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Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) 4 (Suite)

Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) (Suite) Yamaguchi Le nom de Yamaguchi (ou Amanguchi, comme écrivaient les premiers missionnaires du 16e siècle,) se lit tout au commencement de lhistoire de lEglise du Japon.
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    Le nouveau Vicariat apostolique
    de Hiroshima (Japon)
    (Suite)

    Yamaguchi

    Le nom de Yamaguchi (ou Amanguchi, comme écrivaient les premiers missionnaires du 16e siècle,) se lit tout au commencement de lhistoire de lEglise du Japon.

    Une des plus anciennes villes de lEmpire, Yamaguchi entre dans lhistoire japonaise avec la famille Ouchi caractères chinois au XIVe siècle. Les Ouchi sattribuaient une origine coréenne. A la fin du 12e siècle, ils avaient reçu le gouvernement de la province de Snwô. Cétait lépoque où les gouverneurs commençaient à se tailler des fiefs et à se transformer en seigneurs quasi-indépendants. Les Ouchi arrondirent leurs domaines et, au 14e siècle, ils étaient les maîtres des provinces de chaque côté du détroit de Shimonoseki. Fiers de leur puissance, plus réelle que celle de lEmpereur, ils voulurent aussi avoir leur capitale et, vers 1350 Yamaguchi fut bâti sur le modèle de Kyôto. Tout rappelait la grande ville, mais en petit : même plaine encerclée de montagnes, même maigre rivière coupant la ville en deux, mêmes rues tirées au cordeau, même disposition des divers temples, tous bâtis suivant les directions de la géomancie chinoise, En 1550, quand saint François-Xavier y pénétra, Yamaguchi était, après Kyôto, la ville la plus considérable du Japon. Centre florissant de commerce avec la Chine et la Corée, cette ville était en outre le rendez-vous des savants et le refuge dun grand nombre de kuge (nobles de 1a Cour impériale, plus ou moins issus dempereurs), auxquels la pauvreté avait, fait déserter la capitale. Ea urbs familiarum amplius decem millibus continetur, dit saint François dans ses lettres, ce qui fait une population denviron 50.000 habitants, chiffre respectable pour lépoque.

    Le pays de Yamaguchi formait, en fait, un petit royaume indépendant, vigoureusement administré par la dynastie des Ouchi, Ce fut le daimyô Ouchi Yoshitaka (1507-1551), qui accueillit lapôtre des Indes, écouta avec intérêt ses discours, et même lui assigna le temple Daidôji (temple de la Grande Voie) pour y pratiquer sa religion. Saint François-Xavier séjourna par deux fois à Yamaguchi : peu de temps dabord, en se rendant à Kyôto, puis, près de 6 mois après son retour de la capitale (1551). Il y fonda une chrétienté qui compta bientôt 500 néophytes, dont plusieurs de rang élevé. Après le départ du saint, le P. Côme de Torres administra la chrétienté, qui comptait, dit-on, 2000 fidèles en 1555. Malheureusement les guerres civiles et les incendies qui suivirent la chute des Ouchi, détruisirent presque entièrement la ville et dispersèrent un grand nombre de fidèles. Le P. Tonnes se sauva à grandpeine et ses chrétiens le supplièrent de fuir (1555).

    Lannée suivante, Môri Motonari caractères chinois (1497-1571) entrait en triomphateur à Yamaguchi, premier chef dun dynastie de daimyô qui devait régner dans ces régions jusquà la Restauration (1868). Cette famille Môri a donné au pays les traits quil a gardés jusquà ce jour. De Yamaguchi, Môri Motonari, poursuivant ses succès, régna bientôt sur 8 provinces ; mais son fils ne put en conserver que deux, le Suwô et le Nagato. Pour mieux se retrancher dans ses montagnes et se rendre inexpugnable, celui-ci, en 1600, abandonna Yamaguchi et fit de Hagi, sur la côte de la Mer du Japon, le siège de son gouvernement. Yamaguchi, déjà brûlé deux fois au cours des guerres civiles, avait perdu beaucoup de sa prospérité. Avec son rang de capitale de la province, cette ville perdit toute son importance. Aujourdhui, vu des hauteur environnantes, Yamaguchi fait leffet dun gros village, arrosé par un simple ruisseau. Il ne lui reste de son ancienne splendeur que 33 temples bouddhiques et 13 pagodes shintoïstes. Pourtant les hommes détat originaires du pays nont pas oublié leur petite patrie: ils en ont fait le chef-lieu de la préfecture, ils y ont établi nombre décoles secondaires et supérieures, qui distribuent le pain de la science à quelques 6.000 étudiants. Yamaguchi, situé en dehors du passage de la ligne centrale du chemin de fer, sest vu relié à la grande ligné par une ligne secondaire, vers la côte nord.

    Le fondateur de la famille Môri, Motonari, est resté dans la mémoire populaire le paladin par excellence. Ce qui ne contribue pas peu à lui mériter la vénération de ces populations bouddhistes, cest quil rangea de gré ou dé force la population de ses domaines sous la bannière de la secte Shinshû ou Hongwanji. A la fin du 16e siècle, quand le tout puissant Nobunaga voulut abattre la puissance guerrière des bonze de la secte, qui le défiaient de leur forteresse Osaka, les guerriers de Môri accoururent à leur secours du fond de leur province, et ainsi se sont formés les liens historiques et religieux qui font de la région de Yamaguchi lun des fiefs les mieux consolidés de la secte Shinshû.

    Fondation du district de Yamaguchi. Yamaguchi, qui fut le théâtre des premières prédications du grand apôtre des Indes et du Japon et compta pendant quelques années une chrétienté nombreuse et fervente, na gardé aucun souvenir chrétien. Les guerres civiles dabord et ensuite lhostilité des Môri en ont fait disparaître jusquà la dernière trace. Le temple Daidôji, qui servit de première église chrétienne, na pas même laissé de ruines et son emplacement exact nest pas absolument certain.

    Le P. COMPAGNON. Le P. Compagnon (rappelé en 1889 comme directeur au Séminaire de Paris, tombé au champ dhonneur le 27 septembre 1915), arrivait à Hiroshima en septembre 1885. Il se sentait vivement sollicité vers Yamagucbi, situé à 35 lieues à louest de Hiroshima. Au printemps de 1881, il y fit un premier voyage dexploration. Dès lautomne suivant, il y louait une maison dans la rue Tamachi et y installait le catéchiste Paul Kanamori. Le 20 janvier 1889, il enregistrait 11 baptêmes dadultes et, avant la fin de lannée, Yamaguchi comptait une petite chrétienté de 35 néophytes.

    Ces braves gens furent gagnés uniquement par la prédication et par le savoir-faire du catéchiste. Le missionnaire, malgré la distance, faisait à Yamaguchi des visites fréquentes. Aussitôt arrivé, le soir même, la prédication commençait. Linstruction finie, les simple curieux cétait toujours le grand nombre, se retiraient. Ceux, au contraire, qui désiraient approfondir davantage, restaient plus longtemps. La discussion devenait parfois intéressante et se prolongeait fort tard dans la nuit. Cest surtout dans ces réunions intimes que Dieu choisissait ses élus.

    Le P. VILLION. En séloignant de Hiroshima en 1889, le P. Compagnon demanda à Mgr Midon un missionnaire pour Yamaguchi et le P. Villion fut choisi. Appelé, comme il aime à dire, à prendre la succession de saint François-Xavier, le P. Villion ne tarda pas à se donner tout entier à son nouveau district. Il sinstalla en plein centre de la ville, dans la rue Komeya-chô. De là, il rayonna dans toute la province. Il parcourut tout le pays pour y établir des postes. Cest ainsi quil en fonda successivement à Hagi, Tokuyama, Mitajiri, Chôfu et Tsuwano, y établissant des catéchistes et les visitant au moins une fois tous les deux mois. Pas un quartier de Yamaguchi, pas une ville ou village de quelque importance qui, nait entendu sa prédication.

    Dans ses moments libres, ce missionnaire, qui avait voué une grande dévotion à saint François-Xavier, fit des recherches et parvint à réunir des documents sur lhistoire de Yamaguchi au 16e siècle, quil publia en un volume intitulé Yamaguchi no Kôkyôshi. Ces recherches amenèrent le P. Villion à retrouver à peu près lemplacement du temple Daidôji, cédé à saint François-Xavier par le seigneur Ouchi Yoshitaka en 1551. Dès lors le zélé missionnaire remua ciel et terre pour acquérir ce terrain si cher à son cur de dévot au grand Apôtre. Malheureusement les ressources furent lentes à venir, et en 1895, on y éleva les casernes pour le 42e régiment. Le missionnaire se vit forcé de se contenter dun terrain voisin, qui doit voir, un jour, un monument à la mémoire de S. François-Xavier.

    Division du district. Le P. MUTZ. Sur les instances du P. Villion, Mgr Vasselon résolut de diviser le district trop vaste, et le P. Mutz fut nommé à Yamaguchi (Sept. 1895), avec les postes secondaires de Tokuyama et Mitajiri. Le P. Villion transporta sa résidence à Hagi, sur la mer du Japon, doù il desservait Shimonoseki, Chôfu et Tsuwano. Le P. Mutz trouva à Yamaguchi 40 néophytes et une douzaine disséminés dans les autres postes. Ses supérieurs avaient beaucoup compté sur son zèle et son savoir-faire pour développer ces jeunes chrétientés encore en germe. Malheureusement, dès 1896, le P. Mutz dut saliter : il était atteint de la tuberculose, qui lemporta lannée suivante. Il mourut à Osaka, où on lavait rappelé pour le soigner.

    Achat du terrain actuel de la mission. En attendant larrivée du successeur du P. Mutz, le P. Villion vint retrouver ses chers néophytes. Durant les quelques mois de son séjour parmi eux, il eut la consolation de faire lacquisition dun local pour linstallation définitive de la mission.

    Il y avait à ce moment un petit temple tout flambant neuf, élevé à la mémoire de Jimmu-tennô, premier empereur du Japon et fondateur de la dynastie. Les souscripteurs trouvaient quon ne leur en avait pas donné pour leur argent. Une enquête avait prouvé que dirigeants et entrepreneur les avaient odieusement trompés. On chercha alors à sen défaire. Le P. Villion, qui songeait à acheter un terrain, résolut de planter la croix sur les autels du diable. Saint François-Xavier, disait-il, a planté la croix à Yamaguchi sur les autels de Bouddha ; pour varier, 345 ans après lui, plantons-la sur ceux du shintoïsme. Le coup réussit (printemps 1897), mais il nest pas bien sûr que le diable y ait tout perdu : nos Japonais sont si chatouilleux sur tout ce qui, de près ou de loin, touche à leur dynastie nationale.

    Le P. CETTOUR. En septembre de la même année, le P. Cettour venait sinstaller à Yamaguchi. Jeune, plein de zèle et de santé, le nouveau missionnaire, pour habiter un temple, nétait pas installé dans un palais, Heureusement il nétait pas homme à ne pas pouvoir supporter la misère et les quolibets des gens qui riaient de voir un Européen si pauvrement logé. Avec les années, il réussit à améliorer son installation et à rendre habitation et oratoire sinon confortables, du moins suffisants.

    Pendant plus de 25 ans, le P. Cettour sassocia à toutes les campagnes apostoliques de son prédécesseur, le P. Villion, devenu son voisin de district, et celui-ci na jamais non plus laissé le P. Cettour prêcher tout seul, quand il pouvait laider, A eux deux, ils ont fait entendre la parole de Dieu opportune et importune, partout où ils réussirent à trouver des auditeurs. Infatigables prédicateurs, ils ont annoncé lEvangile à ces populations malheureusement encore mal préparées à laccepter.

    Cimetière. Yamaguchi possède un magnifique cimetière, acquis parle P. Cettour en 1903, grâce au savoir-faire dun médecin chrétien, Nakahara. Dun accès facile par tous les temps, le char funèbre, par la grandroute, peut arriver jusquà la fosse. Entouré dun mur magnifique avec un portail en fer, il prouve aux public la fausseté de laccusation, répandue partout au Japon, que les chrétiens abandonnent leurs morts. Le P. Cettour y fit transporter les restes des chrétiens disséminés jusque là un peu partout,

    Missionnaires ayant travaillé dans le district de Yamaguchi.

    M. COMPAGNON, 1888-1889 (mort en 1915).
    P. VILLION, 1889-1895.
    P. MUTZ, 1895-1896 (mort en 1896 à Osaka).
    P. VILLION, 1896-1897.
    P. CETTOUR, 1897-1923.

    Chrétientés Secondaires.

    Tokuyama. Tokuyama se trouve à 10 lieues au sud-ouest de Yamaguchi. Au début, on y allait en bateau de Mitajiri ; aujourdhui, il y a le chemin de fer. Ce poste, fondé par le P. Villion avec Paul Wakabayashi comme catéchiste, compta un moment quatre familles converties. Malheureusement il fut impossible dy maintenir un catéchiste à poste fixe, et aujourdhui il ne reste aucun chrétien.

    Mitajiri. Mitajiri se trouve à 5 lieues de Yamaguchi, auquel il est relié par une bonne route. Cest, en fait, le port de Yamaguchi. Aujourdhui on peut sy tendre en chemin de fer. Longtemps il ny eut quune seule chrétienne. Le P. Villion essaya dy maintenir un catéchiste ; au bout dun an, devant lhostilité de la population, il se décida à le rappeler. La chrétienne, une bonne vieille, persévéra jusquau bout dans la foi ; mais, après sa mort, il ny eut plus de fidèles. Ces dernières années, 3 ou 4 familles chrétiennes sont venues dailleurs dans cette ville ; le P. Cettour les a visitées régulièrement et y a établi un modeste oratoire provisoire.

    Chôfu. Est à 5 lieues à louest de Yamaguchi, non loin de Shimonoseki. Au début, le voyage se faisait par bateau ; actuellement, par le chemin de fer, on y est en quelques heures. Le P. Villion réussit à y baptiser quelques familles. Aujourdhui tous sont morts ou partis ailleurs.

    Fondation du district de Hagi. Hagi, petite ville de 17.000 âmes, est situé au nord de Yamaguchi, de lautre côté des montagnes, sur le littoral de la Mer du Japon. Au milieu du 19e siècle, quand les missionnaires de la Société des Missions-Étrangères vinrent au Japon pour y recommencer luvre de lévangélisation, la province de Nagato, dont Hagi était la capitale, ne se distinguait des autres provinces du Japon que par une haine plus féroce du christianisme. On le vit bien quand la persécution recommença en 1868. Les chrétiens des environs de Nagasaki, qui, pendant plus de 200 ans, avaient gardé la foi de leurs pères dans le secret de leurs villages, sétaient déclarés aux missionnaires et avaient recommencé à chercher auprès deux les secours de notre sainte religion. Mais cétait encore trop tôt pour jouir de la liberté. Il fallut lacheter par la persécution. Ces chrétiens furent dispersés chez les différents daimyô. Chez certains, la prison fut relativement peu dure ; chez les Môri, elle fut cruelle. Cette persécution était, dailleurs, le fait des hommes du clan des Môri, qui venaient, en restaurant le pouvoir impérial, de saisir toute la puissance politique et de sinstaller dans les divers ministères. Les pauvres chrétiens déportés furent internés, les uns à Hagi, les autres à Tsuwano ou autres petites villes de la province. On les maltraita consciencieusement pour les faire apostasier. A Hagi, cest par la torture de la faim quon essaya de les réduire. A Tsuwano, ils furent parqués dans un temple : pendant les grands froids de lhiver, terribles dans ces montagnes, on les plongeait dans les eaux glacées de létang du temple. A Tsuwano surtout, la plupart de ces malheureux succombèrent à tant de mauvais traitements.

    Le P. Villion a toujours eu une dévotion ardente envers ces confesseurs de la foi, dont il avait connu personnellement un grand nombre, lors de ses premières années de mission à Nagasaki. Chargé du district, il se dit que ces vaillants chrétiens avaient, par leurs souffrances, amassé des mérites suffisants pour convertir leurs bourreaux, et pour commencer, il résolut de chercher les tombes de ceux qui avaient succombé dans lexil. Il se rendit donc à Hagi pour là première fois en novembre 1889. Il fut assez heureux pour trouver un brave païen qui, voisin de la prison des confesseurs de la foi, leur avait par humanité rendu quelques petits services. Pour retrouver sans erreur lemplacement des tombes, le P. Villion appela de Nagasaki un bon vieux, survivant de ces temps-là, qui avait été pendant 4 ans emprisonné à Hagi. Sous sa conduite, les tombes furent retrouvées ; il fallait procurer a ces restes vénérables une sépulture honorable. Le P. Villion se heurta là à plus de difficultés quil navait prévu : mais, homme de ressource, il ne craignit pas de frapper à la porte des ministères à Tôkyô même et il finit par obtenir ce quil désirait : les restes des 5 confesseurs morts dans la prison de Hagi furent ensevelis non loin de leur ancienne prison, à Hori-uchi, Fukamachi, et un monument a été élevé à leur bienheureuse mémoire.

    Bientôt le P. Villion installait un catéchiste à Hagi et y commençait ses prédications. La ville est bien déchue de son importance dantan. Oit prétend, en effet, quà la Restauration (1868), 5.000 familles lauraient quittée pour la capitale, où leurs compatriotes, qui venaient de renverser le Shôgun, les installaient dans la nouvelle administration. Les habitants restés à Hagi vivent encore des idées arriérées de lancien Japon. En 1895, le P. Villion quittait Yamaguchi pour cette ville perdue dans les montagnes, sur le rivage de la Mer du Japon. Depuis cette époque, linfatigable missionnaire, devenu plus quoctogénaire, y continue toujours son labeur ingrat. Il na pu réussir, depuis tant dannées, quà y former un pusillus grex, mais il sy est fait un bon nombre damis.

    A Hagi, le P. Villion se mit de suite à la recherche des vestiges des anciennes chrétientés du 16e siècle, Les annales de lépoque donnent leurs noms : Shibuki, Fukui, Igami, etc. Ces localités existent toujours. Les habitants, descendants de chrétiens, nont rien gardé de la religion de leurs ancêtres. Le P. Villion, pendant 5 ou 6 ans, multiplia visites et conférences à ces villages : ses auditeurs admirent très bien que leurs ancêtres avaient été chrétiens et... ce fut tout. Le bouddhisme facile du Shinshû les avait anesthésiés.

    Chrétienté de Tsuwano. Un groupe nombreux de chrétiens de Nagasaki avait été déporté à Tsuwano, où, parqués dans un temple, ils avaient été accablés de mauvais traitements.

    Le P. Villion, dès son arrivée à Yamaguchi, voulut aller visiter cette petite ville, où il espérait voir se vérifier ladage : Sanguis martyrum, semen christianorum. Cétait en novembre 1889. Il commença immédiatement ses prédications. Il neut pas peur de rappeler à cette population la cruauté quelle avait montrée pendant les années 1869-1871 envers les déportés de Nagasaki et de mettre en regard les vertus de foi et de résignation que ces confesseurs avaient pratiquées sous leurs yeux. Le zèle du missionnaire fut récompensé et, en 1894, il eut la consolation dy baptiser un premier néophyte, Joannes Miura. Ce fut un fervent chrétien, dont le bon Dieu bénit le commerce, si bien que sa boutique devint une des premières de lendroit. Ce néophyte voulut sen montrer reconnaissant et éleva à ses frais loratoire provisoire, qui sert aux réunions de cette petite chrétienté. Il mourut en 1907, et ses funérailles furent une vraie prédication chrétienne à ses compatriotes. Depuis que, en 1895, le P. Villion sest établi à Hagi, il continue toujours à administrer la chrétienté de Tsuwano.

    Fondation de Jifuku. Dans la même vallée où se trouve Tsuwano, il y a une autre chrétienté au village de Jifuku. Le P. Villion faisait ses courses de Hagi à Tsuwano à cheval. Un jour, en chevauchant doucement, il fit la rencontre dun pauvre vieux charlatan et se mit à faire la causette. Pourquoi ne prêchez-vous pas à notre village de Jifuku ? demanda le vieux. Ce fut un trait de lumière pour le missionnaire, qui ne tarda pas à profiter de son passage pour semer la bonne parole. Bientôt le médecin du village, Hara Masayuki, fut parmi les catéchumènes. Au jour de son baptême il était régénéré en compagnie dun de ses amis à qui il avait fait part de la vérité. Une fois enfant de Dieu, ce brave médecin sest appliqué à convertir ses compatriotes et à baptiser les petits enfants en danger de mort auxquels il est appelé à donner ses soins.

    Dans toute cette vallée, les habitants sont dune nature très ouverte ; plus simples que dans les parages de Hagi et de Yamaguchi, ils paraissent mieux préparés à comprendre lEvangile.

    Deuxième division du District de Yamaguchi

    Fondation du district de Shimonoseki. Shimonoseki appelé autrefois Akamagaseki, est nommé couramment au japon Bakwan. Bâtie à lextrémité sud-ouest de la grande île Hondo, sur la côte nord du détroit auquel elle a donné son nom, cette ville compte une population de 79.000 âmes. Elle est célèbre dans lhistoire japonaise par la fin tragique du clan des Taira, qui y fut exterminé dans une bataille navale (1185) par le clan rival des Minamoto, à Dan-no-Ura, à lextrémité de la ville actuelle. Là aussi eut lieu, en 1864, le bombardement des forts de lentrée du détroit par les flottes combinées de la France, de lAngleterre, des Etats-Unis et de la Hollande, en représailles des attaques dirigées contre les bateaux franchissant le détroit. Aux temps qui précédèrent la Restauration impériale, les deux daimyô les plus puissants du Japon étaient ceux de Satsuma et de Yamaguchi. Ils se liguèrent pour renverser le Shôgun. Shimonoseki fut le lieu où, dans des pourparlers secrets, se nouèrent toutes les intrigues qui devaient amener ce résultat : rendre à la dynastie impériale son prestige et mettre pour longtemps le pouvoir politique entre les mains de ces deux clans. Là enfin fut signé le fameux traité de Shimonoseki qui mit fin à la guerre sino-japonaise (1895).

    Placé sur le détroit qui relie la Mer Intérieure à la Mer du Japon et sépare le Hondo du Kyûshû, Shimonoseki est, pour ainsi dire, lune des portes dentrée du Japon. Par cette porte passent et repassent voyageurs et marchandises pour Formose, la Corée, la Chine et même lEurope. Point terminus de la ligne principale des chemins de fer du Hondo, Shimonoseki est le trait-dunion entre cette île et le Kyûshû. En face de Shimonoseki, de lautre côté du détroit, se trouve la grande ville de Moji, centre du commerce des charbons et de lindustrie créée autour des mines qui abondent dans cette région. Le nombre des voyageurs qui vont dune ville à lautre (10 minutes de vapeur suffisent à franchir la largeur du détroit), la quantité de bateaux qui font la navette entre les deux villes ou jettent lancre dans leurs ports, le transit des voyageurs pour la Corée, tout donne à cette ville une animation extraordinaire.

    Shimonoseki nest quune rue longue de 4 lieues de lest à louest, rue où sont établis les maisons de commerce, les magasins, les banques. Les maisons dhabitation sont étagées sur les collines. Shimonoseki a pris depuis 20 ans un essor prodigieux : durant ce temps la population a triplé. La ville possède, outre plusieurs écoles primaires, un lycée de garçons, un lycée de filles et une école de commerce. Les protestants Baptistes avaient à Yamaguchi un lycée de filles qui vivotait péniblement ; ils lont transporté et rebâti sur un pied magnifique à Shimonoseki.

    Pagès, dans son Histoire de la Religion chrétienne au Japon, parle deux fois de Shimonoseki. La première fois, il raconte que le daimyô de Yamaguchi, Môri Terumoto, persécuteur des chrétiens, devint plus tolérant, grâce à lintervention de lexcellent chrétien Kuroda Yoshitaka, général de Hideyoshi. Môri devint même assez bienveillant, puisquil permit à deux religieux de la Compagnie de Jésus de résider à Shimonoseki et leur donna même une maison à cet effet (1588).

    La seconde fois, il nous apprend que, pendant la persécution de 1628, un frère jésuite japonais ; Miguel Shukan, fut mis à mort pour la foi à Shimonoseki. De cette première chrétienté, il ne reste pas la moindre trace. Cest en 1889 à lautomne, que la prédication chrétienne fut reprise à Shimonoseki. Le P. Villion, dans un de ses voyages, passant par Shimonoseki, se vit aborder par des chrétiens venus dailleurs se fixer dans cette ville et qui cherchaient en vain les secours de la religion. Une famille chrétienne assez riche offrit son salon pour servir de lieu de réunion. Le missionnaire commença dès lors à visiter régulièrement Shimonoseki. En 1891, il loua une maison dans la rue de Hana-no-chô et y installa un catéchiste. De ce moment, la prédication chrétienne se poursuivit avec régularité ; les gens venaient nombreux écouter les instructions. Cependant la petite chrétienté se développant, surtout du côté de Chôfu, la maison de prédication y fut installée en 1893. Quatre ans plus tard, le P. Villion cédait son poste de Yamaguchi au P. Cettour pour aller sétablir à Hagi. Le P. Cettour, jusquen 1905, visita régulièrement cette petite chrétienté, réunissant ses néophytes tantôt chez lune, tantôt chez lautre des familles chrétiennes.

    En 1905, le P. Trintignac vint sétablir à Shimonoseki. Il loua une maison dans le quartier des affaires, Amidaji-chô, Linstallation était tout ce quil y a de moins confortable, et le bruit du quartier ny favorisait nullement luvre dévangélisation. Dans limpossibilité de trouver une maison convenable, la Mission se décida à acheter un terrain à Maruyama-chô, sur la colline, et à y élever les constructions nécessaires (1907). Shimonoseki est une ville daffaires dont la population est venue de tous les points du Japon. Senrichir y est la grande préoccupation ; la question religieuse ne compte guère. La petite chrétienté se compose surtout de gens venus dailleurs. Malgré tout son zèle, le P. Trinitignac ne put faire que 7 ou 8 baptêmes dadultes pendant son séjour dans cette ville. Le P. Hébert lui succéda en 1911 ; il y travailla jusquen 1917, année où il mourut à Hongkong. Pendant ces 6 années, le nombre de chrétiens augmenta dune façon notable, grâce à larrivée de familles de Nagasaki, attirées par les chantiers de constructions navales établies par la compagnie Mitsubishi à E-no-ura et dans lîle Hiroshima. De 1919 à 1921, le poste resta confié de nouveau au P. Cettour, en résidence à Yamaguchi, qui assura pendant ce temps les secours religieux aux chrétiens déjà établis et réussit à convertir quelques nouvelles unités.

    Enfin, après la guerre, le retour des mobilisés permit de nommer à Shimonoseki le P. Grinand (1921), qui na eu que le temps de commencer.

    Missionnaires qui ont travaillé à Shimonoseki :

    P. Villion, qui, de Yamaguchi, évangélisa cette région, 1889-1897.
    P. Cettour, missionnaire à Yamaguchi, 1897-1905.
    P. Trintignac, 1905-1911.
    P. Hébert, 1911-1917.
    P. Grinand, 1921-1922.

    SECTES CHRÉTIENNES. Pour terminer, disons un mot des résultats de la propagande hérétique dans ces régions.

    Les Méthodistes américains sont établis à Yamaguchi et comptent 90 adeptes. Dans la ville dIwakuni, ils en ont 55 ; à Mitajiri, 36. Ils sont aussi établis à Yanaitsu avec 87 adeptes, et 70 à Tokuyama.

    Léglise presbytérienne japonaise (caractères chinois) a 35 fidèles à Yamaguchi ; 30 à Iwakuni ; une vingtaine à Yanaitsu ; une quarantaine à Tokuyama et une quinzaine à Mitajiri.

    La ville de Shimonoseki a des missions Luthériennes, Méthodistes, Baptistes, Épiscopaliennes, Presbytériennes et lArmée du Salut, sans compter plusieurs autres dénominations de moindre importance.

    Les Baptistes ont à Shimonoseki un lycée de filles, Baikô school avec 200 élèves. Cest lunique uvre protestante dans toute la préfecture.

    Cependant chaque temple protestant entretient une petite école maternelle pour les tout petits, ainsi quune école du dimanche.

    Dans la préfecture, les écoles publiques de tous degrés sont établies en si grand nombre et sur un pied si magnifique quil ny a guère de chance pour les écoles privées de réussir à réunir une clientèle suffisante pour vivre.

    J. B. DUTHU,
    Miss. dOsaka.

    1924/202-214
    202-214
    Duthu
    Japon
    1924
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