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Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) 2 (Suite)

Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) (Suite).
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    Le nouveau Vicariat apostolique
    de Hiroshima (Japon)
    (Suite).

    Etat des esprits pendant la première période dévangélisation. Les années de 1880 à 1895 furent pour le district dOkayama, au point de vue de lévangélisation, une période de prospérité. Tant dans la ville elle-même que dans les chrétientés secondaires, les conversions furent nombreuses et sérieuses. Cétait le beau temps pour la prédication chrétienne. Le missionnaire pouvait réunir facilement un bon nombre dauditeurs payens, qui lécoutaient avec sympathie et tôt ou tard finissaient par se laisser toucher. Cet état des esprits favorable à la diffusion de lEvangile avait alors ses raisons dêtre. Les voici résumées.

    1o. Après des siècles disolement farouche, le Japon sétait enfin ouvert et avait noué des relations avec létranger. Eblouis devant le spectacle de la prospérité matérielle et du développement intellectuel des pays occidentaux, nos Japonais se prirent dun enthousiasme peu commun pour toutes les choses dOccident. Le christianisme eut aussi sa part dans cet engouement pour les nouveautés : il excitait la curiosité et on le tenait en haute estime, même lorsquon ne lembrassait pas.

    2o. Une autre raison, celle-ci particulière au district dOkayama, fut la conversion et le bon exemple de vie chrétienne de la famille du préfet Chisaka. Au Japon, plus peut-être quailleurs, lexemple des grands a une influence décisive sur le peuple. Les premiers missionnaires du XVIe siècle nopérèrent tant de merveilles que parce quils convertirent des Daimyô, que leur peuple sempressa dimiter. Depuis cette lointaine époque, la mentalité de nos Japonais na pas grandement évolué. A Okayama lexemple de la famille Chisaka amena la conversion de la plupart de ceux qui reçurent le baptême pendant les quelques années du séjour de cette famille dans le pays.

    3o. En ce temps-là on ne connaissait pas encore la vie chère. Le P. Vasselon, avec la modeste allocation allouée par la Mission, pouvait entretenir plusieurs catéchistes. Le P. Luneau, grâce à une petite fortune personnelle, put encore augmenter le nombre de ces précieux auxiliaires. Il en eut jusquà cinq, qui sous sa direction se dépensèrent sans relâche pour faire connaître la religion partout où on ne leur fermait pas les portes. Le P. Luneau dans la province de Bizen, le P. Mutz dans celles de Bitchû et de Bingo, ne se lassèrent point de prêcher aux payens par eux-mêmes et par leurs catéchistes. Grâce à leur zèle, ces trois provinces furent évangélisées autant quelles pouvaient lêtre, étant donné les difficultés des communications et létat des esprits, profondément bouddhiste, qui ne permettaient de pénétrer que dans un petit nombre des villages de la campagne.

    Changement dans les esprits. Après lannée 1895, les conversions se firent de plus en plus rares. Ce phénomène sexplique très bien pour peu quon réfléchisse aux changements profonds survenus dans la mentalité du peuple japonais pendant la période commençant cette année-là.

    1o. Les succès de la guerre contre la Chine (1894-95) accélérèrent un mouvement de réaction déjà commencé. Le Japon, prenant conscience de sa valeur, se dit quil valait autant, sinon plus, que les grands pays étrangers tant admirés jusque là. Mais, après la guerre russo-japonaise (1904-1905), ce fut du délire. Depuis lors, si lon reconnaît encore la supériorité de létranger au point de vue économique et industriel, on se dit supérieur à lui au point de vue moral et religieux. Par ailleurs lEtat, en travaillant à rendre au culte de lempereur et au vieux shintoïsme une popularité quils navaient jamais eue, a éloigné dautant les esprits de toute sympathie pour le christianisme, importation de létranger. En un laps de temps fort bref, les missionnaires ont vu disparaître leur auditoire : nos payens montraient beaucoup moins de curiosité à lendroit du christianisme.

    2o. Dannée en année, le prix de la vie a monté, sans que les ressources de la Mission aient suivi la même progression. Au Japon, la loi ne donne aux étrangers ni le droit de propriété eu dehors des ports ouverts, ni le droit dexploitation quelconque. Impossible donc aux Missions de se créer la moindre ressource sur place. Elles dépendent pour vivre des aumônes des pays chrétiens. Or peu nombreux étaient ceux qui comprenaient pourquoi IEglise du Japon ne pouvait se suffire à elle-même. Les aumônes se firent plus rares, alors que pour intensifier lévangélisation, il fallait des sommes plus considérables que par le passé. Au lieu de multiplier les catéchistes comme il laurait fallu, chaque missionnaire dut se contenter dun seul. La propagation de lEvangile en éprouva, est-il besoin de le dire, un recul marqué.

    Par surcroît de malchance, la qualité de ces précieux auxiliaires fut loin daugmenter de valeur. Dans les premiers temps, le missionnaire découvrait facilement parmi ses néophytes de braves gens pourvus dune bonne instruction et acceptant volontiers de travailler au service de la Mission, moyennant une modique rétribution qui leur assurât, à eux-mêmes et à leur famille, le riz de chaque jour. Cétaient pour la plupart danciens samurai, doués de sentiments chevaleresques, que les bouleversements de la Restauration impériale avaient mis sur le pavé. La prospérité économique qui suivit les deux guerres avec la Chine et avec la Russie, leur permit de se procurer facilement des ressources bien supérieures à ce que pouvait payer la Mission ; et le prix de la vie ayant par trop augmenté, on nosa plus leur proposer des places de catéchistes qui leur permettaient difficilement de nourrir leur famille. Le missionnaire dut se contenter de catéchistes de moindre valeur et cela au moment où il aurait été nécessaire davoir des catéchistes plus instruits et plus zélés que dans les commencements. A ces raisons valables pour tout le Japon, il faut en ajouter de spéciales au district dOkayama.

    3o. Le départ de la famille Chisaka, en 1896, fut suivi de lexode dun bon nombre de fonctionnaires de la Préfecture qui lavaient suivie dans sa conversion, et la bienfaisante influence de cette famille disparut avec elle.

    4º. Les deux années 1892 et 1893 furent marquées par deux inondations désastreuses qui détruisirent tout un immense quartier de la ville. Il en résulta une crise de misère à laquelle les chrétiens furent soumis comme les autres. Des néophytes, encore jeunes dans la foi, espérèrent recevoir du missionnaire des secours que celui-ci eût bien voulu leur procurer ; mais ce fut impossible. Il y eut quelques défections. Un plus grand nombre quittèrent le pays pour aller chercher fortune ailleurs, et la chrétienté se trouva diminuée dun bon nombre de ses meilleurs fidèles.

    5o. Longtemps Okayama resta une petite ville de province où la vie sécoulait sans beaucoup dactivité. Un service de petits bateaux incommodes la reliait, il est vrai, aux grandes villes de Kôbe et dOsaka, mais les déplacements restaient toujours difficiles et dispendieux. Tout changea avec louverture de la ligne de chemin de fer en 1894. Okayama ne fut plus quà quelques heures des grands centres. Pour un bon nombre, la tentation daller chercher fortune ailleurs devint irrésistible. Ville sans grande industrie, Okayama est surtout une ville décoles, où le problème quotidien du riz à se mettre sous la dent ne saurait comporter un grand nombre de solutions. Il faut se rappeler aussi que du temps des Daimyô, il était extrêmement difficile dobtenir la permission de faire le moindre petit voyage en dehors des limites de chaque province. Les Daimyô autorisaient difficilement la moindre, odyssée et ne permettaient jamais quon sexpatriât pour toujours. Qui nétait pas samurai ne pouvait espérer contempler les merveilles des villes de Yedo, Kyôto ou Osaka quen se faisant engager à un titre quelconque dans le cortège du Daimyô, lors de sa visite réglementaire à la capitale du Shôgun. Celui qui malgré tout réussissait à quitter sa province était considéré plus ou moins comme déserteur et traître à son pays natal. Pendant des siècles, que de braves gens ont rêvé voir du pays et nont pu quitter le coin du feu ! Aujourdhui quavec la liberté les voyages sont devenus faciles, il semblerait que, chez nos Japonais, les besoins nomades, insatisfaits chez les ancêtres, se soient réveillés tous à la fois dans le cur de leurs descendants, tant le moindre prétexte leur suffit pour émigrer.

    Les grosses affaires comme les centres détudes supérieures sont monopolisés par 2 ou 3 grandes villes, où la jeunesse du Japon entier accourt chaque année par milliers, soit pour tenter la fortune, soit pour y poursuivre des études qui mèneront à la richesse et aux grasses sinécures. Un jeune homme a-t-il terminé son Université et obtenu une place à la hauteur de son savoir, la série des voyages commence pour de bon. Un fonctionnaire, dans tout le cours de sa carrière, peut sattendre à faire une bonne douzaine de postes. Un professeur parcourra du nord au sud du pays au moins un nombre égal détablissements. Un employé de commerce fera de même à peu près tout le tour du Japon, sans compter Formose, la Corée et la Chine. Mais le rêve des rêves est de pouvoir passer quelques années à voyager en Europe et en Amérique.

    Doù vient à nos Japonais ce goût de la vie errante ? Il y en a qui répondent à cette question en rappelant quau point de vue ethnologique la race japonaise sapparente aux races de pêcheurs, races pour lesquelles la vie aventureuse et vagabonde conserve toujours un attrait spécial. Et puis une famille a si peu de meubles quun déplacement se fait à peu de frais. On vante la simplicité de la vie japonaise : je constate quelle favorise linstabilité des foyers. Tant que les voyages ont été difficiles, la tentation démigrer a été moins forte ; mais avec louverture des lignes de chemin de fer et le bas prix des billets, on ny a plus résisté.

    Ces migrations ont fait perdre au poste dOkayama en quelques années plus de néophytes quil nen a enregistré de nouveaux. Partis vivre ailleurs, le plus grand nombre a continué de pratiquer sa religion ; on trouve partout, dans les grands centres, des colonies danciens chrétiens dOkayama.

    Cela ne veut pas dire que parmi les fidèles restés au pays, il ny ait eu aucune défection. Dans certains livres en usage dans les écoles, jai vu signalé comme un des défauts du peuple japonais, le manque de persévérance dans les desseins, la versatilité de lesprit. Ce point faible doit être plus apparent chez les habitants de certaines provinces. Chez les gens du Bizen, ce défaut est très prononcé. Le baptême ne les guérit malheureusement pas tous et, une fois repris par lindifférence, il faut presque un miracle pour les en retirer. Ces défections se produisent souvent quand le missionnaire chargé du poste vient à changer.

    Ainsi, pour des causes diverses, le district dOkayama a connu la prospérité et lépreuve ; mais il compte aujourdhui quelques centaines de bons et fidèles chrétiens, dont le nombre augmente chaque année dà peine quelques unités, il est vrai, mais cest là le lot de toutes nos chrétientés dans le Japon daujourdhui.

    A qui sadresse la prédication chrétienne ? On peut diviser la population en deux classes : celle des intellectuels et le menu peuple.

    Classe des intellectuels. On en trouve des représentants même dans les campagnes, mais ils sont plus nombreux dans les villes.

    Il y a 20 ou 25 ans, cétaient les kangakusba (caractères chinois), gens férus de littérature chinoise, pour qui Confucius était le Maître par excellence. A les entendre, la question religieuse nexiste pas; la religion est un travers quil faut pardonner aux ignorants. Ce qui ne les empêchait nullement de faire des actes de bouddhistes ou de shintoïstes toutes les fois quil était, à leur avis, de bon ton de les eire. En face du christianisme, ils prenaient de grands airs de supériorité ; ergoteurs et retors, les discussions duraient avec eux des années sans avancer dun pas.

    Cette espèce a disparu aujourdhui ; elle est remplacée par une autre qui ne vaut pas mieux : les intellectuels sortis des Universités. Farouches agnostiques, ils vous disserteront sur toutes les religions du globe, pour conclure, en fin de compte à la supériorité des religions japonaises. Ils ont lu maints ouvrages anglais ou allemands, voire même français ; ils connaissent toutes les objections contre le christianisme, mais ne sont nullement curieux den connaître la solution. Au demeurant, pratiquer à loccasion les religions nationales ne leur déplaît pas le moins du monde.

    Le menu peuple. Le menu peuple est inféodé au bouddhisme à quoi le rattachent de multiples superstitions. Ici la secte de Nichiren est prépondérante. Ainsi quon la dit, cest la secte la plus fanatique et la plus agressive de toutes. Entamez-vous la question religieuse avec un de ses adeptes ? Tout de suite il prendra loffensive, vous laissera à peine parler et ne cherchera quà vous imposer ses idées.

    Les autres sectes se laissent aborder plus facilement, et cependant, si votre interlocuteur est un convaincu, il ne vous comprendra pas, il ne vous écoutera même pas. Aures habent et non audient. Les sectes japonaises, shintoïstes ou bouddhistes, peu importe, frappent leurs adeptes tant soit peu sérieux dune sorte danesthésie mentale qui les rend presque réfractaires à lEvangile.

    La chose nest pas absolument inexplicable. Les religions japonaises renferment toutes un minimum de religiosité, qui, si frelaté soit-il, nen soulève pas moins la nature humaine au dessus des idéals vulgaires. Quelles fantaisies et quels désordres se mêlent à tout cela ! On ne le remarque même pas. Lorgueil insulaire et un patriotisme mal compris aidant, cette religiosité satisfaite suffit à nos Japonais pour quils tiennent leur secte pour justifiée comme système religieux. Ils demeurent inébranlables aux critiques, de quelque côté quelles puissent surgir, fût-ce les critiques de la logique du sens commun.

    La prédication de lEvangile atteint principalement les âmes naturellement chrétiennes, à qui les religions payennes inspirent une répulsion quasi instinctive. Ces âmes, plus nombreuses quil ne paraît à première vue, si on réussit à les approcher, finissent par se convertir et deviennent foncièrement chrétiennes. Un autre groupe de payens qui sont encore abordables est celui de ces âmes neutres, peu dévotes envers les idoles, mais plutôt par manque desprit religieux ou par indifférence envers le monde invisible, quel quil puisse être, que par naturelle rectitude de cur. Quand la prédication chrétienne atteint ces âmes, le christianisme est trop raisonnable pour quà la fin il ne les subjugue point. Mais il reste toujours que la partie sensible nest pas touchée chez elles. La religion reste trop à létat de théorie, et ce sera parmi les néophytes venus de ce groupe quon verra ces chrétiens, le désespoir du missionnaire, redevenant facilement indifférents pour peu que les circonstances leur en fournissent loccasion.

    Cest ainsi que nos petites chrétientés comptent et une élite et un vulgus, comme partout sur la surface de la terre, et que le pourcentage de ceux qui se laissent atteindre par la prédication de lEvangile est malheureusement bien faible.

    Il faut ajouter quau Japon le catholicisme ne fait pas encore assez grande figure pour forcer lattention des ignorants, qui sont légion, et des distraits, qui ne manquent pas non plus. On ne le compte que pour une des nombreuses sectes du christianisme : personne ne lui donne le premier rang.

    Pour nos Japonais, le principe de la supériorité des nations protestante est un de ces axiomes quil serait malséant de vouloir mettre en discussion. Ce sont les pays protestants, lAngleterre, lAmérique et lAllemagne, qui occupent surtout les esprits curieux des choses de létranger. Quant aux pays catholiques, on nest pas loin de les considérer comme des pays inférieurs au Japon à tous les points de vue. Lidée quon se fait de la religion catholique se ressent de cet état des esprits. Pour la classe instruite, ce nest quune forme inférieure du christianisme. Pour le menu peuple habitué aux mille sectes des religions Japonaises, le catholicisme quil nomme Kyûkyô caractères chinois (vieille religion ; le protestantisme est appelé Shinkyô caractères chinois, nouvelle religion), nest tout au plus quune des plus anciennes parmi les sectes chrétiennes, et à ce titre un peu religion arriérée. Cest seulement pour le petit nombre que le catholicisme est une bonne religion, quon estime et apprécie, mais dont on se tient encore éloigné. Notamment, tout le monde est foncièrement persuadé de ce que répètent à tout propos journaux et revues, fonctionnaires et savants, à savoir, que chaque pays a sa religion ; quau fond toutes les religions, sadressant à la divinité, se valent par le fait même ; quon nest bon Japonais que si lon honore les vieilles divinités du pays et que religion et nationalité vont de pair. Ces idées et dautres semblables font que, dans les provinces du district dOkayama, on observe en général, à légard du catholicisme, un respect dédaigneux qui consiste à le tenir à lécart. Comparés aux populations des grands centres, les habitants de la préfecture dOkayama sont encore bien arriérés.

    Pourtant, à part quelques fanatiques, les gens sont trop doux de caractère, trop curieux des nouveautés et desprit trop ouvert, pour se laisser aller contre le christianisme à des actes de haine irraisonnée. Mais va-t-on un peu avant, dès quon saperçoit que notre Dieu est un Dieu jaloux, qui ne saurait admettre aucune compromission avec les idoles et les vieilles coutumes superstitieuses du pays, alors plus de politesse ni de ménagements ; on le traite en trouble-fête, ennemi du repos public. A la ville comme à la campagne, le refus de participer aux fêtes religieuses locales cause chaque année aux chrétiens maints désagréments. Ce nest pas fait pour encourager les timides.

    Prédication. Pour propager lEvangile, les missionnaires nont pu employer à Okayama que la prédication en public et les visites et exhortations per domos. Les PP. Vasselon, Luneau et Mutz ont prêché, soit par eux-mêmes, soit par leurs catéchistes, partout où ils ont pu pénétrer, et, sils avaient rédigé leur journal, nous pourrions présenter au lecteur plus dun récit où il verrait comment bonzes et autres sy prenaient, en ce temps-là, pour procurer au missionnaire mainte séance tumultueuse, où ne manquaient ni les pierres lancées, ni les coups donnés, sans compter les interruptions saugrenues ou les discussions animées. Leurs successeurs continuèrent quelques années durant les mêmes prédications publiques ; mais ce furent des prédications paisibles, où les auditeurs étaient très rares. Les missionnaires essayèrent bien de rendre les réunions plus attrayantes en recourant aux projections ou au phonographe : ils ne réussirent pas mieux à réunir un auditoire convenable. Plusieurs fois, on fit lexpérience de louer un théâtre ou quelque grande salle de conférence ; on invitait quelques confrères et catéchistes orateurs : théâtre et salle se remplissaient difficilement, et le résultat immédiat était peu visible. Organiser ces grandes conférences coûtait cher et, avec le renchérissement de la vie, il fallut y renoncer.

    Ce à quoi on ne renonça jamais, ce fut la prédication per domos, prédication sans apparat, mais plus fructueuse. Cette prédication là na jamais chômé et a donné des résultats, insignifiants, si on les compare aux chiffres des conversions dans certaines missions plus favorisées, mais égalant la moyenne de ce que dans les mêmes conditions ont obtenu les autres missionnaires du Japon.

    Pendant ce temps, le missionnaire sest appliqué plus spécialement à compléter léducation chrétienne des néophytes anciens et nouveaux par létude du catéchisme. La formation à la piété na pas été négligée. Létablissement de lApostolat de la Prière en 1911 a donné un grand élan à la dévotion au Sacré-Cur et mis en honneur la fréquentation des sacrements.

    Société de Dames chrétiennes. Pendant la guerre russo-japonaise, les dames catholiques formèrent une Association de charité, dans le but daccomplir leur devoir patriotique et chrétien envers les soldats de passage à la gare dOkayama, Nuit et jour, à tour de rôle, elles se trouvaient à leur poste. Comment leur bonne volonté fut-elle appréciée en haut lieu ? Il suffira, pour répondre à la question, de dire quaprès le traité de paix, la petite Société reçut du gouvernement japonais un certificat de loyaux services, accompagné de trois coupes en argent au chiffre de la Maison impériale. La société des dames protestantes, pourtant mieux outillée que celle des catholiques, reçut les mêmes dons, mais les coupes nétaient quen belle laque, différence de traitement qui, à lépoque, fut remarquée dans le pays. Après la guerre, cette Société devint une Association imitant de loin la façon de faire des Conférences de St-Vincent de Paul. Les cotisations des membres permettaient de visiter régulièrement les quartiers pauvres de la ville et dy baptiser en même temps nombre de petits moribonds. Ces dernières années, les principales chrétiennes qui dépensaient à cette bonne uvre et leur savoir-faire et leurs loisirs, ont dû quitter Okayama et nont pas été remplacées. Luvre existe toujours, mais ne produit plus autant de bien que dans les premiers temps.

    uvre de Jeunesse. Okayama compte aussi un petit groupe de jeunes gens, membres de la Jeunesse Catholique du Japon. Par leur entrain, ils font lédification de la paroisse et sont toujours là pour donner un coup de main dès quil faut, soit orner léglise les jours de fête, soit distribuer des tracts religieux aux payens. A Noël et à Pâques, les enfants du catéchisme donnent une petite fête qui attire chrétiens et payens. Les jeunes gens mettent tout leur savoir faire à la réussite de ces solennités.

    J.- B. DUTHU,
    Miss. dOsaka.

    1924/70-79
    70-79
    Duthu
    Japon
    1924
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