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Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) 1

Le nouveau Vicariat apostolique de Hiroshima (Japon) (Suite)
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    Le nouveau Vicariat apostolique
    de Hiroshima (Japon)
    (Suite)

    Fondation de la chrétienté de Haga-mura. Quand fut fondé le district dOkayama, il fut placé sous le patronage de Saint Jacques Kizaemon, lun des 26 Martyrs japonais canonisés par Pie IX. On savait le Saint originaire dun des villages des environs dOkayama, et le missionnaire se promettait bien de ne rien négliger pont en découvrir les traces. Quelque temps après larrivée du P. Vasselon, son catéchiste F.-X. Miyake rencontra une de ses anciennes connaissances, nommé Imai Kiroku, natif du village de Haga. Après les lieux communs dusage, la conversation vint sur la religion. Imai finit par confier à son interlocuteur quautrefois, dans son village, il y avait eu des chrétiens mis à mort pour la foi. Le P. Vasselon, mis au courant, fit plusieurs voyages à Haga, essayant de faire connaissance avec les habitants et espérant y découvrir, sinon comme à Nagasaki des chrétiens ayant persévéré en secret dans la foi, au moins quelque descendant du Martyr. Il se heurta au mutisme le plus absolu ; personne ne voulut rien dire. Tout ce que le Père parvint à arracher, après beaucoup defforts, à ces paysans défiants fut quon se souvenait, en effet, quil y avait eu un homme du village crucifié pour la foi à Nagasaki ; on lappelait Kiemon (en réalité, saint Jacques avait nom Kizaemon). Cela se passait en 1882 et, pendant tout son séjour à Okayama, le P. Vasselon ne put en savoir davantage.

    En 1886, le P. Luneau venait de succéder au P. Vasselon, quand il reçut un jour la visite dun jeune homme de Haga, ancien gendarme, nommé Ihara Buichirô, qui venait demander à être instruit de la religion. Ce jeune homme nappartenait pas à la famille du Martyr ; mais par lui on apprit que, dans le village, les descendants du Saint existaient toujours. Cétait le 17 mars, jour anniversaire de la découverte des chrétiens à Nagasaki.

    Le P. Luneau se hâta de profiter des renseignements donnés par le jeune homme et envoya un catéchiste à Haga. Celui-ci apprit, de la bouche même des descendants du Martyr, que sa mémoire sétait perpétuée dans la famille. Ils lui montrèrent lemplacement et quelques ruines de la maison de saint Jacques, à côté dune fontaine. Le vieux mot de Kirishitan (chrétien) avait même survécu dans la localité. On désignait sous ce nom un bouquet darbres, voisin de la propriété de la famille Ichikawa. Cétait le nom de famille des descendants du Saint.

    Dans tous ces événements, le missionnaire vit clairement une indication de la Providence. Il résolut de consacrer sans retard tous ses efforts à lévangélisation de ce village. Le P. Luneau et ses catéchistes y multiplièrent leurs visites et leurs prédications. La maison de Ihara servait de pied-à-terre et de lieu de réunion. Ihara fut baptisé le 9 août 1888 et reçut le nom de Jean-Baptiste. La conversion de la famille de saint Jacques fut plus difficile. Il fallut user de tous les moyens pour décider ces braves gens à venir écouter la prédication chrétienne et à sinstruire des vérités de la Religion. A la fin pourtant toute la famille se décida à se préparer au baptême, qui lui fut conféré le jour de Noël 1888. Pour maintenir ces néophytes dans leur bonnes résolutions, le P. Luneau fixa un de ses catéchistes au milieu deux. Justement la famille Ichikawa avait accepté de céder sa maison à la Mission pour en faire le lieu de réunion de la nouvelle chrétienté. Le catéchiste J.-B. Suzuki sy établit. Ce fut un malheur que le choix du P. Luneau tombât sur cet homme, qui venait de donner à Yamanô une preuve manifeste de manque de jugement. Ses autres qualités, réelles par ailleurs, ne pouvaient compenser ce défaut capital.

    Les payens de Haga-mura avaient vu dun très mauvais il lintroduction de la religion chrétienne dans leur village et, dès les premiers jours, montré aux néophytes une hostilité féroce. Cest que le village tout entier était inféodé à la petite secte bouddhique Fujufuze (V. Bull. Nº 23). Les adeptes de cette secte sont célèbres dans le pays pour leur fanatisme. La prudence élémentaire, pour qui avait la moindre connaissance du pays, demandait une grande attention à ne pas les froisser sans raison grave. Or il y a parmi eux une superstition qui veut que, le troisième mois lunaire, le jour appelé Tensha-nichi (littéralement : jour du temple céleste caractères chinois), ce soit un sacrilège de remuer la moindre motte de terre. Le catéchiste Suzuki, sans autre raison que de montrer quil navait cure de cette ridicule superstition, se mit ce jour-là à bêcher ostensiblement les quelques mètres carrés qui lui servaient de jardin potager. Cet acte excita la colère des payens. Ils mirent dès lors les chrétiens au ban du village et allèrent jusquà vouloir leur interdire lusage du puits commun. Il fallut en appeler aux tribunaux. Les chrétiens chargèrent un avocat de défendre leur cause. Ils avaient pour eux une coutume immémoriale que la question de religion ne pouvait abolir. Aussi le tribunal leur donna raison. Cétait en 1892. Le chiffre des chrétiens était déjà monté à 30 dans ce petit village. Les payens, battus devant la justice, ne désarmèrent pas ; leur haine en devint même plus féroce. Mis au bau du village, les jeunes chrétiens, avec le temps, commencèrent à faiblir. Les vieillards persévérèrent jusquà la mort, mais, quand ils ne furent plus là pour soutenir leurs fils et leurs filles, tout se débanda, et aujourdhui il ne reste, dans la patrie du saint Martyr, quune seule famille catholique, qui est même venue dailleurs.

    Le P. Luneau, vers le temps où il découvrait à Haga-mura les descendants de saint Jacques, apprit lexistence, en pleine ville dOkayama, dune maison danciens chrétiens. Cette maison, habitée par une famille Uchida, était entièrement décorée de croix : chaque tuile de la toiture, chaque poutre de la façade en portait le signe. Et, détail remarquable qui affirmait bien lidée chrétienne, ces croix avaient non la forme ordinaire du chiffre 10 japonais (caractères chinois), mais celle dune croix potencée, connue dans la famille sous le nom de cxuz no mon (emblème de la croix). Les ancêtres chrétiens avaient voulu perpétuer ainsi le souvenir de leur religion et placer leurs descendants sous la protection de ce signe sacré. Le jour de la Toussaint 1888, le chef de la famille Uchida, par la réception du saint baptême, renouait, sons ce toit sanctifié, la succession des serviteurs du vrai Dieu. Malheureusement il ne put décider les autres membres de sa famille à imiter son exemple. Il mourut en 1894. Depuis lors sa famille sest dispersée et la maison des ancêtres a été vendue à des étrangers payens.

    Le Père Mutz. Parti de France en 1885, le P. Mutz venait à peine de débarquer au Japon quand le P. Luneau, à un de ses voyages à Osaka, obtint de lemmener avec lui à Okayama. Il y arriva au commencement de janvier 1886. Cest dans ce district quil a passé la plus grande partie de sa vie de missionnaire (de 1886 à 1896 ; il est mort en 1898). Dès le début, le P. Mutz sappliqua avec ardeur à létude de la langue japonaise. Ses progrès rapides le mirent à même de confesser et de prêcher au bout de quelques mois. Mgr Cousin, sur sa demande et pour soulager le P. Luneau, lautorisa à se fixer à Tamashima, avec la charge de toutes les chrétientés de la partie ouest du district dOkayama. Homme humble et modeste, le P. Mutz voulut rester toujours en sous-ordre et nêtre que le vicaire ad exteros du P. Luneau. La vie matérielle nétait rien pour lui. Il se contentait dune maigre nourriture japonaise, que parfois même il oubliait de prendre. Un jour, il tomba dinanition, après sêtre égaré sur le chemin de Yamanô, et se vit réduit à demander un peu de riz à des bûcherons quil rencontra sur sa route. Dans une autre circonstance, il arriva au sommet de la montagne de Yamanô trop tard pour prendre son repas du soir avant minuit. Or il avait déjeuné le matin à 10 heures et il ne put rompre le jeûne que le lendemain à 11 heures, après avoir fait ladministration de la chrétienté.

    Tel était le P. Mutz quand il vint sétablir à Tamashima. Il amenait avec lui un jeune homme, Paul Wakabayashi, originaire de la province de Bingo, baptisé à Okayama en 1886 et qui devait rester avec lui jusquà sa mort, Ce chrétien exerce encore aujourdhui les fonctions de catéchiste à Yamaguchi. Missionnaire et catéchiste étaient jeunes et pleins dardeur ; lun et lautre se mirent résolument à la besogne.

    Fondation de la chrétienté de Fukuda-Shinden. Le P. Muez ne restait pas confiné dans la petite ville de Tamashima. Il saisissait la moindre occasion de rayonner dans le pays autour de lui. Un jour, le hasard lui amena un payen, Ono Shimpei, originaire de Fukuda-Shinden, à 3 lieues à lest de Tamashima. Ce village était de formation récente. Le gouvernement, pendant de longues années, avait fait exécuter des travaux immenses, pour récupérer de vastes superficies de terrain sur les côtes de la mer Intérieure. Puis il avait livré ces terres nouvelles à la culture ; des agglomérations sy étaient vite formées. Au point de vue religieux, ces villages présentaient lavantage de navoir encore ni pagodes, ni bonzes ; les paysans, venus dailleurs, nétaient encore affiliés à aucune secte. Si le catholicisme arrivait à sy implanter le premier, on pouvait espérer de nombreuses conversions.

    Ces terres sont excessivement favorables à la culture du riz ; en revanche tout le pays est très malsain. Leau bourbeuse quon y boit a la spécialité dun bacille quon ne trouve ailleurs, dit-on, que dans certaines régions de lAsie Mineure et de lAfrique. Ce bacille, qui est nue espèce de distoma, passe de leau dans le poisson et même dans les légumes. Il suffit de boire de leau non bouillie, de manger du poisson ou des légumes insuffisamment cuits, pour en être infecté. Une fois dans le corps, cest pour la vie : on ne réussit jamais à len déloger. Il vit en parasite qui ne tue pas, mais qui affaiblit peu à peu. Aussi les habitants de ces parages ont toujours un air maladif, une figure terreuse. Les gens robustes y sont rares.

    Le P. Mutz ne se laissa pas arrêter par le fameux bacille, on le pense bien. Il fit de nombreuses visites en compagnie de son catéchiste ; en particulier, la conversion du payen Ono lui coûta beaucoup de peines. Il réussit pourtant à le baptiser en 1888, et bientôt plusieurs autres familles suivirent cet exemple. Sur ces entrefaites, plusieurs parents de F.-X. Miyake, catéchiste dOkayama, convertis par ses soins, se trouvant à létroit dans leur village, vinrent sétablir à Fukuda-Shinden, où ils purent obtenir des terrains à bon compte. Le premier chrétien, Ono Shimpei, quitta le pays pour aller sétablir dans la grande île du sud, le Kyûshû. En 1897, il vendit à la Mission sa maison, qui fut transformée en oratoire et en pied-à-terre pour le missionnaire. Cet était de choses dure encore aujourdhui.

    Le P. Mutz mit tout son zèle à former ces néophytes à la vie chrétienne et les visita régulièrement pendant tout le temps de son séjour dans le district dOkayama. Il nétait arrêté ni par la pluie ni par la neige. Un jour, un payen de Fukuda-Shinden linvite à venir donner une conférence dans sa maison. Le jour est immédiatement fixé. Le payen, désireux de comparer les religions étrangères, invite également le pasteur protestant et le pope russe. Au jour fixé il faisait un temps affreux ; mais le P. Mutz arrive à lheure dite, accompagné de son catéchiste ; le pope et le révérend ne parurent point. Ce simple fait toucha le payen, qui peu après devint catholique. Ainsi fut fondée la chrétienté de Fukuda-Shinden. Depuis cette époque, le nombre des chrétiens ny a guère changé. Les fidèles nont pu réussir à convertir leurs voisins payens, avec lesquels dailleurs ils vivent en bons termes. Le pays malsain ne retient pas la jeunesse, aussi la chrétienté y reste stationnaire.

    Fondation de la chrétienté de Kasaoka. Le catéchiste du P. Mutz, Paul Wakabayashi, avait un frère habitant Kasaoka (10.000 h.), petit port sur la mer Intérieure, à 5 lieues à louest de Tamashima. Le Père résolut de profiter de cette circonstance pour essayer dimplanter le catholicisme dans cette petite ville. Le frère du catéchiste fut assez vite converti. Dun autre côté, un certain Yamaguchi avait reçu le baptême à Okayama et, comme il avait des parents à Kasaoka, on espéra un moment les convertir aussi. Mais le succès ne répondit pas au zèle du missionnaire. Pourtant le P. Mutz ny ménagea pas sa peine. Dès quil eut baptisé un petit groupe de personnes à Kasaoka, il voulut leur procurer le bonheur dassister à la messe chaque dimanche. Il obtint la permission de biner et, malgré la distance de 5 lieues qui sépare Kasaoka de Tamashima, il sy rendait chaque dimanche pour y célébrer une seconde messe. Il ne se départit de cette habitude que lorsque sa santé ne lui permit plus de la conserver.

    Son extérieur modeste et recueilli lui avait valu le titre de saint homme; les payens eux-mêmes le désignaient sous ce nom et ne pouvaient sempêcher de le respecter. A Kasaoka, où il travaillait de toutes ses forces à combattre les protestants établis depuis longtemps dans la ville, le ministre américain faisait en ces termes, devant ses adeptes, léloge public du missionnaire : Ne dites aucune injure à ce prêtre catholique ; cest un saint, que nous ne pouvons pas imiter, mais que nous devons vénérer.

    Malgré sa vertu et tout son zèle, le P. Mutz narriva jamais à former à Kasaoka un groupe de vrais chrétiens. Aujourdhui il nen reste que quelques baptisés, tièdes dailleurs.

    Fondation de la chrétienté de Fukuyama. Fukuyama est une ville à louest de Kasaoka, port de mer et capitale de la province du Bingo. Elle compte aujourdhui 29.000 âmes. Le catéchiste Paul Wakabayashi était précisément originaire de cette ville. Le P. Mutz résolut de porter lévangile dans cette région, en sappuyant sur les parents et les amis de son catéchiste. Pour mieux y réussir, jugeant sa présence moins nécessaire à Tamashima, il vint sétablir à Fukuyama en 1889, et désormais il partagea son temps entre Tamashima et Fukuyama, suivant les nécessités de ladministration de ses chrétientés. Le missionnaire eut dès les premiers jours la joie dadmettre au baptême deux jeunes gens appartenant à lune des meilleures familles de la ville, les deux frères Saiki. Ces deux nouveaux chrétiens furent pendant quelques années pieux et fervents. Malheureusement ils ne persévérèrent pas et déçurent les espoirs quon avait fondés sur eux.

    Quand, en 1896. le P. Mutz quitta le district dOkayama, il pouvait se rendre le témoignage davoir fait uvre dapôtre. Il avait fondé en quelques années trois nouvelles chrétientés, consolidé et développé les deux autres, fondées avant lui par le P. Vasselon. De son côté, le P. Luneau navait rien négligé pour affermir la foi dans les curs de ses chrétiens dOkayama et en augmenter le nombre. Avec ses 3 ou 4 catéchistes, il multiplia les conférences aux payens dans divers quartiers de la ville, et, quand il quitta Okayama en 1896, la Mission catholique était connue partout. On a vu plus haut tout ce que la fondation de la chrétienté de Haga-mura lui coûta de peines et de soucis. Entre temps, il secondait son vicaire, le P. Mutz, de toutes ses forces et laccompagnait à loccasion dans ses visites aux nouvelles chrétientés. Un temps même il fut chargé dévangéliser la ville de Takamatsu, située en face dOkayama, de lautre coté de la mer Intérieure, dans lîle de Shikoku. Là il se buta à une population bouddhiste, réfractaire à la prédication chrétienne et ne put convertir une seule âme.

    Missionnaires qui ont eu la charge du district dOkayama. Le P. Vasselon, fondateur du district, de février 1880 à octobre 1885. Mort évêque dOsaka en 1896. Il administra 173 baptêmes.

    Le P. Luneau, de novembre 1885 à novembre 1896. Mort vicaire général du diocèse dOsaka en 1914. Il administra 836 baptêmes.

    Le P. Daridon, de novembre 1896 à mars 1898. Mort à Hongkong le 1er décembre 1921. Il administra 49 baptêmes.

    Le P. Relave, de mars 1898 à mai 1899. Il administra 59 baptêmes.

    Le P. Duthu, de mai 1899 à novembre 1921. Il administra 934 baptêmes.

    Le P. Rey, de novembre 1921 à 1923.

    District de Fukuyama. Le district de Fukuyama fut établi en 1895. Pour le former, on détacha du district dOkayama, les territoires des deux provinces de Bitchû et de Bingo. Plusieurs missionnaires se sont succédé à la tête de ce district.

    Le P. Mutz, fondateur du district, de 1889 à 1895. Mort en 1898.
    Le P. Fage, 1895.
    Le P. Prosper Ferrand, 1896.
    Le P. Rey, 1897 à 1899.
    Le P. Roland, 1899 à 1911.
    Le P. Rey, 1911 à 1912, année où ce district fut réuni à celui de Tamashima.

    Pendant de longues années les missionnaires en résidence à Fukuyama habitèrent des maisons de location. En 1902, la Mission acheta dans la rue Higashi-machi une maison japonaise assez jolie, mais qui à lusage se trouva mal placée, trop à lextrémité de la ville. On la revendit en 1912, quand le poste de Fukuyama fut supprimé.

    District de Tamashima. Tamashima fut érigé en district en 1899. Cette même année, la Mission avait acheté dans la rue Nishimachi une ancienne hôtellerie pour servir dhabitation au missionnaire. La propriété nest pas très grande et la maison, mal orientée, est peu confortable en été. Loratoire et les appartements du missionnaire sont à létage ; le rez-de-chaussée sert de salle de réunion. Une petite maison pour les domestiques complète linstallation.

    Les chrétientés de la province de Bitchû nétaient restées rattachées au district de Fukuyama que pendant une douzaine de mois, puis elles avaient été confiées de nouveau au missionnaire en résidence à Okayama. Lannée 1899, ces chrétientés furent érigées en un district spécial appelé district de Tamashima, du lieu de résidence du missionnaire. En ont eu la charge :

    Le P. Hébert de 1899 à 1912, mort à Hongkong en 1917 ;
    Le P. Rey, de 1912 à 1921, époque où ce missionnaire fut transféré à Okayama, avec la charge des quatre provinces de Bizen, Mimasaka, Bitchû et Bingo, comme dans les premières années de lévangélisation de ces contrées.

    Okayama : église et presbytère. La Mission catholique installée dans la rue Yumi-no-chô se sentit vite à létroit. La propriété était exiguë ; les bâtiments, modifiés vaille que vaille, tombèrent rapidement de vétusté. En particulier, loratoire provisoire était délabré et les appartements du missionnaire, bas et humides, étaient malsains. Notre Mission venait dêtre séparée de celle du Japon Méridional (Nagasaki). Le nouveau Vicaire Apostolique, Mgr Midon, dès Sa première visite (1888), conçut le projet de doter la chrétienté dOkayama dune église capable de faire honneur à notre sainte religion. A cet effet, il fit lacquisition dun terrain voisin, spacieux et mieux orienté, non loin de certains édifices publics, comme la préfecture, la police, le tribunal et lécole normale. Cétait en 1889. Il fallut attendre dix ans avant de pouvoir commencer la construction projetée : les fonds manquaient. Heureusement M. lAbbé Marnas (aujourdhui Mgr Marnas, évêque de Clermont) pendant ses voyages au Japon, avait eu loccasion de voir de près cette chrétienté si intéressante. A son retour eu France, la Providence lui fit rencontrer une pieuse chrétienne qui avait voué une église à N.-D. des Sept-Douleurs. Cette bonne dame se laissa persuader dériger cette église à Okayama.

    La cérémonie de la pose de la première pierre eut lieu le 15 octobre 1898 ; Mgr Chatron la présida, entouré de quatre missionnaires. Sur le parchemin scellé dans la pierre, à côté de la signature de lévêque et des missionnaires présents, F.-X. Miyake, catéchiste de la première heure, le vénérable Joseph Urakami Hotori et le médecin Luc Okada, représentants de la chrétienté, apposèrent leur nom.

    La construction de la nouvelle église fut confiée à un charpentier chrétien dOsaka, Antoine Takeda, qui avait déjà lhabitude de ce genre de travail.

    Mgr Chatron procéda, le 29 septembre de lannée suivante, à la bénédiction de ce nouveau temple consacré à Dieu. Une quinzaine de missionnaires assistaient à la fête. Le maire de la ville, un représentant du préfet et plusieurs notabilités tinrent à honorer de leur présence linauguration de ce qui était certainement le plus beau monument de toute la région.

    Léglise est de style roman. Toute la bâtisse est en bois revêtu dune forte couche de mortier. La façade seule est en briques, dont des ornements en granit blanc du pays corrigent la monotonie. Le tout est du plus joli effet. A lintérieur, la nef est soutenue de chaque côté par des colonnes en keyaki, bois très apprécié des Japonais, extrêmement dur, dont les nervures rappellent le chêne. La statue de saint Jacques Kizaemon, placée au fond, domine le chur et lautel. Cette statue, de grandeur naturelle, a été exécutée à Lyon sous la direction de M. lAbbé Marnas ; elle représente le Saint en costume japonais contemplant le crucifix, pour remémorer sa grande dévotion à la Passion du Sauveur. Les deux autels latéraux sont consacrés, lun à N.-D. des Sept-Douleurs, lautre à saint Joseph. Une grande statue du Sacré-Cur et une de N.-D. de Lourdes ornent lentrée du chur. Tout le monument a un grand caractère de simplicité qui plaît à nos Japonais.

    Léglise est séparée de la rue par un jardin planté darbres. Sur le côté nord de ce jardin sélève une belle salle de conférences pouvant contenir de 200 à 300 personnes avec une maison dhabitation pour un catéchiste.

    Le presbytère, construit en arrière de léglise, na été bâti quen 1907. Cest une maison en bois, à leuropéenne, pouvant servir de résidence à plusieurs missionnaires. En dehors des maisons de logement pour les personnes de service, il reste encore un terrain assez vaste pouvant être utilisé plus tard pour dautres uvres. Ainsi, au point de vue matériel, le poste dOkayama est lun des mieux installés dans toute la Mission dOsaka.

    Cimetière et dévotion envers les morts. A Okayama, les collines rapprochées de la ville servent de cimetière depuis plus dun siècle. Sur ces collines chaque famille du pays possède un cimetière familial de quelques mètres carrés. La crémation des corps est assez répandue parmi les bouddhistes de la ville, mais elle est moins commune dans les campagnes. Les chrétiens originaires de la ville continuent toujours à se faire ensevelir dans le cimetière familial : ils tiennent à dormir leur dernier sommeil à côté de leurs ancêtres, Les autres, qui navaient pas les mêmes facilités, ont fait en 1894 lacquisition dun terrain pour leur servir de cimetière. Dun accès un peu difficile, il est assez vaste pour servir de sépulture à 200 personnes.

    Nos Japonais se vantent dêtre de fervents adeptes du culte des ancêtres, et en réalité leur culte nest quun vain formalisme superstitieux. Aux époques fixées par une coutume séculaire, ils font les gestes rituels voulus, mais lâme et le cur en sont absents. Il leur manque ce qui est au fond du culte chrétien des morts, lidée de lau revoir, Cette idée nous semble si naturelle à nous, chrétiens, que nous avons peine à comprendre quon puisse ne point lavoir. Hélas ! Même nos néophytes ny arrivent quavec beaucoup de peine et il leur faut des années. Ils ont abandonné, cela va sans dire, tous les antiques gestes rituels du paganisme ; mais ils restent longtemps dépaysés devant leurs nouveaux devoirs envers les morts. Le missionnaire doit souvent leur rappeler lobligation dentretenir les tombes de leurs morts comme aussi le devoir de prier pour leurs défunts.

    (A suivre) J.-B. DUTHU,
    Miss. dOsaka

    1924/4-14
    4-14
    Duthu
    Japon
    1924
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