et petites-nièces du Bienheureux Maubant, venus de Vassy, pays natal du Martyr.

    Le jeudi, dans le chur, on pouvait apercevoir un amiral. Il y était bien à sa place, car lui aussi appartient à lhistoire de lEglise de Corée. En 1900, on crut un instant que la persécution allait se rallumer au sud de la Corée. Dans lîle de Quelpaert, environ 600 chrétiens avaient déjà été massacrés et deux missionnaires français risquaient de subir le même sort, quand deux bateaux français vinrent montrer aux barbares persécuteurs le drapeau libérateur de la France. Lamiral Mornet était là-bas à la peine : 1 nétait-il pas juste quil vînt aujourdhui partager le triomphe de lEglise de Corée ?
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    1. LAmiral Mornet, alors lieutenant de vaisseau, commandait la Surprise, qui, avec lAlouette, vint au secours des deux missionnaires, les PP. Lacrouts et Mousset.

    Le jeudi soir, S. E. le Cardinal Dubois daigna présider lui-même le salut douverture du triduum. Le P. Janvier voulut bien, ce soir-là et les deux jours suivants, faire entendre, pour chanter les Martyrs, sa voix que les Parisiens aiment tant. Nous ne dirons pas quelle fut son éloquence. Son nom suffit. Dès le premier jour il saisit son auditoire : la foi cause finale du Martyre, la charité cause motrice, la vertu de force consommant le tout, voilà ce quil fit admirer dans la passion des Bienheureux.

    Le lendemain soir, il développera spécialement les actes du Martyre des trois missionnaires français. Un frémissement saisira la foule, quand de sa voix vibrante le P. Janvier évoquera lhéroïsme des PP. Maubant et Chastan, se livrant spontanément à leurs bourreaux pour obéir à lordre de leur évêque, dont ils vont partager les chaînes et la mort.

    Enfin, le samedi soir, la voix du Dominicain senfle pour chante les fruits du martyre. Il montre cette Eglise, quen vain lenfer a voulu noyer dans le sang, surgissant glorieuse, féconde et prospère, puisant sa force et sa vie dans le sang même de ses Martyrs : sanguis Martyrum semen christianorum !

    Le vendredi, à la fin des vêpres que présidait Mgr Roland-Gosselin, cest Mgr Boucher, directeur de luvre apostolique, qui prit la parole. Il semble sêtre chargé spécialement de célébrer les Martyrs indigènes. Dans labondante gerbe de roses glorieuses que lui présente louvrage de M. Adrien Launay : Martyrs français et coréens (1838-1846) béatifiés en 1825, Mgr Boucher détache les plus belles fleurs. Lorateur sefface lui-même pour laisser parler ses héros. On écoute, haletant, le récit de ces exploits si peu connus, et pourtant dignes des plus glorieux que lhistoire de lEglise ait enregistrés. A la vue de ces tableaux que Mgr Boucher peint en traits de feu, les curs battent et glorifient les Martyrs et le Christ, qui fut leur force dans ces terribles combats.

    Le lendemain, samedi, à la même heure, après les vêpres présidées par Mgr Chaptal, la parole sera donnée à M. labbé Olichon, directeur national de luvre de St-Pierre Apôtre. Lui, dont le rôle est aujourdhui daider au développement du Clergé indigène dans les Missions, a son thème tout indiqué. Dans la phalange des Bienheureux, il sattache spécialement à glorifier André Kim, le premier prêtre coréen, émule des Etienne et des Laurent. Que de fois on verra des mains se porter au visage pour essuyer une larme quarrache à lauditeur le récit des héroïsmes du jeune Martyr. Tel est le cas, par exemple, quand lorateur nous le montre en pleine mer, luttant contre la tempête, brisé de fatigue, ayant perdu tout espoir humain de se sauver, confier sa barque et sa vie à la Sainte Vierge, et puis... sendormant au fond de sa nacelle, que Dieu mène au port à travers les tempêtes de la mer de Chine.

    Le dimanche, léglise est comble et déborde depuis plus dune heure, quand, à la suite des vêpres, présidées par Mgr de Guébriant, Mgr Beaupin, secrétaire général du Comité catholique des Amitiés françaises à létranger, monte en chaire.

    Cette fois les trois Martyrs français seront spécialement glorifiés. Lorateur nous les fait connaître un à un. Il les prend en France dans leurs provinces respectives. Il les suit à Paris dans ce cher Séminaire de la rue du Bac, qui a été appelé autrefois le Séminaire des Martyrs et que Mgr Beaupin appelle aujourdhui un des hauts-lieux de France. Après sêtre forgé dans cette maison un cur dapôtre, les trois héros partent pour lExtrême-Orient. On les suit dans leur rude vie de missionnaire, dont lorateur trace un tableau dun art consommé. Il donne le poignant récit de leur entrée en Corée, de leur ministère court, mais fécond. Puis, cest la scène suprême où le sang français coule une fois de plus pour la gloire du Christ.

    Et que dire des cérémonies qui se sont déroulées pendant ces trois jours ? Il faudrait avoir un cur de pierre pour nen avoir pas été touché. Cest là que chacun a pu admirer la beauté et la majesté de nos rites catholiques. Nous avons déjà dit la part quy ont prise S. E. le cardinal Dubois, Mgr Roland-Gosselin, Mgr Chaptal et Mgr de Guébriant.

    Le vendredi, la messe pontificale est chantée par ce vétéran de la Corée, Mgr Mutel, dont la mâle verdeur, après 48 ans de vie apostolique, a ravi les fidèles.

    Le lendemain, cest Mgr Demange qui monte à lautel. Lui aussi administre depuis déjà quatorze ans un Vicariat apostolique en Corée, celui de Taikou. Cest avec avidité quon regarde et quon écoute ici, à Paris, ces nobles pasteurs dune Eglise héroïque, ces chefs énergiques de nos frères doutre-mer.

    Dimanche enfin, Son Exc. Mgr Cerretti, Nonce apostolique, daigna chanter la messe et répandre sur lassistance les bénédictions papales dont il a les mains pleines. Dans le chur on apercevait Mgr Lemaître, archevêque de Carthage. Ainsi, sous la houlette du Saint-Père, dont Mgr Cerretti est limage, le ciel et la terre, lAsie, lAfrique et la France unissaient leurs voix pour chanter les nouveaux Bienheureux.

    Et quels chants ! Ce dimanche surtout la maîtrise de St-François-Xavier y eut une très large part, secondée par les séminaristes des Missions-Etrangères.

    Les jours précédents, ce furent les séminaristes de St-Sulpice, ceux du scolasticat des Pères du Saint-Esprit, ceux du noviciat de St-Lazare, qui furent fraternellement relayer autour de lorgue les aspirants des Missions-Étrangères. Aux chants liturgiques parfaitement exécutés ils ont mêlé les cantiques des missionnaires, si connus à la rue du Bac. Tout cela était donné avec un tel entrain quon sentait dans cette vaillante jeunesse des curs dignes des glorieux aînés dont ils fêtaient la gloire.

    Cest ainsi que, durant ce triduum, la belle paroisse de St-François-Xavier, et avec elle Paris tout entier, sest unie au cher Séminaire des Missions-Étrangères, qui, à plusieurs reprises déjà, a eu la gloire de donner des fêtes analogues et qui, dit-on, nous en réserve dautres pour un avenir plus ou moins lointain. Daigne Dieu bénir et multiplier ces vaillants, et puissent-ils aider ainsi, par lexemple de leur héroïsme, à entretenir sur notre sol de France la flamme de la foi, quils vont si généreusement porter au-delà des mers !

    J. C.
    (Semaine Religieuse de Paris, 12 décembre 1925)

    1926/107-133
    107-133
    Anonyme
    Corée du Sud
    1926
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