Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Le Thibet à vol doiseau 1

Le Thibet à vol doiseau. 1
Add this
    Le Thibet à vol doiseau. 1

    Le Thibet dans lespace. Grâce à son rempart naturel de hautes montagnes, grâce surtout à la politique sino-thibétaine qui en gardait jalousement lentrée, le Thibet proprement dit, compris dans ses limites actuelles (78º 99º de longitude E.; 28º 36º de latitude N.) est resté la partie du globe la moins connue. Les rares voyageurs européens qui, au siècle dernier, avaient pu pénétrer sur ce territoire sacro-saint, en avaient été expulsés ou même, comme nos devanciers Krick et Bourry et linfortuné Dutreuil de Rhins, avaient payé de leur vie leur audace.

    Depuis la campagne anglaise au Thibet, en 1904, la barrière de lHimalaya sest, pour ainsi dire, abaissée, le voile qui dérobait ce mystérieux pays à nos investigations est en partie soulevé. Les travaux des Waddel, Younghusband, Rockhill, après ceux des PP. Huc et Desgodins, pour ne citer que les principaux, ont contribué à préciser des faits et à détruire des erreurs communément admises, tant sur laspect général du pays que sur son administration.

    Les géographes nous représentaient le Thibet, le toit du monde, ainsi quils lappelaient, comme un immense plateau désertique. Ils oubliaient un peu trop que le Thibet est à la même latitude que lAfrique du Nord et que, au pied des monts Himalayens, les fleuves de lAsie Centrale arrosent des vallées relativement basses. Il est vrai que les explorateurs, pour tromper la surveillance active des autorités chinoises et indigènes, évitaient les sentiers battus, pénétraient généralement au Thibet par le Ladak ou le Turkestan et voyageaient des semaines durant dans les déserts du Nord.

    Ouvrons un atlas. Le Thibet Oriental est sillonné par trois grandes artères, les gouttières du toit : le Fleuve Bleu, le Mekong et la Salouen. Avant dentrer en Chine et de prendre des directions opposées, ces trois fleuves courent parallèlement dans une direction N.-O. S.-E. Entre le 29e et le 27e degré de latitude, ils ne sont séparés que par des arêtes montagneuses dont laltitude varie entre 4.000 et 5.000 mètres. Comme les vallées sont à plus de 2.000 mètres au dessus du niveau de la mer, il reste que la différence entre les vallées et les cols nest que de 2.500 m. au maximum. On atteint la ligne de partage des eaux tantôt par des sentiers en zigzag, tantôt en remontant le cours des torrents. Plus au Nord, les arêtes sont remplacées par des plateaux de plus ou moins détendue et légèrement ondulés. Il est à remarquer quà altitude égale les passes du Sud sont plus tôt et plus longtemps obstruées par les neiges que celles du Nord. Cette anomalie est due à ce que les pluies, aux abords du Yunnan, sont plus abondantes et plus fréquentes quau Nord.

    La chaîne des Himalayas, qui sépare la vallée du Brahmapoutre des plaines de lInde, quoique plus élevée que les montagnes de lEst, semble bien présenter le même aspect. Elle sabaisse de ci de là et offre des échancrures ou passes qui constituent des voies de communication relativement aisées entre le Thibet et le Népal, le Sikkim, la vallée de Chumbi, le Bouthan ou lAssam.

    Le véritable plateau thibétain noccupe que la partie N.-N.-O. du Thibet ; il est désigné sous le nom de Plaine du Nord (Chiong thong ou Chang tang) et est compris entre 4.000 et 6.000 mètres daltitude. Les parties basses de cette région désertique sont occupées par des lacs salés.

    Dans toute cette région montagneuse les voyages sont assurément difficiles, mais non pas impossibles. Au cours des âges, les troupes chinoises venant du Setchoan ou du Koukounor, les Dzoungares de lIli, les Gourkhas du Népal, les Anglais des Indes, ont pu pénétrer au cur du pays. La difficulté devant laquelle se sont heurtés et se heurtent encore les étrangers vient du transport et du ravitaillement. Si les autorités locales prêtaient leur concours aux voyageurs et si ces derniers pouvaient sastreindre à vivre à la manière thibétaine, la difficulté serait bien moindre. Dans les vallées la température est douce, voire même chaude ; sur les plateaux lair est vif, mais sec. Le vent y souffle souvent en tempête, il est vrai, et il nest pas rare que, dans la même journée, le voyageur essuie une averse, soit aveuglé par la réverbération du soleil et léclat de la neige, mais ces intempéries ne sont-elles pas familières aux alpinistes ? La meilleure époque pour entreprendre un voyage au Thibet est lautomne, de septembre à janvier, et durant les mois de mai et de juin. A cette époque les fleuves, rivières ou torrents ne sont pas grossis par la fonte des neiges ou les pluies, les routes sont sèches, les cols ne sont pas fermés et le ciel est généralement pur. Les voyages alors procurent une véritable jouissance : dans les vallées ou ravins lil est agréablement réjoui par les accidents du terrain ; aux cols, tantôt un chaos de montagnes dominé par des glaciers, tantôt des collines arrondies dont la terre est gercée et comme soulevée par un suprême effort de la nature, soffrent aux regards.

    Le Thibet dans le temps. Il serait fastidieux dindiquer ici toutes les divisions territoriales du Thibet. Le Thibet, comme lEurope médiévale, est composé de fiefs ecclésiastiques et de principautés quun lien religieux ne réunit même pas toujours à Lhassa. La division en quatre provinces est dorigine chinoise et, du reste, parfaitement inconnue des Thibétains.

    Jusquau VIIe siècle de notre ère, le Thibet était divisé en clans. Lun des chefs de clans, Songtsun Gangbo eut la bonne fortune dimposer son autorité sur ses voisins et porta ses armes contre la Chine. Lempereur, pour avoir la paix avec ce turbulent voisin, lui donna en mariage une princesse chinoise, qui convertit son mari au bouddhisme.

    Dans les siècles suivants, les guerres de religion : guerres entre les sectateurs du bonisme, religion primitive du Thibet, et les sectateurs de la religion de Bouddha, guerres entre les sectes lamaïstes, désagrégèrent peu à peu la confédération thibétaine, et les lamaseries se disputèrent le pouvoir. Au XIIIe siècle, la secte des Saskya émergea et son chef fut reconnu pour roi du Thibet. Les empereurs de la dynastie des Ming, pour contrebalancer son influence, favorisèrent les sectes adverses et choisirent un laïque comme roi temporel. La lutte entre le gouvernement civil et les lamaseries se termina à lavantage de la secte réformée par Tsongkhapa. Dans la suite, le supérieur de cette secte, connu sous le nom mongol de Dalai-lama (Océan), reçut le gouvernement du Thibet sous la suzeraineté de la Chine. La nation suzeraine, qui sétait réservé un droit dintervention, tint bientôt en mains tous les rouages du gouvernement, contrôla ladministration, désigna un régent, morcela la contrée et rattacha les Marches Orientales du Thibet aux provinces chinoises limitrophes du Setchoan, du Yunnan et du Kansou (1727).

    Dans la dernière moitié du siècle passé, laffaiblissement du gouvernement suzerain, les luttes intestines et étrangères quil eut à soutenir : guerre de lopium, révolte des Taiping, révolte des Musulmans, guerre sino-japonaise, campagne des Boxers, fournirent aux nationalistes thibétains lopportunité tant désirée de secouer le joug. Le Thibet, pour éviter de tomber sous les griffes de lAngleterre, recherche ostensiblement lappui de la Russie. LAngleterre, qui avait arrondi son empire des Indes en rattachant le Ladak et le Sikkim à son territoire, en traitant directement avec le Népal et le Bouthan, en soumettant les tribus barbares du nord de lAssam, en contrôlant le cours supérieur de lIraouaddy, se considère comme menacée dans son intégrité. On sait le reste : négociations au sujet de la frontière du Haut-Sikkim et campagne anglaise à Lhassa, couronnée par le traité de septembre 1904. La Chine, qui était écartée à dessein, occupe militairement les Marches thibétaines et sefforce de diminuer linfluence de Lhassa sur les principautés de la frontière. Une révolte, dans laquelle sont enveloppés les missionnaires français et leurs chrétiens, éclate ; elle est vite réprimée et la Chine organise la contrée en districts. La révolution anti-dynastique de 1911-1912 renverse toute cette organisation, et le Dalai-lama, qui sétait retiré aux Indes deux ans plus tôt, rentre dans sa capitale et reprend les rênes du gouvernement. Les Thibétains, armés par une certaine nation, comme disent les journalistes de la Céleste République, chassent de la ville sainte les ambans chinois et les troupes doccupation. LAngleterre réunit alors à Simla les délégués chinois et thibétains et cherche avec eux une solution au problème qui les divise. Il est convenu que la Chine accordera lautonomie au Thibet intérieur et gardera le contrôle sur le Thibet extérieur, mais les délégués en présence ne réussissent pas à délimiter ces deux zones.

    En 1918, les soldats chinois prennent les armes et se font battre en plusieurs rencontres. Les Thibétains envahissent le Thibet Oriental et mettent à profit lincurie des républicains chinois, tout entiers à leurs luttes intestines, pour organiser leur conquête. Autant pour sassurer des dispositions des chefs locaux et, à loccasion, les faire rentrer dans lordre, que pour parer à un retour offensif des troupes chinoises, le gouvernement de Lhassa occupe militairement le territoire récemment annexé.

    Le Thibet actuel, vu de la frontière chinoise. Il y a quelque cinquante ans le Père Desgodins écrivait déjà : Que le Thibet vienne à recouvrer son indépendance, lune des forces répulsives disparaît, il est vrai ; mais lautre, nétant plus modérée par lastuce chinoise, donnera libre carrière à sa violence naturelle. Immédiatement commenceront les guerres entre lautorité civile et les lamaseries, qui voudront semparer du pouvoir, et entre les sectes religieuses elles-mêmes, les anciennes relevant la tête contre celle des Guélongpa, qui ne serait plus la secte officielle. Cette dernière éventualité arriverait également si la dynastie tartare venait à descendre du trône.

    Les événements de ces dernières années ont confirmé ces prévisions. Dès son retour des Indes, en 1912, le Dalai-lama est entré en lutte contre ceux qui avaient pactisé avec les Chinois durant son absence. Sa première victime fut le chef de la lamaserie de Tungyélines, connu sous le nom de Démo Rinebokhié, dont les prédécesseurs remplirent jadis le rôle de régent. La lamaserie en question, située dans le quartier nord de Lhassa, fut rasée et ses membres dispersés.

    Durant lhiver de 1923, le Panchan-lama, pour fuir la colère du Dalai, quittait sa lamaserie de Tchrachilhumbo. Après la campagne anglaise de 1904, le Panchan avait accepté le gouvernement du Thibet sous la suzeraineté de la Chine. Quand le Dalai eut repris les rênes, le Panchan essaya dexpliquer sa conduite : ses délégués furent écroués dans les prisons de Lhassa. On dit que le Panchan compte sur le concours de la Chine, de la Mongolie et des nombreux mécontents du Thibet Oriental pour récupérer son poste et, si faire se peut, évincer son rival. Récemment un régiment de soldats recrutés dans le Thibet postérieur, colonel en tête, a pris la direction du Kansou pour offrir ses services au fuyard.

    Dans la ville de Lhassa, les lamaseries sont en lutte sourde avec le Dalai, les échos qui nous parviennent et que confirment les rapports des voyageurs étrangers dans la ville sainte, déclarent unanimement quune étincelle suffirait à mettre le feu aux poudres.

    Dans le Thibet Oriental, récemment enlevé à la Chine, les anciens chefs indigènes reprochent au gouvernement central de leur avoir enlevé les charges les plus lucratives, et le peuple se prend à regretter ses anciens maîtres. Cest à tort, écrit Mme A. David, que lon simaginerait que létat dhostilité existant depuis plusieurs années entre la Chine et le Thibet provient de lantipathie des Thibétains pour leurs suzerains ou du désir détablir leur indépendance absolue. Une complète autonomie peut être souhaitée par quelques dirigeants obéissant à des motifs divers, tous fortement intéressés, mais la masse ny pense pas. Quels quaient pu être la cupidité, le despotisme des fonctionnaires chinois à qui elle a eu affaire autrefois, les maîtres indigènes qui gouvernent actuellement lui rendent lexistence plus misérable.

    Non contents de ruiner leurs administrés, les chefs thibétains de la frontière orientale sèment la zizanie chez leurs congénères rattachés à la Chine et favorisent leurs révoltes. Ils noublient pas cependant les règles de la prudence, surveillent attentivement les allées et venues des troupes chinoises et sont parfaitement au courant des tiraillements entre les troupes des Marches et les troupes provinciales.

    Si la suzeraineté de la Chine sur le Thibet venait à succomber, écrivait encore le P. Desgodins, on peut penser que les puissances voisines se verraient forcées sous peu de se mêler de ses affaires, soit parce que les troubles intérieurs de ce pays seraient devenus un danger pour elles, soit pour substituer leur commerce à celui de la Chine.

    Dans létat actuel, la Russie ne peut soccuper activement du Thibet ; mais la croyance populaire est que le salut lui viendra du Nord et que le Messie ou Chiangba anéantira la foule des infidèles, quil établira un puissant autocrate à Lhassa, remettra lempereur de Chine sur le trône, et qualors une ère de paix souvrira pour la Chine et le Thibet. Il y aurait un rapprochement à faire entre cette croyance et la politique thibétaine davant 1904.

    Que lAngleterre cherche à étendre son influence sur le Thibet, à drainer le commerce vers les Indes, cela ne fait de doute pour personne. Elle navance quà pas lents, semble-t-il, sans doute pour ne pas porter ombrage aux lamaseries, les unes farouchement nationalistes, les autres pro-chinoises.

    Après la victoire des troupes thibétaines, les étrangers, voyageurs, missionnaires ou marchands, furent autorisés à pénétrer dans le Thibet Oriental ; lun deux fut même admis à résider à Chamdo pour les besoins de son commerce. Le Gouverneur général, désavoué, paraît-il, à Lhassa, le pressa de régler ses affaires et de rentrer en Chine : on craignait que les étrangers ne sautorisent de ce précédent pour solliciter la permission de résider au Thibet. A cette époque, la Mission Bell était à Lhassa ; faut-il voir dans cet ordre une manuvre anglaise ? ou est-ce simple coïncidence ? je ne sais ; toujours est-il que depuis lors le Thibet est de nouveau fermé. La plupart des voyageurs qui, du Kansou, du Setchoan ou du Yunnan, se proposaient durant les années 1922-24 de pénétrer au Thibet, ont été arrêtés à la frontière. Sil faut en croire la réponse du Gouverneur thibétain de Chamdo au Brigadier Général Pereira, la porte, un instant ouverte, sest refermée à la suite dun accord passé entre les Indes et le Thibet.

    Population. Au Thibet les hameaux sont souvent séparés par de longues distances et la population est très clairsemée : il nest pas rare même de voyager plusieurs jours de suite sans rencontrer âme qui vive. La population est divisée en six classes : les officiels, les lamas, les tributaires, les fermiers, les esclaves et les mendiants.

    Parmi les chefs indigènes laïcs, les uns sont héréditaires, les autres sont nommés temporairement par le gouvernement de Lhassa ou les seigneurs féodaux. Les fonctionnaires doivent acheter leur place, sauf à rentrer plus tard dans leurs débours par le squeeze ou de toute autre façon. De vastes propriétés, quils font cultiver par leurs administrés, leur rapportent aussi, bon an mal an, dappréciables revenus.

    Le peuple est taillable et corvéable à merci. Dans le principe chaque famille a reçu de son chef un lot de terrain quelle ne peut aliéner ; elle est seulement autorisée à le louer. Limpôt est un revenu déguisé. Quant à la corvée, elle est aléatoire et partant fort lourde ; elle est faite à tour de rôle par les villages du district. Les corvéables doivent cultiver les propriétés du chef, paître son troupeau, lui procurer les animaux de selle et de bât dont il a besoin, lui fournir leau et le bois, etc., sans compensation aucune ; ils doivent même se nourrir à leurs frais. En cas de guerre, il leur faudra prendre les armes et rester à la disposition du chef aussi longtemps quil lexigera. On comprend quavant de mourir un pauvre hère de Thibétain fasse le vu de renaître dans la peau dun fonctionnaire.

    Le sort des fermiers ne diffère pas sensiblement de celui des tributaires ; ils doivent partager le produit de leurs champs avec leurs propriétaires, lamas ou riches tributaires, qui se reposent sur eux du soin de les cultiver.

    Les tributaires ou fermiers qui nont pu payer leurs dettes ou leurs redevances entrent chez leur créancier à titre desclaves. Les enfants de leur union naissent esclaves, mais il nest pas rare que les maîtres les rendent à la liberté ou les établissent comme fermiers sur leurs terres. Lesclavage nest, en somme, que la domesticité sans gages et à vie, et beaucoup desclaves, habitués à cette condition, la préfèrent à la liberté ; le vivre et le couvert leur sont assurés et, en général, ils ne se tuent pas à louvrage.

    La classe des mendiants se recrute parmi les lamas pauvres, les tributaires ou fermiers insolvables, les esclaves avides daventures, les meurtriers, les voleurs poursuivis par la justice. Ils se livrent au brigandage. Je me permets ici dadresser un souvenir à lun de nos confrères, le Père Théodore Monbeig, tombé à 39 ans sous les balles thibétaines (1914).

    Les femmes se livrent presque exclusivement aux travaux des champs ; les hommes sont continuellement sur les routes, soit pour la corvée, soit pour leur commerce. Les gens de métier, maçons, charpentiers, forgerons, tailleurs, orfèvres, corroyeurs ou bottiers, ne font leur travail quà temps perdu. Il ny a ni boutiques, ni auberges ; on peut se procurer les denrées de première nécessité dans les lamaseries ou dans les familles riches, et le voyageur est généralement bien reçu partout. Quant à linstruction, elle nest donnée que dans les lamaseries, et les bonzillons, auxquels sadjoignent parfois quelques rares enfants de familles aisées, se livrent seuls à létude.

    Le Thibétain a été doté par la nature dune taille généralement avantageuse ; il a les membres bien pris, la poitrine fortement bombée, les pommettes saillantes. Ovale chez les enfants, le visage sarrondit avec les années. Les yeux sont gris et légèrement bridés, le nez proéminent, le front bas. La chevelure, mal peignée, est épaisse et noire débène ; le beurre rance sert de cosmétique et le miel remplace le fard. Pour vêtement, homme ou femme, il porte une large robe de chambre détoffe grossière ou de peaux dont le poil est à lintérieur ; pour vaquer à son travail, il en rejettera la manche droite sur le dos. Cette robe de chambre, qui, la nuit, lui sert de couverture, est relevée jusquau dessus du genou et retenue à la taille par une ceinture ; le bourrelet ainsi formé autour des reins sert de poche. Une paire de bottes faites détoffes multicolores et serrées par des jarretières au dessus du mollet complète le costume. En voyage, le Thibétain porte pour coiffure un turban, un chapeau de feutre ou une peau de renard dont la queue est élégamment rejetée en arrière ; il noublie pas ses boîtes à amulettes, et, comme sil navait quune confiance médiocre en leur protection, il sarme de pied en cap.

    Au moral, le Thibétain est vif, enjoué, taquin ; il aime la danse et les chants. Il est menteur, têtu et chicanier ; sil se croit offensé, il devient vindicatif et cruel. Envers les riches et les puissants, sa politesse confine à lobséquiosité ; envers les faibles il est orgueilleux et arrogant. Enfin il boit volontiers le vin fermenté ou distillé, mais nest adonné ni au jeu ni à lopium.

    Dans ce vol rapide au dessus du Thibet, jai négligé à dessein nos bons amis, les lamas : ils feront lobjet dun prochain article.

    FRANCIS GORÉ,
    Missionnaire du Thibet.

    1926/4-12
    4-12
    Goré
    Chine
    1926
    Aucune image