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Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) 3 (Suite)

Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) (Suite) PRÉFECTURE DE YAMAGUCHI
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    Le nouveau Vicariat apostolique
    de Hiroshima (Japon)
    (Suite)

    PRÉFECTURE DE YAMAGUCHI

    La préfecture civile de Yamaguchi (Yamaguchi ken caractères chinois) est ainsi appelée du nom du chef-lieu, Yamaguchi, où se trouvent réunis les divers services de ladministration départementale. Les villes importantes sont nombreuses dans cette préfecture, et Yamaguchi est loin dêtre la plus populeuse ; mais elle doit à ses souvenirs historiques davoir donné son nom à la division territoriale dont elle est le centre administratif. Ce sont également ses souvenirs chrétiens qui y ont attiré les missionnaires et y ont fait établir un premier district, qui, au début, comprit toute la préfecture. A la suite des progrès de lévangélisation, un second district fut fondé, avec la ville de Hagi comme centre, et enfin la grande ville de Shimonoseki devint le centre dun troisième district.

    Situation géographique. La préfecture comprend les territoires des deux anciennes provinces de Suwô caractères chinois et de Nagato caractères chinois qui, depuis le XVIIe siècle, formaient le domaine de la puissante famille des Daimyô Môri. A la Restauration (1868), lors de lorganisation des préfectures civiles, les possessions des Môri furent divisées en 4 départements, que le remaniement administratif de 1876 réduisit à un seul, celui de Yamaguchi, tel quil existe aujourdhui. Sa superficie totale est de 6.000 km. carrés. Il est borné au nord par la préfecture civile de Shimane, à lest par celle de Hiroshima, au sud par la Mer Intérieure, et à louest par la Mer du Japon. La chaîne de montagnes qui partage la grande île du Hondo, dans la direction du nord-ouest au sud-ouest, vient finir à la pointe de Shimonoseki. Ces montagnes occupent toute la, partie centrale du département. Les plaines se trouvent le long des côtes, au pied de la chaîne montagneuse ; à certains endroits, elles sont larges de plusieurs lieues, tandis quà dautres, elles nont que quelques centaines de mètres.

    Principales rivières. La préfecture de Yamaguchi, formant un promontoire dune largeur peu considérable, compte à peine quelques cours deau qui méritent une mention spéciale. Le plus important est le Nishiki-gawa, qui prend plusieurs noms suivant les régions quil traverse. Il arrose Iwakuni et a une trentaine de lieues de longueur. Le Saba-gawa a 14 lieues, le Koto-gawa a 10 lieues, le Fushino-gawa 6 lieues. Les autres cours deau, nombreux comme les vallées quils arrosent, ne sont que des torrents, fournissant pourtant une eau suffisante pour lirrigation des rizières.

    Climat. Sur toute la côte qui longe la Mer Intérieure, le climat est doux en hiver et tempéré en été. Variant peu et relativement sec, c est un des meilleurs climats du Japon.

    A cause de sa position topographique, la ville d,e Yamaguchi au contraire, jouit dun climat détestable, froid et humide en hiver, excessivement, chaud en été. Les changements brusques de température y sont fréquents : les tempéraments délicats y contractent facilement des maladies, comme rhumatismes, névralgies, asthme, etc.

    Cependant Yamaguchi est lune des villes du Japon où il y a peut-être le moins de fléaux. Les incendies, les tremblements de terre, les typhons, si fréquents ailleurs, sont chose presque inconnue ici.

    Villes principales. Yamaguchi (26.664 habitants), chef-lieu de la préfecture.

    Bôfu machi (25.450 habitants), récemment formée de la réunion des deux villes de Mitajiri et Miya-ichi. Cest un petit port qui doit sa prospérité au voisinage de la ville de Yamaguchi, dont 5 lieues à peine le séparent et à laquelle le réunit une bonne route carrossable. Le port est assez actif. Dans le voisinage, il y a des salines fameuses.

    Tokuyama (17.000 habitants), petit port très actif, qui se développe rapidement et tend à devenir un centre industriel. Le Ministère de la Marine y a établi une fabrique où lanthracite des mines dOmine est transformé en briquettes pour les bateaux de guerre.
    Hirao-machi (15.834 habitants).

    Yanaitsu (12.824 habitants).

    Ube, appelé encore Shinkawa (35.000 habitants), ville récente, qui doit son développement à des mines de charbon.

    Iwakuni (10.000 habitants), ville célèbre dans tout le Japon, pour son pont de cinq arches sur la rivière Nishiki-gawa. Construit en 1673, cest une merveille de lart du charpentier. Il mesure 135 mètres de long ; les arches, en caisse de tambour, sélèvent dune vingtaine de mètres au dessus du niveau de la rivière. Ouvrage curieux, tour de force dans lart de travailler le bois à cette époque reculée ; on trouva le travail si merveilleux, quon établit la règle den reconstruire à neuf une arche tous les 5 ans. Cette curiosité locale a lavantage dattirer les touristes ; mais, comme passage pour les piétons, cest un casse-cou.

    Shimonoseki (79.000 habitants), où fut signé, en 1895, le traité de paix qui mit fin à la guerre sino-japonaise.

    Chôfu (10.000 habitants), à quatre lieues à louest de Shimonoseki ; ville aristocratique, peuplée danciens samurai, patrie du fameux maréchal Nogi, auquel ses compatriotes ont élevé nu temple.

    Hagi, (17.000 habitants), sur la mer du Japon ; siège, depuis le XVIIe siècle, des daimyô Môri, qui se transportèrent, en 1863, à Yamaguchi, ce qui fit perdre à Hagi presque toute son importance.

    La population totale de la préfecture est de 1 million dhabitants, dont la grande majorité sont des cultivateurs ; les pêcheurs de métier, vivant exclusivement de la pêche, sont près de 40.000 ; la classe ouvrière, travaillant dans les mines ou les diverses manufactures ou usines, doit être bien près de 80.000.

    Principaux animaux. La faune de la préfecture est, dans lensemble, celle de toute la grande île du Hondo. On y trouve le renard, le blaireau, le loup, le lièvre et, dans certaines forêts, le singe.

    Les principaux oiseaux sont : la cigogne, loie et le canard sauvage, le coq de bruyère, le faisan, la caille, la bécasse, la bécassine, la poule deau, le héron blanc, etc.

    La vipère est très commune ; chaque année elle fait des victimes ; cependant les cas mortels sont rares. Le muséum de la ville de Yamaguchi possède de fort riches collections de papillons et dinsectes. Ces collections, remarquables tant par le nombre que par la variété des espèces, sont le résultat des chasses locales.

    Les eaux qui baignent les côtes du Japon, et particulièrement celles de la Mer Intérieure, sont très poissonneuses, De nombreuses espèces de poissons, en effet, choisissent, à certains moments de lan née, la route de la Mer intérieure pour passer des eaux de la Mer du Japon dans celles du Pacifique, réchauffées par le Courant Noir (Kuroskio). Les côtes de la préfecture de Yamaguchi formant lentrée de la Mer Intérieure, goulot fort étroit dailleurs, sont particulièrement favorisées ; tout le long des côtes règne une incessante activité. Des flottilles de bateaux à voile ou à moteur sont jour et nuit occupées à la pêche. Les espèces sont très nombreuses. Voici quelques noms des principales : le tai, genre pagre qui comprend deux espèces, la dorade et le tai noir ; le saba ou maquereau ; le thon, le fugu (globe-fish), vénéneux à certaines époques, mais dont la chair est ai délicate que les gourmets font le voyage de Tôkyô à Shimonoseki pour en manger. La sole, languille de mer, la sardine, le saumon, la morue, etc ; le requin, la baleine, quon prend surtout dans la Mer du Japon.

    A cette liste bien incomplète, il faut ajouter lhuître, la langouste, la crevette ; enfin le nombre infini de coquillages et mollusques de toute taille et de toute forme, qui pullulent sur les rivages de la Mer Intérieure ou de la Mer du Japon. (1)

    Principales sources de la richesse du pays. Dans son ensemble, la population de la préfecture de Yamaguchi est une population agricole. La principale production est le riz, et le riz de Chôshû est un des plus réputés du Japon Les Allemands, qui, avant la guerre, avaient un comptoir à Mitajiri, le savaient bien.


    1. Les produits de la pêche sont exportés surtout à Kôbe, Osaka et Kyôto, dont les marchands ont des contrats passés avec les chefs des compagnies de pêcheurs.

    Après le riz, viennent le blé, le millet, le sarrazin, le colza, la pomme de terre et les multiples espèces de haricots, fèves et pois. On cultive aussi le coton, le chanvre et le tabac. Lélevage des vers à soie se fait un peu partout.

    Comme fruits, on trouve les mêmes que dans les autres provinces du Japon central, mais on nen fait ici aucune culture spéciale. Cependant le district dOshima pratique en grand la culture dune nouvelle espèce dorange importée de Californie (Navel-mikan), qui réussit merveilleusement. Ces oranges sont exportées dans les grandes villes de Tôkyô, Kyôto, Osaka et Kôbe. Hagi produit aussi des oranges dété qui se vendent dans les mêmes villes.

    La préfecture de Yamaguchi est riche en matières premières pour lindustrie. Largent, le cuivre, lantimoine, le manganèse, la houille et lanthracite sont les principaux produits de son sous-sol. Beaucoup de mines restent encore inexploitées ; cependant, ces dernières années, on comptait que les produits miniers de la préfecture rapportaient annuellement la somme de 300.000 yen. Les mines danthracite dOmine appartiennent à la marine japonaise.

    A quelque distance de Shimonoseki, sur la ligne principale du chemin de fer, Onoda possède une grande fabrique de ciment, renommée dans tout lExtrême-Orient. Elle a un rendement annuel de 300.000 barils.

    Sur les côtes les salines sont nombreuses et forment une des curiosités du pays. Elles donnent un revenu annuel estimé à 3 millions de yen.

    La ville de Shimonoseki est le grand centre commercial de la préfecture et de toute cette partie ouest du Japon. Plusieurs pays y ont établi des consulats. Cette ville, à cause de son importance possède une bourse du riz. Les quais sont encombrés de fruits apportés par les bateaux de Formose, de Chine et de Corée.

    Les principaux articles de commerce dans la province sont, outre les produits miniers, le riz, les bois de construction, les bois pour les galeries de mines et les étoffes.

    Caractère des habitants. Au XVIe siècle, le P. Côme de Torres, jésuite portugais, venu au Japon avec saint François-Xavier, fit un séjour de 5 ou 6 ans à Yamaguchi. Il raconte dans ses lettres que, même dans lintérieur de sa demeure, on venait lui jeter des pierres, les bonzes lui lançaient des crachats et laccablaient dinjures ; à peine si quelquefois il pouvait mettre les pieds dehors. Aujourdhui nos Japonais, même dans cette partie reculée du Japon, ont pris des manières plus civilisées, mais le fond du caractère a-t-il bien changé ?

    Les gens du Chôshû (caractères chinois, autre nom de la province de Nagato), sont très chatouilleux sur le point dhonneur, ils semportent facilement. La grâce des manières, la courtoisie, la délicatesse, sont moins apparentes quailleurs. On reconnaît un homme du Chôshû à sa façon de saluer. Il est rude, bourru, peu expansif. Même les paysans sont politiques et rusés ; ils ne frayent guère avec les personnes dautres régions, qui, en général les détestent. Chôshu-gusai, cela sent les gens de Chôshû est un diction populaire à Tôkyô, où les hommes originaires de cette province sont particulièrement nombreux et ninspirent que peu de sympathie. Peut-être y a-t-i1 là, au fond, une bonne part de jalousie, car, ayant fait la Restauration, le clan du Chôshû a accaparé les principales administrations et, jusquà ce jour, a réussi à conserver les places. Il faut dire que parmi les gens du Chôshû lesprit de clan est profondément enraciné ; partout ils se soutiennent entre eux.

    Le département de Yamaguchi comprend les deux anciennes provinces de Suwô et de Nagato. Chacune de ces provinces a ses particularités.

    Suwô. La population de cette province est au fond dun caractère honnête, mais sur bien des points elle est encore arriérée. Dans les districts montagneux, on r1a guère le souci des convenances : tel, acclamé aujourdhui comme chef, sera abandonné en un clin dil, si quelque autre semble avoir les faveurs de la fortune. Dans les districts maritimes, les murs plus que primitives ressemblent à ce quun auteur a appelé la morale des oiseaux.

    Nagato. Les habitants ont ici un parler mielleux, mais ce sont des gens prudents ; ils ne répondent quaprès avoir bien réfléchi et se tiennent toujours sur leurs gardes. Aux gens du Nagato toute question paraît un piège : ils ny répondent quaprès avoir tourné septante fois sept fois leur langue dans la bouche.

    Un caractère particulier à ces deux provinces, cest un loyalisme farouche envers lempereur. Cette espèce de nationalisme date ici de loin. Au XVe siècle, les daimyô Ouchi et, plus tard, Môri Motonari, payèrent de leur propre bourse les frais de couronnement de deux empereurs. Sous les Shôgun Tokugawa, les Môri gardèrent le privilège de donner directement des subsides à la Maison impériale et, lors de leur visite annuelle au Shôgun, de sarrêter eu passant à Kyôto pour rendre leurs hommages à lempereur. Il en résulta que, pendant 300 ans, ces provinces restèrent le foyer dune opposition sourde à la politique des Shôgun. Aussi, quand, au milieu du XIXe siècle, se produisit le vaste mouvement qui devait aboutir à la Restauration du pouvoir impérial, tous les complots sourdirent dans le secret de ces provinces reculées et leurs samurai furent à lavant-garde du parti des Impériaux. Favorisés de la fortune, ils ont fait le nouveau Japon. Aujourdhui encore le clan de Chôshû, identifié avec le parti militaire, domine dans toute la politique japonaise et alterne au pouvoir avec le clan de Satsuma, identifié, lui, avec la marine.

    Les sectes religieuses. Lhomme, et particulièrement le Japonais, étant un animal religieux, il est naturel de trouver partout dans les villes et les villages, au fond des montagnes comme sur les côtes, nombre dédifices religieux. Ces temples et ces pagodes sont assez bien entretenus : les fêtes sont nombreuses et attirent beaucoup de monde.

    Le département compte 1272 temples bouddhistes, avec 1161 bonzes, et 847 temples shintoïstes, avec 363 kannushi (prêtres shintoïstes).

    Bouddhisme. Cest du XIIIe au XVIe siècle que les missionnaires bouddhistes convertirent le nord et louest du Japon, demeurés fidèles au culte des kami. Les grandes guerres civiles finies, les rudes guerriers se sentirent attirés vers le mysticisme. Les prédicants bouddhistes furent là pour les satisfaire : ils appartenaient aux deux sectes de lAmidaïsme, le Jodo-shû caractères chinois ou secte de la terre pure, et le Shin-shû caractères chinois, secte issue de la précédente, vraie secte de la terre pure, appelée encore Hongwanji (monastère du vu originel dAmida), du nom de leur temple de Kyôto.

    Toutes les sectes du bouddhisme japonais poursuivent la même fin, la béatitude dans le Nirvâna. Lessence des dix autres sectes consiste en ce que le fidèle emploie sa propre force à atteindre le but proposé. Le Jôdo-shû, secte purement japonaise (fondée en 1175), partant de lidée que lhomme, laissé à ses propres moyens, est trop faible pour atteindre le Nirvâna, vint lui apprendre à se confier à la force dun autre. Le Bouddha Amida mettait ses mérites à la disposition des hommes ; il consentait à ne point entrer dans le Nirvâna, tant que les hommes auraient besoin de lui ; il conduisait ses clients après leur mort dans le Paradis de la terre pure, dernière et facile étape avant le Nirvâna. Rien de plus aisé désormais que le salut : tout effort personnel est supprimé comme impuissant ; il suffit de répéter la formule : Namu Amida Bidsu. Gloire au Bouddha Amida.

    La secte Shin-shû, fondée en 1224, va plus loin. Inutile même de prier Amida ; le salut sopère automatiquement. Il suffit davoir confiance, dentretenir au fond du cur la ferme conviction de la bonne volonté et du secours dAmida. Cette foi confiante est le fondement de toute la vie religieuse. Comparées avec le pouvoir de cette foi, toutes les autres pratiques, comme la prière, les pèlerinages, les pratiques ascétiques, la vie monastique, nont quune valeur secondaire. Cest le triomphe de la foi sans les uvres.

    De toutes les sectes actuelles, celle du Shin-shû est de beaucoup le plus influente ; dans tout lEmpire la moitié des bouddhistes lui appartient. Sa morale facile est très goûtée de ce peuple léger, peu porté aux vertus austères. Ici la très grande majorité de la population obéit aveuglément aux directions de ses bonzes.

    Dans la préfecture de Yamaguchi, le Jôdo-shû compte 16o temples et 142 bonzes, tandis que le Shin-shû en compte 640 et 589 bonzes. Sept autres sectes sont représentées par 672 temples et 470 bonzes, mais plusieurs de ces temples sont de simples petits monastères, où quelques bonzes attendent dans un doux farniente la venue du Nirvâna futur.

    Shintoïsme. Si les petites pagodes shintoïstes se voient ici en aussi grand nombre que partout ailleurs au Japon, très peu de légendes se sont localisées dans ces régions. La fameuse Impératrice mythologique Jingô-Kôgô aurait fait fabriquer ici les jonques de guerre qui lui servirent à envahir la Corée. Autour de son temple de Funagi, on montre encore les rejetons du camphrier géant qui lui fournit le bois nécessaire.

    Les légendes des Taira, clan exterminé près de Shimonoseki (1185) par le clan rival des Minamoto, assurent la vénération populaire à nombre de temples de la région extrême du Hondo. Sur les côtes, certains poissons et mollusques sont considérés comme des in carnations des farouches guerriers ensevelis dans les eaux, dont le visage irrité apparaît toujours sur ces habitants de la mer.

    Tous ces hommes darmes ne périrent pas dans la bataille navale ; de petits groupes senfuirent dans les montagnes et répandirent la terreur dans, le pays. Les croyances populaires les montrent encore tracassant les vivants ; ils se sont métamorphosés en insectes nuisibles aux récoltes. Ainsi, dans le Nagato, pour les chasser, on fabrique un mannequin représentant un de ces guerriers tant redoutés, revêtu de son armure, armé de pied en cap, on linstalle sur un cheval et on le conduit au temple, où le kannushi lexorcise selon tous les rites. Ensuite on le chasse de village en village, jusquà ce que, arrivé sur les bords de la mer, on sen débarrasse en le jetant à leau. Et voilà les paysans tranquilles pour leur récolte de lannée.

    Ici les fêtes shintoïstes ont gardé davantage le cachet des temps primitifs. Les amateurs dantiquité y apprécient surtout les danses sacrées. La physionomie générale de ces danses consiste en un large cercle de personnages diversement costumés ou masqués, qui, tantôt debout, tantôt accroupis, font des contorsions, se meuvent en cadence, au son dun tambourin ou dune flûte dont jouent quelques artistes placés au milieu du cercle.

    Temple de Miya-ichi. Parmi les nombreux temples bouddhistes ou shintoïstes du département, aucun nattire de grandes foules, excepté le temple de Miya-ichi, petite ville du littoral de la Mer Intérieure. La divinité quon y vénère est Tenjin (caractères chinois) ou Sugawara Michizane, ministre dun empereur du VIIIe siècle, dont on a fait, on ne sait pourquoi, le dieu de la calligraphie et des études. Exilé dans lîle de Kyûshû, son bateau serait venu échouer ici, à lemplacement même du temple actuel. Adossé aux contreforts des hautes collines qui couronnent la ville, entouré de jardins superbes, avec une vue magnifique sur le paysage de la Mer Intérieure, ce temple doit une partie de sa renommée au site quil occupe. La fête principale se célèbre vers la mi-novembre. Il ny a jamais alors moins de 50 à 60 mille pèlerins. Les jeunes gens font leurs adorations en caleçon et gilet de coton blanc, des sandales de paille aux pieds, et la tête serrée dans un morceau détoffe généralement rouge. Ce dieu de la sagesse sert de paravent à un culte dégradé : ses fêtes sont de véritables bacchanales.

    Sorcellerie et possession diabolique. Sorciers et autres charlatans du même acabit pullulent un peu partout au Japon. Pourtant les deux provinces de cette préfecture, ainsi que celles qui lavoisinent au nord, sont renommées pour la fréquence des cas de sorcellerie et de possession. Il y a quelque vingt ans, un Allemand le Dr Baelz, de lUniversité Impériale de Tôkyô, en entreprit une étude spéciale. Malheureusement il se confina à lunique point de vue rationaliste et ne vit rien autre que des états morbides dont lhystérie, lhypnotisme ou lépilepsie rendaient compte suffisamment. Quil eût raison pour nombre de cas, personne noserait le nier, mais il reste néanmoins une marge pour lexistence probable de cas sérieux de vrai diabolisme. Le diable est toujours le prince de ce monde, il détient ici un pouvoir occulte, usurpé, mais établi. Tous les caractères apparents marqués dans le Rituel romain pour aider à vérifier les cas de possession, on peut les constater facilement sur de nombreux sujets.

    Au Japon, le diable na pas de nom : cest le renard, le blaireau, le chien ou quelque autre animal appartenant à la faune mythologique qui opère à sa place. Ces idées, attribuant des pouvoirs surnaturels à des animaux, entrèrent au Japon, vers le Xe siècle, et aujourdhui elles sont dans toutes les cervelles.

    Dans les provinces de la préfecture de Yamaguchi, les sorciers sont de deux sortes : les gedô-rnocki (caractères chinois) et les tôbyô-mochi (caractères chinois). Gedô-mochi ou possesseur du gedô. Ce privilège, si on peut lappeler ainsi, est héréditaire dans les familles et est lapanage unique des femmes. Le gedô serait un tout petit animal de la forme dune belette. Quand, dans une famille de gedô-mochi, naît une fille, elle vient au monde accompagnée de 75 de ces petits animaux. Parlez à la fillette et faites bien attention, vous verrez ses 75 petites bêtes venir vous reluquer par tous les interstices des manches de sa robe. Cette fille, au jour de son mariage, entrera dans sa nouvelle famille suivie de toute sa ménagerie. Devenue mère, si elle donne le jour à une fille, voilà encore 75 gedô nouveau-nés avec elle. Vous pensez peut-être que linfortune nest pas si grande ; mais apprenez que ni le mari ni personne ne peut contredire la sorcière dans ses caprices ou ses lubies. Les 75 gedô ses vrais gardes-du-corps, auraient tôt fait de mettre à mal le malheureux étourdi qui sy risquerait. La sorcière, sa famille, ses propriétés, tout est jalousement gardé par les invisibles gedô.

    Les familles de sorciers font régner autour delles la terreur. On les craint et on les fuit. En cas de doute, on ne doit jamais demander à quelquun sil appartient à une famille de sorciers. Le faire serait sattirer sa colère, et larmée de gedô à sa disposition vous en ferait voir de belles. Si vous avez des soupçons, évitez poliment dentrer en relations.

    Tôbyô-mochi est le nom dune autre espèce de sorciers. Primitivement ce nom de Tôbyô désignait une divinité phallique honorée dans une île de la Mer Intérieure, divinité représentée par de petite serpents. Les familles Tôbyô-mochi entretiennent en secret quantité de ces petits serpents, auxquels elles rendent un culte. Plus ces horribles bêtes pullulent, plus la famille et ses affaires prospèrent.

    Les possédés sont appelés kitsune-tsuki, inu tsuki, etc., ce qui peut se traduire possédé du renard, du chien, etc. Quoique le sexe fort ne soit pas à labri de ces accidents extra-naturels, ce sont en grande majorité les femmes qui sont sujettes à ces phénomènes. Dans ces régions, les cas de possession vraie ou fausse sont légion, comme sont légion aussi ceux qui font profession den délivrer par des exorcismes. Dans le bouddhisme japonais, les sectes appelées Shingon et Nichiren sont adonnées particulièrement aux pratiques magiques, et leurs bonzes se distinguent plus que tous les autres dans le métier dexorciseurs.

    La prédominance du sexe faible dans la sorcellerie sexplique facilement, ai lon veut bien se rappeler que la religion primitive des races japonaises, le shintoïsme, renfermait beaucoup déléments qui lapparentaient aux cultes mongols et coréens. Or on sait que, tant chez les Mongols que chez les peuplades coréennes, les pouvoirs surhumains du chamane ou sorcier, héréditaires dans la même famille, étaient surtout lapanage des femmes. La sorcière, dit-on, est encore aujourdhui toute puissante en Corée.

    On voit, par ce qui précède, à quel point le peuple de ces provinces reste prisonnier de toutes les anciennes coutumes.

    J.-B. DUTHU.
    (A suivre) Miss. dOsaka.

    1924/140-151
    140-151
    Duthu
    Japon
    1924
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